A U. JEUNESSE
A vous, qui surei le temps d'apprendre ! A TOUS, qui aurez le bonheur d'oublier l
A vous, qui devrei la liberté à 1> dvilUstion, qui seule peut l> donner!
ÉHILE DE GiRAROIN.
A MONSIEUR DE LOUBDOUEIX
Ridaetmir en chef ii la «iznn de fiuncb
• Lt droit Mlril daat U Mtara w i dans Topiak» ém boflUMtf ■
« . . .Mail dMM Mito Mrfl Mafcit dool tgl !•- «ovmto à Mt jma fairtiqirilé k fkm ttvâlt, apparaît VM huîiièra qd m paiA moi égwar :
kaamm; d*oA U rétaHa qoa ro« as paol, qsa l'on an doit tfoinnr laa priaelpaa daaa laa aodiftaatioaa nAnaa da nalallif«Ma kvMiM. • nco. PkihupMt 4» tlM^kt^
Selon VOUS : « Naguère, le Dnni était supérieur au F«ï. » Sommé par moi de dire à quelle époque et en quel Ueu, ▼DUS avez répondu :
« Le droit était supérieur au (kit dans tous les tenu» et dam k icience de tous les peuples, mémesous roppression des faits tiolateufs du droit. En France {Mirticulièrement, et hier encore, œtte crojanoa était le fôud de toutes les discussions. Les questloBS d'appBcalioo du droit partageaient seules les opinions; nuds pefsoaie ne itait le droit en lui-même, ni sa supériorité I l'égard do fait»
Est-ce là ane réponse sérieuse? Burtout estnse là one lifail claire? Nommer le Droit, opposer le Fait au Droit, tAntm^^*^ définir? Qu'est-ce que le Droit? Si vous le savez, à i pouvez le dire, dites-le donc en termes précis que toull»! teur comprenne, et dont il puisse se servir pour reeheiàK |i v dans l'histoire des peuples et des siècles en quels temps cta quel pays le Droit a rogne sur le Fait et Va subjugué. Ir.
Ainsi vivement pressé, et ne pouvant plus reculer, voida Iï' quels termes vous avez enfin défini ce que vous noiiiiDak|>
Droit :
a M. ilc (îirardin nous dc'^fie de lui donner une définition ft dkM il veut (|ui^ tout lecteur lu comprenne^ môme apparemment kicapift qui n'ont jamais réfléchi, ceux qui n'ont acquis par rinstradÎBBA l'élude aucun des instruments do la pensée, aucun des termei 4i h langue des idées.
u Si nous disons à M. de Girardin que, dans son acceplioa U yla haute, le DitoiT est la li^no la plus courte qui va de la raison de Dirai la raison d(; l'homme, répondra-t-il qu'il ne comprend pas cette déiflition ? Cela se peut; mais sera-ce notre faute, à nous qui la comprcMOi U-ès-bien, el dont elle satisfait l'esprit et la raison.
» I/étymoIo{^ic nous dit que droit vient de direchu; le dictiomâc défmit le droit : « juste raison, faculté dont l'exercice est appnmvé |« » les lois naturelles et sociales. » Pour les Latins, le droif , /m, eit la racine ih justice. u.(jcéron dit que « la première loi est la dmkte ni- » son de Dieu. » (^ctte déliuition de Cicéron correspond à la nôtre.
» M. de (iirardin a-l-il voulu nous jeter dans la métaphysique m nous forçant de définir une idée qui se cache dans les profondeon^ l'esprit liumaln? Veut-il nous engager dans la controverse pU^ sopliique ?
» Qu'est-ce donc (|ue cet esprit sceptique qui prend plaisr à M tout ai qui est de consentement universel chez tous les peuplai? Oi va-t-il î Une veut-il ? »
Je vous réponds :
Ce que je veux .^ Je voudrais en finir avec tous ces mots teb que : Droit, Haison^ Justice, dont le sens varie et se contredit selon les temps et les pays. — Oii je tais? Je\ais de ce qoeil à ce qui sera ; je vais de ce que j'ai appris à ce que jlgMm; je vais du progrès accompli au progrès subséqueBl; je im de rinfaillibilitê dmentie s'intitulant Autorité à IV
to 86 nommant Liberté ; je vais du Pouvoir qui ne sait Savoir qui peut; je vais du servage corporel| qui a dis- France, au servage intellectuel, qui lui a survécu; je ce servage légal de rintelligence au libre exercice de 6e ; je vais de la tutelle publique à la raison indivije vais des lois émanant soit de la volonté d'un hommCi votes d'une majorité, aux lois dérivant de la nature ses; je vais de Terreur reconnue à la vérité démonvais du doute détruit fi la certitude acquise; je vais option érigée en règle à la règle appliquée sans excep- I vais, enfm, de l'arbitraire à l'absolu, iroit, selon votre déflnilion, est la ligne la plus courte é la raison de Dieu à la raison de l'homme, comment )s-vous qu'il ait fallu à l'homme tant de siècles pour peu de chemin '/Qu'appelez-vous la raison de Dieu? signes se reconnaît-elle? Par quels effets se manifeste- St comment, étant toute-puissante, ne s'impose-t-elle
ime est né avec la faculté de raisonner; c'est par cette
exclusive qu'il est supérieur à tous les autres êtres
qui n'en ont pas Hi) doués.
