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ONZIÈME CONFÉRENCE

J.-A. SICARD

Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, médecin de l'hôpital Necker.

Messieurs,

Permettez-moi de remercier tout d'abord M. le professeur Pierre Marie, de la confiance qu'il m'a témoignée en me demandant de vous entretenir des algies et de leur traitement.

C'est là une question pratique au premier chef.. Notre devoir n'estil pas, à nous médecins, de nous efforcer, dans la mesure du possible, d'adoucir, d'apaiser, de guérir la souffrance, la douleur physique ?

Je ne vous parlerai ni de la douleur au sens de la finalité causale, delà protection de l'individu ou de l'avertissement du danger suprême, celle-là appartient aux philosophes ; ni de la douleur morale qui est du domaine des poètes ou des littérateurs ;

Souffre et abstiens-toi.

Douleur, tu n'es pas un mal, a dit le poète.

Il est bien vrai cependant que toute douleur physique, pour peu qu'elle soit aiguë et durable, impressionnera tôt ou tard l'état moral, et quand je vous parlerai de ces malheureux névralgiques de la face dont les crises sont d'une acuité extrême, vous les verrez vivant dans la crainte, l'appréhension et l'angoisse du lendemain douloureux.

Il est bien vrai encore qu'il existe des algies dites psychiques, dites mentales, sous la dépendance du xoivos, de la sensibilité générale, telles les algies des cénestopathes. Mais ces cénestalgies ne relèventelles pas, et avec quelque raison, de la psychiatrie ? Elles s'associent toujours à un état mental prédominant d'anxiété, d'idée fixe, d'obsession. Elles sont parfois le marchepied des états paranoïaques. Méfiez-

J.-A. Sli ARD

vous de ces malades. Us peuvent se comporter en revendicateurs inconscients, irresponsables. Ce sont eux qui accusent les médecins île n'avoir pas su les guérir. Leurs fausses interprétations arment leur bras, et pour ne vous rappeler que des homicides récents, je vous citerai les meurtres de Guinard et de Pozzi.

En face des névralgiques vrais, se dressent donc les cenestalgiques. Ne confondez pas ces deux groupes morbides entre eux. Evolution et traitement sont différents du tout au tout.

Je voudrais vous dire encore un mot d'une troisième classe d'algies, qui, si le terme était plus euphonique, mériterait la dénomination de « sympalhicalgies ». L'algie se double ici d'un appoint sympathique indéniable, et la participation des fibres sympathiques s'accuse surtout sur les extrémités du corps, tète et membres. La causalgie de guerre est un exemple typique de ces sympathalgies.

Au cours de cette conférence, je m'efforcerai de dégager les caractères différentiels des algies simples et des sympathalgies. Là aussi, évolution et traitement ne doivent pas être confondus.

C'est au tissu nerveux qu'est dévolue la fonction de sensibilité. Sans fibres sensitives, pas d'algies. Dans la hiérarchie des êtres, ce sont ceux qui sont le plus richement dotés en fibres sensitives qui possèdent le triste apanage de réagir le plus facilement à la douleur.

Les fibres sensitives s'éparpillent, s'essaiment sur tout notre tégument, sur nos muqueuses, dans l'intimité de nos viscères, fibres sensitives simples et également fibres sensitives sympathiques qui s'agrippent plus particulièrement à nos vaisseaux, aux troncs vasculaires et aux troncs nerveux.

Au niveau de certains appareils récepteurs sont enregistrées les impressions sensitives des téguments. Je ne veux pas vous rappeler ici les différentes modalités de la sensibilité et les discussions toujours ouvertes à leur sujet. Qu'il me suffise de vous dire que les impressions sont transmises de la périphérie aux, centres par les conducteurs nerveux, puis transformées par le cortex cérébral en sensations, avec répercussivité motrice, vaso-motrice, trophique, etc. Lorsque sur un trajet quelconque des libres conductrices îles sensi bilités, il y a irritation, lésion, adultération, la douleur est créer, cl la sensation anormale douloureuse aussitôt élaborée par la cortiealitc cérébrale.

En présence d'une algie vraie (qui n'est pas une cénestalgie), la solution clinique tient dans cette double formule :

1° Diagnostic du siège de l'algie :

a) Périphérique ; b) central, et dans ce dernier cas, médullaire, cérébral ;

2° Diagnostic de la cause.

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