‹ Questions monétaires contemporainesChapitre 27 sur 238 · fiDOUARD DOLI^ANS · texte numérisé non relu

fiDOUARD DOLI^ANS

ODS sont coDtrediles par les évaluations particulières; elles préenteut des discordances avec les chiffres directement fourois la Monnaie Trançaise par certains Ëtats. En 1894 la statistique méricai ne laisse apparattre pour l'Angleterre une majoration qui 'est pas négligeable puisqu'elle s'élève & 1 milliard de francs : Ile attribue à l'Angleterre un stock d'or de 3 milliards de francs t uu stock d'argent de 600 millions, tandis que la Monnaie de .oudres n'évalue ces stocks respectifs qu'à 2.250 millions et k 25 millions soit pour l'or une erreur de 750 millions ou exacïmenl d'un 1/4'. Si l'on compare cette évaluation de 99 mitons £ avec le maximum de 75 millions £ indiqué pour l'or par IM. Martin et Palgravc, on trouve qu'elle serait encore exagère de 400 millions de francs.

La direction des Ëtats-Uais allribue, en 1894, h l'Egypte un ~ :ock d'or de 600 millions de francs alors que les informations 3çues directement par la Monnaie française donnent comme laximum 125 millions, soil un écart de 47S millions et une tagération de près de 400 0/0'.

Pour la France, en 1902, ta direction des États-Unis donne !S chiffres de :

Or. . . 903.3 millioûs de dollars Argent. . . 419.8 ou de i.S^n millions de francs. — 3.175

contre l'évalualion de M. de Fovilie Or... 4.800 — Argent... 2.130

)il pour l'or et l'aident 120 millions de différence entre les eux évaluations.

On peut se demander comment ont été établis les chiffres qui irvent de base k l'évaluation américaine du Btock mobdial, itand on examine les renseignements qu'on peut se procurer sur : stock de chaque pays en particulier. Il est pour certains pays ifficile, presque impossible, d'obtenir autre chose que des donées incomplètes. Le rapport de l'Administration des monnaies . médailles de 1903 déclare qu'au 31 décembre 1902 la banque itionale de Belgique possédait en espèces (or et argent)

<-' Rapport de l'Adminislntion des minnsies et médailles, ISOfi, p. 230.

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103.775. 680 francs et ajoute : « Quant à ce qui existe dans le pays, on ne peut se livrer qu'à des conjectures. La Banque consultée à ce sujet émet l'avis que la circulation d'or est très réduite en Belgique' ». Or la direction de la Monnaie des Étals- Unis donne néanmoins pour l'or et l'argent le chiffre de 39,7 oiillions de dollars ou 205.765.100 Trancs. La différence avec le chiffre de l'encaisse de la banque nationale doit représenter le stock monétaire en circulation, soit plus de 101.989.420 francs : commçnt a été établi ce chiffre?

De même, pour l'Italie*, au 31 décembre 1902 :

Le Trésor italien 107.6i8.069 lires

Banque d'Émission 430.200.000 —

Environ or 558 millions de lires.

■Argent 112.482.573 —

« Quant au stock d'or et d'argent, monnayé ou non, qui se trouve en circulation dans le pays, on n'a pas de données suflisantes pour le déterminer >'. Néanmoins la Monnaie des Étals- Unis donne le chiffre de S58 millions de lires comme représentant tout le stock d'or et celui de 193 millions pour le stock d'argent.

Pour la Suisse rencaisse- des banqiies d'émission s'élevait, le 31 décembre 1902, à 104.912.000 francs or et 9.479.000 argent :• « Il n'est pas possible de fournir des données tnéme approximatives sur la totalité d'or et d'argent monnayé ou non qui se trouve actuellement dans le pays » Cependant la statistique américaine ne craint pas d'évaluer le stock suisse à :

Or : 142,532.300. — Argent : 55.458.100 francs.

Oh a-l-elle trouvé des données lui permettant d'établir celle évaluation de 27,5 (or) et 10,7 (aident) millions de dollars?

Difficile déjà pour les grands pays, comme la France et l'Angleterre, où il existe une o^aaisation développée el concentrée du crédit qui permet d'avoir une source d'information assez sûre, l'évaluation des stocks monétaires devient plus hasardeuse encore pour les petits pays. On comprend que Sœtbeer se refuse

>-* Rtpporl, p. 1&5, p. 177.

i ËIX>UARD DOLLAANS.

doDoer pour ceux-ci des évaluations particulières qu'il remlace par une évaluation collective : u cd donnant, dit-il, une stimalion coltectiTe pour les pays au sujet desquels aous inanuons de renseignements ou de contrôle, nous arrivons à une ertaine compensation dans les données qui, pour les pays pris iolément, auraient élé ou trop faibles ou trop fortes et nous vitons ainsi des discussions vagues ».

