‹ Questions philosophiqueChapitre 177 sur 193 · I^K DROIT · texte numérisé non relu

I^K DROIT

tout cas, Tessai en pourrait être tenté sans qu'il y eftt à dre qull fît couler autant do sang et entassât jamais de ruines que la guerre a entassé de ruines et fait coder de sang. Cependant, il ne semble pas que la guerre soil ve monstruosité, puisqu'il n*est sorte d*honnenrs qu'on ne pitdiguo à ceux dont elle est le métier.

Est-il besoin d'insister plus longuement sur la double idCe de la réciprocité et de l'assurance se complétant Tuoe jm Tautre? Je ne le crois pas ; j'arrive donc à une dernière cdi^ tion, sur laquelle il m'importe de ne laisser planer ancme ombre.

Vous admettez ce que je n'admets pas, la séparation de h puissance spintuelk et de la piHsnance temporelle; mais tmi n'admettez pas ce que j'admets, la séparation de la fmg immatérielle et de la force matérielle; vous dites :

•r Dans les cliosos humaines, M. de Girardin ne voit que l'adioa de deux forces : la force matérielle et la force immatérielle, et îlles déclare toutes les deux légitimes au même titre. Ainsi» il ne veut pu qsr la force matérielle agisse c(»ntre la force inmiatérielle, et il ne pmrt pas davantage <]ue la force immatérielle agisM contre la ilorce bhI^ rielle. Comprenez- vous ce que l'humanité peut gagner & œtta théorie? Quoi ! le plus faible, opprimé par le plus fort, peut légitimement te nvulter, ce qui ne lui servira guère puisqu'il est le plus faible, et il ae doit pas chercher à employer la persuasion pour empûclier son opfittseur d'abuser de sa force matérielle ! »

Je vous réponds :

Ma distinction admise, il n'y a plus matériellement de faiUa ni de forts, d'opprimés ni d'oppresseurs : il n'y a plus que dai hommes qui luttent immatériellemcnt pour le triomphe de leurs idées ou l'échange de leurs produits. Les armées deviaonent inutiles, et la foi^ce publique, temporairement conserfée comme transition, loin de menacer le faible, ne sert qu'à le protéger. Un souflle suflit donc pour renverser l'objcc^MV. tju'en r<»ste-t-il?

Pour masquer votre défaite, vous retrancberei-TOOS de^ rière cet argument qui consisterait & dire que le temps n'eit pas arrivé où la force matérielle eédera complètement la place à la force immatérielle? D'accord. Mais que piroposeï-

LE I>ROIT m

IfOiis pour vaincre la force matérielle? Vous proposez d'em- Âbyer contre elle la persuasion ! Où donc avez-vous vu que M persuasion Tait jamais vaincue, soit dans le passé, soit dans il.présent, soit en France, soit ailleurs? Où la force matérielle itt omnipotente, est-ce que la force immatérielle est libre? Tons repoussez la séparation que je propose entre elles; donc, à moins de renoncer pour toujours à la liberté, vous n admetttsson règne, 6 révolutionnaire sans le savoir,queparle2>i:t*'j(\s des révolutions! Mais où les révolutions conduisent- elles? Moos l'avons vu : toujours elles conduisent à substituer une force matérielle à une autre force matérielle. C'est parce que Pezpérience en a été tentée plus d'une fois et qu'elle a toujours échoué, que, plus que jamais, je déclare m'en rapporter voiquement à Taction lente, mais sûre, de la civilisation. Or qu'est-ce que lu civilisation, sinon Taugmentation constamment graduelle de la force immatérielle, et la diminution conléquemment successive de la force matérielle, jusqu'au jour inunanquablo de la disparition définitive de celle-ci par la loi d'absorption de tout principe inférieur aux prises avec le principe supérieur, de toute erreur aux prises avec la vérité?

