A MONSIEUR BLOT-LEQUESNE
« LlioiiiflM «si U iMnire de tootat
< Les bominwà eonriat rvm pnoiMiil powU jastioe c« qa'oo toor monti* rentrer dans Iss termes de U loi. Les hommes éeUIrés esltoent oonforme à le jostiee ee que rimpertielHé rMOUult être ntUe dans eheqne eeose. •
TICO.
11 VOUS plait d'intervenir, avant même qu'il ait été clos, dans le débat ouvert entre M, de Lourdoueix et moi| et vons y intervenez en débutant par cette déclaration : c Je connais B des bonmies, des Anglais, des Espagnols, des Français, des n Allemands ; je ne connais pas Vhomme. « Je vous réponds : En quoi donc TAnglais, l'Espagnol, le Français et l'Allemand difFèrent-ils entre eux corporellement et intellectuellement? Puisque vous invoquez Cicéron, je l'invoquerai aussi, et j'ajouterai avec lui :
€ Quelque définition qu'on donne de l'homme, elle vaut
• pour tous les hommes ; ce qui prouve assez qu'il n'y a point
• de dissemblance dans l'espèce : car, s'il y en avait, la même » définition ne renfermerait pas tous les individus... La rai- » son, par qui seule nous remportons sur les bêtes; la raison, n par qui nous savons induire, argumenter, réfuter, établir, o prouver, conclure, est assurément commune à tous, diflfr- > rente en tant que science, pareille comme faculté d'apprenn dro. De plus, nous saisissons tous les mêmes cboees par les
)) sons, et de ce qui trappe les sens d'un seul, les m » tous sont frappés. )>
Vous demandez a combien d*hommcs raisoniiei! même?» Je vous réponds : S'ils raisonnaient tous de b cl quoi servirait le raisonnement ? Qu'importe que beii d'hommes raisonnent faux, pourvu qu'il y en ait an qd sonne juste? Kst-ce que la raison démontrée par le ni nement ne. finit pas toujours par avoir raison? Est-cpqui surdité, par i'vAa seulement qu'elle est rabsurdité, K piis toujours par tomber d'elle-même sous soa pn poitis?
Vtms me faites dire ce que je n'ai point dit; je n'ii | (Ut que la justice fiU la raison de l'homme. Cette opiM partient à Oicéron, votr(!i uuxitiaii'e, s'exprimant ains: )) tous ceux h qui la nature a donné la raison, elle a doa )t droite raison en tant qu'elle commande ou qu'elle iota » et si la loi, le droit. Or, tous ont la raison, donc tooi n investis du droit. (1) » Mais eussé-je dit ce que vonsi trilmez, et ce (jui appartient à Cicéron, que je pourraisi| s(;r ({uestion à question et vous demander : La scienceaif ])ur l'homme étant la science ac(]uise par chacun de IM l'astronomie étant une science, combien v aura-t-il desck au monde s'appelant rastronomie? Je ponrraîs ajiMbr justice su formera, comme la science, par l'étude, l'oki tiou, le raisonnement; elle sera ce qu'est la science, 4i ne dit pas : Plaisante science! })arce qu'on ne saonilli pliqut-r ces paroles de Pascal, que vous rappdei fli citer, ut (}ue je vais citer puisque vous les rappelai :
a On n^ voit presipic rion de juste ou d'injuste qui ne cta (]iialil('^ tii ('liiiii^(>ant de iliniat. Trois de^^rés J'élévatMNi dlpÉ versi'iil luiite. lu jurisprudence. In méridien décide de la «M p«Mi d'unm'os de pos>us>ion. Les lois fondamentales cfaaBfBnLLi a >os L'pu(]urs, iHoi^nutc justict^ quune rivière ouuBaSfl burne ! VOriLc o!i de^*ù des TyrénOes, mensonge au delà. »
Pourquoi, — je me sers de Vos expressions, — poaifi
(I) Ik-s L*jis, liv« I.
Jfciiiiita ont'-ils le droii de commatider à lent enfant? Ptroe gpi'ils ont le devoir de penser pour lui jutqn'ao jour où il peu** par lui-même. Pourquoi leur obéiUil? Pàroe ^u'il se it par leur raison et non pal* la sienne^ L'enfant obéit à la ■utse, n'ayant pas la liberté de désobéir. Devoir est donc un ■M qui ne signifie rien appliqué à Tenfant encore privé 4m raison. Il n'y a devoir qu*où il y a liberté, et il n'y a li« berté qu'où il y a raisonnement. Que prouve d'ailleurs cet tiMinple?
Que me parl«2-voos de justice obligatoire ? Est-ce que c'est en vertu de la justice obligatoire que l'angle de réflexion est égal à l'angle d'incidence? Réciprocité : telle eet la seule jusflee que j'admette, parce que c*est la seule qui découle de lois dérivant de la nature des choses.
^n'importe que la réciprocité détruise ce que voue nommez kl justice, qu'importe que la réciprocité détruise ce que vous nommez la morale, si la réciprocité est toute la justice, si la fMprocité est toute la morale !
La réciprocité ne pouvant exister entre deux hommes avant que ces deux hommes aient déjà existé, cela contredit, j'en conviens, votre superbe déflnition : « La justice, dans son » princifte fondamental, est antérieure et supérieure à la raison » humaine. »
J'en suis fôché pour vous, monsieur, qui vous constituez l'avocat d'office de la raison de Dieu ; mois il ne dépend pas plus de moi de faire qu'il n'en soit pas ainsi, qu'il ne dépendrait de vous d'empêcher que le tout ne soit plus grand que la partie, ou que le centre d'un cercle parfait ne soTt également distant de tous les points de la circonférence.
Pour vous désarmer, je me hAterai d'ajouter que la réciprocité ne renferme en elle absolument rien qui ne s'accorde parfaitement avec l'ordre universel.
Au contraire.
La réciprocité (»st dans l'ordre social ce que la gravitation est dans l'ordre astrononîi(jue.
La vraie loi de l'homme vivant en société, la vraie loi des nations, c'est la réciprocitt'*; la preuve, c'est qu'il suffit de l'observatiiin de cette loi pour rendre superflues toutes les lois factices i|ui ont été décorées du nom de ioàpositive$j afin de les
distingaer des Im naturtlUt^ auxquelles elles sont ee q«k négation est à TaJEBmiation.
Combien de lois qui, après avoir été réputées bomeiA équitables, ont été flétries et abrogées I Combien de loii » core en vigueur qui sont destinées à avoir le même soitl
Dès qu'on admet des lois poritroet^ des lois flaeticesi a opposition avec les Uns naturelles^ que deviennent les lois poétives et quelle autorité conservent-elles?
Dès qu'on admet un droit écrit dans les conoeiences s'âermt au-dessus du droit écrit dans les codes^ que deviennent ceo-ô et quel nom méritent-ils?
Dès qu'on admet une justice divine supérienre à la fwàa humaine^ que devient celle-ci? N'est-il pas à craindre qu'os la qualifle ainsi : l'injustice constituée ?
Droit, Justice, Morale, Raison, Conscience, qu'étes-vooi,a résumé et en définitive? Vous n'êtes, sons des nomsdhrcn, qu'une seule et même mesure des actions homaines. Or qn prouve que vous n'êtes pas une mesure fanssOy qui praaic que vous êtes une mesure vraie? Rien* Tandis que la réeipncité a sur vous Tavantage décisif de porter sa preuve, nprantic, son contrôle avec elle-même ; c'est l'éqnité mathémitiquc, c'est le compas avec ses deux branches, c*est la bslanee avec ses deux plateaux, c'est la règle avec ses deux eiMmités.
La réciprocité est la mesure qui détermine le degré de civilisation, et si la civilisation n'existe pas, quel sens ont ctf trois mots symboliques dont vous composez votre triide: Vérité, Beauté, Justice?
EMILE DE GIRARDEf.
A MONSIEUR EMILE DE GIRARDIN
Sons la forme d*un débat purement métaphysique , tous remuez Tun des problèmes lo plus vastes des temps modernes. Il y a en présence, ici, le principe conservateur des sociétés humaines, Tautorité, le droit ; là, le principe révolutionnaire iont entier, la négation de Tnutorité, du i/rot/, dans les sociétés et dans les consciences. Four votre système de réciprocité générîdo, c'est une question de vie et de mort. Si le droit existe, la liberté absolue n'est qu'un révc, le jeu d'une imagination oisive, une dt* ces mille conceptions fantastiques dont l'esprit humain est si prodigue. Si le droit n'existe pas, votre systi'me est une éclatante vérité, il faut renverser les barrières religieuses, morales, politiques, qui retiennent la liberté captive ; il faut rendre Thomme à sa loi vivante, à sa nature pmpre, à sa vie réelle. J'ai donc raison de dire que le problème qui s'agite est le 7b be or not to be de votre doctrine, et je conçois que M. de Girardin ne se rende pas.
Plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, un sophiste grec affirmait, comme vous, dans les mêmes termes que vous, que In raison est la seule mesure des choses; un autre niait, comme vous, dans les mêmes termes que vous, la distinction du Uen rt du mal, dont il attribuait l'invention à la politique. Ne fiTait-ce pas un spccticle assez piquant que de voir M. de fiirurdin débitant, en plein dix-neuvième siècle, les vieilles maximes qu(* Socrate poursuivait de ses railleries sous les porti<|ues d'Athènes, et que Platon confondait, dans les jar-
diiis d'Acadéiniis, de 1 imposante supériorité dt* smi p-:. (Jiirl mécompte, monsieur, pour la ductrino du pro>rri-$ inc*^ fini, dont vousn'ùtcs ni le moins intrrpîde ni le moins brilla:: elianipion !
Mais je sens que ce serait la une discussion puùrile, îndiirir de vous. La viûeur d'une doctrine n*est pas plus dao» >.: origine que dans ses (jrganes ; elle est dans s:i vérité. Vo;.avez la prétention de fonder un système de politique général*:. Comme M. Proudhon, vous réclamez l'autonomie dessociife anarchiques, c'est-à-dire sans pouvoir ; plus conséquent ru* M. Proudhon, vous proclamez encore, et la logique vuu.< ti lait une loi, Tantonomie des consciences indépendantes, ctstâ-dire sans loi morale. A la bonne heure, négation absoloe da [ïouvoir dans tous les ordres, voilà le principe* révolotioDnairti jKir exeeilcnee, le voilà résolumtrnt posé, dans touti* s^ radicale simplicité, dans toute sa formidable énergie. Eh bien. monsieur, ce principe fondamental et substantiel de votre doctrine, ciîtte, v«'*rit<î axiomatique de votre systf^mc, commet! rétablissez-vous ? conmient la démt)ntix»z-vuus?
Vous avez n'»pétt'* sous bien des formes : « L'unique loi 4* )> l'homme est la loi de son développement, La loi derètr- » pi'usant, c'est dt» se mouvoir dans sa raison, comme la !•! )) de cliaquc» astre est de se mouvoir dans son orbite. » M.i> ces affirmations su]»erbe8, conmient les démontrez- vous ?L-? bases philosophiqu(*s de votn; système, comment les établi^ si'Z-vous? Connnent prouvez-vous que Thomme nVst souiiii* iju a unt; loi unique, celh; de son développement ? Comni;.: prouvez-vous que son développement n'est lui-niérae sonmi.* cju'à imeloi uni(iue, celh» de la liberté de l'astre? L'astre ijai SI* mrut dans son orbite ne se meut-il pas suivant cerfames loè^ L'hoinmc, qui doit se mouvoir aussi dans sa raison et sa liberté. ne doit-il pas se mouvoir de même suivant certaines km? Avant de passer outre, comment résolvez-vous ces questioib préliminaires? Mtie iîiiles-vnn»^ de ces y//flrw fortes que TOib l.ii^-ez >nr v«is deirjpres, Mccupées jjnr l'ennemî? Ne vnyfzviiU'» pus (|ue vnu< fMiMlez vnîye tlHM>rie sur la plui témérain' et la p!u> i;i'atiiite «!«•< Iiypolhèses? Imprudent architecte, vi»ns voulez èleviT un éilillce durable, et vous en posez lapm mière pii*rre diins levidi'î
A votre doctrine du /h*oit humain ne relevant que de b
ndson de riiommc, j'avais répondu en trois mots, non en juriste, avec rautorité du juriste, mais eu homme qui raisonne, vis-ii-vis d'un homme qui raisonne ; j'avais dit :
« 11 y a dans le monde matériel des rapports néceêsaires qui dérivent de la nature des choses ; ces rapports nécessaires^ que la raison découvre et ne crée pas, sont les lois qui régissent les corps, et que les corps accomplissent fatalement, parce qu'ils sont aveugles.
» Il y a même, dans le monde moral, des rapports nécessaires qui dérivent aussi de la nature des choses; ces rapports néçesêmireSy que la raison découvre et no crée pas, sont les lois qui régissent les êtres libres, et que les êtres libres accomplissent librement, parce qu'ils sont intelligents.
» Ces rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses dans le monde moral, comme dans le monde matériel, que la raison de Thomme découvre et ne crée pas plus dans l'un que dans Tautie, qui sont dans celui-ci la loi nécessitante des corps, et dans celui-là la loi libre des intelligences ; ces rapjforts nécessaires^ disais-je, constituent l'ordre universel de la création, et cet ordre universel de la création, antérieur et bupérit^ur à la raison de l'homme, est, à proprement parler, la omcepdony la rnàon de Dieu même, comme le plan d'un édifice e.>t la conception, la raison de l'architecte, avant comme aprrs la con>truction d»i l'édillce. »
Vous n^idnu'ttez qif une partie de ces vérités, monsieur; dans Tordre nuitéricl, vous rt'connaissez des loà qui régissent les corps, des lois (|ue la raison de l'homme n'a pas faites, des /oiVc (jui dérivent de la nature des choses. Pouiquoi ne reconnaissez-vous pas aub^i, dans l'ordre moral, des lois qui régissent les int(*lli^cnccs, des lois que la raison de Thomme u'a pas faites, des luis (|ui dérivent de la nature des choses, comme l'observe Montesquieu? Kst-ce que ce princi|>e : a Tu honorera^ ton prie et ta nièn* » n'est pas aussi vrai, aussi absolu (laiis Tordre moral ()ue cet autre principe* : <i Le tout » e>t plus .uiand que la partie >; n*est vrai, n*est absolu dans l*«iii!ie ii.aléri»'!? iju'est-ce que la raison a plus à voir à l'un qu a l'autre, sinon aies accepter tous deux, celui-ci comme if/i fatale de> corps, celui-là Comme loi libre des iulelli-
L!eiH'e**?
Vous admettez les lois de Tordre matériel, parce qu'elles
sont irrésistibles, p.ircc quft le monde matmel les subit avnjçh'îment? Vous n'aclmottcz pasles lois de l*ordre moral, parti que riiomme peut se soustraire à leur empire, parce qu'il p<»! les violer et qu'il les viole tous les jours. Quoi ! monsieur. !i violation d*unc loi, l'application incomplf'te d'une loi, sera li négation absolue de cette loi ! C'est vous, intrépide raisonnes;. qui tirez de pareilles conséquences! Parce que l^artiUeurqBi pointe sa pit'ce aura tenu compte de la résistance des milieu. la loi mathématique n'existera pas! Parce que « le carnage d*: » la Saint-Barthélémy, parce que les dragonnades des Gt^ » venues, parce que les bûchers de Tlnquisition », horreor que Ton rcncontni dans tous les camps, auront outragé U conscience humaine, la conscience humaine n'existe pas! F.t que signifie donc ce long rri d'indignation répété de siècle rn siècle par tous les échos de l'histoire? La loi de réciprocil-. dites-vous. A qui f(Tez-vous croire, monsieur, que si le c«iur se soulève au souvenir de Catilina tramant la ruine do ^i patrie, et s'il pîilpite d'émotion au souvenir de Hêgulus alla:.! mourir esclave de sa parole, c'est au nom de la loi de la nV ;procité? Il est douteux que la loi de la r«»ciprocîté interpr^l»-» par 1rs passions humaines ne fasse pas les L<icenaire et !•■ Papavoine ; il est certain qu'elle ne Tera jamais les d*Assa.«<t les saint Vinrent de Paul.