isonneraent est l'exercice de ses forces intellectuelles,
le mouvoment est rexercice de ses forces corporelles.
e raisonne comme le cheval marche. L'homme qui
*, obéit à In loi de sa nature comme obéit à la sienne le
[ui marche. Ni plus ni moins.
I pensée de i homme ait l'entière liberté de se mou-
18 les limites qui lui sont propres ; ce droit contesté,
incontestable, est le seul que je revendique pour mmes et femmes, forts et faibles, savants et ignorants, t pauvres ; ce droit me sufiit ; je n'en demande, je nprends pas d'autre.
« infractions portées au plein exercice de ce droit le, j explique les révolutions du Passé, les contradic-
Présent, les aspirations de l'Avenir, nner est le Droit, tout le Droit, rien que le Droit ; rai- Test pas seulement le Droit, c'est aussi le Devoir, ime, être pensant, a le droit et le devoir de penser, lire de combattre par le raisonnement ce qui lui paraît nuisible ; c'est-ii-dire de défendre par le raigODoement
544 LE DROrr
ce qui lui paraît juste ou utile. L'homme qui raisonne fût h société h son image ; elle est ce qu'il est; elle ncsaitqvce qu'il a appris ; s*il sait peu, elle est ignorante ; tonte nofai qu'il acquiert marque un progrès qu'elle fait.
Guerres de nation à nation, révolutions de peuple k g» vemement, proscriptions de parti à parti, extenninatiovè culte à culte ne sont toutes que les effets d'une même cuk: rivalité entre la force matérielle, le droit du plus fort, et II force immatérielle, le droit du plus capable.
Que cotte rivalité rentre dans ses limites naturelles, c'catîdire que la force matérielle n*ait plus à lutter que contRk force matérielle : le plus fort contre le moins fort; qKh force immatérielle n'ait plus à lutter que contre la iM immatérielle : le plus capable contre le moins capable ; qi** cesse de mettre aux prises entre elles deux forces trop difli^ rentes pour qu'elles puissent être rationnellement riTskt, d aussitôt, comme le feu s'éteint faute d'aliment, eesieiwt exterminations successives, proscriptions mutueÙes, rfirobtions périodiques, guerres intermittentes.
J'appelle force matérielle : toute puissance corporelle, Umk puissance numérique.
J'appelle force immatérielle : toute puissance inteIlectiieB«. toute puissance scientiflque.
J'appelle force matérielle : toute loi factice, toute !« à ^a^ complissement de laquelle l'évidence de sa nécessité ne sb& pas.
J'appelle /orce tmmo/^tip//(p .' toute loi naturelle, toute Ui raccomplissement de laquelle l'évidence de sa nécessiié soflBL J'appelle force matérielle : la force par laquelle Thomine 9à semblable à l'animal.
J'appelle force immatérielle : la force par laquelle Humobt est supérieur h tous les autres êtres animés.
Hommes de ce siècle et de ce pays, qui tous avei été allernativement vainqueurs et vaincus, ne cherchei pins à nm vaincre, mais cherchez h vous convaincre ; au spécieux opposez le raisonnement irréfutaUCi à T opposez la vérité ; mais n'opposez plus la force ment. Vous, qui vous nommez Guizot, réfutez ou biles lélUer. si vous le croyez nécessaire, Lamennais; mais ne T sonnez pas !
Est-ce qii*en 1840 Lamennais, le grand écrivain, mort hier Il dont la France porte aujourd'hui le deuil, est-ce qu'en 1810 Lamennais s'était aposté derrière une barricade ? Est-ce IQ'il avait dépavé les rues ? est-ce qu'il avait porté un sabre ? Mt-ea qu'il avait chargé un fusil? est-ce qu'il avait braqué m canon? est-ce qu'il avait lancé un obus? Non, H avait railonné ; il était dans l'exercice de son droit.
