QUATRIÈME CONFÉRENCE
M. le Dr Gustave ROUSSY
Professeur agrégé à la Faculté de médecine, Médecin de l'hospice Paul Brousse.
Messieurs,
Si les troubles moteurs d'origine cérébrale sont aujourd'hui bien connus et les syndromes moteurs hémiplégiques à type cérébral bien établis, il n'en est pas de même pour les troubles sensitifs cérébraux. Cette question est restée, en effet, pendant fort longtemps enveloppée de la plus grande obscurité. Cela tient en partie à ce que très souvent, les troubles sensitifs sont associés aux phénomènes moteurs et sont parfois dominés par eux, d'où la difficulté de les déceler. Cela tient aussi auxdifficultés rencontrées dans l'appréciation clinique objective des troubles sensitifs qui exigent des recherches particulièrement minutieuses, et qui dépendent d'une série de facteurs individuels, relevant à la fois du médecin et du malade. On sait combien il est facile, au cours d'un interrogatoire, de suggestioner les sujets examinés, et combien l'appréciation de leurs troubles sensitifs est liée directement à leur degré de compréhension.
Quoi qu'il en soit, les progrès apportés dans les méthodes d'investigation clinique de la sensibilité, nous ont fourni une série d'acquisitions importantes qui, à l'heure actuelle, paraissent bien établies. Ces acquisitions sont dues à la collaboration de différents procédés mis en œuvre : la méthode anatomo-clinique, complétée par les techniques d'histologie fine et les recherches expérimentales pratiquées chez les animaux, en particulier chez les singes anthropoïdes, au moyen de l'excitation directe ou de la destruction d'un fragment du -cortex.
Grâce à ces différentes méthodes, nous possédons à l'heure actuelle
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une Foule de documents importants relatifs aux localisations sensitives cérébrales et aux voies centrales suivies par les sensibilités dans les centres nerveux. De ces documents je ne retiendrai ici que les principaux traits saillants, ceux qui entrent plus directement clans mon sujet, ceux qui, en somme, intéressent le clinicien.
C'est ainsi que nous aurons à étudier les deux grands syndromes sensitifs cérébraux qui, à l'heure actuelle, occupent une place bien définie dans le cadre nosographîque : le Syndrome thalamique de Dejerine et Roussy, et le Syndrome sensilif cortical ou Syndrome corticopariétal.
C'est à l'étude de ces deux syndromes que sera consacrée la plus grande partie de cette leçon.
Il me semble nécessaire auparavant, sous une forme d'introduction à l'étude des troubles sensitifs d'origine cérébrale, de vous rappeler brièvement les données élémentaires de l'anatomie des voies sensitives et de préciser quelques-uns des points utiles à connaître dans la recherche des troubles sensitifs cbez les malades.
Données anatomiques.
Nous entrons en relation avec le monde extérieur au moyen de sensations diverses plus ou moins différenciées, qui sont transmises par l'intermédiaire du système nerveux. La sensibilité est donc une des fonctions primordiales de ce système, fonction dans laquelle l'appareil nerveux tout entier est misa contribution.
L'étude de la sensibilité comprend celle de la sensibilité générale et celle de la sensibilité spéciale ; cette dernière est fonction d'appareils particuliers, sièges des sens de la vue, de l'ouïe, de l'odorat et du goût. Je me limiterai ici, à l'étude de la sensibilité générale qui comprend Insensibilité objective et la sensibilité subjective.
La première est révélée par l'action extérieure de tout agent mettant en activité le système nerveux : la douleur à la piqûre, à la brûlure, par exemple, sont des sensations perçues objectivement par le sujet ; la recherche de ces troubles sensitifs objectifs donnent habituellement des renseignements précis et sûrs.
Les sensations subjectives, au contraire, sont réveillées par les excitations intérieures venant spontanément irriter les centres ou les terminaisons nerveuses ; les douleurs névralgiques, les engourdissements sont des sensations que le sujet perçoit spontanément, qu'il peut
décrire et analyser lui-même, mais qui échappent à toute méthode d'examen somatique ou de contrôle de la part du clinicien.
On comprendra donc pourquoi les renseignements fournis par l'étude de la sensibilité subjective sont moins sûrs que ceux fournis par l'étude de la sensibilité objective ; il faut en effet faire la part des différences de réactions personnelles qui varient à l'infini avec les sujets.
L'appareil sensitif, dans sa plus simple expression, est composé d'organes terminaux dits de réception, qui, au moyen de conducteurs nerveux, transmettent les excitations périphériques aux centres de réception médullaires ou corticaux. Il y a lieu par conséquent d'étudier : 1° les organes de réception ; 2° les voies de transmission ; 3° les centres corticaux de réception.
Une série de travaux récents sont venus modifier les données clas'siques anciennes sur la topographie des centres moteurs et sensitifs au niveau de corticalité cérébrale.
En effet, depuis les recherches de Frits h et Hitzig (1870), et jusqu'à 1900, la plupart des neurologistes attribuaient, à la sensibilité et à la motricité, une même localisation corticale, comprenant la région rolandique (circonvolutions frontale et pariétale ascendantes, pieds des frontale et pariétale et lobule paracentral). On admettait cependant avec Charcot, Tripier et surtout Redlich, que la zone sensitive dépassait légèrement en arrière les limites de la zone motrice.
Cette doctrine classique fut contredite pour la première fois en 1901 par les recherches expérimentales de deux physiologistes anglais : Grùnbaum et Sherrington. — Ils démontrèrent, en utilisant la méthode d'électrisation faradique uni-polaire, que chez les singes anthropoïdes, la circonvolution pariétale ascendante ne faisait pas partie de la zone motrice ; cette dernière sétendant uniquement en avant du sillon de Rolando.
Os idées, révolutionnaires à leur apparition, firent l'objet d'une série de travaux et d'expériences de contrôle, qui permirent en fin de compte l'établissement d'une doctrine nouvelle admise aujourd'hui. Celle-ci repose généralement sur une série de documents tirés de l'observation physiologique, de l'observation anatomo-clinique, et de l'observation histologique pure. L'intérêt qui ressort de ces recherches m'oblige à entrer ici dans quelques détails.
Les données fournies par Grùnbaum et Sherrington dans l'expérimentation sur les singes, concordent avec celles obtenues par l'excitation corticale pratiquée chez l'homme au cours d'interventions chirur-