Je me hâte, monsieur, de sortir de ces discussions de principes peu familières à la foule des lecteurs, et je termina» par une question fort simple que j'adresse au .système de lant-iprocité générale. — J'ai un ami mourant; la loi civile ne lui jïermet pas de rcM'onnaître un enfant adultérin, auquel il veut laissi'r sa fortune ; il me confie? cent mille écus qu'il me charp» de remettre h son fils. Il meurt ; personne au monde ne connaît le dép<M (lonl j'ai la garde». — Si aucune loi morale n'oblige ma corisrieiirr, si tout se réduit à un calcul de risque^. si je préfèp', nu risque de me voir un jour dépouillé moimême, un hrurlivo immédiat de .'KNMKiO francs, puis-j* mettre ces :)(M)J)(Mj francs dans ma |Miche? Toute doctrin»doit oser avouer sr»s con*;é(ju(»nces. (Jue le système de la réf iprncilé générale rr|Hindi» : — Oui! Le système triomphe, maila conscir'uce publicpie indignée le n^pitiuvo. — Non!L' systèmt» abdique et la lr»i morale existe.
Voire théorie e^t jugée par ces observations rapides, mon-
•ieiir. Vous avez cru élever un monument de bronze* cne perennius ; Yous n'avez bâti qu'un palais de nuages que le pre« mier souille de vent dissipe.
Je vous adresse cette lettre, monsieur, et quel que soit le tort que vous lui réserviez, je n'en examinerai pas moins Totre doctrine :
i* Dans sa filiation historique, et je démontrerai qu'elle se réaout dans V individualisme unvoersel:
2* Dans son influence sociale, et je démontrerai qu'elle se rfeout dans Yanarchie univenelle;
3* Dans son terme fatal et nécessaire, et je démontrerai qu'elle se résout dans le despotisme universel.
Individualisme, anarchie, despotisme, telle est la triple évolution du principe révolutionnaire que je ne confonds pas avec le progrès. Quand il a vécu ces trois âges, il meurt.
Vous avez posé le principe révolutionnaire dans sa formule la plus radical (* : légation abiolue du pouvoir. J'ai promis de rechercher Toriginc de votre axiome favori : je tiens ma promesse.
Pour robser\'ateur attentif, il est manifeste que les sociétés européennes sont livrées à deux courants contraires : l'un, formé des idées chrétiennes, qui les emporte vers l'amélioration successive de toutes choses ; l'autre, formé des idées révolutionnaires, qui les précipite aveuglément dans tous les hasards comme dans toutes îe^ catastrophes de l'fiieofiim. Le christianisme a ré^Kindu dans les Ames des notions nouvelles d ordre, d'égalité, de justice, de charité, de liberté, méconnues ou défigurées par Tancien monde. Ces pures et saines notions, fécondées par un enseignement de dix-huit siècles, identifiées avec l'esprit humain, dont elles sont devenues la substance propre, ont développé au sein des sociétés modernes une morale publique élevée, une conception supérieure du droit, tout un ordre de i)crfcction idéale inconnu à ranti«'
quité tout entière. Or cette morale publique élevée, cette» ■! ception supérieure du droit, cet ordre de peifecfi(m liÉ II ijue l'antiquité ne connut jamais, forment un mirage ~^^ qui st'duit les intelligences, qui les attire par des mystérieuses et qui les entraîne à la réalisation dotyiepL fait qu'elles ont conçu. Mais, pendant que les îiitpIli^Hil| r^'vent ou conçoivent une perfection sociale qui ne wmàp] In complète application de la morale érangéliqae, nos! immnbilos ou rétrogrades, refusent de snivre le des esprits. Les idées franchissent l'espace et se perdeotàl Ii's oham]is d'une civilisation indéfînie. Les mœnn, î^i^ srnéos de l'esprit révolutionnaire, demeurent relativeoiattaharos. L'or?uoil indisciplinable, l'impatience de toot ftâi l'ambition dr commander, l'ardeur immodérée de jooir,r» b.i ou le dédain des croyances les plus saintes, le mépÂfe lois. In haine du pouvoir à tous les degrés et sons tôntahi ■ornios. vn un mot, la négation de la loi morale dans son prit* t i]-^ rt dnns sa fîiu tels sont les ferments révolationniiff t;\:: ;::,iî l'élit \os à mes, compriment Télan des cœurs cl j«W ':.: > H'it'té ilans cet ant.ipronisme acharné qui se résoalenfa- :rur> in>iMiséi\s contre les institutions les plus innocentes^a il(\^iiiivnionts stériles, on destructions incessantes, encali» tf*< di' louti^s sortes. On iieutTaffirmer sans crainte, la soâHr .;ni s'abandonne aux influences chrétiennes ressemble aanÎF- •.i\;a, sûr de ses voiles et lier de ses mâts, qui traverse stt» iv.-.ls n;\ oréan sans tempêtes, tandis que la société qui sV l^v.'ii :îr.o aux influences révolutionnaires ressemble au ni?" -;■•'. vlr-^.àté par la ffuidre, que la tempête balance!* i .b ::.i\ on n'iendant qu'il aille se briser sur quelque rodff
t'r't .'Mt \\o \i\ si^ciété caractérise, monsieur, les deui tote .r.-.\.;v.i\!T < ii.Mis ai>partenons, vous et moi: Tune, qui ^ooisA 'r pr.\ir:vs <iv,i> ri»m]jire et dans la limite de la loi morik: r.ivt". i\ i;\'.i y-nirsuit le progrés sans autre guide et sans airiff ' ■;.!!' »;u^ !:î raison de l'homme, c*est-à-dire ses fantaisie» «^ --■•s ré\,'<. 0"**^h» est maintenant Toi-igine du principe réfttari.nitain* ;* 0»«*-h' est sa première incarnation ? Voyons :
Vu N,M.-iéino <ièrli\ un novateur fameux jeta dans le tMiùk lin pvinoipi' terond en bouleversements de toutes soile». 1/ iiî'Mne de Wittemberg ne se borna point h proclamer rinri»-
.hbilité de la conscionco, à chasser Tarbitraire, la contrainte, la violence, des domaines de la foi. A ce titre, Luther eût mérité les hêniMlictions de tous les Ages ; mais, oubliant que si le ^despotisme est toujours odieux, l'autorité est toujours res- ''pcdable, il affirma Tindépendance complète, la souveraineté ~ ibeolue de la conscience privc^e. Il dit h l'homme faible, igno- *imnt, passionné : « Interprète h ton gré les Écritures; si la ' 9 tradition, si les conciles, si l'Église universelle ne sont pas ^ » d'accord avec toi, rejette la tradition, rejette les conciles. w rejette l'Église universelle tout entière. Dans l'ordre de la w foi, tu ne relèves que de toi, tu n'as de maître que toi, tu es ' m h toi-même ta n>gle uniquo et ta suprême loi. » C'était bien là, vous en conviendrez, monsieur, constituer dans le monde religieux le plus vaste individualisme qui fut jamais.
Au dix-septième siècle, un penseur célèbre tira les conséquences philosophiques contenues dans le principe de Luther. L'illustre maîtn» de Christine de Suède ne se contentii point do renvrrsfr l'oppressive domination d'Aristote, de ruiner Tabsurdi» i»t tyranniquo empire des Formules, de débarrasser l.'i ponsèo liumaino dos entraves d'une scolastique stérile. Desrnifos, lihrratourdola pensée humaine, n'eût recueilli qu'une pîiiiro infontestro et sans mélange. Mais, oubliant u son tour qno la i»hH sublime des facultés de Thomme a ses défaillances of «»os tônèbros, qu'au-dessus de la raison privée de l'homme, il V a fa raiaon gnwrnir (h r/tumanitr, gardionne d(»s vérités nrross.lires h la vio moralo des pouploset des individus, il nia II» dn»it do la nii^îon univerpolle, il affirma Tindépondance ab- »*i»lni' de* la rai-on privôo; il dit à l'homme faillible, présoro|K f M«Mi\-, léi^^or : « Dans la rorherehe de la vérité, tu no dois in- -, NTrngor que ta soûle raison ; quolles que soient les tradî- 1 îi'ins, los ornyances du genre humain, tu no dois admottre r piinr vrai qno cv qui sond)le vrai à ta seule raison; tu n'as . do u'uitlo, tu n'as tlo maître, tu n'as dejngo que ta seule . raison »» (l\ C'était encnro, vous le reconnaîtroz, monsieur,
(I , « \otiH (lfvon<« diri», pour Atro jiislr. qui» ri»t axiomi» nVtait pa», t\%n% Il [HMi"!-.' ilo poMMrlofl, niiMi Ab<«o1ii f|iio (lanff fion eTpr(*]i»inn,M qiio rViil ^niiiHii i'Ikz qiifl({iii*-siiii». tic hom (littriplet qu'il o%i «lovrnii U* principe do r.-iiu»iijliHnn' nioderur. m iiujT-i4:ot'»sXK.