Au mépris de cette déclaration de saint Jean : «La parole iteit Dieu, » M. Guizot faisant écrouer Lamennais, au lieu le le faire réfuter, personnifie non le triomphe moral de la brce immatérielle sur la force immatérielle, mais la victoire ltf§ale de la force matérielle sur la force inunatérielle. A ce pompte, le lion qui a dévoré l'homme serait donc supérieur à niommel
Faire incarcérer, dès qu'on en a le pouvoir, le détracteur DQ le contradicteur qui vous donne tort, an lieu de démontrer (u'on a raison, est une chose qui parait encore en France ce qu'il y a de plus simple et de plus légitime. Cependant, que dirait-on de deux interlocuteurs dont l'un répondrait à l'aigument de l'autre par un coup de pistolet tiré à bout portant? Cette Cftçon d'échapper à l'embarras d'une réplique, cette ikçon de condamner au silence son interiocuteur, en le tuant, prouverait-elle que la supériorité du raisonnement était du eMé du survivant? Qu'en pense-t-on? Le sentiment d'indignation qu'inspirerait une telle monstruosité, un tel abus de la force matérielle, est le sentiment qu'inspirera un jour toute manière analogue, se fût-elle appelée loi, de mettre hors de eombat la force immatérielle.
Qu'il me soit permis ici, afin de mieux préciser ma pensée, de rapporter substantiellement une conversation que j'eus, dans le cours de Tannée 4853, avec une notabilité répoUicaine à laquelle j'adressais la parole pour la première fois, et qu'un service à rendre avait amenée dans mon cabinet.
Cette notabilité républicaine, fort connue dans les bureaux du Nûiùmal et de la Réforme^ avait joué un rôle actif dans le prologue de la révolution du 24 février.
S'être servi de la force matérielle pour remplacer la Monarchie de 1830 par la République de 1848 lui paraissait tout simple et, sinon légal, parfaitement légitime; mais, quoiqu'elle approuvât sans scrupule le 24 février, elle blimail sans res-
546 LE I>HOIT
tricUon le 2 décembre. Elle admettait qu'on renversai nn gos-
verriement en procédant de la base au faîte ; mais elle n'it mettait pas qu on le renversât eu procédant du faite à la bac: on d^autrcs tcrmeâ, elle admettait la révolution opérée pv en bas, mais elle n'admettait pas la révolution opérée pu en haut ; elle glorifiait les coups de Peuple, mais elle flétiMHil les coups d'Etat.
(( Si les coups de Peuple sont plus lé^times que les casp » d*Ëtat, expliquez-moi donc, lui dis-je, sur quels droits k » fondèrent les membres du Pouvoir exécutif pour donner k » nom du crime (i) à la tentative du 15 mai? ExpliqaeMMÎ » donc en quoi les occupants de l'Hôtel de ville du 24 lénfar » furent moins FACTIEUX que les occupants de THÔtel de vDb » du lo mai, ainsi qualifiés dans la proclamation des wm D bres do la commission du Pouvoir exécutif ? Ehcpliquei-iBoi » donc quelle ditrérerice vous faites entre les premiers et In )> seconds, sinon que ceux-là r<'>ussireat le 94 février et qse » ceux-ci échnufTont le 15 mai? Contre les occupants Ai )) 15 mai, qualifiés do factieux par les réoecupants dn SIft- )) vrier, invocjuerez-vouslesufrnige universel, invoquerei-flMS )) le vote du 20 avril I8i8? Si vous vous retranchez derrièrsk )) suffrage universel, que n^pondrez-vous aux oceupants ds }> â dc^cembre qui vous opposeront le vote du 20 décembnlW )) et le vote du 20 novembre lH5â? Il fautC'tro franc, il faut toi » catégorique ; votre triomphe, le 24 février, décoré de ce bsn » nom « la majefté du droit » , ne fut que le triomphe da Ibit » sur le faible, et la preuve de la vérité de ces paroles, c'srt » que demain, si vous triom[)hiez de nouveau, tous » encore oblig<^s de faire ce que vous fîtes, voua et vos )) les J5 mai et 24 juin 1848 ! i*Lst-ce vrai? Donc, voua n'i )> pas de critérium, donc vous n'avez pas de meauie, dsae )) vous n'avez pas de balance pour reconnaitre, mesarv, )> peser qui a tort ou raison, qui rentre dans le droit etqai ■ » sort?»
