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Il y a donc, en dépit d'une correspondance grapliiqne dVnsemhle, des signes révélateurs d'une indépendance cerlaine enlre les prix et la production de l'argenl. Celle-ci apparaît d'ailleurs avec une netteté beaucoup plus Trappante si au lieu de considérer la courbe, un peu grossière, des variations annuelles, on examine celle des variations mensuelles des prix et des quantités produites.
Voici, par exemple, un diagramme qui donne la comparaison graphique des deux courbes tracées suivant leurs variations mensuelles pendant les années 1893, 1894 et 1895 (V. diagramme, p. 295). Or, on y observe que ta marche relative des
deux courbes ne demeure dans un rapport logique que tout au plus pendant les sept ou huit premiers mois de 1903. Jusquelà on peut assez exactement constater que la courbe des valeurs s'élève pendant que la courbe des quantités s'abaisse, et réciproquctnent. Mais à partir de septembre 1893, i! devient vraiment impossible de saisir aucun lien logiqueentre les variations des deux tracés. Il semble même plutôt quej par un hasard assez paradoxal, la courbe des prix s'élève et s'abaisse en même temps que celle de la production, — ce qui revient à dire qu'il n'y a plus de lien de correspondance ou de causalité entre l'ua et l'autre des deux faits.
Ceci, d'ailleurs n'a rien qui doive particulièrement nous étonner? Pent-on effet, attribuer logiquement à la jtroductioa de l'argenllopouvoir de déterminer les prixde ce métal ou même de les inûuencer directement?
La production ne peut peser sur la détermination des prix qu'en tant qu'elle constitue l'élément offre. Mais, tout d'abord, pour une marchandise t<'l qu'un métal précieux, qui se conserve pour la plus grande part, qui ne disparait pas par le premier usage, l'offre n'est pas constituée uniquement par la quantité annuellement extraite; ces accroissements périodiques s'ajoutent aux quantités déjà 'existantes doul une grande partie, se trouvant en circulation ou prête à y rentrer, se trouve à j'état d'offre et piïse sur les cours. On a vu dan.s une des études précédentes (tes slochmélailiques, Dolléansj quelle peut êtr« l'influence de ces stocks sur la valeur des métaux précieux.
Ainsi, la production qui ne constitue qu'uue faible portion de l'offre de l'argent ne doit avoir, somme toute qu'une influence secondaire sur les prix et du moins insuffisante pour expliquer leurs variations. D'autant plus que l'offre qu'elle aide à constituer n'a pas de signiflcatioo absolue au point de vue des prix et ne vaut que par opposition à la demande et par ses rapports avec elle. Or, la demande du métal-argent balance assez exactement l'offre, et ta consommation annuelle équilibre la production. L'argent ne s'accumule pas en stocks invendus aux mains des producteurs, des marchands ou des spéculateurs.
En effet, la consommation industrielle pendant tesannéesl890 à 1901, a été, en moyenne, de 31.000.000 d'onces; encore convient-il de remarquer que ce chiflre était porté, pour la seule
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année 1901 à 44.000.000 d'onces el (|ue, à l'heure acluelle on «stime qu'il atteint 50.000.000 d'onces par an.
A celte première somme représenlaol le débouché industriel, il faut ajouter les chiffres de la consommation monétaire : Au Mexique Ja frappe annuelle moyenne de 1890 à 1901 a été de 48.000.000 d'onces. L'importation d'argent en barre en Chine a
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été pendant lu même temps de 8.SOO.0OO onces en moyenne par an. L'Inde a absorbé en moyenne, suivant les rapports officiels, de 1893 à 1901, 35.000.000 d'onces, et la frappe des dollars anglaisa destination des Slraits Settlement, de Hong-Kong, etc., de 1897 à 1901, une moyenne de 25.000.000 d'onces par an. Enfin, le chilTre annuel de la frappe d'argent dans les autres pays du monde a été approximativement de 45.000.000 d'onces.
2ftfi LÉON POLIER
On arrive ainsi, pourla consommation totale moyeane de l'argentdans lemondeà un total de 161.500.000 onces qui balance assez exactement le chiffre de 160.000.000 d'onces qui est celui de la production moyenne pendant le même temps'.
Si donc la production, malgré son accroissement^ ne donne pas de quantités en excès, il parait d'autant plus difRcile, pour ne pas dire impossible d'attribuer à cette production le phénomène actuel de l'avilissement de l'argent. Sans doute, non plus, ne faut-il pas aller jusqu'à refuser toute action à ce facteur sur les prix. L'affaissement de la valeur de l'argent qui, depuis 1500 correspond dans sa marche générale, à l'augmentation de la production indique bien qu'il existe une certaine relation entre les deux faits, mais ce qu'il parait impossible de faire dépendre de la production accrue, c'est la chute démesurée et continue que subit l'argent depuis trente ans.