Hommes d'avenir, hommes de progrès, hommes de liberté, hommes de raisonnement, gardez-vous de vous laisser abuser par les conclusions fatales de mon contradicteur, ne soyez jamais que des hommes de discussion ; et si la discussion vous wt interdite par la force matérielle, soyez des hommes de pensée, des hommes d'étude, des hommes de méditation; mais ne tentez pas d'être des hommes d'insurrection, des liommes de conspiration, des hommes de révolution ? Le passé »t là qui prouve que les barricades sont de détestables fonlations , et que finalement la liberté a moins à attendre des baïonnettes qui se croisent que des baïonnettes qui se rouillent.

La liberté s'acquiert et ne se conquiert pas.

Croire que la liberté peut triompher par la force est une illusion qui n'a jamais eu de lendemain. La force, avant de b'aii^re, s'est plus d'une fois déguisée; mais, victorieuse, pas une fois elle ne s'est démentie. Jamais elle n'est devenue la iberU'î ; toujours elle est restée la force.

C'est parce que l'histoire l'atteste que jlnsiste, en toutes Kcasions et sous toutes les formesi sur la nécessité d'adopter

en principe, précurseur du fait, cette double

Séparation absolue de la force immaiirieUe et de la fom matérielk;

Séparation absolue de la puissance mdhritMe et de la pi» sance individuelle.

Là seulement sera le triomphe durable de la liberté effedin et définitive !

Si vous voulez sincèrement la liberté, adoptez donc hntement cette duuble et fondamentale séparation.

EMILE DE GIRARIHN.

Deux avocats très-distingués du barreau de Paris, IL H. Thiercelin, docteur en droit et avocat à la cour de cassation, et M. Blot-Lequesne, avocat à la cour impériale, Stant intervenus dans le débat entre M. de Lourdoueix et noi, j'ai pensé qu*ii convenait de ne point laisser leurs ottres sans réponse, afin qu'aucun de nos modernes [Hpiens n*eût le prétexte de dire de ce débat qa*il ne ;>rouvait rien et ne pouvait rien conclure, ayant eu exclusivement lieu entre écrivains, et les écrivains étant Incompétents en matière de Droit.

Ce sont ces lettres et mes réponses qui vont suivre.

eio

(Ju'cst-cc donc que la justice | cette règle éterneib à a<:tions do riiuinmo eu société? Ou'cst-ce que le droit?

L<i mol a plusieurs significations. Je suis obUgé d'eatmii dans des distinctions d'école, au moins étranges à l'eiuinlé paraîtra cottfî lettre ; mais Tcxemple de M. Tiengou m'aitaii l, f^ 1(^ faire, et la nécessit<'. dVHre clair m'y contraint I^^li (li'oU dt'signe d'aboi-d un ensemble de préceptes, de eomi^ l| demenLs qui ont pour sanction nécessaire la fone, ^'*|| certains cas la imne. En ce sens, on dit : le droiif /hn^bl. droit anglais, pour désigner Teosemble des lois firaBÇUWii anglaises.

Kn un autre sons, le droit est une faculté. Quand j*m4iJ droit d'aller, devenir, d^imprimer, de m'approprierkB< vacants, uu de tout autre droit, j'use d'un droit que je de ma nature, et j'use d'une faculté légale, si ce droit garanti par une loi Je mon i»ays.

Et c'est dans cette dernière acception que le droit dsS^ tendre quand on pose cette question : Qu'est-ce que le M j Le droit, dans son sens absolu, c'est le droit individod bien le droit n'existe pas.

Je ne voudrais [las diffamer les juristes, mes coUègnciki combien en est-il qui distinguent le droit de la loî| éi voient quelque chose au delà du fait législatif ? Et il sVn faut que la loi hoit toujours juste. Il est da injustes, comme celle à laquelle Mirabeau junit de lil jamais, tout législateur qu'il était; et cette Iocùtion,fai " qui est dans toutes les langues, dans tous les idioi merait une contradiction, si la loi pouvait être aibitMi| n'avait un archêtvpe dans cette règle dont j*entrepraài chenille r la fonnulc.

C'est maintenant que commencent les diveigenoei» ^pinosa« le dnàt c'est la foivo; toutes les cxéttareii excepter Ttumime, font licitement tout ce qu'elles faire. Cette pliilosophie du droit du plus fort est une d'uu s\>tème qui ne pourrait être exposé ici; dk dailleui-s. tinp profondément la conscience pour avâiri d'une ivfut^ilion.

