‹ Questions philosophiqueChapitre 178 sur 193 · EMILE DE GIRARDIN · texte numérisé non relu

EMILE DE GIRARDIN

ri2(» LE DROIT

vouR dites trop bien ce qu'elle n^est pas. D'ailleim, k site des sentiments dans l'appréciation des actes moi saurait rien prouver contre l*autorité de la conscieDC la raison. Ma conscience ne peut m'être suspecte pan est des malheureux qui n'en ont pas : autant vaudrait lumière par la raison que les aveugles n'y ont jamais les yeux. La vérité, gruce à Dieu, n'est pas à la mer imposteur ou d'un fou. Qu'il se trompe ou mente ai science, cela n'anéantit pas la mienne. Montaigne et Q tiraient avantage, au profit de leur scepticisme, de la A des opinions et des croyances; mais, plus coDsèqiNi ne substituaient pas le raisonnement à la conscieneet raison.

N'opposez donc pas à la conscience de rindiridn II science d*autrui. Ëtes-vous assuré seulement qaetdleoj qui contredit la vôtre est bien réelle et non feinte?! quand une vérité ne peut-elle être reconnue comme qu'à la condition d'avoir pour elle l'assentiment detv hommes de tous les temps? Il est des philosophes qui, 0 Yico, et Lamennais de nos jours, ont placé le critflîi vrai dans le sentiment commun; mais je n'en connais f ne reconnaissent d'autre marque de la vérité que n mité des sentiments. C'est cependant ce qu'il faudiaS mencer par établir, si la diversité des sentiments ponra un argument contre la conscience, et vous ne le An monsieur ; car si l'unanimité était nécessaire à la vè est trop évident que le raisonnement, que vous piédi haut , serait une arme inutile , supposant précisfai diversit«i des opinions.

Il y a, dans la doctrine dont vous ressuscitez le f après Montaigne et Charron, un autre sophisme qae puis pas ne pas signaler. On se prévaut des contni qui éclatent d'homme à homme, plus que cela qpéf de peuple à peuple ; on prend Vespèce^ et, tirant on aq do la lutte des idées entre les individus qui la compW conclut h rimpossibilité d'arriver à la connaiawnfl» vérité.

Mais que peuvent prouver ces contradictions vi»^ Vinfiwidu qui aflirme, s'interroge, s'examine? L'e^i maine , en tant qu'espèce, est condanmée à d'ini|

Snait de la morale, bien qu'il eût là son principe, et qa'il ftrait nécessairement une sanction, la force toujours, la peine ^elqucfois. L'idée du droit, dans la doctrine que j'exposais, li*était pas une idée primordiale. Mais comme il me paraissait liors de toute contestation possible que l'homme pût demander ft son semblable plus que la liberté d'accomplir sa loi, son devoir, ni qu'il lui fût loisible de renoncer à la pratique de la loi morale, je plaçiiis le principe du droit dans le devoir, et }e le définissais la faculté d'agir selon les prescriptions que le devoir impose. Quoi de plus conforme à la raison? Ne puis-je pas licitement repousser l'agression de l'homme qui menace mon existence, défendre le champ qui me nourrit, me redresser contre Toutrage qui tend à me déshonorer, et enseigner ce que je sais être la vérité? La raison, le sens commun a dit, de tout temps, que je le puis et que je le dois; et, en sens liiTerse, il condamne l'acte par lequel, en dehors de ces cas, je porterais la main sur mon semblable. Or, si je puis et si je dois rester libre pour faire le bien et défendre ma liberté dans cette limite, natur<;llement j'ai des droits dont le principe est dans la loi morale que je suis tenu d'accomplir.

Les idées du droit et du devoir sont si bien corrélatives dans le sens que je dis et non dans celui où elles sont communément entendues, que l'on ne peut errer sur l'une sans errer Mir l'autre, et que qui en nie une doit les nier toutes les deux. Voyez l'école thoocratique : elle nie le droit, mais elle nie aussi le devoir. L<'i même autorité, placée au-dessus de l'homme, impose les devoirs et dispense les droits, et les proportions sont conservées. Vous vous montrez tout aussi conséquent, monsieur; et c^Ua* question que vous faites dans l'article que j'ai en vue : Qu'est-ce que la conscience? est empreinte d'autant de logique que de naïveté.

