‹ Questions monétaires contemporainesChapitre 90 sur 238 · W !7, MO · texte numérisé non relu

W !7, MO

!4.7ir.B!3.si ; o.m» i

Ï6.8»(.»Î«,S3 u.»ag

.^::».:;^ «..«..om» l z...n.^,n \ ,.o.e. '

L'action du Blaiid .\ct fut d'ailleurs encore renforcée le 14 juillet 1890 parlcShcrmanAct qui porta à 4.500.000 onces la quantité d'argent (|ue le gouvernement devait acheter chaque mois.

Sous le régime de celte loi nouvelle, les achats furent faits comme it suit :

Tablbau XVII,

A^-^"^:lis fiscales

J'«rgent (la acheté».

CIJUT TOTAL d'achit.

MOYEN\B onCB d'ar^Dt.

i8ei

4B.393 lis OS

Sl.W.l

ISW (du 1" Juillet nu l"-iiote»ibre 18(3|.

DigilizedbyGoOgle

La production de i.'augent. 301

Au total, fie 1878 à 1893, les achats du goiivemenjcnt des États-Unis montaitiDlà 459.946.701 oaces d'argent qui représentent les deux tiers de la production de l'argent aux Étals-Unis pendant la même période, et environ 28 0/0 do In production totale du monde. D'aussi formidables achats auraient donc dû, dans une certaine mesure, balancer l'elTet des démonétisations européennes, surtout si l'on veut bien songer que celles-ci n'avaient pas diminué la consommation monétaire du métal blanc.

Or, malgré ceLte réaction des achats américains la baisse de valeur de l'argent s'accrut an lieu de se ralentir. C'est à peine si, au moment du vote du Sherman Xcl, en 1890, se produisit une reprise, d'ailleurs tonte momentanée. Après 1890, la chute devient en revanche, extrêmement rapide.

Mais il y a mieux. En 1893 se produit une nouvelle et très importante fermeture d'hôtel des monnaies Ji la frappe de l'argent : celle des Indes. En outre, cette même année 1893 voit abolir le Sherman Act et cesser par conséquent les achats américains. Double raison pour qu'un fléchissement plus considérable que jamais apparaisse. On constate cependant avec élonnement que le Qéchissement, qui se produit bien en 1893 n'est pas beaucoup plus marqué que celui des deux années précédenles, et surtout que dès 1894, il fait place à un relèvement des cours. Et le même phénomène se reproduit encore après l'adoption de l'étalon d'or au Japon en 1897 : la baisse de valeur qui en résulte est insignifîanle et dès 1898 apparaît un nouveau relèvement.

Ainsi, passé la période des grandes démonétisations et au moment où les achats américains auraient dû soutenir les cours, ils s'effondrent sans arrêt. Ils sont peu affectés, de façon peu durable et remontent au contraire, lorsque sont prises de nouvelles mesures légales qui auraient dû entraîner une chute plus profonde.

II paraît donc difflcile, en invoquant seulement les mesures de démonétisation d'expliquer la marche générale des cours de l'argent, principalement après 1878.

On peut songer sans doute alors à invoquer la seconde cause possible du phénomène, et à combiner les effets de la production du métal avec ceux des mesures qui lui ont enlevé sa qua-

902 lBon polier.

lité d'étalon monétaire. L'influence des quantités produites qui s'est révélée nulle aux xvi' et \viii° siècles, malgré les oscillations considérables de ces quantités, parce que l'argent remplissait pleinement sa fonction monétaire, a chance d'être devenue positive du jour où le métal blanc a cessé d'être partout monnaie. Tout en faisant toutes les réserves énoncées plus haut sur l'action possible d'une production qui ne peut agir que comme accroissement du stock existant, j'admets que les démonétisations ont pu augmenter notablement les effets de la production sur les cours.

