CLINIQUE
Les traits classiques du goitre exophtalmique sont connus de tous : vous n'avez aucune peine à les évoquer ; vous vous les rappelez, ces
rig. 1.
Collection île M. le Piofes eur Pierre Marie
malades, des femmes, habituellement, aux yeux saillants, au Faciès bos* tile et tragique, à l'éclat singulier du regard qui s'allume plus vivement à l'occasion d'une émotion. Vous avez tous le souvenir de cette agitation, de cette palpitation musculaire incessante qui s'objective dans leurs mouvements, dans leurs gestes, dans leur parole, dans leur
LE GOITRE EXOPHTALMIQUE
écriture. Leur col exagérément remonté cache avec soin un corps thyroïde volumineux, saillant, qui fait paraître le cou plus long etàcôté duquel les jugulaires dessinent leurs sinuosités frémissantes ; la tête elle-même est secouée à chaque systole par les hattements des caro-
Fig. 2.
(Collection de M. le Professeur Pierre Marie)
tides (signe de Musset). Prend-on le pouls ? il hat à 180-140, exagéré encore par l'appréhension de l'examen. La région précordiale se soulève avec force et la palpation fait percevoir les battements forts et rapides, témoins d'un éréthisme cardiaque. Au moral ces malades sont mélancoliques, inégales, désagréables pour leur entourage. Leur aspect est
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cachectique ; amaigries, parfois squelettiques, elles semblent s'acheminer vers une mort prochaine.
A côté de celte forme où le goitre exophtalmique s'épanouit au grand complet, combien n'y a-t-ilpas de formes frustes ! Tachycardie, goitre, exophtalmie, tremblement, troubles de la nutrition, modifications du psychisme caractéristiques du goitre exophtalmique s'y montrent tour à tour prédominants.
Si les termes de l'expression clinique sont précis, existe-t-il la même certitude lorsqu'on examine l'origine de la maladie ? Y a-t-il une maladie de Basedow vraie et, à coté d'elle, des syndromes basedowiformes, ou le goitre exophtalmique n'est-il qu'un vaste syndrome, comme on en rencontre tant d'exemples en pathologie? Ne pourrait- il pas en quelque sorte être comparé au diabète, qui parait résulter de causes si diverses ?
Roussy, dans son très remarquable rapport au Congrès des aliénistes et neurologistes (Strasbourg 1920), croit avoir trouvé dans l'anatomie pathologique la solution de la question et défend avec un grand talent la thèse d'une individualité basedowienne opposée aux syndromes basedowiformes. Pour lui, dans le goitre exophtalmique vrai, il y a des lésions spécifiques qu'il décrit ainsi :
1° Des lésions d'hyperplasie épithéliale des cellules cylindriques avec état végétant des acini, des modifications de la matière colloïde. Ces lésions sont comparables à celles observées chez les chiens qui ont subi une section partielle de la glande et dans le corps thyroïde desquels on trouve des réactions d'hypertrophie compensatrice.
2° Des lésions d'atypic cellulaire banales avec présence d'ilôts éosinophiles qui ne se rencontreraient que dans la vraie maladie de Basedow.
3° Des lésions de néoformation lymphoïde dans 14 cas sur 15, avec reviviscence du thymus et adénite cervicale.
Ces lésions sont-elles spécifiques ? Elles nous semblent n'avoir qu'une valeur relative. Ni l'éosinophilie, ni les lésions d'hyperplasie épithéliale, ni les réactions lymphoïdes ne nous paraissent suffisantes pour étayer sur elles une entité anatomo-clinique. Elles constituent un mode de réaction dont nous essaierons plus loin île trouver l'origine, et qui n'a rien de vraiment spécifique.
Le syndrome de Basedow n'est pas un syndrome anatonio-elinique. c'est un syndrome physiologico-clinique dont la bise est l'hyperplasie thyroïdienne, quelle qu'en soit l'origine ; ainsi conçu, il n'est qu'une antithèse du myxoedème, qui peut résulter aussi bien d'un acte chirurgi-
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cal que d'une agénésie congénitale ou de lésions scléreuses acquises. C'est un syndrome dont la base est l'hyperthyroïdisation : n'y a-t-il qu'exagération de la sécrétion thyroïdienne ? Y a-t-il en même temps adultération ? La question est difficile à trancher, elle est d'autant plus complexe que par l'intermédiaire du milieu sanguin, le corps thyroïde fait partie d'un système et a des connexions physiologiques avec toutes les autres glandes endocrines. Quelle est la note que donne chacune d'elles dans le syndrome basedowien ; quelle part y prennent la surrénale, le thymus, l'hypophyse, l'ovaire, les parathyroïdes qui ont été tour à tour mises en causedans sa production ? Quel est aussi le rôle qu'il ne faut point méconnaître du système sympathique si intimement intriqué dans le système endocrinien ? Ce sont des problèmes qui sont longs à résoudre, mais qui ne doivent point faire méconnaître le rôle capital de riiyperthyroïdation, base physiologique du syndrome.