Voilà donc où vous en êtes venu : h nier le devoir, la conscience et la raison ! Si vous étiez dans la vérité, j'avoue que je ne me sentirais pas la force de réclamer pour le droit; mais la vérité vous échappe en dépit de vous-même. Vous demandez ce qu'est la conscience, et si Ton doit appeler de ce nom c(* qui autorise l'emploi dt* la ruse et de la violence, absout les excès du fanatisme et justifle la lâcheté qui applaudit à tous les succès et maudit après toutes les défaites? Je n'ai [>oint h répondre, car, pour ignorer ce qu'est la conscience.

622 LE DROrr

éclat que nous admirons encore, la loi du talion étaitfrii tement oubliée.

Si je voulais signaler toutes les eontradictioDs dait quelles vous êtes inévitablement entraîné, je groflBinûiril nimcut cette lettre; je n en prends plus qu*une, qui bmImI Toccasion de revenir brièvement sur un point que mm testez dans ma discussion. J'ai dît que « le droit a k kl )) pour sanction, et la peine dans certains cas* » Voiiiié|fli que le droit qui a besoin de la force porte un nom qâd pas le sien. Comment Tappellerez-vous, alors? car, pwÉ il m'est impossible de comprendre comment mon dnitfl sanction serait un droit, et conunent la sanction eannd qui la méconnaît pourrait être autre que la oontraiole ofll par moi ou en mon nom. Est-ce que le propriétaire qu a( injustement dépouillé, et que la justice réintègre daMtt| priété, n'use pas de son droit quand il fait exécater mavi Loin de cesser d'user de son droit, c'est à ce nuHDfliitii (ju'il Tcxercc. Votre erreur, ici comme aiUeure, tkatiflll vous ne vous placez qu'à un point de vue partÎGulîr. contrainte brutale, la force inintelligente tous répugiMiJ comprends, et cela vous honore ; maia, si la fbrœ Mi droit n'est qu'un fait, ne prouvant rien, si ce n'est qa'èk la force, ce qu'on ne conteste pas, veuillez aussi noMf que le droit sans la force, c'est-à-dire sans la EacuUé dl< trairidre (car la force effective peut manquer sans qne kl cesse d'être), n'est plus licn qu'une abstraction, on ssntii le sentiment que j'ai de l'injustice dont je suis victima.

Ainsi la force ne fait pas le droit, mais le droit qui sa] rait s'exercer qu'avec la volonté de celui qui y réiirt saurait se coinprendie, ne serait plus le droit.

<yost parce que la faculté de recourir à la force se nU ainsi au droit que j'ai déduit de Tidée du droit que jt sentais, la résistance juiidique contre tout pouvoir poU va contre sa mission et devient oppresseur. Admettei I tliétiquonient ma définition, et la i^ésistance dont je par plus qu'une conséquence, c'est un corollaire* Tons eea ont (Hudié CCS matières songeront aux grandes controveR seizième siècle, dont les dentiers échos retentissent dft i'crits de I^ossurt et de Jurieu. De quoi s*agissaitr-il alof détej-niiuer les limites dans lesquelles peut s'edcereer Tu

Mltradictions ; soit, la vérité n'existera pas pour elle, mais idm ne fait pas que Tindivida, comme individu, soit dans ^^possibilité de jamais la connaître. Pour attaquer le droit, • devoir, la conscience, la raison, la vérité, enfin, sous toutes M formes et sous tous ses noms, il fallait signaler ces contra- Botions, non pas entre la raison de tel ou tel homme, mais Imsla raison de l'individu lui-même; il fallait dire et prouver, Mmme Kant a cru le faire, que la raison de l'homme prise en iBe-même se contredit inévitablement, et que tous les raisonnements renferment une inextricable antinomie. Je vous signale POCre auteur, le philosophe qui a défendu le scepticisme avec ane force inconnue jusqu'à lui; mais vous comprendrez que je ne m'y arrête pas, n'ayant ni le goût ni la volonté de faire om traité à l'occasion de l'examen de la question du droit.