C48 LE DKOIT
ouvrir le monde philosophique il Tindividualisnie k pic efTruné.
Au dix-huitième sirele, un rrveur de génie compléta poBi' rjuement In pensée de ses prédécesseurs. Luther avait doHt pour base unique à hi religion la conscience de rhoonK; Descurtes iivait donné pour base unique ù la philoso|iliieh raison de rhomnie; Rousseau donna pour hase unique àh société la volonté de Thomme. Au lieu de chercher Texplicition de la société dans la nature sociable de riionume etdass la dernière raison des choses, la volonté de leur suprême aiteur, il aima mieux recourir h la chimère du contrat prinûliL toujours révocable, variable, discutable au gré des mobiles oprices d'une foule mobile et capricieuse; plutôt que de joitkfier le pouvoir et d'ennoblir Tobéissance, en remontant i li source commune des droits et des devoirs, à Tordre omtsaire, à la morale universelle antérieure et supérieure aux sociétés humaines, il préféra confondra le pouvoir, le droit de commander, avec la puissance de contraindre; le </cuMr, iV bligation d'obéir, avec la nécessité de céder. Il fit sortir Ifs droits et les dévoilas sociaux de la volonté collectiTe. U dît à riirunme éf^oïsle, orgueilleux, dominateur : ci La société e^ » ton o'uvre; sa constitution, ses lois, ses coutumes, ta ToliMitr )) l(!s a faites, ta volonté ])eut les détruire : change, modifie. » renouvellti, boulevei-se. L'unique souverain, c'est toi, t'i i> seul, ]»artont, toujours. )> OVtait enfin, vous l'admettez encore, livrer le monde social aux fureurs d'un individualiav implacable.
I/individuali.sme, sans autre règle et sans autre frein qo« liii-mémr, rindividualisme absolu, voilà le terme fatal de h n(\ua(ion du pouvoir dans toiis les ordras; voilà le prmdpert' ro/nfi(jutifn'rp dans sa tiénération directe et dans su formole v«*rilablr. licite p'*iirration et cette foiinule, vous ne les répudiai pas, que je sacliis et, jn^(]ii'ici, je n'ai encore été que rëcb» di* vos propnvs idées. Mais (»ii commence entre nous la dissidence? le Voici :
Vous ]irocIame/ la souveraineté, l'omnipotence de rhomine. à la bojtiie heure. Mais romnipotence de l'homme, c'est k" lilire et plein essor de tous ses instincts, de tous ses seolilot'iit^. de tous se> intérêts, de toutes ses passions. Mais le Iiî*i«' r.-M.r des instincts, des intérêts, des liassions, c'est lau-
MiUgonisme, la lutte de toutes les personnalités, de toutes les Ambitions, de toutes les convoitises, de toutes les violences i fermentent dans le cœur humain. Mais l'antagonisme des innalités, des ambitions, des convoitises, des violeuces ividuelles, c'est cet épouvuntalile état de nature imaginé le farouche théoricien du despotisme, par le sombre aumr du Léviathan : Bellum omnium contra omnes. Or com-
irneot ordonnerez-vous le chaos? comment disciplinerez-vous Panarchie?
La science, dites-vous, la civilisation, Texpérience accumulées des siècles. Y pensez-vous, monsieur ! 11 ne s'agit pas ici de la mécanique céleste^ ou de toute autre science spéculative^ qui se forme sans obstacle et sans effort, de la simple observalioa des phénomènes naturels, dans le cabinet du savant. 11 s^agit de la science pratique par excellence, de la science des droits et des devoirs, de la science qui se traduit en œuvres vives. En dehors des prescriptions religieuses, existe-t-il une pareille science? les bases en sont-elles fixées? le principe générateur en ost-il môme posé? Jetez donc les yeux sur le IMUidémonium de la philosophie ancienne et moderne; prêtez rorcille à cet immense concert d'élucubrations fantastiques, fuUes, contradictoires, absurdes, qui faisaient dire à notre vieux Montaigne : n Cil qui Tagotterait convenablement un » amas desàneries de l'humaine sapience, il ferait mer^'eillc. n Et voilà ce que vous appelez la science I et voilà vc que vous donnez pour règle à la conduite des hommes !
Voulez-vous qu'il existe uue scinice des droits et devoirs, une monde scientifique? Quelle sera son efficacité sur les déterminations, sur les actions humaines? Est-ce que le bapt4**me de la science est une grâce sanctifiante? Est-ie que tous i'O.ux qui le reeoivent sont purifiés du péché d orgueil, d'avarice, de rolèn?, de paresse? Est-ce que tous les savants sont des modèles de perfection, des hommes doux, modestes, tempérants, désintéressés? Intermgi'/. «'onc encore l'histoire de I humanité, monsieur. Toute la science de l'antitiuité représentée par les plus beaux génies de la Grèce a-t-elie jamais pu taire passer dans les mo»urs le principe sacré de l'égalité et de la fraternité humaines? Le m onde romain avait bien lu dans Phoeylides : u Donnt* au mendiant, reçois l'exilé dans t^i }> m.'iison, sois le conducteur de l'aveugle, tends la mtdn
» à relui qui tombo, socoiirs riiommo abandonn*'*: tv> ,4 » lioiiHnr»shoivontîilîi coupe dos maux. » 11 avait bi«»n rAiL>. dans llonirre, la fille d'Antiîwu'is emprcspôo aupW's d'Ulpr jeté par une t<»mpèle dans Tîle de son pèro : il s'était hien:«* d'enthousiasme au vers de Térenre : « Je suis homme, etrin )) d'humain ne m'est étianf::er. » Il avait bien applaudi an !»t tourhant de la reine deCailhapre : « Malheureuse, je sal* f» )) pâlir au malheur. » Il avait bien ouï son orateur !aT.T parlrr d'une rnrtnhin rharitâ du genre humain {carita$ ^fim humnni). Rares ef rapides «Vlairs d'une pitié tout hunuiv. anssit4M éteints qu'allumés dans la profonde nuit de YzA ({uité! rayons sans chaleur, qui brillaient un instant m rrp'irds éblouis du jjeuple-roi, sans faire germer ni uneid^ dans son Ame, ni une institution dans son immense empira! Nul n'avait i*ncore secoué sur la tète des oppres.^enr» iz monde les foudres venpreresses des éternelles justices : do! n'avait n'*veillé dans leurs consciences la grande notion (k In hii vKtrnli* ensevelie sous huit siècles de barbarie, d'oppri*sinii ot (je eviiisTUc, et les maîtres du monde dormaient I*T2T Irrribb» s'imm^il sur la foi de divinités menteuses et f f^mpliri's (]iii ^Mir lioiMiaient la (erre ])Our domaine etrhuroanit'' ])'»nr vas^r'lo. ^Swv^ non, monsieur, la science par elle-mAnf n'es! pas un ]>rirn*iiie d'action efficace et déterminant. H fart an rn-iir dr* l'Imniine l'appantitin de la loi rtrrvt^Ut*, aversfin ciuIrLiP dr rrsptiiiçabilités snpn*mes. Alors, seulement aîor», l.i nmseir:M'e s" déirrmine, et ce qu'elle n'eût point acc^rdi^ aux rairnisdc la scirncf, elle l'accorde à l'inflexible iiresfrii»linii du (frrnir,
.r.îi irrluMrlK' l'oriîrine dn prinripe rpvolntinnnnirp tm àf rindividiiab'sni" absolu: je l'ai trouvée dans les audacieiiv< nr'^-ifit'ir'^ ni^ l.'ithri', di» Di'srnrfrs et de Hous«:eau, é|pvép«à l'i hil (!•' '-y^fi'iiif. Dans la Ictln» suivante, je rerheppherai stm i!:fli;riu«' ^iir la snci«''té. Nous pourrons alors juger 4' l'aibn* i»;:r ^ !•> fruits.
' LaïK^gation de la loi moralo du droit, c'est-à-dire de Tanlorité dcuis son principe essentiel et fondamental, mène fatalinent à Tomnipotence de Thomme, ii l'individualisme absolu, j/omnipotence de l'homine, Tindividualismo ne mène pas ins fatalement à la dissolution, à ranarchie générale. Je vais trouver la preuve dans les conséquences trop tôt réalisées de la triple négation de Luther, de Descartes et de Rousseau.