Pour Iliibbes i>t Itenthani, le droit c'est l'intéréU Mi ralt eucure avouer cotti* doctrine saus l'expliquer, la cl, [mui' [larlt r plus exactement, sans la dénaturer ? La

îolé, et ne cesse-t-elle pas dès qn'il est satisfoit? A toutes uestions chacun a répondu à l'avance, et l'on reconnaîtra difficulté que la loi que le pouvoir public formule ne demeurer en deçà du droit sans qu'il y ait anarchie, et en sens inverse, le despotisme commence dès qu'elle va elà.

le Ton examine les réclamations des sectes, des partis, individus, de toutes les minorités, en un mot, et l'on irera que le seul objet avoué de ces réclamations est un ; méconnu. Elles n'imagineraient pas de demander plus ou ts. Elles peuvent dissimuler ou se tromper sans doute, l'erreur doit n'être pour rien comptée ; et le mensonge, id elles l'emploient, est un hommage éclatant, quoique «et, qu'elles rendent au droit éternel.

iUe est la puissance du droit, que l'injustice elle-même, îque ou privée, se cache sous son enseigne pour produire initentions. Un peuple n'est jamais descendu à un état de adation assez profond, pour en perdre complètement le ment et en oublier jusqu'au nom. On cherchera à en »er ridée, on mentira, mais on n'en anéantira jamais la cience ; et les malheureux qui insultent au droit en feiit de n'y voir qu'un mot sont assurément encore plus cts qu'ignorants.

mi cela peut prouver l'existence du droit, mais ne dit pas u'il est. Vous dites : a Le droit, c'est la raison. » Votre lition est vraie, mais trop large. M. de Lourdoueix dit : isi la lifrne la plus courte qui va de la raison de Dieu à la m de l'homme, n Mon esprit se refuse à concevoir comt le droit, une faculté, peut être appelé, par métaphore, ligne, et je m'imagine que l'honorable rédacteur de la tte de France serait fort embarrassé de lui-même s'il lui it encadrer dans sa définition les droits dont il use quoti- Dément, notiimment la faculté d'écrire sur le droiU 1 reste, M. do Lourdoucix a bien pensé que sa définition 9 un commentaire ; et M. Tiengou, avocat à la cour de ), s'est chargé d'exposer sur l'idée du droit le sentiment uristes. C'est à TiiTticle de M. Tiengou que je m'attacherai référence ; et j 'éviterai deux écueils mortels en métaphy- ?, réquivoijue, si je puis, et la métaphore très-certaine» t.

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r»i:! LE DROIT

sens j'ai dit, en commençant, que votre définition du était vraie, mais trop large.

On n*clami?ra contre cette rovanté de la raison; mi n'aura pas fait un grand pas quand on v aura substitué son de Dieu ; car qni peut connaître la raison de Dieu, la raison de l'homme ! On i-evient au point de départ un détour, et voilà tout.

Je me trouve conduit à faire une remarque sur une d< dont vous vous êtes constitué Tapôtre. Vous soutenez une persistance infatigable que la liberté est illimitée nature ; que le pouvoir public, en la restreignant, vt • 11' but qu'il se propose; qu'il fait mal, disons le mot qi injuste. Je ne puis souscrire à une telle doctrine. Qa quo la liberté, sinon le droit? La synonvmie est pai&it de même que le droit de tout faire ne serait plus le di principe, et, en fait, enfanterait le chaos; de même ai liberté illimitée sei-ait l'anéantissement de la liberté, c libertés de tous étant égales, elles doivent être chacane tees. ou elles s'enlre-déchireront.

Je tirerai de ma définition du droit une autre conaéqM o'e>t que le pouvoir public, dans Texercice de tout acte ii . e r.e dis pas seulement illégal), excède sa mission, et de e iustieialilf" de tout individu dans l'État. Le pouvoir al à lua liberté, à mon droit : quel sera mon devoir, quel ir.on droit ? Hecourir à Finsurrection ? Ce serait trop ; lù veotiiMi n'est jamais légitime. Résister légalement? C >ei\iit pas assez; car la loi peut être injuste, et une loiiii ne m'oblige pas. Mon droit sera de résister juridiquen e'es:-Cwiiiv de faire respecter en ma personne le droit tel in'apparait. alfirmé par ma raison. En dehors de cela, ; e.uuiais plus ni droit, ni devoir, ni raison, ni rien de o régit riunuaiuté, à son insu, je le veux bien ; je ne vois que le de.<ptttisme ou l'anarchie, qui n*est qu*un despotis mille tètes ; je ne vois plus que le chaos.