D'ailleurs, votre pensée ne va pas aussi loin peut-être ; bien plus, en substituant le raisonnement à toutes les définitions go'on a tenté de donner du droit, vous exagérez la raison bien plutôt que vous ne la condamnez. Vous dites : a Raisonner est le Droit » . Mais en quel sens faut-il prendre une Idle proposition ? Voulez-vous dire que raisonner est un droit? le répondrai que c'est un droit incontestable, comme celui d*aller, de venir, d'enseigner, de s'approprier les objets vacants, etc., et sur ce point il n'y aura jamais de difficulté. Voalez-vous dire que raisonner est tout k droit, de telle sorte que l'individu attaqué d*une manière quelconque ait épuisé lout son droit quand il a achevé son raisonnement? Je ne puis partager votre sentiment; et je m'imagine que vous-même n'y tiendriez plus beaucoup s'il vous arrivait de faire, de nuit ou à l'écart, quelqu'une de ces rencontres dans lesquelles la force physique ou Tadresse produisent des effets plus décisib que le raisonnement le plus concluant.

Ici encore vous vous récrierez, et je vous entends compléter votre système par le principe de la réciprocité. La réciprocité, pour moi, ne peut être que le talion, œulum pro oeulo, deniem pro dente^ comme dans la loi de Moïse, ou bien comme dans l'ancienne loi des Douze Tables, si menUnmfn rupit mmm e paetOf talio esto. C'est le Code pénal réduit à sa plus grande simplicité ; mais aussi c'est l'enfance de la législation. Et je vous assure que, quand six cents ans après la loi des Donie Tables, lu jurisprudence romaine brilla de cet incomparable

rappeler quand on discute les doctrines négatives, naît ni n'âETirmait ; sa devise était : Que mis-je? A v6rita])le objection contre vos contradicteurs qui n'est-elle que sous-entendue. Vous ne répudiez pas quoi que vous disiez ; mais ce que vous pensez, sai c(^ qu'implique chacune de vos phrases, le voici : < n'y a pas de principes absolus, d'idées générales, d* théti(jue u laquelle on puisse ramener la vérité ap] sous des formes si variées. Et c'est une erreur, ca saurions raisonner sans abstraire, et toute abstructi objet de défj^ager une vérité première. Mais ce ne pe le lieu de discuter une telle question; j'aime mieux voyer à Platon, et peut-être en reviendrez-vous ave sentiments sur le devoir et la raison.

J(ï finis cette trop longue lettre, monsieur; mais j çois que j'ai omis plus do choses que je n'en ai objections se pressent sous ma plume, et je dois Pourquoi faut-il que j'aie à défendre le droit contre pion de la liberté, qui est le droit ou n'est rien? résultat d(^la négation, quand on s'en sert jusqu'à T hauteur d'une méthode ; on se contredît soî-mémi et bientôt on ne s'entendra plus. Mais le mal le plus doctrines n<'»gatives est dans le découragement qu'a! dans les ca^urs et l'absolution qu'elles donnent à lâchetés. Vos négations de la conscience et dudevoij tre à Taise bien des gens qui étouffaient sous leurs était-ce à vous de leur fournir un tel secours? La c 1<! droit, le devoir ne seraient que des mots ! Je cou iîj:norer ce qu'ils sont, à les chercher toujours; maii taient pas, je no me rattacherais pas moins à leur s au moins comme à la plus consolante des chimères

H. THIERCELIN,

Avocat à la cour de cassati

A MONSIEUR H. TfflERCEUN

• Uo gruMi «bus q«te Uit dw awlsy e'<tilfBVm les prtnd pour dw ohoiM. ■

LOCUE.

• Il o'Mt pu enoort décidé si 1« droit tImI de U loi, oa si k loi TioBt d« droH. ■

H>ii€SUEr. Diêmmê é'mm., S bov. ItM.