Luther avnit nié TÉglisc; un réformateur plus radical, Soein, nia i'tgliso et Luther. Herbert, Toland, Blountettous II» déistes anglais nirrcnt TKglise, Luther et Socin. Helvétius, Did«*rot, d'Hfjlhach, Anacharsis Clootz et tous les matérialistes franrais nièrent IKglisc, Luther, Socin, et le déisme luîmênie. Ils étaient arrivés à la négation suprême, au vide absolu, à l'athéisme pur. Oui les aurait retenus sur cette pente? Si Luther avait pu détacher quelques anneaux de la chaîne caîhdlique, avec les sacrements, pourquoi Socin n'aurait-il pas [lU en détneher d'autres, avec les mystères? Pouiquoi l#«s déistes n'nuraient-ils pas pu supprimer la chaîne entière avec la révél.'ition? Pourquoi les athées «lu raient-ils respecté ]r Dieu indolent et solitaire que les déistes avaient r»»légué loin de l'univers, au sein de son immobile éternité? Lii raison de l'un \alait la raison de l'autre; tous cherchaient 1.1 vériti» dans la uiesure de leurs forces. En renversant jusqu'à la dernière vérité religieuse, ils n'ont fait que céder h i'irrt'^istihle puissance de leur principe destructeur. Dissolution, aiiairliie, tel est donc bien le dernier mot de l'individualisme dans l'ordre religieux.
La même doctrine propagée dans le monde philosophique enfanta l)irnt(U les mêmes désastres. Le rationalisme cartésien, qui, dans la main de Descartes, soutenait les grandes vérités mo] aies qui sont la loi des consciences et des États, dans la main de Hobbes, de Spinosa, l)0ulever8a toutes les
notions connuos du bien et du mal. Le philosophe d'Ainsidiiin put (locluror que le jmte eiVinfusle, le bien et le mai \o& IVtrents (*n soi, ne sont que dos points de vue individuels, ds aspects particuliers des choses. Kant, le logicien|iiiiIexibk.frt attester que Thomme, capable de connaître ses sentimentii^ tirnes, c'est-iVdirc les différentes modifications de son ëxt n'avait pas le droit d'affirmer une seule vérité extérieure, elSt ainsi de Dieu, de la vie future, do Timmortalité de I*âzDe,u problème éternellement insoluble. Schclling, Regel, élerirt leurs théories nuageuses sur le pic le plus escarpé de ronlh logie, purent rajeunir le dogme vieilli de runitë de mbUma, et perdre ainsi dans Tabîme mal déguisé du panthéisme omta! foutes les croyances chères à la conscience humaine, h moralité, la liberté, la pei'sonnalité. Que devenait la monk; In loi p'uérale des êtres libres, au milieu des nomhrense fluctuations de la pensée philosophique? Elle cessait d'rtrp une rèfcle imposée, sanctioimée par Dieu; elle n*était plft ({u'un vague rappoii de convenance que l'intelligence vûài dans le cours de ses spéculations, comme elle saisit un rapport i\o nombre et d'étendue; mais le raractère obligaioùrt^)^ lt)i intérieure de la cons4'.ience, tout avait disparu. Comme If» viM-ités religieuses, les vérités morales étaient tombées unei une sous les coups répétés de l'implacable doctrine de Ilmfividualisnie. Dissolution, anarchie, tel est encore le dernier mot d(> rindividualisme dans Tordre philosophique.
Le monde si^cial était toujours debout; cependant il était facile ili* prévoir, par les sanglantes tentatives de Mantier, de (iislca, d(> Jean de Leyde, dans un autre âge, les terribles assaufs (|ue lui résenait l'individualisme triomphant. Lorv- (|iril fut bien établi* pour h*s intelligences vulgaires, que U société n'avait pas ses conditions d'existence propres, ses lut* fondamentales absolues, mais qu'elle était une simple conception de la raison de riiomnit>, un acte de sa volonté sodv^ r.'.ine, il st> présenta, an nom de la tiature, nu nom de b science, au nniu de rKvangiie même, des réformateurs inoanbrable^ qui jetèrent pêle-mél(\ au milieu de la société* leon iriiiondiiables systèmes dt> régénération et de l>onheur. Les i:[is jirn|iOM'rent Tassociation intégrale, la liberté detoosli^ v-xtir. jrtissiottnt'is^ la réliabilitation de la chair; les autres pb- • èn-rit I'* s.ihit de riuimaiîilé *hu\^ l'exercice direct de la soi-
incté du peuple, dans la suppression des gouvernements; ix-ci préférèrent l'organisation du travail, la communauté iTerselle, plus complète que ne Ta jamais imaginée Platon ; lAk prônèrent le morcellement indéfini, Tindividualisasystématique, la négation absolue. Que pouvaient deveifr le pouvoir, la famille, la propriété, c'est-à-dire les lois priiMirdiales et nécessaires de la société, au milieu de tant de flectrioes diverses, contradictoires, incessamment agitées, diseniées, contestées? Elles perdirent leur prestige et s'effacèrent pea à peu dans les coiÂ<*iences. « Toutes ces terres trop re-
• maées et devenues incapables de consistance, suivant la
• belle expression de Bossuet, tombèrent de toutes parts, et ne » laissèrent plus voir que d'effroyables pn'»cipices. » Ainsi la mine des vérités sociales avait suivi de près la ruine des vérités morales, comme la ruine de celles-ci avait suivi de près la mioe des vérités religieuses. Dissolution, anarchie, tel est donc enfin le dernier mot de l'individualisme dans Tordre social.
Ces effroyables précipices, dont parle Bossuet, nous en avons aperçu toute la profondeur. Nous savons aujourd'hui tout ce que renferme de puissance dissolvante ce terme mal dissimulé d<» toutes les révolutions, le droit pour chacun de Tivre à sa fantaisie. Tant que ces graves problèmes religieux, philosophiques, sorianx, s'ap^itèrent dans les hautes régions de la société, leurs désastrouses conséquences se firent à peine sentir parmi les populations croyantes et résignées. Concentrées dans une sphrre à i>eu près inaccessible au vulgaire, contenues par le bon goi\t de mceurs douces et polies, elles ne se révélèrent qu<- par les vires les plus raffinés et le scandale d'une dépravation parée de toutes les séductions et de toutes les grîlces. Alors le torrent des folles joies du siècle passait audessus de la tétf» du peuple, et le peuple, abrité dans la foi, gardait son conir pur du niai, et n\'ittendait que du Maître qui a dit : Hienheureux n-ux tjni pleunmty la tîinlive récompense de ses longs sacrifices et le prix de ses obscures vertus. Mais, quanil il eut ajipris, par r<'.\e!ni»le des grands et des heureux du iinmde, qu'il l'tait libre de Ïmtv à sa truise sa foi, sa morale, *ia loi ; que li»s hanter ri solennelh^s questions de Dieu, de rùmi*. de la vie future, qui avaient fatigué le génie des saint Augustin, des Kepler, des Pascal, n'étaient que des futilités
C;i4 1-E DROIT
stériles (iu'il fallait tout au plus abandonner aux oL runiijur fin do riiomme sur la terre était le bien-ttre deiiiaiida pourquoi à quelques-uns toutes les félicitéà à lui les njisèros et les larmes... Alors il ouvrit so toutes les tentations de Tesprit du mal, à la convoi iLihIe, h Tor^ueii brutal, à la haine jalouse et féroce, société chancela sur sa base, tous les crimes et tou: heurs révolutionnaires étaient conçus.
