TRAUMATIQUE
Messieurs,
L'épilepsie traumatique constitue un sujet d'étude tellement vaste, qu'il m'est impossible de le traiter complètement en un temps aussi bref que celui dont je dispose. Je m'en excuse ; mais je crois plus utile d'essayer de tirer de l'étude des caractéristiques de l'Epilepsie traumatique les indications de la variété de traitement à instituer dans chacun des cas particuliers que vous pouvez rencontrer.
C'est qu'en effet, sous le nom d'Epilepsie traumatique, se groupent une foule de phénomènes qui n'ont de commun que la crise convulsive.
Celle-ci éclate tantôt immédiatement, tantôt très tardivement après le traumatisme, les accès en sont très rapprochés, souvent même existe un véritable état de mal : ces faits caractérisent l'Epilepsie aiguë correspondant à une irritation de l'Encéphale par un processus en évolution.
D'autres fois le premier accès n'éclate qu'après un certain temps de latence, l'évolution et la marche des accès sont semblables à celles du mal comitial : il s'agit alors d'Epilepsie durable relevant de cicatrices méningées ou cérébrales chroniques. C est l'étude de cette variété que nous allons entreprendre en commençant par ses causes.
Lésions causales. — Les traumatismes qui engendrent l'Epilepsie durable sont de toute nature et de toute intensité : depuis la transfixion du crâne et dé son contenu, jusqu'à la simple commotion par éclatement d'obus dans le voisinage.
Les lésions encéphaliques causées par les traumatismes ne sont cependant pas comparables. D'une part, il n'y a pas atteinte directe de l'encéphale, qui reste toujours séparé des plaies visibles par l'intégrité de la
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table interne du crâne. Nous réunissons ces blessures sous le nom de traumatismes non pénétrants, y comprenant les commotions à distance, les contusions du cuir chevelu, et même les embarrures osseuses de la table externe du crâne. Depuis les travaux de Logre et de Bouttier, il faut en effet considérer contusionnés et commotionnés comme atteints des mêmes troubles encéphaliques relevant du même mécanisme. Ces lésions, nous les connaissons du reste : MM. Mairet, Durante et denombreux auteurs ne nous ont-ils pas montré les petites hémorragies fines, disséminées dans tout le système nerveux de chiens sacrifiés après commotions? Ces désordres anatomiquessont en tout point comparables à ceux décrits par MM. Pierre Marie et Couvelaire chez les nouveaunés dont le cerveau avait été pressuré lors de l'accouchement. Ces auteurs pensaient que lorsque l'enfant résistait, il devenait épileptique, et nous avons souvent entendu notre Maître, dansdes cours sur l'épilepsie, recommander de chercher la cause du mal comitial dans les circonstances pathologiques de l'accouchement. Rien d'étonnant alors à ce que des manifestations comparables au « morbus sacer » éclatent après les contusions ou les commotions du crâne ; à une seule condition toutefois, c'est que ces dernières soient véritables, et l'on sait combien, pendant la iïuerre, furent confondus commotionnés et émotionnés.
Les traumatismes de l'encéphale sont souvent bien plus grossiers, mais aussi plus localisés, car sans cela le blessé n'y survivrait pas. Leurs traces restent marquées dans l'encéphale par la persistance de cicatrices macroscopiques : ce sont les traumatismes pénétrants ayant fracturé la table interne du crâne. Parmi eux, nous citerons les cals osseux, bombant à l'intérieur du crâne, et toutes les plaies des méninges et de l'encéphale laissant en séquelles des cicatrices volumineuses. Les manœuvres chirurgicales, telles que la réduction d'une hernie céré brale, une mauvaise plastic après trépanation, entrent dans cette catégorie, car en irritant la corticalité cérébrale et en réduisant le volume de la boîte crânienne, elles entraînent l'épilepsie.
Traumatismes non pénétrants et traumatismes pénétrants ne sont pas cependant, Messieurs, toujours aussi distincts que je viens de vous l'exposer. En effet, la cicatrice méningo-encéphalique grossière consécutive aux seconds, s'accompagne toujours de lésions fines, piquetant tout l'encéphale, comparables aux désordres dus aux traumatismes non pénétrants. Peut-être est-ce l'importance de ces différentes Usions les unes par rapport aux autres qui entraine de l'épilepsie généralisée ou jacksonienne?Mais ceci est du domaine de l'hypothèse et nous n'y pénétrerons pas.
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Fréquence. — Bien plus certaine, hélas, est la fréquence de l'épi lepsie consécutive aux traumatismes de tout ordre ; plus de douze pour cent des blessés de tête en sont atteints '.
Causes favorisant son éclosion. — Lorsque les traumatismes réunissent certaines conditions, les risques d'épilepsie sont bien plus considérables. Le siège de la lésion encéphalique, les caractères du corps vulnérant, les antécédents pathologiques du blessé ont grande importance.
Situation de la plaie. — Les plaies pariétales sont responsables de 1/2 des cas d'épilepsie constatés, alors que des plaies frontales, occipitales et temporales ne dépendent respectivement que de 1/4. 1/8 et 1/16 des observations que nous avons recueillies 2.
Les plaies du cervelet ne semblent pas épileptogènes. Sans doute, avons- nous pu constater des phénomènes épileptiques chez des blessés cérébelleux ; mais toujours existaient chez eux des signes évidents de l'atteinte d'une autre partie de l'encéphale, et il ne nous a pas été donné d'observer l'épilépsie à la suite de l'atteinte isolée du cervelet. Par contre, les blessures des lobes temporo-occipitaux et orbitaires sont certainement épileptogènes, et nombreux sont les cas d'épilepsie consécutive aux fractures de la base du crâne, qui les irritent.
Caractères du corps vulnérant. — Quelle que soit la situation de la plaie cérébrale, plus la cicatrice qui la suit est volumineuse, plus les risques d'épilepsie sont considérables. Les grandes dimensions du projectile, sa moindre vitesse, son plus long parcours, la suppuration consécutive, sont causes aggravantes.
C'est pourquoi l'éclat d'obus, volumineux, lent, arrachant et dilacérant l'encéphale sur une large surface, souvent chargé de terre ou de débris de coiffures, occasionne des plaies plus souvent épileptogènes que celles dues aux balles de fusil, petites, rapides, perforantes, beaucoup moins septiques.
C'est pourquoi encore, les transfixions du crâne et les projectiles intra-cérébraux entraînent si fréquemment l'épilépsie.
Pour ces derniers, il est juste de dire que les dégâts encéphaliques sont souvent notablement augmentés par les tentatives d'extraction qui