DIAGNOSTIC DE LA NATURE DE LA TUMEUR
Il est intéressant de chercher, parles seuls moyens cliniques, à préciser la nature de la tumeur cérébrale cpii est en cause, ce qui est de la plus haute importance pour prévoir la durée de la maladie, sa gravite et les résultats qu'il y aura lieu d'espérer de l'intervention chirurgicale.
Dans plus delà moitié des cas de tumeur cérébrale il s'agit de gliome, c'est-à-dire d'une tumeur qui se développe aux dépens de la névroglie; l'évolution est assez lente, mais il s'agit le plus souvent d'une tumeur infiltrante qui à la coupe se distingue du tissu sain par une coloration gris rosé, une consistance plus molle et qui peut même au centre devenir kystique. Qu'il s'agisse de gliome cellullaire, c'est-àdire formé aux dépens des cellules rondes de la névroglie, ou de gliome fibrillaire dans lequel les fibrilles névrogliques sont très abondantes et les cellules peu nombreuses, la rapidité d'évolution est sensiblementla même, car il s'agit dans presque tous les cas de tumeurs intracérébrales diffuses non énucléables, sauf cependant certains bons cas de gliome fibrillaire. Chose curieuse, un nombre «le tumeurs île
l'angle ponto-cérébelleux, franchement extracérébelleuses, sont souvent constituées par ungliôme fibrillaire formé aux dépens de la trame névroglique qui accompagne les nerfs (acoustique, facial) en dehors de leur émergence (Lhermite).
Les sarcomes ou fibrosarcomes sont au contraire le type de la tumeur d'évolution lente, formée aux dépens du tissu conjonctif, ayant par conséquent leur point de départ dans les gaines vasculaires et les méninges. Ce sont, dans l'immense majorité des cas, des tumeurs bien limitées, énucléables, essentiellement opérables; dans cette variété de tumeurs, il y a lieu de signaler le sarcome angiolithique ou psammome, tumeur conjonctive contenant des sphérules calcaires et qui peut, à l'examen radiographique, donner une ombre très nette ; ils siègent le plus souvent à la face interne de la dure-mère, assez souvent près de la faux du cerveau.
Enfin une variété assez curieuse de tumeur peut s'observer, surtout au niveau du cervelet : le cholestéatome, masse blanchâtre, nacrée « comme delà bougie », contenue dans une membrane d'enveloppe épidermique malpighienne et plus extérieurement d'une membrane conjonctive en rapport avec la pie-mère. Ce sont donc des tumeurs extracérébrales; elles se développent, semble-t-il, aux dépens d'un produit d'inclusion embryonnaire épidermique.
Nous ne citerons que pour mémoire les tumeurs parasitaires : échinocoques, cysticerques, dont le diagnostic ne peut être fait que par des notions étiologiques précises ou parla constatation clinique de tumeurs souscutanées, comme nous avons pu le faire chez une jeune malade qui présentait de nombreux cysticerques sous-cutanés et chez qui se manifestèrent des crises répétées d'épilepsie jacksonienne du membre supérieur droit.
Quant aux tumeurs métastatiques, néoplasme intestinal ou bronchique, tumeurs du sein sont les variétés de néoplasme qui donnent le plus souvent des métastases cérébrales ; elles se caractérisent d'une part par la multiplicité des signes de localisation et généralement par le peu d'intensité des signes d'hypertension. Nous avons pu, dans deux cas, faire le diagnostic exact par la constatation de cellules néoplasiques volumineuses dans le liquide céphalo-rachidien.
L'évolution clinique d'une tumeur cérébrale est fort variable, elle dépend à la fois du siège de la tumeur et de sa nature.
Les tumeurs de la fosse cérébrale postérieure (cervelet-protubérance) s'accompagnent très rapidement de phénomènes graves d'hypertension
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cérébrale et aboutissent en quelques mois au coma. Par contre, les tumeurs qui siègent dans les zones « muettes », en particulier les tumeurs pariéto-occipitales, peuvent rester parfaitement latentes pendant toute la vie du malade qui meurt d'une affection quelconque. La tumeur est découverte à l'autopsie.
Les gliômes, et surtout legliôme infiltrant, évoluent beaucoup plus rapidementque les fibromes ou fibrosarcomes à point de départ méningé. En particulier, connue nous l'avons signalé plus haut, les gliômes cpii évoluent chez des femmes jeunes au cours ou à la suite de la grossesse sont d'une particulière gravité.
Lorsque les signes généraux d'hypertension apparaissent, si l'on n'intervient pas, chirurgicalement, le malade s'achemine plus ou moins rapidement, comme nous venons de le voir, vers le coma.
Si la trépanation décompressive est pratiquée, — et nous parlons de la trépanation décompressive simple, — on observe dans la majorité des cas une amélioration presque immédiate (dans les jours qui suivent l'intervention), c'est-à-dire disparition complète ou presque complète de la céphalée, relèvement quelquefois surprenant, mais passager de l'acuité visuelle. L'amélioration est d'une durée Tort variable, toujours suivant la nature et le siège de la tumeur, en moyenne un an à dix-huit mois, mais nous avons observé des cas dans lesquels l'amélioration persista 4 et 5 ans, c'est-à-dire la disparition de la céphalée, l'arrêt de l'évolution vers la cécité.
D'ailleurs, si les phénomènes d'hypertension réapparaissent, une nouvelle décompression peut être faite du côté opposé; elle donne les -mêmes résultats favorables, mais d'une durée beaucoup moins longue, en général quelques mois seulement.
Il en est tout autrement si l'intervention n'est plus simplement palliative, mais permet l'ablation de la tumeur. Ces cas, malheureusement trop rares, sont tout à fait remarquables comme résultats définitifs : les malades que nous avons observés six et huit ans après l'intervention non seulement ne présentaient aucun symptôme tir récidive, mais la restitution des fonctions motrices ou sensitives, la disparition des troubles cérébelleux étaient à peu près complète, surtout lorsqu'il s'agissait d'un malade jeune.