On s'étonne niainteniint que la société, sapée dan déments depuis plus de trois siècles, s'écroule d'un i danl qu'on la restaure de Tauti^e. Ge.scrait merveille, \ ({lie rédificû restât debout, lorsque toutes les lois d libre sont ronii»ues. Pour arrêter cette effrayante mo institutions dé.>>orinais sans racines dans le sol, vou à votie aide le bien-être, la liberté, les lumières. I douti', il faut répandre le bien-être, la libellé, les 1 mais de; N)us les siècles écoulés, le nôtre u*est-il pa: liJui', !«' plus éclairé, le plus relativement heureux. < daiit n'ii-t-il pas été en même temps le plus féconde vt-rscmcnts, en désastres révolutionnaires? Non, noi qui Iravîiille la société n'est pas dans la misère, dac rance, dans la compression : il est dans ranarch:i.'dt gjMictîs ravafAées par le scepticisme et battiieà |>ar venis tles doctrines eu nti'uircs; il est dans roiETUt'il : de la raison qui s'arjo^^i; le droit de tout détruire, ])aK s'attribue la faculté» de tout juger; il estdauslafi convoitises qui s'obstinent h demander aux jouissu suelles une salisfaction qui les irrite sans cesi!e;il dans cette insatiable soif de bonheur qui tourment! humain depuis l'origine des siècles, et que toutes Icj delà terre ni' pourront jamais éteindre. Voilà les pi terribles qui J>o nie versent cet autre océan que Toi rr;i!ie humaine; voilà lesva,iîui»s impétueus(*squelesc lelivii uses ont ces^-é de contenir, et qui, débordants dans Ja hoei«*té, se répandent en violences, en dise révolu lipiîs Jamentables.
J/liomme n'appartient à la terre que par une moii même. Ouoi qu'il fasse et quoi qu'il dise, qu'il le qu'il ri'.nnirr, d'invisibles, d'inexorables atlîuités le ruiit toujours vers la coumiuue patrie des iuteiligei
M source incorruptible de Tordre parfait et de la parfaite jus- Ibe. Or il faut à son inquiète pensée, à ses impatients désirs, Ita vastes perspectives des croyances religieuses, les immenses iMsors des espérances éternelles. Donnez h l'activité qui le lérore, donnez au courant électrique qui l'emporte le fil conbcteur des croyances religieuses, Dieu, la vie future, les peines rtles récompenses infinies, suprêmes sanctiims des uioralités le la terre, bientôt tout s'ordonnera dans la société comme lans la conscience, et le progrès, qui n'est que l'application sociale des principes évangéîiques, réalisera enfin ses promesses rharmunie et de bonheur. Mais si vous emprisonnez rame Immuine dans les étroites limites du temps, si vous n'offrez mx saintes ardeurs qui la consument que vos systèmes indipants et vos joies misérables, alors, comme dit Bossuet, clic l'abîmera dans cet inexorable ennui qui fuit le fond de la vie knnnnirèc; noble captive, indii^née de ses fers, elle se débattra Jouloureusement dans sa i>rison terrestre ; et, dans son déses- [Miir, elle ébranlera jusqu'aux voûtes de son cachot pour it'élancer. libre et joyeuse, vei's les pni-s espaces où Dieu a [liaié sa céleste orif^ine et ses imuïortelles espérances.
Je n4» doutt* pas j)!us de la sincérité (l«; vos convictions que Je la réalité de voire talent» monsieur. Ct^pendant, permettezuioi de le ilin-, il y a quelcjm'fois plus d'audace que de force d'esprit à nier ce (jn'nn ne peut comprendre. Parce que la loi morale, le f//o//, l'aiitorilé, vnus répugnent ou f^ènent vos systèmes, \oiis niez Tautorité, le droit^ la loi morale. Heureusement votie né^^ati'iu n'a que la valeur d'une négation, et je (>uîs toujours (*ire, :'vei' tous !es grands génitfs de l'humanité, ju'il répugne à notre esi»rit di* penser que la religion, la morale, la société, iiHb'pendantcs de la Volonté de rhommt*, qui l'en t\st j)as l'auteur, n'ont pas leurs conditions d'existence iropres, leurs lois fondamentales nécessaires égahîment iadéiHMidanles (h* l:i vnlnnti'* de l'iîomnie ; qu'il répugne à notre -uLson d<' eniir»' ciue ers vérités eonstilutives et primordiales Je Tonlre reliiiieux, d«' loidn» inoral, de l'ordre piiliti(|ue, Hablies fiar Ir sM|»ivme Aiileur ('«• t«»ut ordn' et dt» toute hageîrse, ont été ahandonnées, sans règle et sans mesure, aux mouBtrueuses t«'*inérités de la raison privée.
Jc8ais bien que, dans le système révolutionnaire, on supprime le créateur et ordonnateur de l'univers, comme uu incunnu
indigne d'occuper la pensée du philosophe, comme i immanifestt}i\\x\ échapjte aux conslatationsde lascienn alors il faut expliquer d'où viennent ces rapports wm ces lois scientifiques qui doivent r<'»gir la société an-ank Taveriir, heureux théâtre des individualités souveninei
S'ils ne sont qu'un simple produit, une pure concefl l'intelligence, sans réalité objective, il faut nous apfi (jnel peut être leur caractère obligatoire; s'ils sont antd rt supérieurs à Tesprit humain qui les perçoit, il iad (iire (}uel est le fond dont il se détache, le centre Ion dont ils sont réternel et splendide rayonnement.
( lotte ineffahie et mvsléri^'use substance ne serait-ellej /Htfu t'ivfmt de la métaphysique chiVîtienne? L'ordre ui si'l, loi fnfnle (1«'S êtres matériels dans le monde ilt»scor| mnrnfe d<.'s êtres lihres dans le monde des intelligences. i r:tît-il pas un(^ conception de l'entendement divin, et la 9 d"nnt' Providence ri'îmunératrice et vengeresse ne renlr cl!»' pas dans la conscience avec le sentiment de la moni (!«' la respoMsahilité humaine ?
Prohlrinrs inmuMises que n'étouffent ni ne résoîîB sarrasnios j't 1rs dédains d'une ignorance mal déguisêe.( rxa)(i> tant qu'on le voudra la puissance delaraisonp tju'on ra]iprl]r fastucusement, avec l'école éclectiqne,li son hnmninr^ la l'aison impersonnelle; sous ces brillutii sonircs, il n'y aura Jamais que la raison privée, pleine <!• srre, d'ignorance et de faiblesse, la raison quÎTato^i c«)nHno dit!\!ontaigne, et forte ^ et boiteuse y et deîhanchie^^ fpies h* tnffnsnntje ntmme avecqws la vérité ^ lesq^ ^ risngrs conformes,
Ti'l n'est pas, tel m\ peut pas être, suivant nous, T^ soiivi'rain, le juge en dernier ressort des grandes Térite Irsqiii'llrs ri^pose la conscience du genre humain. Qw'* son privêi» parcoure h son gré, qu'elle explore lîbitl*' tlornaJMPs (h* la religion, de la philosophie et de It s^*^ (lirrlîc y fornit', qn'r'lie y professe ses opinions sans? mais la conlrainte et la violence viennent dêtcrminers voilà la vérilable doctrine du /iAr«e^'af»eii. Mais qa*di trihuc dans ces douiaini's une suprématie sans limites, 1 rite drvant r\\\\ au nom de sa science impsufaitc ou doi li's crjiyaurrs li's plus sacrées, les institutions les plusP
bibles, les lois les plus salutaires ; qu'elle les accusa, qu'elle les IwiUttge, qu'elle les condamney qu'elle les proscrive, et qu'elle innae ainsi dans les cœurs, au nom du bonheur de l'humanité» ia source des plus pures joies, des plus nobles sentiments, dea fins saintes espérances de l'humanité ; c'est plus qu'une samOége usurpation, c'est un crime de lè»e-majesté humaine et tffine.
J*ai trop prouvé que l'individualisme ne mène qu'à l'anarchie ; à un autre jour la preuve qu'en traversant l'anarchie, il n'arrive qu'au despotisme.
J'entreprends de prouver que le principe révolutionnaire, ou l'individualisme, n'arrive à l'anarchie que pour aboutir promptemeut au despotisme. Ou je me fais illusion, ou ma démonstration sera complète.
Ia force était la loi de l'ancien monde, comme le droit est la loi du monde moderne. C'est parce qu'elles étaient fondées sur la force que les sociétés anciennes, après quelques jours de grandeur et de gloire, sont tombées dans une si rajûde et si complète dissolution; c'est parce qu'elles sont, au contraire, fondées sur le <frot/que les sociétés modernes, malgré les révolutions et les âges, semblent sortir de chaque crise nouvelle toi^ours plus fermes et plus vigoureuses. Heureux donc les peuples si, répudiant le principe païen de la força, ils consentaient enfin à vivre sous| l'empire du principe chrétien de la vérité, de la justice et de l'amour !