Aussi voit-on le plus souvent déclarer par les économistes qui se sont occupés de ta question, que la production n'est eu effet qu'une des causes secondaires de la baisse de valeur du métal blanc et qu'il faut recourir pour expliquer celle-ci, aux démonétisations successives qu'a subies l'argent dans les principaux Étals anciennement bimétallistes.
Pour un très grand nombre d'auteurs, il faut donc chercher la cause de l'avilissement extraordinaire de l'argent dans les mesures législatives qui ont fait abandonner dans la plupart des grandes puissances le métal blanc comme étalon légal des valeurs. Pendant tout le cours du xtx" siéde, remarque-t-on, alors qu'existait en France et dans les autres grands pays bimétallistes, le régime du rapport légal entre l'or et l'argent, le rapport commercial de ces deux métaux a été aussi maintenu dans un état de fixité remarquable, malgré les variations très considérables qui sont survenues, dans le même temps, dans les rapports de teursquantités produites. Maisdèsque, en 1873, l'Allemagne, la Hollande, les Ëtats-Unis, la Belgique et la France, eurent renoncé au bimétallisme pur, puis, quand, plus lard, d'autres États
i Commission on international l'xchange, 'V?a»hij\g'hoa,i903, p. 176-179.
LA PRODUCTION DE l'aRGENT. 297
encore, l'Espagne, l'Italie, la Roiiinanio, les Indos, elc. eurent arrêté la frappe libre de l'argent, le rapport commercial de la valeur des deux métaux se mit aussilôt k monter sans limites, .bien au-delà du rapport du 15 1/2. L'efTet de ces mesures contre l'argent a d'ailleurs été immédiat : ainsi, en 1873, l'altération du bimétallisme français, décrétée le 6 septembre, a fait passer le rapport commercial, le jour tnôme, à 16, alors qu'il était la veille encore à 15,73. De inêmE, la fermeture de l;a moonaie indienne a porté d'un seul coup, en juin 189,1, le rapport commercial de 24,3i à 30.93. Il est donc impossible de nier que la cause de l'avilissement de l'argent ne soit donnée par les mesures législatives qui lui ont enlevé, presque en tous pays, la qualité de monnaie légale'.
Je dois avouer cependant que celte démonstration qui a été pleinement admise notamment par la Gold and Silcer Commission, ne me paraît pas donner une explication sufQsante et salisfaisaïite de la baisse de la valeur de l'argent. Lorsque l'on dit que l'accroissement de la produclion n'explique pas le fléchissement de la valeur de l'argent et qu'il faut pour en découvrir la cause avoir recours au fait artificiel de la démonétisation, en réalité cette réponse ne résout pfts complètement le problème. La disparition du rapport légal ne peut pas être la cause de ta cbute des prix ; il n'en est que le prétexte, tout comme la cause de la chule d'un corps attaché par un lit, n'est pas ta rupture de ce fil, mais bien ta pesanteur.
Je m'explique : lorsque le rapport légal a été supprimé dans les principales puissances financières, celte suppression a eu pour résultat de mettre fin à un régime absolument artiHcie) de détermination des prix de l'argent. Tant que ce métal était assuré d'être échangé indéfiniment aux hôtels des monnaies des pays bimétallistes contre des pièces dont la puissance d'achat demeurait avec l'or dans un rapport invariable, la valeur de l'argent ne pouvait que demeurer aussi à peu près invariable. Le jour où cet échange artificiel n'a plus été possible, ta détermînatiou de la valeur de l'argent s.'est faite suivant le libre jeu des forces économiques naturelles. D'autre part, lorsque le fameux rapport du 15 1/2 fut établi, ce ne fut pas au hasard; il correspondait en
• Bourguin, La mesure dr la vahur {Ren. d'Ec. politique. I. X. p. 700--ce;.
298 LÉON POLIËK.
réalité à ce moment au rapport commercial naturel des valeurs de l'op et de l'argent. Il en résulte donc que, abstraction faite de toute la période pendant laquelle l'ej-ïstpnce du rapport légal a artificiellement stabilisé le prix de l'argent, il s'est produit, de la fin du xviii' siècle à la lin duxix*, une baisse considérable de la valeur de l'argent, et r'estce fail qui reste inexpliqué. La démonétisation de l'argent a permis au rapport commercial de s'établir naturellement; or, ce rapport actuel, comparé à celui d'il y a cent ans, déterminé aussi de façon naturelle, a été prodigieusement modifié. (Juelleen est la raison? Ladémonétisalion n'explique pas ce fait. Elle lui a siinplemeal permis de se révéler.
