Gélineau. Des peurs maladives ou phobies. Paris
2. In Pitres et Régis. Les obsessions et les impulsions. Paris, Doin, 1902.
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idée s'imposera à l'esprit sous un motif quelconque, appelé par association directe Ou par contraste, et durera un temps plus ou moins long; elle sera une gêne, mais permettra néanmoins les occupations habituelles.
D'autres ibis, les obsessions revêtiront un caractère subintranl, se succéderont sans discontinuité, se systématiseront dans une certaine mesure, et alors on assistera à une véritable crise d'obsession.
En voici trois types: le premier a trait à une femme qui, impressionnable et inquiète à l'excès, s'est toujours l'ait, d'après sa propre expression, « des montagnes d'un rien », voyant le côté fàcbeuxde toute chose, et vivant dans un pessimisme constant. A la suite d'une grippe, elle présente des accidents neurasthéniques avec crises d'obsession. Elle a un sentiment de vide cérébral avec impossibilité de réunir ses idées, de fixer son attention, est inapte à tout travail; tout mouvement lui est pénible. Elle se ligure être atteinte detoutesles maladies qu'elle connaît, désespère de guérir, et redoute une mort prochaine. A certains moments, elle se sent poussée malgré elle à se donner la mort. La vue d'un couteau éveille chez elle l'envie de s'en frapper, celle d'une corde l'idée de se pendre, etc., et chaque fois elle doit lutter pour ne pas donner suite à son désir. Cet état dura environ trois mois et notre malade redevint ce qu'elle était auparavant, inquiète et scrupuleuse. Depuis lors, à quatre reprises, elle contracta des infections grippales qui chaque fois furent suivies des mêmes manifestations d'une durée à peu près égale.
Ces crises d'obsession semblent liées à une infection et sous sa dépendance.
Le deuxième type concerne un sujet qui a toujours été phobique et obsédé : il se fatiguait vite, était sujet à des maux de tête et se plaignait le matin de lassitude. Enfant, il redoutait de monter en voiture, craignant toujours quelque accident, n'osait communier par crainte de confessions imparfaites. Il fait sa médecine et craint alors d'être incapable d'achever ses études et de passer sa thèse, bien que le succès couronne tous ses efforts. La guerre arrive : on lui donne un service d'hôpital. Peu ;i|)iès, il a des douleurs de tête, avec constriction en casque, une sensation de vide cérébral, et surtout des crises d'anxiété avec gémissements continuels et impossibilité de rester en place. Ces troubles sont plus accentués dans la seconde partie de la nuit et clans la matinée La dominante de cet état est l'existence d'obsessions : notre sujet craint d'être. accusé de désertion, de trahison même : il se voit déjà traduit en conseil de guerre et condamné. La crise d'obsession s'est ici développée sans émise bien caractérisée. — C'est le cas le plus fréquent,
Dans le troisième exemple, il est question d'une femme de trente ans qui a toujours été, elle aussi, phobique et scrupuleuse, s'accusant de faire mal ce dont elle était chargée. A l'époque de sa première communion, elle fut tourmentée par la crainte d'avoir toujours oublié quelque péché en se confessant. Plus tard elle se marie. A 28 ans, elle eut une fièvre typhoïde grave, accompagnée d'un délire dont elle ne conserva aucun souvenir. Un an plus tard, grossesse, normale jusqu'au cinquième mois. A ce moment, céphalalgie, impression de vide cérébral, pesanteur et faiblesse des jambes, constriction céphalique en casque. Quelques mois après l'accouchement, à ces sensations s'ajoutèrent de l'anxiété avec gène respiratoire, angoisse précordiale, malaise indéfinissable, dégoût insurmontable de la vie, apathie.