Cet aveu d'impuissance de la part d'un spécialiste aussi émi' lent que Sœtbeer montre combien fragile est la base sur lauetle reposent les évaluations générales du stock mooial.

Les contradictions des slaEisliques s'expliquent, et par la nature néme du pbénomène dont on cberche à obtenir une évaluation, t par les différences que les économistes apportent dans la façon lont ils procèdent à leurs évaluations.

Ces contradictions s'expliquent tout d'abord par le manque l'uniformité qui existe dans les procédés d'évaluation. On conidère, par exemple, les lingots d'or tantôt comme monnaie, anlôl comme marchandise'; ou bien, tantôt ou évalue l'aident u pair, tantôt on en réduit proportionnellement la valeur.

D'autre part, même si les économistes s'entendaient poar lonner à leurs enquêtes et investigations statistiques des bases iniformes, leurs efforts se heurteraient à un obstacle dirim«nt, ï nature même des phénomènes étudiés : leur diffusion dans le emps et dans l'espace. Les stocks monétaires nationaux ne sont >as concentrés en quelques mains, en quelques caisses, mais cpaadiisà travers tout le territoire et éparpillés en des milliers le mains. Sans doute les encaisses des banques forment une )artie notable du stock monétaire d'un pays, mais l'exceplioDlelle encaisse de la Banque de France elle-même ne comprelait le jour de la dernière enquête de 1903 que 3.542 millions l'or et d'argent sur un stock évalué à 6.900 millions, c'csl-à-dire eulement un peu plus delà moitié. Nous avons vu tout à l'heure |ue, pour l'Italie, la Suisse, la Belgique, il était impossible, eo

■ Rapport de lAdmmUiration des monnaiti et médailles 1904, p. 366 : • L* neilleure solution consigterait, ce nous semble, i incorporer dtni !«■ stock» moniaires d'un paya Ht Ungols immoliilists daii les eociisses dfs banques et ceux-là eulement; mais, alors mfme qu'on se mettrait d'accord lur nne formule de ce (onre, I» règle serait toujours d'une application difficile •.

dehors des encaisses, d'évaluer les quanlités d'or et d'ai^eot eo circulation dans le pajs.

Ce n'est pas seulement à cause de leur difTusion, mais de leur in&Die variabilité que les stocks monétaires sont difficiles à mesurer. Les contradictions que présentent ces évaluations montrent assez qu'en pratique les économistes ne soiH pas jusqu'à présent parvenus à vaincre ces difficultés théoriques. Pour la même époque, en France et en Angleterre, nous avons vu trois évaluations se contredire. En face de ces différences qui s'élèvent, pour un seul métal, jusqu'à 730 millions (or Angleterre), et vont même jusqu'à i milliard (écus argent France), on ne peut attacher aux évaluations générales et même aux évaluations particulières qu'une valeur relative. Les procédés d'évaluation indirecte sont-ils mieux capables que les procédés d'évaluation directe de dégager les variations des stocks monétaires dans le monde ou dans un pays déterminé?

B. — ÉvalnatioDB Indirectes.

Les évaluations indirectes ont moins fiour objet de déterminer l'état des stocks. monétaires que de mesurer leurs fluctuations. On a pensé que la combinaison des statistiques de la douane et du monnayage permettrait de mesurer les variations du stock national d'un pays; on a cru que la combinaison des statistiques delà production des métaux précieux et de leurcoosommation industrielle permettrait de mesurer les variations du stock mondial. Et, en effet, ces deux procédés d'évaluation indirecte offriraient un moyen de comparer aux variations de prix les variations des stocks; mais ils reposent tous deux sur deui éléments indissolublement liés, et, si l'un de ces éléments est certain, l'autre échappe h toute précision.

l. — STiTISTIQUES COBJBINÉES DE hi. MONHÀIE ET DE IL DOUAHE.

Les statistiques combinées de la Douane et de la Monnaie semblent permettre de mesurer les variations du stock métalliq\ie : • elles font voir quelles sont les époques où notre approvisionnement d'or et d'argent a fait le plus de progrès' ». C'est sur

< De PoTille, ÈeonomUu françaU, S mal 1896, p. 501.

t>i EDOUARD DULLtiANS.

ces statistiques qoe M. Oitomar Ilaupt appuie &es évaluations et M. de Foville, bien que n'ajaat pas grande confiaace en tes statistiques douanières, se sert des indications données par la Douane, la Monnaie et la Banque poor confirmer son évaluation de la variation du stock d'or en France entre 1897 e( 1903'.