Ne faire du Droit qa*ane abstractioDi c'est, dite»»voa8| le méconnaître. Si, par le mot abstraction, tous entendes une idée purement spéculative, une idée planant au-dessus de la réalité et ne se Tassimilant pas, je suis, sur ce point, pleinement de Totre avis. Le droit qui n'est qu'un mot n'est pas le droit, mais aussi qu'est-ce que le droit qui a besoin de la force pour sanction? Il ne faut pas s'abuser, ce droit-là, que vous adinettez et que je repousse, c'est la force. Eh bien, qu'A s'appelle par son vrai nom, qu'il s'appelle la Force, mais qu'il ne s'appelle pas le Droit I

Encore une fois, qu'est-ce qne le Droit î

Que veut dire ce mot?

S'il veut dire la force, pourquoi ne pas appeler la Forée par son nom?

S'il veut dire l'équité, pourquoi ne pas appeler l'Équité par son nom ?

S'il veut (lire la justice, par opposition à l'équité (1),]» quoi ne pas appeler la Justice par son nom ?

S'il veut dire la loi, pourquoi ne pas appeler la Loipirsi nom?

S'il veut dire le devoir, pourquoi ne pas appeler le Jiaà par son nom? ^

Vous distinguez, dites-Tous, entre le droit et la loi;i sur quoi repose votre distinction? Je le demande au le elle ne repose même pas sur une subtilité ; aussi, pins vous appliquez à la rendre précise et claire, et moiisi devient claire et précise.

A quels actes reconnaîtra-t-on que le pouvoir a pou Ml loi, mais non le droit, et par quels actes s'exercera la. à la fois juridique et lel'gale?

Vous ne dites pas où fmit l'empire de la loi, ou coi l'empire du droit.

La loi, par exemple, a-t-elle le droit d'interdire an rais protestant le divorce, que lui permet sa foi? Dans cei le Fran(;ais protestîint a-t-il le droit de passer outre chercher dans un second mariage le bonhear qu'il n'ifl trouvé dans le premier? Sur quel droit se fonde la loi être plus sévère que la foi ?

Je viens de citer un exemple, mais que d'exemples l^^enre je pourrais citer, et qui vous prouveraient que distinction sans fondement entre la loi et le droit ne pas mieux à l'examen que vof rc définition sans réalité : )) droit est pour chacun la facubé de faire ce que le )) prescrit. »

Si le droit n'est que l'accomplissement da devoir, akfll vrai nom est Devoir. A quoi bon deux mots différéob désigner une seule et même chose? Si le deroir est droit n'est rien. O défenseur da Droit, voilà donc coanB^ tléfendez le Di'oit : en n'en laissant rien subsister I

(1) a f )n réserve le nom do justk': au di'oit écrit, & celui (f(MlM tioii peut f^tre i'xigé«* par la Goiilrainte; car on ne conroît pas Wêw( sitivo (lé[iourvuL> de sanction. On entend \yAV équité un druK qnîl'M^ avec lui .lucuu pouvoir de contraii&dro, ou qui n'Mt rocounm^f' conscience et la raison. »

Uictiontum'C des tciences phtioto§*hif9Bk

LE DROIT $n

Héfléchissoz-y bien, et voua recoiiBidires que la seule défi- ÉKîon sous laquelle il y ait un coq)8 palpable et TÎTant, c'est a mienno : u Ilaisonncr est le Droit, tout le Droit, rien que » le Droit. »>

Je ne la défends point parce qu'elle m'appartient; je la léfends parce qu'elle est la seule qui gagne et se fortifie à 'examen et à la discussion, uu lieu d'y perdre et de s'af- Irfblir.

Qu'est-ce que raisonner? Locke répond : a C'est la foculté » de déduire des vérités inconnues de principes déjà I connus. »

Quelle plus grande puissance qu'une telle faculté I C'est la missance du levier qui ne demande qu'un point d'appui pour (Oulever le monde. (Jue la liberté de raisonner soit entière, feet-à-dire que le droit de raisonner soit matériellement OTiolable, matériellement à l'abri de toute atteinte, et ce Iroit sera véritablement le Droit, car l'exercice d'aucun autre Iroit ne pourra plus jamais être menacé ni entravé.

Garantiissez-moi l'inviolabilité du droit de raisonner, et je TOUS garantis non-seulement l'existence ou la conquête de ous les droits qui en découlent, mais encore la destruction fe tous les risques, au premier rang desquels je place le retour do tout gouvernement oppressif, la durée de toute (estion publique incapable ou infidèle, l'écart de la force, sous luelque nom qu'elle se cache ou sous quelque forme qu'elle >c montre.