Or, à cet égard, on touve bien une corrélation générale inverse dans le mouvement d'ascension de la courbe des quantités et le mouvement de chute de la courbe des prix, qui a dû tendre, pendant la même période, ^accentuer IcsefTcts de la démouétisatiou. Mais il apparait cependant (jue celte cause, même jointe à la démonélii^alion n'agit pas avec toute fa rigueur explicative qu'on devrait en attendri-. Comment, en effet, expliquer en fonction de cette cause les variations de la courbe des prix de l'argent que l'on peut observer en 1890, en 1896, en 1900, années où des reprises des cours coïncident préciséiuenlavec des accroissements nouveaux de la production, et commcnl, d'une façon plus générale, se fait-il que le mouvement de dépréciation se continue malgré que la production ait atteint depuis 1893, une stabilité qu'on ne connaissait plus? •

On se trouve donc en présence de variations que les deux causes traditionnellement invoquées de la production elde la démonétisation n'expliquent pas de façon satisfaisante. Ces variations ne révèlent-elles pas dès lors plutôt l'influence d'une troisième cause. C'est ce que l'on est naturellement amené à se demander : ot peut-être n'est-il pas impossible de cliercher et de découvrir dans une direction nou velle cette au irecomposan le du phénomène qui nous occupe, qui en expliquerait les apparentes anomalies.

Pour procéder à celle recherche, il est bon, sans doute, de recourir à l'analpc théorique de la valeur d'échange el du prix et d'en faire application pour l'anoUsc dos éléments qui sont capables d'iniluer sur la formation du prix du mélal-argenl.

Od s'apercevra qu'il n'a pas été jusqu'ici lenu compte de tous ces élémeats : En efîel, la production, en taol que Tacleur de lu détermination des prix, ne représente que l'élément quautitéou, en d'autres termes, l'élément rareté. Mais on sait qu'à côté de ce facteuron existent deux autres dont l'influence s'exerceavec une énergie toute décisive pour la fixation du prix : ce sont la valeur d'usage sociale ou l'utilité sociale du bien coasidéré et son coût de production. Or, quelle est à ce double point de vue, la situation actuelle de l'argent? N'a-t-elle pas subi outre les démonétisations des modifications qui rendraient intelligible le ûéchissement de la valeur de ce métal?

En ce qui concerne toutd'abord le coût de production, la réponse n'est pas douteuse. Les explications techniques de la preniicrc partie do cette étude nous ont appris que tous les progrès réalisés depuis 1860 dans la métallurgie de l'argent ont eu ponr résultat en même temps qu'ils augmentaient la production, de la rendre moins coûteuse. Les deux cboses sont à vrai dire en bien des cas solidaires : le traitement métallurgique a pu s'étendre à des minerais jugés avant trop pauvres, précisément parce que le coût de ce traitement était devenu moins cher; inversemeul la peiTection plus grande des procédés, leur rendement plas parfait, en donnant une production plus abondante en diminuait par cela même le coût.

Voici quelques chiffres pour préciser: vers 1873, M.Saint-Clair- Duporl, évaluait le coût de la production d'un kilog d'argent au Mexique, où la production passait pour être dans les conditions les plus faciles, à 156 francs. D'aulre part, en 1887, le directeur des monnaies des États-Unis dans une enquête faite auprès des mines produisant l'argent à titre de produit principal, c'est-à-dire ne produisant ni plomb, ni cuivre, ni or avec l'argent, ou ne les produisant qu'en qualités négligeables, obtenait comme coût de production mojen le chiffre de 52,4 cents par once, c'est-àdire 83 fr. 94 par kilog'.

Une telle réduction dans le coût devait déjà faciliter un fléchissement des pris. Mais il ne faut pas oublier, en outre, qu'une transformation plus grave s'est opérée dans les conditions économiques de la production argentifère. Grâce au traitement courant

t The Minerai Indusirif. t. [, p. t72-ITd,

304 LÉON P01.IHB.

des miaerais peu riches ou même pauvres de plomb, de cuivre, de zinc argentifères, l'argent n'a plus eu, dans un nombre croissant d'eiploilations, un coût propre de production. Ce coût s'est trouvé lié avec. celui des métaux extraits conjointement.

Dans certains cas même, lorsque l'argent ne joue plus que le rôle d'un sous-produit, son coût de production, disparaît ou s'efface dans le coût de production du produit principal.