Les frappe^ et les importations semblent donner l'indication des accroissements du stock monélaice, les esporlatioos celle des pertes qu'il subit : la combinaison des deux sources d'inrorma* lion permettrait de se Taire une idée des mouvemeàtsd'ioflation et de contraction du stock, mouvements qu'on pourrait comparer ensuite aux variations de prix. Mais, pour que celte comparaison puisse avoir lieu, il faut que les fondements sur lesquels elle reposera soient solides : examinons donc successivement la valeur des informations que nous donnent les statistiques douanières et les statistiques du monnayage.

a) Slatisliqvet douanière*.

Les statistiques douanières apparaissent comme des indicateurs très imparfaits du mouvement des métaux précieux, elles présentent des erreurs considérables qui s'expliquent par des causes multiples :

1° Négligence des offices douaniers qui n'ont aucune raison pour faire des coastalalions exactes puisqu'il s'agit de marchandises qui ne paient pas en douane; 2* mouvements de numéraire échappant à celte administration, par exemple, les matières monétaires expédiées par exprès d'une banque intérieure à ses

1 Êconomiite fratii;nis, 23 avril 190t. > Au leDdemain du recensement monétaire de septembre IS97, dous n'usions pas slrribuerl li Pmdcc plus de 3.1 milliards de pièces de iO francs françaises ou élran^itres. Mais cette ippr^cialion tw contredit pas celte que nous venons de formulf r, car tout concourt à noua coDiaiiicre qiM Doire pays s'est considérablement redoré dans ces dernières années, La banque, la monnaie et la douane en font foi : l'encaisse de la banque s'est éle*ée de ! milliards a peine en septembre 1S97 k près de 2 milliards 1/2 en octobre 1908. La Monnaie a frappi pour 2Î1 millions d'or en 1697, pour 177 millions en 1808, pour M millions en 1899, pour 30 millions en 1900. pour 75 millions ta 1901, pour «9 millions en l'JOS et pour 89 millions en 1903; en tout près de 700 millions dont 628 en pièces de £0 francs. Enfln la douane qui sait mal ce qu'il passe d'or el d'argent sur nos frontières, maia qui pèctie plutAt par omission que par exagération, ne chiffre pas à moius de 1.134 nùllioni l'excédent des importations d'or sur les eipoi^ talions depuis le 1*' janvier 1897 jusqu'au 31 décembre 1902. Ce sont li dea témoignages dont la concordance parait significative a.

Ul UONNAIE KT LES PRIX. tiS

succursales à Tétranger ; 3" arQux et écaulemenl de mélaux précieux ayaat pour origine les espèces monnayées qu'emportent ou apporlenl les voyageurs et les émigraots ; 4" abseace de déclaratioa' ou encore Tausse déclaration : l'or déclaré aident là oh les tarifs des Compagnies de navigation sont proportionuels à la valeur.

Des erreurs des statistiques douanières on doit rappeler ces «xemples typiques :

John Biddulpb Martin déclare k l'institute of Bankers dé Londres qu'au courant de l'année 1885 sa banque avait reçu dans le délai de six semaines de la part de correspondants étrangers la somme de 3.300.000 francs en pièces françaises de 20 francs, taudis que ta Statistique officielle anglaise n'avait noté que 600.000 francs.

Dans une circulaire de la maison anglaise Pixley and AbeK qui s'occupe du commerce des mélaux précieux, on trouve indiquée une somme de 27.000 £, exportée en 1884 de l'Autricbe pour l'Asie en passant par Venise. Or, il résulte de la déclaration de la Peninsular and Oriental Steam C que ladite somme s'éleva en réalité i 140.000 £.

En 1881 et dans les premiers mois de 1882, le Trésor italien reçut de l'étranger 2S3,4 millions de francs devant servir à l'abolilinn du cours forcé : la statistique douanière pour la même époque n'enregistrera que 120,5 millions faisant une erreur au moios de 132,9 millions*.

A c6té de ces exemples un peu anciens, on en peut citer de plus récents, plus curieux encore :

Au moment de la crise Bahriog & Londres, la France envoya  la Banque d'Angleterre 7S millions d'or ; cel or passa le détroit «t revint en France sans que la douane s'en fût aperçue. En 1897- 1898, la Monnaie française procura à la Russie 500.000 k. d'argent, la totalité venait de Londres. La douane cependant constata -à la sortie une quantité beaucoup plus considérable qu'à l'entrée. Les vaisseaux qui transportaient ces SOO.OOO k. en Russie ne

• Ca D'Mt ([u« depuis 1691 qu'en Sui*M tootai let décIftrtUons d'eovoii doivent 4tre adressiei i l'office central de II itatiatiqae àa Commerce pour; étr« exanûnie» : (oui envoi au-<Utnu de 10 fi-anc* doit être accompagna d'une déclartlioo.

* Carlo Ferrarii : Rapport. Eiamen d«i difltcnltés partie utiAres qae rencontre la Statistique des métaux prtcisux dans le commerce international. Bulletin de Ftn- -ttiUtt international de ttatiitique, t. Il, 87, p. 235.

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