Nommez donc un abus, si invétéré qu'il soit, qui puisse résister aux coups réitéi;^*s du raisonnement, faisant jaillir de tes étincelles la clarté de Tévideuco I

Une des plus profondes et des plus hautes pensées de PasciU est assurément celle-ci :

m 11 e^t jusU* que ce qui t*st juste soit suivi; il est nécesbsire que -e qui eiit le plus fort lUHt m\\\. Lu justice sont la force est impuinanta ; .1 fKji<:Han(^ sans It justice est tyrannique. La justice sans U force t^t 'untn'(lit(\ pan 0 ({u'il y n toujours des loéchants; la force sans la ju»ice «*>t Hc<*u>é«>. Il faut donc mf^ttre ensemble la justice et U force» i*t HHir i*«*la faire, (|ue ce qui est juste 5oit fort et que ce qui est fort suit u>l«*.

• La ju:»tice t.>i>t sujette à dis|mtes; W force est très-recowiaiasableet

sans disputes. Ainsi on n'a qu'à donner la force à b justice. XefH faire que ce qui est juste fût fort^ on a fait que œ qui ert te

juste. »

Effectivement, voilà en quelques lignes l'histoire de I les peuples et lo précis de toutes leuis l^slations. OitI ropposé de ce qu*il y avait à faire. Était-Q donc impiri de faire ropposé de ce qu'on a fait? Était-il donc iiflïiri de faire que la Justice, c'estrà-dire l'équité, qaeNli c'est-à-dire la raison, que la raison, c'est4i--dire le làii ment, s'imposât par la force qui lui est propre? DÉJi cette force, c'est nonmier l'évidence.

— Mais, allez-vous me dire, est-ce que révidenceinl le malfaiteur?

— Oui, vous répondrai-je, car elle fera de la soôtfj cienne une société nouvelle. Mais alors lAêmeqaejeW serais et qu'il se trouverait encore des hommes aail pour rester malfaisants, à quel chiS^ proportioiatlj population s'en élèverait le nombre? Lo nombre s'en drf à i pour 5000(i), que le danger, vous en conviendrei,i pas bien grave, si tout acte de violence autht constaté avait pour conséquence inévitable de malfaiteur à la condition méritée d'animal nuisible, Aj orrantc. Or c'est l'immanquable résultat qu'atteint bi trassurance ou Inêcription de vie dont j'ai imprimé module (2), et qui sert de clé de voûte à ce nouTem d*où Tavenir sortira comme le chêne sort du gland.

En tout cas, danger pour danger, le danger qiil courir 1 fou malfaisant à 4999 hommes vigilants pcrand que le péril que ces 4999 contre i lui piéfimlt^ consiste à se ^vrcr, pieds et poings liés, à la diacréiitfl pouvoir légal quelconque, monarchique ou répi n'rtro encore préservés par lui que trës-incom] ainsi que l'atteste la statistique criminelle partout existe une. Je vous le demande : le sacrifice coi en proportion avec le risque couru? De deux maux, ki

(1) Justice criminelle en 1852 : — 1 accusé sur 5043 habîtutk ^

(2) Voir QUESTIONS i)C MON TEMPS, tooie XI, page S72.

8i-il pas celui qu'on écarte et le plus grand celui qu'on Msit? Est-ce que 4999 sont moins que i 7 Est-ce que consésmment les raisonnables ne sont pas de beaucoup les plus mbreux? La force se trouvant ainsi naturellement unie à raison, où donc était la nécessité de les désunir et de les poser Tune à l'autre socialement, de telle sorte que, ne iTant plus faire, selon Pascal, que ce qui est juste fût fort, fit que ce qui est fort fût juste ?