{{} PUiJCL.\MAT]ON DK LX COMMISSION DU POUVOm
» IJncniMHurti'' cuiiimi> contre rAssomblôo nationale. Quelques ricnSDX ont U'iiti'; (lo violur I.i soiivprainrt^ du peuple. Devant eet atliaiyywi rcpréiMiaUuU soat restvi calmes et formes; la wqfmU da saonlSssBp portû »ur la fotxê àrutalt» »
m vititeur ne pouvait pas répondre à mon iotorpeUotion ; réluda^tril,
irfcs avoir constaté qu'il l'éludait, j'ajoutai :
La Droit est un mot qui a un sens différent, selon qu'il ppUquc à Tétat de barbarie ou selon qu'il s'applique l'état de oivilisation. Lorsqu'il s'applique à l'état de 'baric, Droit signifie k plia fort ; lorsqu'il s'appUque état de civilisalion, DroU signiuc le plus capable. Le droit plus fort s atteste pur la victoire matérielle ; il a pour ues tout ce qui tue. Le droit du plus capable s'atteste r la victoire immatérielle ; il a pour armes tout ce qui ifle. Le 2i février, qu'avciiont donc h faire le soir les liqueurs du matin? Us avaient à faire une courte proclation où ils eussent dit tout simplement : — Le pouvoir se iud au risque de le perdre. II y a deux manières de nous aquer : ou par la force matérielle ou par la force immaicile. A ceux qui nous attaqueraient par la force maté- Ile, nous répondrons par l'emploi de la même force, de on à leur prouver que nous sommes les plus forts, et que is ne craignons pas l'agression ; à ceux qui nous attaqueent par la force immatérielle, nous répondrons par Temi di; la même force, de façon h leur prouver que nous imies les plus cajmbles et que nous ne craignons pas la cubsion. Dune, que les partis VJiincus choisissent leurs ues I Veulent-ils se battre? La force sera repoussée par force, charges à mitraille contrt! barricades, canons itro fusils. KntifTO liberté. Au plus fort le pouvoir! ilentnils discuter? Le raisonnement sera réftité par le H>nm;ni<'n(, <Iisoours contre discours. Journaux contre rnaux. Kntirre liberté. Au plus fort le pouvoir! Mais «qu\m peut raisonner et se conduire en nommes doués la faculté de discuter, pourquoi se battre et se conduire êtres dépourvus de la faculté de penser? L'homme ^ui lieu de raisonner se bat, déchoit; l'homme qui au heu se ballriî raisonne, 8*él^ve. Vaincus et vainqueurs, démons donc matériellement, et ne nous combattons plus immatériollenient, par les mojrens auxquels rindoslrie t ses victoires et la science ses conquêtes. i>
N'étant interrompu par aucune objection, qadq doctrine frappât pour la première fois les oreilles auditeur et dftt l'étonner, je continuai en finissant mots :
« Dans cet ordre d'idées, les mots crime et fœh
)} émaillent toutes les proclamations affichées les I!
» 24 juin, proclamations signées de vos amis de laCon
» executive, ces mots n'ont plus de sens. Quiconque e
» pouvoir social Texerce à ses risques et périls. C'(
A d'être ou le plus fort si on l'attaque, ou le plus capa!
)> le discute. La faiblesse qui a le dessous dans u
» a un nom : elle s'appelle faiblesse; l'ignorance i
» dessous dans une discussion a un nom : elle s'appd
)) rance. Pourquoi donc les appeler crime? Pourquoi •
)> appeler faction? N'a-t-on pas vu assez de fois la
» prisons réunir le proscrit et le prescripteur, celni4
» à celui-ci la main en s'avouant intérieurement quej
» eu le même pouvoir, il eût déployé la même intol
» L'insurrection qui échoue est un risque qui se paji
i> quoi les révolutions ne se terminent-elles pas? C'est
» se démentent toutes; c'est qu'elles ne finissent jan
» où elles commencent toujours : en proclamant la
)) Les révolutions sont la revendication du mineur q
)) d'être mineur contre le tuteur qui ne veut pdn
» d'être tuteur, du serf intellectuel contre le suzerai
» Le pouvoir change de main, mais ne change pas de
» voilà pourquoi une révolution qui s'éteint n'est jai
» le prélude d'une révolution qui s'allume. Séparation
» entre ce qui appartient au pouvoir tndiôiduel et
)) appartient au pouvoir tndwUibte^ conséquemment
» séparation absolue entre ce qui constitue l'empir
)) force et ce qui constitue l'empire du raisonnendei
)> autres limites que celles qui sont tracées par la y
)) Terreur : telle est l'œuvre qui a été manqaée trois ;
n 1789, en 1830, en 1848, et qui est réservée à Vk
Entière liberté de penser avec tous les attributs qui posent : voilà donc ce que j'appelle non pas on droiti Droit.
LBMIOrr SM
18 pins, je dis que rhomme n'a pas la liberté de ne pas
mme qui ne pense point, l'homme qui ne raitonne Q*est pas un homme, et si un homme qui pense pouvait r la chair d*un homme qui ne pense pas, il ne serait mpossible de démontrer que celui-là n'est pas anthrojfe. L'homme qui ne raisonne point n'est pas le semde l'homme qui raisonne.