D'ailleurs, que l'argent soit extrait eu qualité de sotts-produit, ou — ce qui parait être plus fréquent — qu'il soit produit complémentaire, son coût de production devient une donnée bien incertaine. Ce coûl, qui est indéterminé, doit être dépourvu d'une influence définie sur les prix. On peut dire que le métalargenl s'est trouvé au point de vue de la détermination de son prix, dépourvu du freina la baisse que constitue le niveau infranchissable du coût de production. Dans la plupart des exploitations, ce coût qui ne pouvait êtr^ déterminé que par une ventilation arbitraire répartissaot le coût total sur des produits simultanés, est devenu compressible. C'est dire que les prix de l'argent se trouvaient presque librement ouverts aux influences de l'autre facteur de leur détermination qui est la valeur sociale. Il nous reste donc à voir si la valeur d'usage sociale du métalargent n'a pas eu des raisons de varier.

La valeur sociale du métal-argentest déterminée par son aptitude à remplir la fonction monétaire et par le besoin que l'on a de lui pour assurer cette fonction.

Or, l'aplitude de l'argent à remplir la fonction monétaire est aujourd'hui, et de plus en plus, jugée assez faible. L'argent est une monnaie sale, grâce au sulfure d'argent qui se forme à sa surface et qui le noircit. C'est surtout une monnaie lourde, par suite incommode '. La hausse des prix rendrait déjà l'usage exclusif de l'argent difficile ou encombrant pour les transactions Journalières. A plus forte raison le métal blanc est-il peu propre aux grands paiements internationaux : les frais de transport en sont trop coûteux. Sans doute on pourrait objecter que le tran»port des métaux précieux se fait toujours ad valorem. Mais il

' Oo trouvera dans le TraiW Ihiorique ei pratigve (Tltaonomie politique da P. Irfroy-Beaulieu des dé mon) (râlions sbondantes des incommodités divecsea que présente la monnaie d'argent. — V. p. !77 ot suiv. du tome II I de la 2» édition. Pari»,

□igitiredby^OOQlC

ttiat savoir que jamais les banquiers ne font voyager les sommes qu'ils expédient sous leur vraie valeur. Pour un million, par exemple, on rléclare -1 00. 000 francs, el l'on assure le reste. Seulement de telles dissimulations ne sont possibles qu'avec l'or. Un million en argent, pèse 5 tonnes. Il est difficile de tromper sur la quantité transportée.

On a été par conséquent tout naturellement porté à juger l'aplilude de l'argent à remplir la fonction monétaire d'autant plus faible que l'on s'apercevait avoir moins besoin de lui -. en d'autres termes, l'opinion que l'on avait de la valeur sociale de l'argent devait s'affaiblir à mesure qu'augmentaient les possibilités d'assurer sans lui la fooclion monétaire. Or, ces dernières ont augmenté dedeux façons : d'une part par la pratique de plus en plus courante des procédés de compensation; d'autre part et surtout par l'accroissemenl prodigieux qu'a subi la production de l'or.

La pratique des procédés de compensation n'a pas agi directement sur la valeur d'usage sociale de l'argent. Elle n'a pu le faire qu'indireclemeol, en tant qu'elle a enrayé le besoin croissant de la monnaie en général. La demande de monnaie, qui, sans les compensations, se serait sans doute beaucoup accrue, et n'aurait pu être satisfaite qu'au moyen des deu\ métaui, aurait soutenu davantage la valeur de l'argenl. Mais celle-ci s'est trouvée en outre d'autant plus menacée et affectée que la quantité oQerte de l'autre métal, toujours plus recherché, a augmenté en même temps dans d'énormes proportions : et là se révèle une cause directe d'action sur la valeur de l'argent.

La production de l'or a augmenté en effet brusquement et avec une rapidité beaucoup pi usgrande encore que la production de l'argenl. Sa production annuelle qui était de 400.000 à 600.000 onces en moyenne avant 1840, s'est élevée à partir de 1897 à une moyenne de 13 a 14 millions d'onces (V. tableau 11). Pour prendre des chilTres exacts, la moyenne annuelle était de 1$3J à 1840 de 652.291 onces, et la production de 1899 était de 14.837.775 , onces, ce qui représente une augmentation de près de 23 pour 1, tandis que dans le même temps, la production de l'argent n'augmentait que de 8 pour 1. .Mais si l'on veut avoir une idée de l'influence qu'a pu avoir une pareille augmentation sur les conditions monétaires actuelles, il faut totaliser les quantités produites C.-S. — LtoM PoLien. JO