La malade aurait désiré être morte, mais ne se sentait pas poussée à se tuer. Quelques semaines plus tard apparurent des accès d'obsessions et impulsions au suicide. Bien qu'étant parfaitement heureuse en tous points, elle se sentait poussée malgré elle et sans raison à se tuer, en même temps que s'accroissait l'anxiété. Ces obsessions n'étaient d'ailleurs pas les seules. Se trouvant un jour avec son jeune enfant sur les genoux, elle avait aperçu un couteau de cuisine. Cette vue avait éveillé en elle l'idée d'enfoncer le couteau dans la poitrine de l'enfant, et ce désir était devenu si impérieux qu'elle avait dû quitter l'appartement. Elle eut alors la représentation mentale vive de l'acte accompli, qui lui fit horreur et provoqua en même temps une détente. Une autre fois, au moment de se coucher, elle éprouva l'irrésistible besoin de s'exhiber en chemise dans la rue. Elle se dirigea vers la porte pour satisfaire ce désir, mais la vue de ses enfants arrêta cette tentative. Elle présentait également des impulsions : un jour, elle faillit succomber à la tentation de lancer sans motif un bol à la tète de son mari pendant le déjeuner. Mais l'obsession dominante était celle de suicide, et revenait environ deux fois par mois, par périodes de huit à dix jours. Ces accès étaient coupés par des phases d'exaltation dans lesquelles la mentalité se transformait. A la tristesse succédait une gaîté exagérée, également sans motif. La malade se reprochait d'avoir voulu se tuer et se promettait de n'avoir plus semblable pensée : elle se sentait forte., heureuse de vivre, s'occupait avec activité de son ménage, de ses enfants, voyait l'avenir en rose, voulait sortir, aller au bal, au théâtre : elle chantait la plus grande partie de la journée. Cette période d'excitation était d'une durée à peu près égale à celle des phases de dépression avec obsessions.
Ces différents cas sont distincts les unsdesautres. Dansle premier, les
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crises d'obsessions sont provoquées par une maladie infectieuse; dans le deuxième, elles ne paraissent amenées par aucune cause bien déterminée; dans le troisième, au lieu d'être continues, elles revêtent le type périodique OU circulaire, caractérisé par l'alternance de périodes d'exaltation et de dépression avec obsessions '.
Jusqu'ici nous avons vu que les obsessions présentaient un caractère intermittent. L'obsession isolée revient de temps à autre, mais ne persiste pas de façon continue. Les crises d'obsession n'apparaissent qu'à certaines périodes. Existe-t-il un état mental continu plus profond, qui conditionnerait l'éclosion de ces troubles, ceux-ci n'en étant, pour ainsi dire, que l'exagération ? en un mot, les obsédés ont-ils un état mental particulier?
Les dispositions mentales relevées chez eux pourraient être rapportées, les unes à Y émotivité , les autres à V intelligence, d'autres enfin à l'activité.
Le caractère principal du trouble émotif est l'exagération qui se traduit par de la timidité, de Y inquiétude, un état de crainte générale, un sentiment de dissalisfaction, d'incomplétnde.
Le sujet est timide devant les gens, devant les événements, les affaires, devant la vie. Cette timidité envers les personnes le rend gêné, lui fait perdre contenance, le prive de ses moyens : les impressions défavorables qu'il éprouve de ce fait lui font attribuera autrui des sentiments en rapport avec ces impressions : c'est ainsi que les gens avec lesquels il entre en contact lui semblent désagréables et hostiles : « ce sont des poseurs, des arrogants», etc.; il en résulte qu'il restreint déplus en plus le cercle de ses relations. Timide devant les événements et les affaires, il n'ose rien entreprendre, redoute toujours un malheur, une catastrophe; il diminue son activité, réduit au minimum ses affaires et circonscrit autant qu'il le peut le champ de ses entreprises. Il en est de même pour toutes les autres choses de la vie : il est rebelle à toute initiative, à tout ce qui sort de ses habitudes, de sa routine.
Il est inquiet pour lui, pour sa santé, pour sa vie, pour sa famille et son entourage, pour ses affaires. Il vit dans un état de crainte conti-
1. La conception de l'obsession, manifestation dans certains cas de la psychose maniaque dépressive, a été soutenue par MM. Drny et René Charpentier au Congrès de Nantes (août 1909) et dans V Encéphale (octobre 1909 , « Obsessions et psychose maniaque dépressive ».
miellé, soit pour le présent, soit pour l'avenir, soit même pour le passé. Dans le présent, il est tourmenté par la peur de ne pouvoir arriver à la fin de ce qu'il entreprend : il s'imagine qu'il ne pourra jamais faire face à la tâche qui lui incombe : L'avenir lui apparaît plein de surprises inquiétantes et fâcheuses, il voit tout en noir et ne pense qu'aux catastrophes possibles, aux malheurs imprévus. Le passé lui-même le préoccupe : il lui est une source à la fois de regret et d'inquiétude : il regrette ce qu'il a fait, ce qu'il n'a pas fait, les occasions dont il n'a pas profité, celles dont — à tort peut-être — il a pu bénéficier, le sens dans lequel il s'est dirigé, etc.