Ou plutôt, pour ne pas donner à ma pensée uue forme trop absolue qui risquerait de la fausser, la démonétisation ne sttf/il pas à expliquer la chute de la valeur de l'argent.
Il serait en effet excessif de prétendre qu'un acte aussi grave que la démonéiisation ait pu demeurer sans influence ou n'ait eu même qu'une intluence minime sur la valeur de l'argent. S'il est impossible il l'Ëlat de fixer à son gré la valeur de la monnaie, il faut cependant reconnaître que la loi, en donnant à l'un des métaux précieux la faculté de remplacer l'autre dans les paiements, peut au moins réaliser entre eux une équivalence et soutenir ainsi la valeur d'un des métaux par rappurt à l'autre. Ce qui se passe actuellement en France, où les pièces de 5 francs en argent circulent sans difficulté pour leur valeur aominnle est une preuve frappante de cette action. On comprend dès lors que, appuyé sur le bimétallisme légat de la plupart des grandes puissances, l'argent ail eu une valeur arlifictcllement soutenue jusqu'au moment où cet appui lui a manqué. Il n'est donc pas douteux, et je suis loin de nier que la déinonélisatioD ait déterminé dans une très large mesure l'afTaissement des «ours de l'argent.
Toutefois il reste encore certains éléments du phénomène inexpliqués :
En premier lieu, pourquoi la démonétisation de l'argent s'eslcile produite? La démonétisation a entraîné la chute de l'argent ; mais si l'Allemagne a procédé, en 1873 à celle opération, c'est parce qu'il y avait déjà une baisse de l'argent, faible à la vérité, mais réelle depuis I8(i2, et qui semblait surtout devoir se pour-
LA PRODUCTION DE l'aHGENT. 299
suivre à raison de l'ace roissemeot incessant des quantilés d'argent produites. II y a donc eu, à l'origine du mouvement de baisse des prix de l'argent, une autre cause que la |dcmonétisation : c'est l'accroissement de la production qui a déterminé un fléchissement de valeur, très léger d'ailleurs, mais qui a surfont été inlerprété comme devantentraîner dans l'avenir, une dépréciation plus profonde. On peut dire, par conséquent, qu'au déliut, les causes du phénomène paraissent être doubles : i° Augmentation de ta production; 2* Démonétisation.
Mais, cesdeus causes suffisent-elles à rendre compte, par la suite des difTérenles phases du phénomène de dépréciation?
Comment, par exemple, si l'on invoque la démonétisation, expliquer que le mouvement de chute de l'argent se soit poursuivi longtemps après les mesures de démonétisation, d'une façon continue et même plus accélérée? La période des grandes démonétisations s'étend en effet de 1871 à 1879. En Allemagne, l'argent est démonétisé de 1871 â ISTS; cet exemple est bientôt suivi, en 1873 par la Suède et le Danemark, en 1873, par la Norvège et par la Hollande; la suspension défînilive de la frappe par rUnion latine est de 1876, et la même année, la Russie adopte la même mesure, qui fut enlîn prise également par l'Autriche en 1879. De celte année à l'année 1893, date de la fermeture de la monnaie des Indes à la frappe de l'argent, il n'y a plus de nouvelles mesures contre le métal blanc. Il semblerait donc qu'après la chute consécutive aux mesures de démonétisation, les cours de l'argent, eussent dû parvenir à une sorte de palier inférieur où sa valeur se serait fixée un moment au lieu de marquer un mouvement de baisse indéfinie.
Or, tandis que le rapport de valeur des deux métaux passe entre 1871 et 1879, de lo,57 à 18,39, et le cours de l'argent de S 1,326 à 8 1,123 par once de fin, on assiste de 1880 à 1893 à une chute de la valeur de l'argent qui porte le rapport commercial de 18,05 à 26,49 et les prix de S 1,145 à 8 0,780 (V. Diagramme, p. 290). C'est-à-dire que pendanlla période des démonétisations le fléchissement annuel moyen des prix de l'argent fut de 22, S ceals et pendant la période suivante de 26 cents. La rapidité de la chute s'est donc accentuée. Phénomène d'autant plus étonnant que pendant cette seconde période l'argent aurait dit éprouver en sens inverse l'action des très importantes me-
.300 lilON POI.1BK.
sures légales ojiposées aux démooélisalions. On sait, eu effet qu'en 1878, en vertu du Bland Acl du 28 février, le Trésor des Étals-L'iiis s'engagea à aciietcp el à frapper une quantité minima de 2 millions de dollars d'argent par mois.
Ces achats furent faits avec uoe grande régularité coiUnie indique le tableau suivant:
Tableau XVI.
ANKKE3 . ONCES D'AKliKNT FIN FISCALES. '■ ACHETÉES.
«,„.„« du COUT TOTAL D'ACHAT, coût dVhat par once d'ai-genl.
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