3M ttOS POUEB.

dans la période aat«rieure i 1H40, depuis Ja dècooTerte de l'Amérique, el les comparer au total des quautités produites après 18i0. Oo obtient les résollals suiraDls : De 1493 à 1840 oo a eilrail 136.184.032 onces d'or. De 1840 i I90i oo a prodoit 378.~01.3€7 onces d'or. Aiou dans on esfiace de 63 ans, on a jeté sur le marché une masse d'or prés de tnûs toû plus omis»dérable que celle qui avait été extraite pendant 350 ans! Et si l'on admet que sur les 136 millioas d'onces produites jusqu'en 1840, 100 millions avaient subsisté, échappé aux perles d« toutes aatores, pour constituer ie stock eiislant, on s'aperçoit alors que ce stock, en 62 ans s'est trouvé soudain presque quadruplé.

Commeol dès lors, uoe pareille augroeulatioon'aarail-elle pas été une cause décisive de la chute de U valeur de l'afgeDl? Gel effet peut, sans doute, s'interpréter de la manière suivante : il y a no siècle, le monde avait besoin, pour assurer la loaction monétaire, à la fois de l'or el de l'aient qui étaient praduls en quantités relativement restreintes. Aujourd'hui, l'or est produit en si grandes quaatilé» qu'il teud à devenir suffisant pour alimenter le mécaoisrae des échanges et des règlements inleroalionaui. L'ai^nl, toujours utile cependant, ne sert plus que comme billon national. Et cette chute dans l'opinion que l'on se fait de la valeur d'usage sociale de l'argent devait oéeessairemeat provoquer un effondrement de sa valeur.

Hais si celte bv pothése est vraie, on doit en retrouver ta confirmation dans les faits. C'est dans les faits qu'il faut voir si l'action de U production de l'or sur la valeur de l'aident est directe, précise et immédiate, ou bien s'il n'y a qu'une ioOueDce très générale de tendance et de répercussion.

Donnons k cet effet une représentation graphique des mouvements des prix de l'argent et des mouvements de la production d& l'ori V. diagramme, p. 307). Il apparaît aussitôt que s'il est vain de chercher une relation entre les deux courbes pendant toute une première période de leur développement, une relation prend naissance au contraire à la fin de leur mouvement; or ceci corrobore précisément notre hypothèse, puisque l'influence de la production dn métal jaune sur les prix de Targent se manifeste au moment niémeoii cette production prend un essor décisif. Après une période de lixilé relative de la production de l'or, qui oscille k partir de 1850 entre 5 à 6.000.000 d'onces par ao. on voit tout

d'un coup, à parlir de 1S90, augmenter rapidement et de façon inouïe kschîilres des quantités extraites. Or, le début de l'eiïondremeot décisif et difficilement explicable des prix de l'argent, qui se produit aussi en 1890, coïncide avec le début de l'essor prodigieuique prit h partir de celte date la production aurifère. Cette caractéristique n'esld'ailleurs pas la seule et (a liaison des deux phénomènes paraît pouvoir être déduite avec quelque raison d'une série d'autres rapports. £n suivant la marche des

jy[

Cviibei lit la pmductiDii Je l'or el in prii île l'iigeul.

deux courbes, on remarque en effet que noo seulement leur direction générale manifeste un mouvement inverse, mais encore, avec plus de précision, que les arrêts ou les chutes de la production de l'or, en 1895-96 et en 1899 corresponden ta une reprise des cours de l'argent ; qu'au sommet marqué par la production de rorent898-1899correspondunedépressiondupri\ de l'argent, etqu'àla reprise delà productionde l'or consécutiveà 1900, correspond enfin un nouvel affaissement des cours de l'autre métal. — Du reste, malgré les arréls que subit par deux fois la courbe de l'or, la direction générale de la production de l'or demeurant ascensionnel le, les cours de l'argent n'ont jamais des reprises

surfisanles pour contrarier leur ieadaDce générale à ta baisse.