Oi*< idt^es ue peuvent pas être celles de MM. de Lourde >'t TiiMt^tMi. L'école théocratiquc ne reconnaît pas le • individurl, ot les jurisconsultes romains , dont M. Tiei veu: ramener la doctrine à celle de Técole théocratique, ont eu un smtinient vrai que dans l'application qu'ils en fiile aux tait> particuliei-s de la vie civile. Ce n*eât donc

rintérêt est réprouvée par la eonscieoee au môme titre que le qui proclame la légitimité de lootes les forées; elle n^eii qu'une variété.

^oiir Grotius, le droit est la faculté de faire tout ce qui nraît pas pour résultat de rendre impossible Tétat social. Is où est la base d'une telle doctrine, et comment peut-on ^ordonner la société, qui n*est pour l'homme qu'un moyen mver à sa fin, à la Hn même de l'honmie, c'est-è-dire à la itiqae de la loi morale dont les préceptes sont écrits dans oonscience ?

Kaat a plus approché de la vérité qnand il a posé cette lie du droit : « Agis de telle sorte que le libre usage de ta onlé puisse concorder avec la liberté de tons. » Mais lei x>re, quelque chose laissa à désirer, car le précepte de Kan( 01, après tout, qu'un précepte; et il n'en donne pas le idement.

le pourrais }>arler encore du principe de Krause, qnt est ni des docteurs du socialisme, bien qu'ignoré de la plupart mtre eux. Selon Krause, lliomme a droit k tout ee qui lui ; Béeossaire pour raccomplissement de sa destinée, et peut ifger de ses semblables. Pour juger cette doctrine, H suffit aire remarquer qu'elle livre l'homme à Hionme. Or, aeun ne peut pas être ainsi instrument et sujet, lais si toutesces doctrines sont fausses ou incomplètes, que raie droit? Nous le définirons, quant à nous, d'une manière sn simple; nous dirons : C'est pour chacun la Caeulté de fdre que le devoir prescrit.

Nul, assurément, ne contester» ee principe. Qui oserait nier droit chez Thomme de faire ce que sa conscience hd cominde?Qui pourrait, d*un autre cèté, lui accorder une teeulté ■s étendue à rencontre de ses semblables? Et comment ncevnit-on qu'il pôt désirer légitinoment plus qu'accomyttr loi du devoir, ou qu*il dût consentir à faire nioins? Si J'si droit do in*appro]>rier les objets vacants nécessaires k mon istence, cVst que je dois vif re pour faire le bien ; si j'ai le oît de jMiHer, d*é«*rir<» et d'imprimer, c'est que mon devoir l de dire haut c<* que je »ais f^tre la vérité. On ne trouvera 18 un droit véritable qui n'ait un devoir pour principe. Ou^ maintefiaut on demande où est le principe du devoir, ju pondrai : Dans la conscience de l'individu ; et voilà un quel

Gi2 LE DROIT

sens j'ai dit, en commençant, que votre définition da dnd était vraie, mais trop large.

On réclamera contre cette royauté do la raison ; mais m n'aura pas fait un grand pas quand on y aura substitué la rason de Dieu ; car qai peut connaître la raison de Dieu, sînoa la raison de l'homme I On i*evient au point de départ ajins un détour, et voilà tout.

Je me trouve conduit à faire une remarque sur une dodm dont vous vous ôtes constitué l'apôtre. Vous soutenez avec une persistance infatigable que la liberté est illimitée dr a nature ; que le pouvoir public, en la restreignant, va cootR le but qu'il se propose; qu'il fait mal, disons le mot, qaUoi injuste. Je ne puis souscrire à une telle doctrine. Qu'ert-c^ que la liberté, sinon le droit? La synonymie est pai&îte. Ur. de même que le droit de tout faire ne serait plus le droit en principe, et, en fait, enfanterait le chaos; de mëmeausùU lL])crté illimitée sei*ait l'anéantissement de la liberté, car les libertés de tous étant égales, elles doivent être chacune limitées, ou elles s'entre-déchireront.