Toujours mécontent de lui-même et des autres, il ne trouve rien de bien : son lit est mal fait, sa table mal mise, ses comptes sont mal tenus. Il veut toujours refaire son ouvrage ou le faire recommencer. Ce sentiment d'incomplé Inde domine d'ailleurs toute sa vie : il éprouve le besoin continuel de parachever, de perfectionner ce qu'il voit et qui lui semble avant tout incomplet, aussi tous ses efforts, toutes ses aspirations sont d'avance paralysés par ces sentiments.
Du côté de Inintelligence, la note dominante est le doute. Le sujet n'est jamais sûr de ses sensations : il doute de lui et des autres. Il n'est pas certain d'avoirbien compris cequ'ila entendu, ce qu'il a vu, ce qu'il a lu, etc. Il lui faut des vérifications continuelles. Il redoute tout de lui-même et des événements : il attend les pires conséquences d'incidents simples en eux-mêmes. Un parent va-t-il en voyage ? il voit le train qui remporte déraillant, la voiture versant ou tombant dans un précipice, le bateau coulant à pic. Un orage éclate-t-il ? c'est sur sa maison que la foudre va tomber : le vent va arracher la toiture qui ira tuer ou blesser un passant ; celui-ci lui deviendra une charge, puisqu'il devra lui fournir une pension, etc., etc.
Accompagné de ce pessimisme constant, le doute perpétuel, sur sa conduite devient le scrupule. Le sujet a peur de mal s'acquitter de sa tâche, de n'avoir pas fait tout ce qui était son devoir. Il se reproche des négligences qui ont peut-être compromis les intérêts, la sécurité ou la viedautrui.il revient sur son passé pour en voiries lacunes ouïes défauts. Il en arrive ainsi à ressassertoujours les mêmesidées (véritable rumination intellectuelle), et se confine dans un cercle presque invariable de pensées (piétinement mental).
Pour sortir de cet état, une intervention étrangère est souvent nécessaire, et ce secours d'autrui lui est parfois apporté par simple affirmation, sans qu'il soit besoin de raisonnement ou Été démonstration. Uactwité est essentiellement hésitante. L'obsédé est un indécis. Il ne
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peut se résoudre à aucun parti, recule perpétuellement devant toute initiative, même anodine.
Il résulte de tout cela que ces sujets, rompant leurs relations, restreignant leurs affaires, limitant leur activité, s'isolant de plus en plus du monde, diminuent leur expansion, creusent un fossé entre eux et la société, se recroquevillent sur eux-mêmes, et, comme on dit vulgairement, « rentrent dans leur coquille ».
Cet état, en lui-même, constitue une véritable maladie, moins apparente cpie l'obsession elle-même, qui en est l'exagération momentanée, véritable feu de paille flambant par intervalles. Ses conséquences n'en sont pas moins néfastes pour l'individu, soit dans sa mentalité, soit dans sa condition sociale.
Les diverses particularités mentales (pie nous venons de voir à l'état permanent chez les obsédés forment, ainsi envisagées, des complexes peut-être un peu vagues et imprécis.
11 semble (pie l'on puisse trouver des signes à la fois plus nets, plus précis et plus objectifs en s'adressant aux manifestations les plus simples des fonctions soit réceptrices, soit motrices, et qui seraient la traduction extérieure de cet état mental '.
Du côté moteur, notons d'abord qu'on ne relève aucune altération des organes musculaires ou nerveux. Le trouble apparaît dans l'exécution de certains mouvements. La première modification nous a semblé l'exagération. Un sujet a un ruisseletà franchir : il fait un bond d'une ampleur excessive. Un autre, ayant à transporter d'un buffet sur une table une tasse fragile, la saisira avec beaucoup de délicatesse, l'élèvera très haut pour être sur de ne pouvoir rien rencontrer sur son