Kon, il n'est pas vrai, vous le voyez, que la force et la raison eut nécessairement rivales et ennemies ; c'est une méprise; s peut se réparer; mais, avant tout, il fallait la reconnaître la constater ; c'est ce que je me suis appliqué à &ire. omettez-moi donc maintenant de ne pas m'arréter plus iguement à votre objection tirée d'une de ces rencontres 18 lesquelles la force physique produit des eCTets plus déci- I que le raisonnement le plus concluant. Ob le raisonnent sera souverain, la force immatérielle n'aura besoin 5 de peu de temps pour n'avoir rien à redouter de la force térieile.

iais le raisonnement, dites-vous, c'est la raison sans frein, orquoi donc mettrait-on un frein à la raison? Si le plus t avait toujours raison, ne serait-ce pas la perfection envue et signalée par Pascal? D'où vient le mal? Le mal nt de ce que, dans Tordre matériel, le plus fort a souvent l. Mais c'est ce qui ne saurait avoir lieu dans l'ordre inteltnel, où le plus fort est toujours flnalement celui qui a son. Il n'est pas de raisonnement, si spécieux qu'il soit,

d'une vérité puisse faire une erreur et d'une erreur faire ) vérité. Celui qui a raison est donc assuré d'avoir raison, le démontre, et sa démonstration est précisément ce qui

tout danger au raisonnement opposé de celui qui a tort.

raisonnement est à la raison ce que la batdle est à la vie-

re. Or si le triomphe de la raison par le raisonnement n'est

I le Droit, qu'est-ce que le Droit?

^ous dites : « Ce serait un droit sans sanction. » Vous

utez : « Le droit sans la force n'est qu'une abstraction? »

f oif je vous réponds, l'histoire en main : Le droit par la

ze n*est qu*une imposture.

se droit qui ne peut exister sans une force extérieure n'est

le droit. Le droit, la raison, la vérité s'impoeent; on ne les

it3n I.E DRorr

impose pas. Ponrquoi les imposeraît-Hia? Est-w que la Ml la riiison, la vt^ritû ne profitent pas tonjonn, nnon k F» \f veniiMit! eans exception, du moins k l'immeiue majoiMI b le droit a donc pour sanction la force qui lui est inbénotctA force, c'est l'intén^t du plus grand nombre.

Vous supposez un propriétidre injustement déponiUé 4it 1 1 proprii^té : cotte objection, empruntée à l'ordre sofliil ( ayant pour ;i\e la force iDnU'>ridle, pour pAles l'aDbRi pénntiti^, nVst point applicable à l'ordre soeial fatur, bjm pour axe Ik force immatérielle et pour pAIes la réclpiwilK la publicitt^. Comment, dans cet ordre nouveau, qui est 1^ nibilation de toute force matérielle , non mécMiqoeMri employée, un propriétaii-e pourrait-il Mre vlolsmnwrt Hpouillé T C'est ce que je rhercho en vain. S'il ne l'rat fm jm la violence, il pourra l'rtre par la fraude, m'objectetd-fMk et (]ue i-e soit par la fraude ou par la violence, il n'en mcb jk moins ili^pouilk-. Je pourrais vnus répondre que, sous In jta de la justice telle qu'elle est instituén dans les psTsokfli passe pour fonctionner le mieux, la plupart des frsiiii échapiH>nt à sa double action rt^pressive et préventive; MÙ cette répont^e n'est pas celle que je vouh ferai. Si l'ordfSBas- Teau que je conçois ne devait pus (>tre supérieur k l'ordn existant, ce ne serait pus la peinedoobangeroelut-ei;fln'7asrait qu'aie laisser subsister. Mais, ou je m'abuse étnugewsl nu le rAftime de la r^-ciprocité serait d'une appliostioa ■■■ simple que Test la vérification des poids et mesures. Qu'ert^c. en effet, que la réciprocité? C'est une mesura. Pierre a-tfl m n'a-t-il pas faussé cette mesure? Kn cas de coatostatioa, qsoi de plus facile ii vérifier et à constater 7

Ainsi entendue , ainsi pratiquée et telle que je l'ai il^ expliquée dans mes réponses adressées k H. de Lonnhweit, qu'a de commun et de piireil la n>ciproeit<^ avno l# IiUob, Orulum pro oeuh, Aentfm pro t/mte, comme dans la loi ds Holw, ou bien comme dans r.inLlenne lui des Donie Tailles, &' SM» irum rupit meum, e paeto talio Hlo9Rien, ayez la bonne bldr le reconnaître.