Je tirerai de ma définition du droit une autre conséquencv : c'est que le pouvoir public, dans l'exercice de tout acte injifa^tc (je no dis pas seulement illégal), excède sa mission, et derieol le justiciable de tout individu dans l'État. Le pouvoir attente à ma libellé, à mon droit : quel sera mon devoir, quel sera mon droit ? Recourir à l'insurrection? Ce serait trop ; rinsorrection n'est jamais légitime. Résister légalement? Ce o" serait pas assez ; car la loi peut être injuste, et une loi injuste ne m'oblige pas. Mon droit sera de résister juridiqucmeot. c'cst-Ji-dirc de faire respecter en ma personne le droit tel qui! m'apparait, affirmé par ma raison. En dehors de cela, je w connais plus ni droit, ni devoir, ni raison, ni rien de ce qni régit riiumanité, h son insu, je le veux bien ; je ne vois plib que le despotisme ou l'anarchie, qui n'est qu'un despotisme à mille tûtes ; je ne vois plus que le chaos.

Ces id<''es ne peuvent pas vire celles de MM. de Lourdoueis et Tiengou. L'éc(»l(* théocratique ne reconnaît pas le dimt individuel, ot les jurisconsultes romains, dont M. Tiengon veut ramener la doctrine à celle de Técole théocratique, n en ont eu un sentiment vrai que dans l'application qu'ils en ont faite aux faits particuliers de la vie civile. Ce n'est donc pa^

LE DROIT «H i

^ans la définition de Celse et d*Ulpien qu'il faut chercher Yidée du droit. Quand Celse dit que le droit est l'art du bien d du juste, ors boni etcequi^ il ne dit rien ou il confond le droit mTec la morale, qui est tout autre chose que le droit. Quand mpien définit la justice, la volonté ferme et durable de rendre à chacun le sien, constans ae perpétua vobmias miim euique iribuendij il ne peut parler que de la qualité principale du magistrat ; il ne précise pas sa règle d'action, et, je le répète, autre chose est le droit, autre chose est la morale, et la difficulté, la grande, la seule difficulté, est de dire où Us se touchent et h quel point ils se séparent.

Cicéron a eu une sorte d'intuition du droit absolu, naturel, lorsque, dans VOratio pro Milone^ il parle de cette loi quam ex naiura ipsa arripuimu$^ mais ce n'est pas dans la partie du texte citée par M. Tiengou qu'il l'exprime; c'est avant et après; c'est lorsqu'il déduit le droit de défendre sa vie contre une agression injuste du devoir de la conserver. Et si Cicéron avait dû généraliser l'idée particulière qu'il présentait alors du droit, il n'eût pas pu définir le droit autrement que je l'ai fait.

Voilà, monsieur, quelques idées que je crois devoir vous communiquer. Faites de ma lettre l'usage qu'il vous plaira. Je n'ai voulu que préciser les termes d'un problème qui, bien compris, ferait cesser bien des malentendus.

H. THIERCELIN, Avocat à la cour de cataatioD.

i.i«^ LE DRorr

droit du plus fort rationnellement^ scientifiquemeni^ niàaÊnIt mentf succédant au droit du plut fort corporellemenif Itgdmii militairement.

Le droit du plus fort, dans l'ordre intellectael, sdentilm industriel, comme dans Tordre corporel, légal, milîtaiR^i se définit pas; il se démontre.

Se démontrant, il a sur les définitions eontradictoimè Spinosa, de Tlobbes et de Bentham, de Grotias, delm^A Krause et de la vôtre tout l'avantage delà démonstntioitf les définitions.

Étant la force, il n'a pas besoin de chercher de sancfi hors de lui-même.