C'est la gloire impérissable du christianisme d'avoir âevé la morale, le droiiy au-dessus des écoles et des systèmes, dea individus et des sociétés, des peuples et des rois. Aussi, depuis cette grande et solennelle restauration du droit dans les sociétés et les consciences, la force a-t-elle vu décroître incessamment son empire. Elle est bannie de l'ordre civil, oh l'activité humaine se déploie désormais dans toute la variété comme dans toute la liberté de son essor. Elle est bannie de l^rdre
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religieux, pnrgé sans retour des restes de contrainte dàè lence ((u'y avait laisses la barbarie du moyen Age. ïké bannie de l'ordre politique, où Tarbitraire et le tàfnak princes ont l'ait place à Tomnipotcnce de la raison pikip Au milieu de cette universelle émancipation descoipirt'i âmes, lorsque, de toutes parts, hommes et choses prodari Tuiiiquc et légitime suprématie du droit^ pourquoi donc h lion violente de Thomme devance-t-elle encore ractioii^ lièru et progressive de ht Providence? Pourquoi k^ v.iincuo dans la main des rois, reparait-elle menaçuteài la main des ptiuplrs? Pourquoi la révolution, coma»* trombe dt^ feu suspendue sur nos tètes, meDace4rdi0 '* porter juscju'aux derniei"» débris des sociétés humiinei?
Cette éteinelle manifestation de la force dans ctoconefc révolutions qui bouleversent toutes nos sociétés ne M* elle pas la démonstration la plus éclatante que les doctaiv n»v(»lutionnaires, infécondes par elles-mêmes, n'ont Ji»* engendré et ne pourront jamais engendrer queUbnfliC'^ à-dire le despotisme? Je sais bien que tods répondrtii* l'école radicale, dont vous ètefl devenu le plos termokét^ i[ue la révolution, c>st Tesprit humain marchant ta ^ inexorable à la conquête de ses destinées définitifgiîj^ elle brise et renverse, c'est que le préjuf^, la rontin^ '•P de caste ou de parti ont accumulé les obslacles 8iir8ii<*| (lu'il faut qu'elle avance, fût-ce sur des ruines; ^^J* ((u'elle passe, fut-ce sur les trônes et les autds. Jenii*^ ehc pas si li'îcole radicale ne met pas trop sonTenté*** la place des idées; si, dans sa confiante modestiCt*"' s'approprie pas les fruits les plus purs du dbttSf^^ etunnic liousseau le lui reprochait déjà de son kta^^^^ de Maistre le lui reprochait encore du nôtre, quand Hi"^ sait d'ètrt.' une petite fille culèit qui bat wa ROHmor. , .
Jo n'examine pas davantage si rinjustice, Peàuigérf'^ prétentions révolutionnaires ne légitiment pas quelq***^ fermeté , Tobstiiiaiion même des résistances; je ae i'^ qu'un fait unique, patent, avoué : il existe dans Ifl^^ sorièles, sous quelque nom qu'ils se produîsenti «iff ivvidutionuairo <et un parti conservateur; jamais, !■''' din*ctioM que leur impriment les hommes les pluséBiia*^* eUaque époque, ces deux partis n'ont pu a'entendie pv 1^
i,e Tworr iw»
■itMli prineipen do In raison ; tonjours, «ttiM léafn Aotiflili Mn-
■ ^Hft, If dernier mot des peuples, comme le dernier rtidt an
■ nto, a ÀM la force, la violence, la lotte. Qde faut-i) ftonclutfi ' T ^ MTie laisse à Lamennais, an plits pfnftind géOie de notre
■ tièBli, le soin de vous l'apprendre : a
€ Quand li forcfi ilu souveriiu prévaut, on a le ileapotismo; quand ' elsl la force <lu peuple, on a l'anatchlé. le no iah (ju'un déplacâtoenl ' de fone, qui restf en del-ninr resrart setlt tirtritr* (tb ti Kociél^. • S te pen|ile a plus de force, (t rehrenn-a le ntiv^nln dès qu'il ! «m aua h mlonlé, et le:i pariiMnii de la NiiiTeratnet^ dn peuple lui m>- : cardfflt Inufl ce liroit, qu'ils ne Muraient lui reftiiPT dans le«n prin- . ci|iM. Si la t»ree, au uuntraire, est du cAté ilu aouverain, il aguraTen le» Unis du peuple, au aé de seK capricei uu de ses craintes, comme on resserre la chaîne d'un animal féroce, dans la crainte d'en «^tre
Toila la consolante alternative que les doetrines rérolntîon- BairealaisneDtà l'Immanité. S'il n'existe point une loi morale, •ne justice obliKatoire supi^rieure, qui règle lee droila et lea devoirs de tous, il faut que l'humanité se Désigne ; de toute •écessité elle snra, à son cboîx, déchirée par le tigre royal eu dAvorée par le U'>viathan populaire. Lee prtrf'eMiDmi de foi les plus lihérali'M ne rhanK<>nt pas la natan* dee choses; les conséquflnieH que je HîfmHle sont-ellps ou ne sont^lea pas dans roa principes'/ Telle est entre nous toute la queetton.
J'admire, monsieur, comhien, avnc votre brillante iateliifrenœ, vous avez encore d'illusions d'enfanti. 'Vous eroyes k la /ma perpHuftle de l'abbé de Saint-Pierre ; vont espères que lAt ou tard tout finira dans le monde par un Mier Immomrrtte universel. Ce sont là des hucoliques sociales difrnra d'un antn* Florîan.Saiism'occu|»erdu dogme rellKieux tourhant la bontiou la m^hancetê native de l'homme, permettez-mni de dini|iie les fieriseun qui ont vu de pn>a la nataro humaine ne la trouvent piis aussi parfaite, aussi harmonique que vom. «L'homme, abrégé de l'univers, dit un t'crivain de votre ■ é«-ole, n'nionie e( ^yiicrète en sa personne toutes les viitaa- » lit6idi> l't'tn'. liiut*-s les srissinnsderalisiilu. ile!<t le sommet a où ces virtunlitt's, qui n'existent que pnr leurs divergences, a ae résniasent en faisceau, mais sans se pénétrer ni h con-
MO i'E DHOIT
» fondre.L'honunecstdoQctoutàlafois, parcetteagiégatiH, I) esprit et matière , spontanéité et réflexion, méeani^ 4 n Tie, ange et brute. Il est calomniateur comme la vipin, * sanguinaire comme le tigre, glouton comme le porc, olâdv » comme le singe, déroné comme le chien, ^énéTcnx eoBX > le cheval, ouvrier comme l'abeille, monogame eommck n colombe, sociable comme le caator et la brebia. 11 est de pla » tiomme, c'est-à-dire raisonnable et libre, susceptîtde d'Uta cation et de perfectionnement. ■ (1)
Parmi les logiciens célèbres de cette école, Spinoaa, Htdant les fondemeuts de la société civile, nia, coomie TOOl, b loi morale, \e droit, l'autorité dana^son essence; maisaiiMML plus conséquent que vous, il constate l'easor ïnbarmoniqH des énergies, des activités individuelles, qui, étant à dîomêmes loar propre loi, se déploient sans rè^e et bbiisiiksure ; puis, pour fonder l'état social, il invente un pacte et mériquc cti vertu duquel chacun cède à la communauté wfl droit primordial et naturel, et sur cette base imagïnaiie, ii élève le plus monstrueux despotisme qui fut jamais. ■ Piûq« » nous avons déjk fait voir, dit-il, que le droit natnrd n'en » détermine que par la puissance de chacun, il s'ensoït qu'as- H tant ou cbàe à un autre de cette puissance, antant oa bi u ct>de nécessairement de son droit, et par conséquent fwr H c^lui-ln ditpoie d'un touverain droit tur tout, qm a n » loui-erain pouvoir piiur Itt contraindre par U force et pmtr ht Il retenir par la crainte du dernier luppliee, n mum» » redouté. Ce droit, il le gardera tant qu'il aura le n d'exécuter ks volontés; autrement ion autoriti tera pré » quiconque teraplm fort qtie lui ne terapat tenu, dmoni faV » ne ie tieuille, de lui garder oftéitsantv. La société où domine ce i> druil, Qjoute-t-il, s'appelle démocratie, laquelle aat poir » celte raison définie : une assemblée générale qui poaaMen " commun un droit souverain sur tout ce qni tombs ea ■ ■j puisttaïK'O. Il s'ensuit que le touverain a'eif ttnâtf par flKBM u loi, et que tous sont tenu* d'exéaittr wi ordm, inÂnr tefAa M absurdes, cur la riiisoti nous prescrit, entre dens miBi il » choisir le moindre. ., Vous reculez devant e«8 liinuiaMfi
;i) raovonoN, Tnitiit-t Contra-ticthns i\
conséquences, et je le crois bien, monaienr. Mais, encore une ' fois, tous ceux qui crient tons les matins : liberté I liberté! ne •ont pas pour cela des hommes de liberté. Ces conséquences aont-elles dans vos principes ou n'y sont-elles pas? Ou prou- TeZf contre l'expérience de tous les siècles, que le raisonnement, la persuasion, qui n'ont rien d'obli^toire par enx-mëmefi, suffisent pour discipliner toutes les passions contradictoires, toutes les énergies désordonnées du Cffiur humain, oa reconnaissez qu'il n'y a d'autre salut pour l'humanité que nrrémédiablc despotisme d'un seul ou la tyrannie convulsive et nécessaire de tous. Je ne connais pas, dans vos doctrines, d'autres issues au labyrinthe social.
