‹ Questions monétaires contemporainesChapitre 60 sur 238 · M.OÏB · texte numérisé non relu

M.OÏB

L'industrie aurifère levêt naturellement des caractères différents suivant les régions; dans la Californie et l'Alaskaon exploite principalement le minerai déplacer ; dans les autres Étals, spécialement le Colorado, on exploite surtout le minerai de filon. Ici, comme daos le Colorado l'industrie de l'extraction est souvent

■ Cet Étal • Ati iMé aux États-Unis par la Russie en 1867 et aujourd'hui rapporte ■naaellemeatplusd'or qu'il n'en a coûU.

* The Engineering and Mining Journal, 1903. — Celte statistique, sensiblement supérieure par tes chiffres, h celle de la monnaie dee États-Unis rapportée par M. Arnauné et que nous citons plus loin nous inspire moins de confiance; nous la reproduiiont ici oniqueroent pour la comparaison entre les différents États.

iH IXCIRN KHOCARD.

séparée de celle du Irailemt^nt; ailleurs, comme en Californie, elle se conrond avec elle. iMais partout révolution vers la production coDceotrée s'opère rapidement et elle est aujourd'hui plus avancée déjà qu'en Australie. Cela tient h ce qu'elle atrouvé le plus souvent un milieu beaucoup plus favorable que celui de ce dernier pays. D'abord, le minerai, comme en Australie, y est très abondant et très riche :ta Californie a produit près de? milliards d'or sans que son sol soit encore épuisé et le minerai actuellement traité, dans certains États, par exemple le Colorado, rend jusqu'à 60 ou même 60 dollars par tonne. Aussi la découverte de l'or en masses aussi compactes, surtout sous forme de placers, comme eu Californie, a-t-elle pu donner immédiatement à l'industrie aurifère une vitalité qui lui a permis de triompher aisément des difficultés du début. Elle lui a tout d'abord fourni une main-d'œuvre abondante en provoquant sur les placers californiens un des « rushs » les plus formidables dont l'histoire nous ait conservé le souvenir. Les travailleurs*, dont le nombre depuis celte époque n'a cessé de grandir et qui, presque tous, sont aujourd'hui de nationalité anglaise et américaine, reçoivent des salaires élevés, variant de 12 à iî> francs par jour; ils soutiennent contre leurs patrons des luttes fréquentes pour faire (riomper leur droit de former des unions; mais ils constituent par leur habileté et leur activité une main-d'œuvre de qualité supérieure qui est certainement l'un des éléments de prospérité des mines des États-Unis*. Ajoutons que, dès les débuts de l'exploitation, sont venus se joindre à eux des ouvriers chinois qui se sont multipliés rapidement sur les placers (:aliforniens. Ils n'ont pas tardé à se répandre dans les États voisins et à susciter contré eux l'animosité des blancs. Dès 1855 des mesures législatives ont été prises en vue d'arrêter leur immigration et n'ont été pleinement efficaces qu'à partir de 1894 '■ A l'heure actuelle il en reste environ 100.000 sur le territoire de l'Union, qui necootribuent plus guère aux progrès de l'industrie aurifère puisque

■ Cf. pour les d^lails : Levasieur. La qutttion d« l'or; loc. eU., p. !<6 et suïv.

» L«vtBBBUr, OttorUr amirieain. p. 480 et suit, — Bordsiui : Revue ttniterlellt det mines, jtDiier t90t, p. 303 et 307.

■ L«vasseur, loc. cil., etc. Hepnorlh Dison : La ojnyuJl« blanche, traductioa VatlenuBre, Fari^, 1877.

presque partout ils eu soot évincés par les blancs ', mais il ont certainement joué un ràle notable dans son développement*.

Servie par une main-d'œuvre abondante et active, l'iaduslrie aurifère des États-Unis n'a jamais eu à lutter contre les obstacles d'ordre physique qu'elle rencontre en Sibérie et en Australie. Saur pour l'Alaska, dont on a d'ailleurs beaucoup exigévé les diffîcullés d'exploitation, et pour certaines mines installées dans les montagnes à une altitude très élevée, le climat est en général excellent, l'eau abondante, sinon dans le voisinage immédiat des mines, du moins à des dislances qui permettent de l'uliliser et on trouve presque partout du bois en quantité pour le combustible ou le boisage des galeries. Si le minerai est parfois un peu dur comme au Colorado, par exemple, si sa teneur, suivant 1h tendance habituelle au minerai d'or, décroît en raison de la profondeur, il est cependant distribué d'une façon moins irrégulière qu'en Australie; on peut avec plus de sécurité évaluer sa quanlilé comme sa richesse et par conséquent constituer avec moins de risques des outillages importants. De plus la disposition des placers en terrasses, en rendant possible l'emploi de la méthode hydraulique, a fait la fortune de la Californie et contribuera à faire celle de l'Alaska. Enfin l'industrie aurifère des Ëlats-llnis, en se développant dans des milieux oîi la civilisation élail beaucoup plus avancée, non seulement qu'en Sibérie, mais même qu'en Australieet non moins progressive, a trouvé dans la haute culture commerciale et industrielle ambiantes un point d'appui qui a singulièrement facilité et hâté son évolution.