Étant Tunité, il fait tomber toute vieille distinction oÉick droit naturel et le droit positif, le droit tacite et le dnAéiA le droit nécessaire et le droit volontaire, le droit conveobi' nel et le droit coutumier, le droit entenda daDsle8Hiè|i législation et le droit entendu dans le sens de jurispradM enfin entre n le droit qui est une faculté et le droit qui dMjp » un ensemble de préceptes, de commandements, ayant |ii )) sanction la force^ et, dans certains cas, la pein» »•

Le droit qui n'est pas un n'existe pas.

Le droit naturel exclut le droit positif, et réciproqoMi En cfTet, si le droit naturel est la vérité, le droit positif^ Terreur. Il faut donc opter entre l'un et Tautre.

Il faut pareillement opter entre le droit du pins foitoni^ rieilement et le droit du plus fort rationnellement. Où lah^ parle, la raison n'a qu'à se taire; où la raison commaDde,k force n'a qu'à obéir.

Le droit qui a besoin de la force^ et, dans certains caSjftk peine, pour sanction, porte un nom qui n'est pas le sien.

La force, comme la raison, la raison, comme laforofiif sanctionnent par elles-mêmes et n'ont ni Tune ni Taatre \0^ d'une sanction étrangère.

Est-ce que la sanction de la force est nécessaire ik science? La sanction de la science, c'est la science applîl>'^ Et qu'est-ce que la raison, si ce n'est la science da raisMii^ ment? La sanction de la raison, c'est la raison démoatrée;b droit du plus fort rationnellement n'en a besoin d'anO^ autre.

Mamtenant, quelques mots d'explication sur une opioitf

LE DROIT Kf5

tir, afln que nnl n'ignore plus ce qn*adinet unirersellece que réprouve éternellement la conscience, qu'est-ce que la conscience?

)n8cicnce qui permet à Tempereur Nleolas !•*, sonventife, au nom de griefs qu'il ne peut articuler, d'alln-

gucrre en Europe, de répandre des flots de sang, ser dos montagnes de cadavres, de porter la désolation ivastation parmi des populations dont l'unique tort est :éographiquement placées entre la Russie et la Turquie, le fer forgé entre Tenclume et le marteau, d'ébranler

le crédit, de suspendre partout les grands travaux, intir partout le cours de Tactivité humaine, de fttire

partout le flot de la misère des peuples, est-ce la nce?

onscienco qui absout emphatiquement ce qu'elle etUt ^ablement condamné, si ce qui a réuesi eût échoué, a conscience?

onscienco qui mottait le feu aux btUchers de l'Inquisilit-ello la conscience?

)nscionce qui ordonnait, on 1578, les massacres de la Barthélémy, en 4688 les dragonnades,' était- elle la nce?

)nscionco qui les justifiait parla voix de papes et d'éétait-(»IIo la conscience?

onsrionce qui appliquait des supplices horribles, des terrihlos à dos crimes et à des délits imaginaires le la conscience?

^izo on bornant là mes questions, conscience est un tribunal sans appel, il feut le pro- Infaillible.

n admot qu'il puisse se tromper dans ses Jugements, ra le tribunal supériour qui les réformera? cionro ost donc un mot tout aussi vague que Devoir; est un mot tout aussi vague que Droit; Droit est un it aussi vaguo que liaison.

i n*ai-jo j)oint dit co que vous me faites dire. Je n'ai it : Lo Droit, c'est la Raison. J'ai dit, ce qui est trèsit : Uaisonnor ost le Droit.

aisoniiom(*iit aiobi origt^ en droit inviolable, c'est la lalôrioilo dostitu<^o par la force Inunatérielle, c'est le

lî'l»!

)it du plus fort rationnellement^ scientifiquement^ industriff}^ r'ifnt^ succédant au droit du plus' fort corporellementf léyalemnt, inilitairenient.

Le droit du plus fort, dans Tordre intellectuel, scientifiqo**. industriel, comme dans Tordre corporel, légal, militaire, w so définit pas; il se démontre.

Se démontrant, il a sur les défînitions contradictoires de Spinosa, de Hobbes et de Bcntham, de Grotius, de KanL àr Krausc et do la vôtre tout Tavantage de la démonstration scies défmitions.