^r est plus qu'une liberté, c'est une nécessité. ^ léccssité de penser, conséquemment de satisfaire ce
par la parole, par l'écriture, par l'imprimerie, par , par renseiî^nement, par la discussion, par le raisont, existe au môme titre que la nécessité de manger, de
de dormir, de marcher. C'est une nécessité pour le de raisonner, comme c'est une nécessité pour lui de Br. Cette nécessité porte avec elle-même ses limites, ter légalement la nécessité que l'homme a de raisoni|t pas moins abusif qu'il le serait de limiter légalement ssité que l'homme a de manger, ne rationne que ceux qui ne se nourrissent pas eux-
; on rationne l'enfant, le soldat, le serviteur. lehors de l'entière liberté pour tous de raisonner, je )ts point, je ne comprends point ce qu'on décore de ce ïstrait : la Raison ; je ne le comprends pas. plus que je iprendrais une addition sans total, une mtûtiplication roduit, une division sans quotient; la Raison, c'est ce raisonnement démontre.
ontrez-moi que vous avez raison en me mettant dans ssance de vous démontrer que vous avez tort, mais ne itraignez point de vouer un culte idolâtre à la déesse .
st-ce que la Raison ?
laison d'un siècle est-elle la Raison d'un autre tiède? ison d'un pays est-elle la Raison d'un autre pays? La
d*un homme est-elle la Raison d'un autre honune? La
selon Descartes, Malebranche, Locke, Leibnitx, Kant, t la Raison selon Arnaud, Bossuet, Reid, Hobbes, stre?
laison est une question de temps , la Raison est une m de nombre ; elle est relative, elle n'est pas absolue.
La Raison est au raisonnement ce que la récoHe esl à li
semence. Telle semence, telle récolte.
Direz-vous qu'en m'exprimant en termes si positib e( i rudimentaires, j'essaye de vous jeter dans la mëtaphysiqtt, que j'essaye de vous engager dans la controverse philoMpH* que, que j'essaye de vous égarer dans la définition d'aneklÉ qui se cache dans les profondeurs de l'esprit hnmainTDiia' vous encore que je suis un esprit sceptique qui prend plaar i u niertout ce qui est de consentement universel eheztonsls I peuples? I
Citez-moi donc, 6 mon contradicteur, un seul point lequel tous les peuples aient été d'accord, un seul point lequel le consentement universel dont vous pariei i existé !
Non, je ne suis point sceptique, car je crois fermemnti rimpuissance flnale de la force matérielle et à la tonte-poiS' sancc définitive de la force immatérielle, celle-ci que, si tods vous le voulez, je nommerai le Droit, par opposition à cdk4 s'appelant la Force. Tel que je viens de l'expliquer : le DroiL c'est le raisonnement sans autres limites que l'errenr on b vérité, sans autre juge que l'évidence, sans autre peine qtf la réfutation ; c'est la Raison démontrée par elle-m&ne etpv elle seule; c'est, enfin, le triomphe de la Raison sans le secours de la Force.
ileul (t H pBat<4M qu'an aalnlT ■
■ L'ordra ntUI M leol«* chowi b'«*I qn* la
• La rataon Snln loa)oDra par anlr ntooB. •
< S'il T a m Dian, U tanibla, tniâqiM, n'arant ai pMiaa ■! baràai,
incipablei dn connalirt ni o* qu'il «M, id ai O M. ■
PAUcuL. Pnuitn. Parlia il,Mi.I.
• L* drail M dàdiiil da U nlaaaj ta«lj«*t d«
|,rii Ar U MdM 1 1» lab n'iB aonl qui la la Autant la p— i*a ail ^st «nia qua b p auiaut l'grÛn DalDnl dca chaMaaal pkBti nahk fl |ilu> CMalanl qua ha Icdi. >
>ui triiflz à v<itri> iI*^iini(ioD ilu Droit; je tiens k U
IHU,
l'une dit l'i-R iliïux déilniLioDs est f lut justa qtw l'utr».
comment cette justesse relative se démontrenrt-de?M raisonnement. Que faites-vous en vous efforçant de trer que j'ai tort et que vous avez raison? Vous Donc, vous qui me donnez tort quand vous dissertez, donnez raison quand vous agissez. Vous combattez mn^ nion, et cependant vous vous y conformez. Tel eAVtnÉf de la vérité sur Terreur. En combattant l'erreur, on lidMt en combattant la vérité, on se détruit.
Mais, avant d'aller plus loin dans cette controvene, i é nécessaire de vider une question préjudicielle : edbii Futilité de ce débat et de son opportunité.