Sous l'influence de ces causes on a vu se constituer dans les principales réglons productrices des Élals-Unisde grandes sociétés minières dont plusieurs sont aussi importantes que celles du Transvaal et parfois davantage. Nous citerons, à titre d'exemple, les grandes entreprises d'exploitation hydraulique de Californie qui, vers 1880, époque de leur plus grande prospérité, avaient ensemble un capital de 750 millions de francs et occupaient 130.000 ouvriers*. Si depuis cette époque la loi sur l'évacuation

■ lU ont essajé de pÉnétrer dans les mines du Colorado, maîg las ouvriers bl unes UuF ont donné un délai de 15 minules pour repirtir, et depuis on ne les a plui

* lia *e contentaient d'un talair* inférieur d'environ moitié I celui des blancs. 1 Bordeaai, loe. cil., p. !17.

ly» LL'CIEN BROCARD.

des tailings a diminué leur importance, plusieurs survivent encore et on a vu se constituer à câté d'elles, depuis 1902, pour l'exploitation des placers inondés, de grandes entreprises <le dragage,dont quelques-upes sont très puissantes'. — Parmi les sociétés minièresqui exploitent le filon nous mentionnerons dans le Colorado, la mine de PorLiand au capital de 3 millioos de dollars, qui produit 1.300.000 francs d'or par mois*, dans le South Dakota, la mine de Homestake au capital de 210.000 actions de cent dollars. Elle a neuf cents piloos, et en aura bientôt 1.100. Sa production mensuelle est de deux millions de francs. Depuis les vingt-deux ans qu'elle fonctionne elle a payé en divi' dendes 15 millions dedollars et on estime que son minerai ne sera pas épuisé avant vingt-cinq ans. Dans l'Utah nous citerons la grande mine de Consolidated Mercur, et enfin dans l'Alaska, l'Alaska Treadwell qui a plus de 500 pilons et traite 3.000 tonnes de minerai par jour'.

Abstraction faite de la grande mine australienne de Mount Morgan, nous n'avons encore jamais rencontré à ce degré de concentration la grande industrie aurifère; nous pouvons ajouter que nous n'en trouverons nulle part de type plus remarquable, et que nulle part ailleurs non plus, l'application des procédiis savants que nous avons analysés n'a été portée à un plus haut degré de perfection. Les producteurs d'or des États-Unis se sont souvent heurtes, pour te traitement du minerai, à des dimcultés considérables venant de ce que l'or y est mélangé avec d'autres métaux et ils ont su en triompher par des méthodes fort ingénieuses dont ils sont les inventeurs. Il n'en reste pas moins vrai cependant que l'évolution de l'industrie aurifère aux Étals- Unis n'est pas encore généralisée et que, là même où elle l'est, certains des caractères de la grande entreprise collective s'y affirment moins nettement. Dans toutes les régions minières de l'Union, spécialement en Californie, dans le Colorado, l'Alaska, etc., il eiisle un très grand nombre de petites entreprises.

' The Engineering and Mining Journal, 1903, ,

" Elle «ppartiaot au cilèbre cb«mp d'or de CrBeple-CweL, lo maillsur du Colo- Mdo et peut-être des iSlsts-Unis. Curie, loa. cit.. p. 278. — Citoin encore la mioo de Ctmp Bird, celle de Stralton's Independence qui appartiennent à des districts voi- «ios : le deuiiËine produit environ 800.000 francs par mois. Curie, p. 879 et suit.

> Non loin se trouve la mine d'Alaska, elle a IW pilon» et Irmile l&O.OOO tonnes da

Mais, ce qui est plus remarquable encore, c'est que, parmi les graodes elles-mèines, beaucoup, et ce sont souveot, siaoo les plus importantes, du moios les plus lucratives, ont conservé la forme purement individuelle et ne se sont pas encore constituées ea sociétés par actions. Même parmi ces dernières, on constate une tendance à la concentration des actions entre les mains de quelques capitalistes qui se réservent ta haute main dans la direction de la mine, en même temps que la plus grosse part des bénéfices. C'est ainsi que la moitié des actions de la grande mine de Homestake, dont nous avons parlé, sont réunies entre les mains d'une Américaine, D'une manière générale, les producteurs d'or des États-Unis, au lieu d'imiter ceux d'Australie et du Traosvaal qui font appel aux capitaux du monde entier, s'efforcent de subvenir avec leurs propres ressources aux besoins de leurs entreprises et ne recourent au crédit que dans la mesure imposée par l'insuffisance de leurs capitaux, la nécessité de-répartir sur plusieurs (êtes des risques trop considérables ou même parfois le désir de se décharger d'entreprises sans avenir. On ne saurait voir dans cette habitude, qui, d'ailleurs, aux États-Unis, n'est point limitée à l'industrie aurifère, la manifestation d'une éducation économique insuffisante. Elle est plutôt la conséquence d'undéveloppementé«:onomiquetrèsavancéelde l'accumulation des grosses fortunes qui en est la conséquence : il ne parait' pas qu'elle ail nui au développement de l'industrie aurifère.

L'évolution que nous venons de décrire a eu sa répercussion habituelle sur la production de l'or. Elle lui a donné une impulsion très accentuée qui apparaît dans la statistique suivante' :

I Arnauoé, loe. cit., 1904, p. 317.

ANNÉKS.

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