Étant la force, il n'a pas besoin de chercher de sanctioL hors de lui-même.

Étant l'unité, il fait tomber toute vieille distinction entre le droit naturel et le droit positif, le droit tacite et le droit écrit le droit nécessaire et le droit volontaire, le droit conventionnol (*t le droit coutumier, le droit entendu dans le sens de législation et le droit entendu dans le sens de jurisprudence, enfin entre (de droit qui est une faculté et le droit qui désigne » un ensemble de préceptes, de commandements, ayant pour )) sanction la force, et, dans certains cas, la peine » •

Le droit qui n'est pas un n'existe pas.

Le droit naturel exclut le droit {Misitif, et réciproquement. Kn eil'et, si le droit naturel est la vérité, le droit positif est Terreur. Il faut donc opter entre l'un et l'autre.

Il faut pareillement opter entre le droit du plus fort maté^ riellement et le droit du plus fort rationnellement. Ou la force parle, la raison n'a qu'à se taire ; où la raison commande, la force n'a qu'à obéir.

Le droit qui a besoin de la force, et, dans certains cas, de la /^ine, pour sanction, porte un nom qui n'est pas le sien.

La foret*, comme la raison, la raison, comme la force, se sanctionnent par elles-mêmes et n'ont ni Tune ni l'autre besoin d'une sanction étrangère.

Kst-n; qu(* la sanction de la force est nécessaire à la scicnro? La sanction de la science, c*est la science appliquée. Ht qu'(^st-c(^ que la raison, si cv n*(*st la science du raisonnement? La sanction de la raison, c'est la raison démontrée; le droit du plus fort rationnellement n'en a besoin d'aucune auti'c.

Mamtenant, quelques mots d'explication sur une opinion

LE DROIT nn

vous m'attribuez à tort, car elle n'est pas la mienne. Je ift*ai jamais dit que la liberté fût a illimitée de sa nature ». J'ai lUt expressément le contraire : j'ai dit que la liberté, étant mmtureliement limitée^ ne devait pas l'être légalement. Je suis l^ur la liberté naturellement limitée contre la liberté légalemisetU limitée. Toute liberté légalement limitée n'est plus la liberté, c'est la tolérance. On peut prétendre le contraire, ■nais le démontrer n'est point possible. La liberté est un axe, ^Bi, comme tout axe, elle a deux extrémités. Ces deux extrémités sont : RESPONSABiUTÉ et RÉCIPROCITÉ. Ce sont là ses lûnites naturelles , et qui prétend lui en imposer d'autres tombe dans des complications sans nombre et inextricables, dont nos lois sont autant de preuves irrécusables.

La liberté étant la substitution de la raison à la force, limiter légalement la liberté, c'est limiter arbitrairement la raisoD s'exerçant et se démontrant par le raisonnement; c'est a'ériger en pape infaillible dans l'ordre intellectuel.

Si ce pape se trompe, si ce qu'il prétend blesser la raison, excéder la liberté, n'excède pas la liberté, ne blesse pas la raison, quel sera le recours de la raison contre la force, de la liberté contre l'autorité, de la vérité contre l'erreur, du droit individuel contre le fait législatif? Vous répondez : « Recourir n à rinsurrection, ce serait trop ; résister légalement, ce ne » serait pas assez; mon droit sera de résister juridiquement^ » c'est-à-dire de faire respecter en ma personne le droit tel i> qu'il m'apparaît, affirmé par ma raison » .

Je voudrais bien savoir en quoi résister juridiquement est plus que résister légalement, et comment, sous le régime de l'arbitraire, on résiste juridiquement/

Votre conclusion est la condamnation par vous-même de votre définition du Droit, définition que vous déclarez préférable à la mienne ; le droit qui n'aurait pour garantie que la résistance juridique serait un droit illusoire : ce serait un droit qui ne reposerait sur aucune base solide ; ce serait un droit que ne protégerait aucune garantie efHcace; ce serait un droit, enfin, qui n'aurait pas de sanction.

Or le Droit, tel que je l'ai défmi, porte en lui-même sa sanction : c'est ce qui prouve qu'il est le Droit.

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