LA BAISSE DE L'ARGENT
VIS-A-VIS DE i;OH
Par B. BATNAUO
Le mouvement géoéral qui entraîne aujourd'hui la plupart des pays vers l'adoplion de l'étalon d'or est un fait trop connu pour qu'il soit besoin d'y insister. On ne peut plus aujourd'hor citer comme pays à étalon d'argent que les Philippines, les possessions anglaises du Détroit (Slrail Settiemenls), la Chine, i'Iodo- Chine française, les iles Hawaï, le Maroc, l'Abyssinie et les pays Asiatiques qui ne sont soumis ni à la domination russe, ni à la domination anglaise.
Tous les autres pays ont successivement passé à l'étalon d'or; voici les principaux, avec quelques indications sur leur importance.
Ce fut d'abord l'Angleterre en 1816 : depuis 1817 jusqu'en 1903, la somme totale de la monnaie d'or frappée (Australie comprise) se montait à 580.612.789 livres sterling, soit une moyenne annuelle de 6.613.710 livres sterling', alors que pour ta monnaie d'ai^ent le même lolal serait seulement d& 51.877.806' livres sterling (Valeur nominale).
Le Portugal en 1854 par la loi du 29 juillet est passé à l'étalon d'or.
> Thirly Tourth Annual Report oftheDeput^master and comptrollerof the Mint,. IWB, p. 80.
• Ainauné, Rapport de l'Admintîtralion du monnaies ft médailUi, p. 23Ï. C.-S. — B. Raynaud. 20. •
B. RAVNAirD.
L'AIlemagDe a réaliste la même réforme par les lois da 4 décembre 1871 et du 9 juillet 1873. L'importance de cette réforme est capitale : le marché allemand était comme le marcbé anglais uo grand débouché poar l'or : il a été frappé de 1872 à 1903,
i.000.677.404 marcs en monnaie d'or contre 699.i58.Hi — eo monnaied'ai^ent'.
Le même mouTemeol s'est poorsuifi avec les Pay5-Bas(1875), les trois Étals Scandinaves, Danemark, Suède et Norwège (1873- 1875), la Finlande (1878).
Presqu'à la même époque l'Union latine fermait i la frappe libre pour l'argent les hôtels des monnaies de la France, de la Suisse, de la Belgique el de l'Italie (1878).
De même, vinrent à l'étalon d'or, l'Inde (1893), la Russie (1897), le Japon et le Pérou (1897), le Siam (1902), le Mexique (1905).
On a beaucoup discuté déjà sur les conséquences monétaires de cette évolulioD générale vers le monométallisme or : on attribua tout naturellement à cette politique monétaire ta baisse prodigieuse du métal-argent. Les discussions théoriques furent nombreuses à ce sujet et les prédictions se mnltiplièreot. Qu'en est-il advenu dans la réalité? c'est ce que nous voudrions ici rechercher, en nous plaçant principalement au point de vue des effets du phénomène dans les rapports des deux métaui or et argent. Les progrès des statistiques monétaires, les documents amassés dans les grandes enquêtes de divers États permettent aujourd'hui de tenter une étude de ce genre.
Deux observations préalablessont nécessaires pour mettre au point la question.
1* La baisse de l'argent vis-à-vis de l'or n'est pas, comme on lésait, directement saisissable pour les pays qui comme la France «l les États de l'Union latine sont encore au régime du « double étalon boiteux ». Nos écus de 5 francs qui n'ont plus qu'une valeur inirinsèque de 2 fr. 40 ou 2 fr. 50 circulent encore pour leur pleine valeur nominale. Et comme les prix sont coté» en or, contre lequel l'argent s'échange pour sa valeur nominale, on est loin de sentir en France tous les effets de la baisse de l'ar-
> Aroaund, Rapport Id., p. tSH.