‹ Questions philosophiqueChapitre 187 sur 193 · PUBLIQUE · texte numérisé non relu

PUBLIQUE

Ce qui forcément appartient & tous, ce qui constitue le domaine commun, ne pouvant être géré ni par tous ni par chacun, quel sera le meilleur mode de gestion de la chose PUBLIQUE ? Sera-ce un possesseur héréditaire et irresponsable sous le nom de roi de tel État? Sera-ce un administrateor temporaire et responsable sous le nom de président de la République ou sous tout autre nom, élu pour an temps plu? ou moins long, oui ou non révocable, oui ou non rééÛgible? Sora-cc enfin une assemblée, qu*elle s^appelle nationale on autrement? C'est à ces termes inflniment simples que i« réduit, pour moi, la question qui divise encore tant d^espriU, et, réduite à ces termes, elle perd h mes yeux la plus grande partie de son importance, attendu qu'il ne s'agit plus que d'une question de gestion plus ou moins bonne des fonds dépotés en commun pour parer à des risques prévus et rétribuer des services rendus. Si lu gestion de cette association de capitaai, rien de plus, comme dans les sociétés anonymes, si cette gestion suffit cependant pour qu'il y ait délégation, convenez, mon cher confrère, que cette délégation-là est d'une autre origine que la délégation à laquelle votre esprit se complaît à attribuer une si haute portée et une si grande influence.

La question ainsi posée, l'Autorité est un fait qui n'a plus de raison do subsister , la Liberté est nn droit qui nu [ilus de périls h redouter; Autorité et Liberté sont mises à l'écart, il n'y a plus en jeu qu'Administration et Contrôle.

L'État ne se compose plus que du domaine coomiUD, que de la ciiose publique, dont le chef de TÉtat, qu'il soit héréditaire ou élu, incommutable ou révocable, est réputé le pcasessear ou nommé l'administrateur. Peu m'importe alors sous quel titre il gère et à quelle somme s*élève la part ou le traitement qn*Q prélf!ve. L'argent de tous peut être plus ou moins inconsidérénif^rit dispensé, mais la liberté de chacun, aussi étendue que je la conçois, reste intacte. C'cht là ce qui importe véritablement, cl c'est là rc qui résulte naturellement de la sépan-

tre ce que j*ai appelé Vindivis et Vindtmàuêly comme ;ade dire : le temporel et le ipirituel^ V exécutif ei\e •

iz-vous, mon cher confrërei me concéder la délégale que je la conçois, à base restreinte ^et^e vous concé- L délégation, telle que vous la demandeZ| à terme . Alors nous cesserons de combattre, vous et moi, dans ipe opposés; nos deux plumes s'uniront pour défendre *ansaction, avec toute la sincérité des sentiments qui iment.

EMILE DE GIRARDLN.

A MONSIEUR EMILE DE GIRARDLN

Trcs-cher et honoré confrrre,

Vous me demandez si, en fait de liberté, je vais aussi \à que vous alh^z.

Mais, avant de vous répondre, permet:*::-c:i ; : d'examioif vous allez aussi loin (jue vous le croyez tc j.>-ci!>me.

Vous cherchez dans la discussion la rectitude iréométri votre esprit hardi veut suivre jusqu'au bout la ligne i dont il a adopté le j^oint de départ, et vous acceptez vrais tous les points que cette ligne rencontre. Mais, c les pensées de l'ordre moral s'expriment, non par un niais par des paroles, vous êtes obligé, en formulant vos clarations, de subir la raison des mots, image de la raison clioses, et de modifier par vos expressions ce qu'il y adetfl rigide dans votre méthode.

Ainsi, en parlant de l'idée que la liberté, dans sODSil absolu et abstrait, n'admet aucune restriction, vous voudii arriver à conclure que, dans son application, elle nedoitri (tontrer aucune limite.

Si vous pouviez accepter sérieusement cette conclosii mon clier confrère, notre accord serait impossible ; car, sM

I \ i.ini.iMi;

I II ;Mr«tf r <(.i\<m' MM. <[r M.ml.iiriiih.Ml. (iin/dl, (lon^iii <•! ► (hiilon liarrot, » — puisque j'ai doniandr lo sole univ<»rsi'l quand ils maintenaient le vote restreint, -* je n'irais certainement avec personne jusqu'à la liberté de l'assassinat. Mais TOUS n'en êtes pas là, grâce au ciel ; et ma méthode de disdmioDy un peu différente de la vôtre, me préservera d'une •éparalioQ que j'aurais pu croire inévitable. Je ne m'attache (HUià une ligne idéale ; je pèse les mots et j'en dégage le sens logiiiue.