Si le témoignage de l'histoire tout entière atteste une vérité constante, c'est que toute société qui s'éloigne des traditions chrétiennes se replace d'elle-même sous la loi de la force et de la violence. En sortant do l'empire de la loi morale, du droit, elle retombe fatalement sous l'empire immédiat des intérêts et des passions, anarchiques de leur nature, et toujours, le passé de tous les peuples le confirme, toujours il s'élève du sein des înténHs et des paissions en discorde, une puissance despotique supérieure qui dompte les uns, discipline les autres, et ramène la société dévoyée à la loi oi^nique de son institution et de sa fin, à l'ordre, qu'on ne viole jamais, individus ou sociétés, sans périt de mort. La Révolution française, chrétienne dans rcs [principes, païenne dans ses procédés, s'est char^^éc d'en donner au monde un mémorable exemple. Quoi de plus admirable que le Problème pkilMophiqat du dixhuitième sir>clc, l'unité de la famille humaine? Quoi de plu^ léptime que le Problème économique de 80, une société fondée nur l'égalité et la liberté nouvelles? Quoi de plus généreux que le Problème éeonomique de 93, le bien-étie ouvert à tous? (1) Mais la solution si ardemment cherchée, par quels effroyables moyens fut-elle poursuivie? D'abord par les sarcasmes irréligieux de Voltaire, par les contes impies et libertins de Cbamfort, par les colères athées de Diderot, par le matérialisme rafflnédc d'Holbach ; bientAt par l'insurrection, par l'incendie,
1 homioM d« n IM
A#i2 LE DROIT
par le meujtitr, pai le piila^e, tolérés on encoaragésfsk pouvoirs t/iur k tvor complices ou vickiiiies; enfîn, par Ml h'^ '\:i.moial\:^s iê^'aleà, par leà pruàcriptious en iimne,|V ]e<- é^orgemerjts judicûôreâ ; eo un mot, par la négatioidib loi moral»!: Iti plus eifrontée qui se âi>it jamais réalisée duib .socii't»?^ humsiines. Oii menèrent toutes ces horreurs? Uil^ rient toujours li>.s voie» réTûlutionnaires. La société, éppîÉ ci rrjouraLt'j, aLa tomber auus l'épée victorieuse et fBt tectrice du plua nécessaire comme do plus gloriein d» poti-sme. Cuncta^ JiicordtU fe$Ma^ tuù nommÊ |iraictfitt i» pif. (tacite.)
Lr s'icialisme moderne, cette grande hérésie iodikà notre rprique, en ^'engageant dans les mêmes issues, uiin promptement au même terme. Personne ae doute que bi questions vitalerï de notre siècle ne soient les questions cmtliltive^ de la niir^Vre et du hien-ètre; personne ne contestefw iV'tat des institutions n'exerce une influence marquée forb foriurnr des peuples ; mais conclure de là que la société M diiri.s SOS mains le bonheur et le malheur des hommes» qn'dli ouvre ou ferme à sim gré la source de tous les biens et d(M It^s maux, «{u'elle est comptable envers nous des misères et d* sou fTra nées qui ne sont (]ue le triste apaaage de notre DatMt ou le fruit de nos passions et de nos vioes, c'est la plnsUb eoniinc la plus coupable des erreurs. Ce dogme delà respootthilité sociale, plus ou moins absolu, qui conbtitue le foaddi socialisme, des écoles modernes Tont proclamé, rirp rtîirialB t't'r vents Tout propagé, des populations avides Toiit accepi; en peu de temps, la société fut convaincue, jugée, rond» née, et, dans des journées mémorables qui ne s-^ront pvl* Mxiins néfastes de notre histoire, des forcenés ont tentéd** faire la plus terrible et la plus sanglante exécution, ndevipÉi manifeste que le socialisme n'avuit pas répudié le^ traditkl» révolutionnaires, et qu'au lieu d'attendre du progrès des idéal la vérilication pacifique de ses théories, il n'attendait rien fV de la fiM'ce et de la violence, c'est-à-dire do la négation de h \n\ morale et du droit. Le pouvoir pressentit les diverses péri- )»éti«>s d un drame dont le prologue n'avait été rien moins qw ia mise «mi ({uestion de la civilisation tout entière. PlutAt qv d'exposer la société aux catastrophe? du dcno&ment, illesaplirinia, ot la France, par l'unanimité de 84a vqWs,
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qu rlli* |tn*l«'iail fucoir ral»>(»lti(i>in(' de l.i raiMH» a l.iUstilu- . ti«in^ d'une liberté pleine de périla et dv désastre». C^iuiOt m émwda» f iKè namine principU acctpii. Pi 11 est tnste de peuser que ces daux immortel» e^mpplea, ^ lépétéa aa moins d'un domi-eièale, n'aient pua plna diaorédité m que découragé les doctrines révolutionnaires et qu'elles rèi. gnent toujonra an aouvomines dans certaines régions de la dé- ■I mocratie. )4, eqcorc, on fait une règle fondamentale du droit s public de cet axiome de Rousseau, que lepeuplea le droit de faire ^ tout ce qu*U veut. Là, encore, on accorde Tautorité d*un principe à la maxime de Jurieu, que le peuple n'a pas besoin d'avotr q raison }tohr valider ses actes. Là, encore, on adopte sans examen i, le dogme favori du socialisme, que la société est coupable de tout If bonheur qu'elle ne donne pas. Avec de pareilles doctrines sur - romnipotence do la volonté populaire, sur la justification des ^ moyens par la fin, sur la responsabilité indéfinie de la société, on possède la théorie complète des révolutions ; et comme on s'arroge, avec le droit de tout concevoir, le droit de tout oser, qui n'en est que la conséquence naturelle et nécessaire; comme on poursuit sans relâche un bien-être impossible au milieu de combinaisons sociales impuissantes, on arrive tût ou tard à l'application du mot célèbre d*un trop célèbre conventionnel : Périssent les colonies plutôt <ju' un principe/ C'est-àdire: Périsse le peuple plutôt que mes rêves insensés, périsse la société* plutôt que le délire de mon orgueil ! Si le bon sens public n'était plus fort que la logique révolutionnaire et n'arn*tait les principes sur leur pente, en jetant la société dans les bras d'un pouvoir formidable et protecteur, le dernier mot de la révolution serait réalisé, la société périrait. Étrange progrès des lumières! Au dix- neuvième siècle, des esprits aussi intrépides (]u'intelligents en S4)nt eneore au droit public de la Grèce et de Home, (?t toute leur science consiste à organiser, S4>us le nom do la raison humaine^ le despotisme de leur orgueil et de leurs passions !
J'ai fini, monsieur.
La triple évolution du principe n>volutionnaire est connue. Individualisme^ anarchie^ #/^.t/?o/mwe, voilà le oonimencenient et la fin, V alpha et Vomvga do toute révolution et d(* toute doctrine révolutionnaire ; il y a tout cela, et il n'y a que cela. L'iunélioration, le progrès, la vie, c'est la
loi morale, t'est le drôii^ c'est le principe chrétien qui n'i n n'aura jamais rien de commun avec la révolution. Le pingres, c'est le soleil qui éclaire et vivifie; la révolution, c'ctf la foudre qui éclate et tue. Tous préférez la lueur sinistre li celle-ci, j'aime mieux la lumière fécondante de celui-là.
BLOT-LEQUESNE, AToeat à la eonr impérUlt.
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