Il peul sans doute paraître paradoxal que l'accroissement de la production de l'or puisse être cause d'une baisse de la valeur de l'argent. Celle-ci se trouve en elTet mesurée par rapport à l'or, et l'augmentation en quantité du terme or devrait logiquement avoir plutôt pour résultat de faire baisser la valeur de l'or par rapport à l'argent, c'est-à-dire, en d'autres termes, de faire augmenter la valeur de l'argent par rapport à la valeur de l'or. Mais il est naturel de penser qu'ici, le jeu Ihéorique de la loi qui aurait dû amener ce résultat a été contrarié par l'attribution à l'or, dans l'opinion publique, d'une valeur sociale accrue précisément parce que c'est en l'or seul maintenant que l'on a conliance pour assurer la fonction monétaire.

Il résulte donc de l'examen graphique auquel nous venons de procéder que l'influence de la production de l'or sur la valeur de l'argent, parait trouver dans les faits une sérieuse confirmation-. Mais il faut maintenant montrer que cette nouvelle cause permet d'expliquer, dans le phénomène actuel de dépréciation de l'argent, ce que les deux autres causes laissaient saas réponse.

Or, en premier lieu, nous avons vu plus haut, que ni les démonétisations ni la croissance de la production ne donnaient une raison suffisante de la chute des cours postérieurs à 1890, que les reprises consécutives à la réforme indienne et à l'abolition du Sherman Act, en 1893, et à la réforme japonaise en 1897 semblaient paradoxales, enfin que la stabilisation actuelle de la production n'empêchait pas la dépréciation de se poursuivre. Toutes ces anomalies s'expliquent si l'on fait intervenir la production de l'or. La chute des cours de 1890 à 1894 correspond à l'ascension de la production aurifère; les reprises de 1894 et 1898, à des arrêts ou à des chutes de cette production ; la dépréciation continue enfin, malgré l'arrêt de la production argentifère, à une tendance continue à Taugmentalion des quantités d'or.

Laproduction de l'or, invoquée en cette matière, permeten outre de comprendre les origines de la dépréciation actuelle de l'argent. Nous avons dit plus haut que si l'Allemagne a procédé en 1873 à la démooélisalton initiale, c'est qu'il y avait déjà une baisse de l'argent, faible à la vérité, mais réelle, depuis 1862. Or cette

baisse était toute relaliTe puisque le rapport de valeur de 1^,35 en 1S62 passe à 1S,60 en (869. Elle n'avait de réalité que comparée au niveau de la valeur de l'argent dans la période précédénie où le rapport était de 15,27 en 18S7 et 15,19 en 1859. Et si, dans une telle situation de valeur on a pu songer à déinonéliser l'argent, c'est peut-être moins en considération d'un accroissement futur continu de la production de l'argent, qu'à cause de l'augmentation des quantités d'or fournies au marché. 11 faut en effet se souvenîrque le chiffre delaproduclîon annuelle moyenne de l'or qui était en 1810 de 652.000 onces environ, était passé à 1.760.000 onces pendant la période 1841-1850, pour atteindre, en 1831-1855, le chiffre de 6.500.000 onces, maintenu assez exactement par la suite. Et il est probable que cet afflux d'or fut la cause déterminante de la première réforme monétaire et de - celles qui suivirent, bien plus que l'augmentation de la production argentifère qui n'aurait jamais pu, seule, pousser à abandonner l'élalond'argent.

Aiosi, aux deux causes qui sont le plus généralement admises pour expliquer le phénomène contemporain de la dépréciation de l'argent, il semble bien que l'on puisse en ajouter une troisième — la production croissante de l'or — que l'on n'a pas, à ma connaissance, invoquée jusqu'ici.

Cette troisième cause agit d'ailleurs exactement comme tes deux autres — l'accroissement de la production de l'argent et les démonétisations — pour provoquer la chute de la valeur. Elle renforce le sentiment que l'on a, dans l'opinion publique, de la déchéance de l'argent. On peut même dire qu'elle rend possible la manifestation de ce sentiment, en permettant de se passer de l'argent. Mais cette cause nouvelle, formellement invoquée, me paraît donner plus de précision statistique ei une explication plus satisfaisante que celles que l'on invoque le plus souvent pour donner la raison de la déchéance de l'argent.