La réciprocité, «'est le pendule humain avec ses deu onflations alternatives et isocliniiicH, de dmita h gauehe et él gauche à droite, en d'nulrm t<>rmes, de PnnI à Piem et de Piene à Paul. Getl« <louble oHt.>illatinn s'appellera, tt *aM b

lonlez, droit et devoir : droit, équivalante crédity signifie oe m^ m^est dû ; devoir, équivalant à débit, signifie ce que je lois» Ainsi compris, droit et devoir constituent la réciprocité; Il an sont les deux termes nécessaires et parfaitement égaux. Test ce qu'on reconnaît implicitement lorsqu'on dit qoe le Iroil et le devoir sont corrélati£B| puisque coirélation signifie : iélation réciproque entre deux choses. Galilée est le premier

K* ait appliqué le pendule à lliorlogerie ; la même gloire strera le nom de l'observateur qui appliquerai réciprodté à la société ; la société n*cst-elle pas à la civilisation ce {ne rhorlogc est au temps?

Que me parlez-vous de ces vaines querelles du seisiëme âècle, dont les derniers échos retentirent dans les écrits de Sossuet et de Jurieu? A quoi ont-elles abouti? A quoi ontslles servi ? Les limites dans lesquelles s'exerce l'autorité soureraine sont-elles mieux observées qu'au temps où paraissait e dernier écrit de Jurieu intitulé : Soupirs de la Frana qui upire après sa liberté? 1/inutilité de ces controverses en est la condamnation.

Qu'est-ce que Tautorité souveraine ?

Où commence-t-elle ?

Où finit-elle?

C'est ce que ni Jurieu ni Bossuet n*ont fait définitivement :onnaitre ; c'est ce que vous ne sauriez dire avec quelque peu le précision.

Il n'y a d'autorité souveraine que celle de la vérité démontrée, de la science appliquée, du tiilent éprouvé, de l'expérience acquise, de la foi partagée, de la force constitéc; il n'y a d'autoriti* légitime que celle qui se suffit à elle-mrme pour s'imposer.

Êtes-vous la force?

Êies-vous la foi?

Étes-vous l'expérience?

Êtes- vous le talent?

Êtes-vous la science ?

flt*»s-vous la vrrit<» ?

Vérité, science, talent, expérienee, foi, force, n'ont de limites quVnx-niémes, limites qu'on ne saurait restreindre pas plus qu'étendre.

Nulle controverse à leur sujet ne saturait donc s*éle ver. La

vérité est la vérité, la science est la science, le talent titk talent, l'expérience est l'expérience, la foi est la foi, la tonttt la force, comme le jour ost le jour, comme la noit est la ^

Toutes prétendues divisîoDsentre le spirituel et letempotL le législatif et l'exécutif, ne sont qu'ergoterîes A 1' pour la plus grande gloire des Dupina de toua les pays îtA tous les temps, ei^terics qui n'ont jamaÎB aboati et D'iboitiront jamais qu'à des transactions précaires ou à des ifTO^ tions stériles.

Qu'est-ce que le peuple & la fois «nowain et mjtt?

(Ju'est-ce que l'électeur quand l'élu est tout?

Qu'est-ce que le mandant qui ne peut révoquer son muit taire?

1789, 1830 et 1818 sont là pour le dire.

Oui, TOUS avez riiison, il est temps d'eu flnir avec tonsbt Rophismcs; mais le moyen d'en flnir avec eux n'est paad*» dopter la subtilité que vous décorez de ce nom : nVilar • la foi» juridique et légale. Ce sont là des mots, rien que An mots ! itésistez donc juridiquement et légalement à l'étil it siège, lorsque, même sous un gouvernement répitUicuo,toot les rappels au respect de la loi et de la Conatitation n'ofatiesnent pour toute réponse que cegmots d'un procureur grinénl: ic L'état de siège a dessaisi la justice régulière I • (1)

il n'est qu'un moyen, croyez-moi, d'en flnir avec tonta le> arguties et tous les ticu\ communs sur l'autorité et la liberté, la souveraineté héréditaire et la souveraineté populaire : e'ert d'adopter la ligne de démarcation qui se trace d'elle-mèw entre la puissance individuelle et la puissance M^mnUr, l'aw et l'autre parallèles et jamais antagonistes, l'une et l'ntrr simultanément absolues, l'une et l'autre récîproquemeDt iadèpendautes.