Kn portant mon attention sur votre conclusion, je n'y trouve rien qui ne soit acceptable. Vous dites

« Je n'assigne, moi, à la liberté de l'homm*. dautn limite quê telle natwrellement tracée ptir $a raison socialement mUHvée et ^einement déveloi^itée. »

D'où il suit que vous mettez à la liberté de I*bomme une limite ; ou, ce qui est bien plus, — ce qui est trop peut-(>tre, — que vous faites dépendre celte liberté d'une hypothèse dont la réalisation peut exiger une longue suite de siècles.

Voulez-vous dire que la liberté sims limites devra être mise en vigueur quand la raison de tous les hommes, cultivée par une instruction saine et universelle, aura atteint son plein développement? Je reconnais avec vous que, si une société était par\*enue ù diinner à tous ses membres la plénitude de la >agesse, elle pourrait aussi leur donner la plénitude de la libertin Vous ne trouv(;riez pas un seul homme raisonnable qui élevât contre cette opinion la moindre contradiction.

Votre liberté serait ce que l'Eglise appelle la liberté des fnfants d^ Dîpti^ (|ui est enti«*re, parce qu'ils ne peuvent être tentés d'en abuser.

S'ensuivrait-il que tout«' liberté fiU impossible jusqu'à ce que la raison de tous Ips hommes eiU atteint son plein développement? Je n'admettrais pas cette conclusion qu'on peut tirer de vos paroles ; et vous ne l'admettriez pas plus qne moi.

Entendez-vous qne cette condition Wunf mison pleinement fft^ehp^r^. au lieu d'rtre exigée do l'universalité des hommes, doit rùtre seulement de l'individu? Mais, lorsqu'il s'agira d'ap-

7Kfi L\ LIBERTE

pn'cior Tiisagn que cet individu auni fait de sa liberté, comment Ravoir si sa raison avait atteint son plein développement? L/i, (l(>s juges sont nt^cessaires ; vous ressuscitez parla logiquf Wh trihunuux que vous aviez abolis.

Ce ])oiiit établi, je pourrais me dispenser d* examiner arer vous t(»u(. Tordre de raisonnement par lequel tous arrivez à nno ronrlusion si heureusement et si complètement modifiée pur li*H parolt^s mêmes qui Texpriment ; mais cette discosnon tM' saurait rtro oiseuse, puisqu'elle tend à aplanir le te^ raiu oîi tous h's hommes de liberté doivent se réunir.

Vous im» dites :

» Ji' no divise pas ce qui est indivisible. Cunséquemment, j'admets iptoi-o t\\\\\ l'homme est libre dépenser, il est également libre de ledirr. l'i ipio \'o (pril est libre de penser et de dire^ il est également libre àf lo r.iirc, s<ins qu'il soit arrêté par la crainte d'aucune pénalité, san< ipi il ait à redouter d'autro juge «pie lui-même. »

Voilà bien, on cfTet. la ligne géométrique tracer dans tout<> ha rigidité, sans aucun souci de la morale, de la justice et de rhumanitc. Cette manière bimple de concevoir une idée r«- BcnticUoment pratique est commode pour le publiciste ; le sf^ rait-clle également pour la société qui voudrait réaliser cette théorie ?

Vous ajoutez :

c Jo conto<tP h la société li» dmit de punir. O ipi'elle qualifie crims ri *(fiUs^ j*' le qualifie errnirs et riaqupn, (> qu'elle combat par la ki. !*«> raisoiniemenl de la société, et par l'intimida lion , ce frein iapuisiiirt qui dè^liiinore la bouche lumiaine, je le combats par le raiaoDiiMKil. cottp loi d(* l'homme, et par la civilisation, ce niveau ascendant qu marque le propres continu. »

A tout cola il n'y a qu'une i*éponse, c'est ce mot d*ane romodio <lo Picard : u ft le voisin*?... «» Il ne faut pas seulement porisor à l'individu foil ot puissant qui veut pouvoir dire ce qu'il ponso ot fairo ce qu'il dit... ot même ce qu'il ne dit pas. sans rtrc justiciabh' d'aucun tribunal; il faut penser A 84»n voisin, faiido et orphelin; h la veuve, à Tbommc bon et inof-

LA I.lBEliTK

Irii^ii, qui a l»i«'ii qiu'lqucs dmits aussi, no l'ùt-ce que le druit de vivre.

Vous ne voulez pas, mon cher confrère, donner le nom de crÙNCt et de délits aux attentats contre les personnes et les propriétés, vous n'y voyez que des erreurs et des risques ;m9is d'abord où sont les risques pour l'assassin, s'il n'y a pas de pénalité ? Ces risques sont grands, j'en conviens, pour les hommes paisibles, mais où en sera le préservatif?