On dit : « Qu'importe, fût-elle irréfutable, telle lUhiii du Droit plutôt que telle autre? Oii cela mëne-i-îl?Obilpi la force matérielle, que peut la force immatérielle ?•
Je réponds : En effet, cette discussion par^ iTiiirii d'opportunité, conséquemment peu d'utilité. Hais kijii^ naux, sans ministres dépendants d'une majorité nîi^ n'étant plus que des leviers sans point d'appui, qniàl poulies tournant sans rien faire mouvoir, ce qui i nédik ces poulies le nom de poulies follet^ quelle discosàoB iiri plus utile, quelle discussion serait plus opportune? Loi ji^ naux discutent pour discuter, comme ces poulies toÂit pour tourner. Ils ne sont plus un champ de bataille qa%Hi de spectacle.
Quelle discussion serait plus utile? Une discusakwQ^ lieu pour elle-même, en est-il par elle-même de ploi i tante, puisque de l'idée qu'on a du Droit découlent tiulB. rapports sociaux de nation à nation, de peuple à gOQitf^' ment, de famille à individu, d'individu à individu, de M^ faible, de riche à pauvre, de savant à ignorant?
Quelle discussion serait plus opportune? Quand tera-t-on, si ce n'est quand il n'y a rien de plus et xis^ mieux à faire ? et quel moment plus propice pour débilllil' hautes questions que celui où la critique des actes 4k'' hommes du pouvoir est expressément interdite?
Donc, à ce point de vue de l'utilité et de l'oppoitaniliil* journaux et leurs rédacteurs n'ont pas de meilleur aii|hik la liberté dont ils jouissent encore par tolérance qM dikfaire servir à élever les questions au-dessus des homoMlb^ les hommes passent, les questions restent.
LBmorr m
penistei à totitenir que le Droit est bi raitOB dt
urnsie, de mon côté, à soutenir que le Droit est la le THomme, se démontrant par le raisonnement, le mouvement se démontre par le mouvement, a raison de Dieu se démontre ainsi, et j'abandonne l'opinion que je défends pour me ranger à l'opinion s défendez. Mais, pour que la raison de Dieu se dé- , ainsi, il faudrait que Dieu raisonn&t. ison de Dieu n'est donc qu'un mot qui, imprimé dans fi de France^ signifie : a la raison de M. H. de Lour-
ot n'a pas d'autre signification, car s'il en avait une
1 signifierait impuissance.
Tet, que serait un Dieu qui n'aurait pas la puissance
er sa volonté, de dicter sa loi, ou qui, ayant la
ans ses mains, les fermerait à l'homme égaré à sa
te?
trait un Dieu qu'il faudrait reléguer parmi les faux
npuissants ou malfaisants qui ont été successivement
s après avoir été superstitieusement adorés.
ce qui démontre avec toute la clarté de l'évidence que
est la raison de l'Homme, et que le Droit n'est pas la le Dieu, c'est que le Droit a constamment varié et icore selon les temps et les lieux, j fut flétri est glorifié, ce qui ftit glorifié est flétri; ce
défendu ici est permis là ; ce qui là est permis est I ici.
I prêtre de la raison de Dieu, dîtes-moi donC| vous s savoir, ce que réprouve cette raison et oe qu'dle
)t-elle l'esclavage?
)t-elle le servage corporel?
;t-elle le servage intellectuel?
»t-elle la domination de l'homme sur rbomme, demi-
nadmissible si tous les hommes naissent frères?
)t-elle la soumission de la femme à l'homme, soumit-
sscrite par la loi, mais que contredit l'égalité de
e et de la femme rétablie par la foi?
ït-elle qu'un homme règne sur ses semblables antre-
S54 LB MIOIT
ment que par la force du raisonnement et da la
autrement qu'en se faisant, en toute vérité, en tonte ha non en paroles, mais en actions, leur senritenr?
Admet-elle qu'un homme commande à sel sodi comme il commande aux êtres qui diffèrent de M \ faculté de penser dont ces derniers n'ont pas été donéi?
Admet-elle que deux enfants étant nés de la mCnei l'un, étant réputé légitime, soit comblé de tons lui tiindis que Tautre, étant réputé illégitime, soiteidii part d'héritage?
Admet-elle que l'enfant puisse Être légalement dUi fils de riiomme qui n*en est pas réellement le père?
Admotr-elle que, n'ayant pas fait qu'on héritât deiii on hérite des biens?
Admet-elle que le petit nombre ait le anpeiflasaaii l'avoir acquis par le travail, lorsque l'immense nombn que du nécessaire, qu'il ne peut conquérir môme ufi 1 ■ épuisement du corps?
Admet-elle que le luxe et la misère puissent se trufl de génération en génération, et subsister en mênietca|i le même pays?
Admet-elle la pénalité qui survit au repentir?