L'analyse u su tiri>i- de la houille le coke qni cliaiifi cl te gaz qui éclaire ; seni-t-il donc plus difllcile d'extnire de It puissance humaine ce qui est essentiellement ce rmi est néceasairemeat iadivi»T Peutron *'

(I) 11(''|ioiiM> ili- M. If iirocun-iir ffrni^rtl II. Corne k M. Emile dr Ciranliii, nrri'ti'-. jeli' i-ii |>riitoii, t>-iiu an teeirt et rem» ea ■Ifenté f^ juB^miMit. — m juin 1R4S.

IUI8 les détruire, la voie publique, l'année, la flotte? ~ Ron. Gonséquemment, ni rarmée ni la flotte ne peuvent être êÊimdueUeM.

Si la persuasion, si rinstruction y ont échoué, peut-on, oui ou non , m'imposer une foi que je n'ai pas, me juger d'après une raison qui me manque? — Non. Gonséquemment, ni la foi ni la raison ne peuvent être indivise».

Si, par le raisonnement, j'arrive à faire prévaloir cette distinction fondamentale autant que simple entre YindiMuel et Yifulivisy croirez-vous encore que raisonner ne soit pas le droit, tout le droit, rien que le droit? Direz-vous encore que «nier » en ces termes la conscience et le devoir, ce soit mettre à l'aise bien des gens qui étouflîaient sous leurs masques, ce soit absoudre toutes les lâchetés, et jeter dans les cœurs le découragement par la négation élevée à la hauteur d'une méthode? Analyser, est-ce nier? Analyser, c'est expliquer ; expliquer, c'est connaître; connaître, c'est affirmer. Andyser, c>8t synthétiser, car analyse et synthèse sont aussi inséparables qu'effet et cause. « L'analyse, a dit Pascal, est l'art de découvrir 9 des vérités inconnues. »

Vous me demandez si je crois qu'on puisse faire un raisonnement sans employer des raisons? Une telle question, permettez-moi do vous le dire, est peu digne d'une discussion sérieuse. A votre tour, que répondriez-vous si je vous demandais de me dire si vous croyez à la démonstration de la raison sans l'emploi du raisonnement?

Qu'est-ce que la raison sans le raisonnement? C'est la raison présumée.

Qu'est-ce que la raison parle raisonnement? C'est la raison démontrée.

Or je suis pour la raison démontrée, contre la raison présumée ; pour la raison qui est la certitude, la clarté, contre la raison qui est la probabilité, l'obscurité.

C*est parce que je suis homme de liberté que je suis homme de raisonnement. Le raisonnement est à la raison ce que la liberté est h la vérité; oui sans doute, la vérité est au-dessus de la liberté et la raison au-dessus du raisonnement, conmie la synthèse est au-dessus de l'analyse ; mais sans la liberté, comment saurais-je que la vérité est la vérité, et sans le

raisonnement, comment saurais-je que la raison est la rir

son? (i)

Dites-le-moi.

Ju prétends que tel cercle est parfait; vous le contestez comment le vérifier sans compas?

Je prétends que tel objet pèse tel poids; vous le contestei «oniment le vérifier sans balance?

Je prétends que tel but est à telle distance; vous le cont^ tez : comment le vérifier sans mesure?

Faudra-t-il donc que je vous croie ou que vous me cro}in sur parole !

C'est cette alternative que je n*admets pas.

Je suis aussi loin do Vico et de Lamennais plaçant 1p mterium du vrai dans le sentiment commun, que de Montaigne rt

laisonneniont.

Vérité vl raison sont deux mots dont le passé et l'autoriti^.

bniié et raisonnement !

Vous ries maître de préférer des chimères à la riàËtè; moi, je préférerai toujours la réalité h des chimères.

EMILE DE GIRAHUIN

(I) <« Oïl aurait hpsoin d'iinr iv«;lr. La raison s'oiïrc, mais elleMl fhùk h ions f^uiis, et aussi il n'y ni a iioinl. n

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