On peut voir maintenant, au terme de cette étude, en quoi la dépréciation de l'argent se trouve liée à l'accroissement de sa production pui.sque aussi bien je m'étais proposé principalement ici de rechercher s'il y avait un lien entre ces deux phénomènes. La conclusion qui parait devoir être tirée de notre analyse, est

LEON POLIER

(]ue la production (fe l'arpent n'a pas agi Hireclemeot sur sa valeur. Il a fallu l'interveolion des mesures de démonctisatioD el de l'accroisKemeat de la productinnde l'or. Celle dernière cause, jointe à l'a ugmnn talion des quantités d'ai^eota fait que le rapport de production des deux métaux est resté tout à fait comparable à ce qu'il était en 1520. On se rappelle en effet qu'à cette époque il était de 7,4 0/0 d'or contre 92,6 0,0 d'argent, et qu'en 4902, il éUil encore de 7,9 0/0 d'or contre 92,1 O'O d'argent. Si, malgré celte fisité du rapport de production des deux mélaus, le rapport de leur valeur a changé si profondément, c'est que Végalité du rapport de production dissimule une augmentation parallèle des deux termes de ce rapport, et, c'est là ce qui a permis à la dépréciation de Pargent de se produire. Dans ce rapport de production, l'augmentation du seul terme : production argentifère, n'aurait pa» permis les variations, du rapport de valeur el c'est ce que nous avons constaté aux xvi'et xvii* siècles. Pour-que celle augmentation du taux de production ai^enlifère ait pu agir sur la valeur, il a fallu que l'augmentation de l'autre terme se produise aussi et permette de dédaigner le premier métal pour la fonction monétaire. On peut donc dire, en Tin d'analyse que la production de l'argent n'a agi sur les prix de ce métal que par l'intermédiaire de la production de l'autre métal.

Si donc l'on veut pronostiquer l'avenir probable de l'argent au point de vue de ses prix, ce sont les deux termes du rapport de production des métaux précieux qu'il faut envisager.

Or, à cet égard, la production de l'argent qui parait stabilisée et qui ne l'est, comme on l'a vu, que par suite de la disparition nécessaire des mines d'argent proprement dites, suivra vraisemblablement, du fait de l'augmentation de la production du plomb et du cuivre, et du fait du perfectionnement croissant des procédés d'extraction, une marche ascendante.

D'autre part, l'élude qui précède la nôtre (V. Brocard, P/t>duction de Cor) a montré que tout fait prévoir que d'ici à cinquante ans on possédera 400 milliards d'or.

La conclusion parait donc certaine. L'argent ne remontera pas le courant de baisse que lui imposent à la fois el sa production et celle de l'or. L'argent tendra de plus en plus h abandonner sa qualité de métal précieux pour prendre rang parmi les métaux induslriels.

BIBLIOGRAPHIE

I* Sources teclmlquee.

ScHNABEL. — Traité de métallurgie. Paris, Baudry et C", 1896. RoswAG. — L'argent et l'or. — Production, consommation et circnlalhn

dex métaux précieux. 2 vol., Paris, Dunod, 1889-1890. Colleclion de The minerai Industry depuis l'orij^ine.

2° Sources statistiques.

Reports af tke Director of tke Mint upon the production of the preciom metals in the United Stales.

Reports of tke Secretary of ihe Treasury on the State of tke Finances.

Rapport!) de t Administration des monnaies et des médailles.

Datos estadisticos preparadospor la secrelaria de Hacienda y Cre-diiopublico especialmente para el estudio de la cueslion monetaria. Mexico,

Comision monetaria Mexieana. Estudio sobre la plata en sus relacionea COD ios sislemas moQ^tarios por la comision meKicana de cambios inleroacioQales, formada por lossenoresEnriqueC. Creel, LuisCamarho y Eduardo Meode.

— en outre, les procès-verbaux des séances de la dite commission, et particulièrement les annexes stalistiques du procès-verbal de la séance du a août 1903 (Actâ num. 3". — Sesion celebrado el dia de Aposto de 1903).

Report on the introduction of the Ijold-Excbange Standard into China and ollter silver-using countries. — Submitted to the secretary of Slate, october I, 1903, by the commission on international exchange.

SoETBER. — Malerialen.

Statistiques des métaux cuivre, plomb, étain, zinc, argent, nickel, mercure et aluminium, publiées par la « Métal lurgische Geselisrban » dn Francfort-sur- Mein, années 1893-1902.

DE

Page 1