Admet-elle que Thomme, 8*érigeant en juge mf infaillible, conséquemment irréprochable, condanmew homme à la peine de mort?
Admet-oUe le partage des honmies en camps 0^1 déclarant la guerre, et le morcellement de l'univen cai nalités ombrageuses, procédant de la force et de la OQM et perpétuant Tesprit de rivaUté?
Si la raison de Dieu ne transige pas avec l'erreur fltl ticc; si ollo n'admet que ce qui fut, que ce qui est on i qui sera (Hernellement vrai, éternellement juste, OQfl interprète de cette droite et immuable raison, expUqai que telles générations aient ou puissent avoir un soHa rent de celui de telles auti*cs générations? Quellea floa| tiens seront données à Thomme qui aura vécu le ooipK sous resolavagc, sous le sen^age, sous l'oppreiiioat que son semblable vit ailleurs la t^l'te haute, en pleiaif sion de lui-même, et no relevant que de sa aenleK Comment et où se rétablira l'égalité rompue entre ei
UDRorr m
oéB, entre ces dem eréataren sorties des mains du messe teur, entre ces deux frères? Un compte aiira441 été ri à chacun d'eux, où toutes les jouissances de l'un it été portées, où n'aura été oubliée aucune des sonf* es de l'autre? Comment la balance s'établira*t-eUe?Gom* la différence en sens contraire se soldera4-eUe? raison de Dieu, telle que vous la définisses, n'explique st complique tout.
raison de l'Homme, telle que je la définis, explique tout complique rien.
r la raison de l'Homme, j'explique sans la justifier la irie qui fut et qui est, relativement h la civilisation qui » qui sera.
raison de THomme se développe par la culture, ant d'être un épi, elle a commencé par être un grain; i d'être une javelle, elle a commencé par être un grain épi ; avant d'être une gerbe, elle a commencé par être -ain, un épi et une javelle ; avant d'être la récolte qui le pain et la force des multitudes, elle a commencé par jn grain, un ^»pi, une javelle et une gerbe, monde physique a commencé par un homme. Cet ne a procréé un autre homme. Le monde intellectuel a Qencé [)ar une idée. Celte idée a procréé une autre idée.
e, c*est-ii-dire l'homme intellectuel, croît et se multiplie, oe croît et se multiplie Thomme charnel. L'homme est t et matière, intelligence et corps. Il a une double exis-
f. Il existe corporellement, il existe intellectuellement, orollement il a cinq sons : la vue, l'ouTc, l'odorat» le
le toucher; intellectuellement il n cinq fiacultés ! le dis- )ment, l'entendement, la mémoire, l'analyse, la synthèse, nme est double. Il est esprit et chair. J'explique la su&- )n et la multiplication des idées comme j'explique la ^asion et lu multiplication des hommes : par la mémo loi iture, d*uccouplemcnt et de développement. Il y a des is et des générations intellectuelles comme il y a des M et des géiKTatiuus charnelles. 11 y a des idées femelles s idées milles, comme il y a des idées fiUes et des idéee s.
monde intellectuel, se peuplant de plus en plus d'idées, insforme comme se transforme le monde physique par-
tout où la population croît rapidement en nomhn. k le champ se défriche, l'arbre se greffe, le fea s'allone, se forge, la laine se tisse, la maison se construit. Le f est la pression du besoin. Plus celui-ci est impérien celui-là est actif. La civilisation, en définitive, n'est qv croissement du nombre des idées. C'est le penplan monde intellectuel.
Ou ridée n'existe encore qu'en germe, c'est liba c'est l'enfance de l'homme, c'est l'enfance de la sodA ridée se fait jour, c'est la barbarie qui tend à décrottn l'homme qui tend à raisonner, c'est la société qui toi former. Que sera-t-elle? Elle sera ce qu'est le sd, idoi y a beaucoup de terres pour peu de bras, ou bemn bras pour peu de terres. S'il est simple que des étenà terre soient restées ou restent sans être manuelieniNl vées, il est tout aussi simple que des étendues de tonpi! restées ou restent sans être intellectuellement défriehéi bras manquaient ou manquent à ces étendues de tan idées manquaient ou manquent à ces étendues det6ii|i nomme des siècles.
Il est vrai de dire que je n'admets pas ou que je i'k plus de distinction morale entre le Bien et le Mal. Ce fi appelez Mal, je le nomme Risque.
Dans l'ordre moral, qu'appelez-vous le Bien?
Appelez-vous ainsi l'entière et stricte application d> ceptes évangéliques?
Mais cette application, si elle avaitlieu, serait la dob de la société telle qu'elle existe.
Toute pénalité, toute justice tomberaient devant T vation de ces commandements :
« A celui qui te frappe sur une joue, préMnMM amti tmà quelqu'un t'aie ton manteau, ne Vempkhê poM de prtaàf tunique.
» Et à tout homme qui te demande^ donne-hii ; et à cdm fil qui l'appartient, ne le demande point.
» Et comme vous voulez que les autres vous bssent, fidln4i de même.
» Mais si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, qod \
LE DHOrr 5o7
^ m saurft-uoi Car les gens de mauYaue vie aiment aussi ceux qui k^|m aimeiiU
^^« » El ai J9^M,^ MHK» Ju bien qu'à ceux ijoi fons aurait bit da bien, ^ggjpNl ffé irons en aann-l-onT Car les gens da mauvaise tie font anaai 7^ Blême.
^ ft pourquoi aimes ?os ennemis et fidtea dn bien, et prties sans
espérer, et votre récompense sera grande et vous seres les
^Haut, car il est bienfaisant enven les ingrats et les
» Eimjug€%f>aùUii vam neampoêjugéi; m cimdammx poM <l ne serez pas eondonméi. » (I)
Toute hiérarchie sociale s'écroulerait sous cette déolara-* tion :
« Les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers. ())
» Vous qui aves la foi en la gloire de notre Seigneur lésus-Christf Wè faites point acception de personnes. S'il entre dans une de vos as- •emiilées un homme ayant un anneau d'or et un babit magnifique, et qu'il y entre aussi un pauvre mal vêtu, et qu'arrêtant vos regards sur le riche, vous lui disies en lui offrant un siège : « Asseyes-vous ici, » et que vous disiei au pauvre : « Tenes-vous là debout ou asseyei-vons à ans pieds, » n'est-ce pas là faire, en vous-mêmes, une différônce entre loi et l'autre, et vous abandonner à d'iniques pensées dans le jugement que vous faitesT Si vous avex égard à la tondàion de$ perumna, vous commettes un pécbé, et vous serez condamnés par la loi comme en étant les transgresseurs.
« Si un de vos frères, une de vos sœurs n'a pas de quoi se vêtir et manque de ce qui lui est nécessaire chaque jour pour vivre, et que quelqu'un d'entre vous lui dise : « Allez en paix, je vous souhaite de quoi vous garantir du froid et de quoi manger, » sans leur donner ce qui est nécessaire, à quoi serviront vos paroles t Ccsl jpar U$ amtrm que r homme est fuêUlU^ ei non pai setUsmenl por la /M. » (9)
Toute domination de Thomme sur l'homme, sous quelque forme de gouvernement que ce soit, disparattrait devant ces paroles :
(1) sjairr luc
(f) SAnrr MârmBU.
(3) SAiirr JACQUis.
« Vous savez que les princes des nations lei HAiraisnT «1 grands usent (I'autorité sur elles; mais il n'en sera poiiÉ vous; AU CONTRAIRE^ qviconqw voudra éir$ gtwid miÉn «sm^ ^ votre SERVITEUR 1 Et ^tttcongtie tiotulra être k premier intWMi soit votre serviteur !
» Mais vous, ne veuillei pas fttre appeléi mallNs» ear im qu'un seul maître et vous êtes tous frères; et n'appelas av personne votre père., car vous n'avez qu'un seul père, qui est oicux. Ne vous appelez point maîtres, parce que vous n'au maître. Celui qui est le plus grand d'entre vous sera votre sani irar cjuiconque sëlèvcra sera abaissé, et quiconque l'aban élevé.
» Nul ne peut servir deux maîtres, car il aimera l'un et hiui ou il sera docile à l'un ol méprisera l'autre.
)> Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. (i)
» Vous avez été rachetés à un haut prix, ne vous rendes ] claves des hommes. Vous n'avez point reçu l'esprit dewfvHid avez reçu l'esprit de l'adoption divine, cet esprit qui M témoignage que nous sommes enfants do Dieu et eoHril Christ.
» Réglez vos paroles et vos actions commo devint Un par la loi de la libert*^... Où est l'esprit da Saignnur, là est tii
» Tenez-vous donc fermes dans la liberté à J'égard ds Iq Clirist vous a affranchis, et ne vous BoumettM {dus an jsi servitude. (2)
Luxe et misère se nivelleraient dans le bien-fitre CO
si ces préceptes étaient pratiqués :
« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuilemeoU 1» N'ayez en possession ni or, ni argent» ni aucune monnâat (teintures, ni sac pour la route, ni deux tuniques» ni chuM b&ton, car à l'ouvrier est due la nourriture. » (9)
Ainsi ce que vous appelez le Droit, ainsi ce que you lez la Raison de Dieu, ainsi ce qui, eelon elle, s«nit 1 aboutirait à la chute de tonte justice bomaine, de toi