II est bien certain que les crimes sont des erreurs de jugement; ne fussent-ils que cela, nous aurions besoin, vous et moi, d'être protégés contre ces erreurs. Mais ils sont plus que des déviations de l'intelligence, ils sont causés par des mouvements du cœur, ayant la haine et Tégoisme pour mobiles. Ils soulèvent contre leurs auteurs les sentiments de justice qui existent dans toutes les consciences, et qui sont tellement inhérents à la nature de l'homme, que, lorsqu'on ne rend pas la justice au nom de la société, le peuple la rend luimême.

Ne voyons-nous pas la terrible loi de Lynch en vigueur dans ces contrées de TAmérique où la liberté a devancé les institutions? A San-Francisco, cette cité fondée il y a vingt ans à peine, et qui compte déjà 80,000 habitants, des magistrats ofliciels, qui étendaient la liberté de l'individu jusqu'au droit de Tassassinat, n'ont-ils pas été précipités de leurs sièges par un soulèvement universel ; un comité de surveillance ne s'estil pxis organisé sous lu protection de l'insurrection pour juger H punir les criminels?

La justice est donc quelque chose pour tout le monde, excepté pour celui qui la viole.

Vous comptez, me dites-vous, sur le raisonnement pour que r homme restreigne sa liberté dans la limite du bien; mais, d'abord, y aura-t-ii toujours près de Thomme passionné qui i'mra médité lu mort d'un ennemi, d'un rival, d'an riche qu'il veut d«'pouiller, d'un parent dont il convoite l'héritage, un dialecticien éloquent pour lui démontrer l'erreur de son jugement? S*en est-il trouvé près de Verger, dont l'attentat frénétique vient d'épouvaitter la France et le monde? Raisonne-t-on avec le fanatisme, avec la colère et la convoitise? Et quand même les malheureux qui sont emportés par leur passion voudraient soumettre leur résolution à une disoussion

avant de rexécutcr, csi-il bien certain que cette discumon leur (ionnerait tort?

Lorsque, dans rcippr^ciation d*iin crime, on fait abytrarti-r. des considérations qui se puisent dans les croyances d'une autre vie, dans \vs rapports de Phomme avec Dieu : quand od met do côté l'autorité d'une loi morale et même rid(>e d'une raison universelle ot éternelle, la question ainsi simplifiée f^ réduit à savoir si le crime est dans l'intérêt immédiat et direct de celui qui veut le commettre. Un individu veut unr chose ; un obstacle est sur son chemin : il détruit cet obstacle, et si vvt obstacle est un homme, il le tuo. Qui prouvera à eet individu que son raisonnement est erroné?

Il n\v a donc pas à compter sur le raisonnement individoel pour préserver les honnêtes gens contre les assassins et \ei voleurs. Lacenairc, à ce qu'il nous semble, raisomiait assri bien sa profession.

Il est vrai que vous comptez subsidiairement, mon cher conlVère. .sur l'action de la civilisation, que vous appelez, pr une ingénieuse image, a le niveau ascendant, marquant le pr»- » grès continu » ; mais l'ascension de ce niveau est asf^t lente (*t le poignard est prompt. Protégez-nous, en attendant, contre les mouvem(*nts di> cfenrdi>s méchants. Des lois fortes, des magistnits vigilants sont néc«*ssaires pour que nou? soyons libres immédiatement et pour que nous puissions \e devenir plus encore en roncourant au progn>s continu ; car, ai les erinies étaient impunis, si nous étions obligés de marcbfr aimés (le revolvers et d'i-pres, au lieu d'avancer vers la civilisation, nous retournt>rions à la barbarie.

Mais ,jf nie laisstî aller à enndiattre des expressions qui sont plutùt dt\s aspirations gén«'*reuses d'un grand esprit que le^ pensées pratiques d'un publieisle. La liberté que vous voulez est la u srrruhssioN (iHAhrKLLE de tout ce qui fait légalement > ou soeialenient obstacle au plein développement de la rai- '» son individu(*IIt>. n Point de difliculté t:ntrc nous; car cette sn|»pres>iun graduelle suppose deux choses auxquelles je tiens également : un pouvoir gouvernemental ayant une joMe part dans le progrès des institutions, et la hanue de la liberté, a iaqut*lleje crois, et que vous nie eontestez.

Vnus nit* dcniiindez de vous donner la définition de la liJMM té, telle que je la comprends. Ma déiinition n^esl pas nou-

r.A ÏJBERTf: 759

vpilt\ i't vous \iï trouvez, à l'état d'axiome, dans tousleslivn\^ élémentaires de la science politique :

« La liberté est le duoit de faire tout ce qni ne nuit pas à B autrui. »

Tons M i'Mtmidaz pas autrement, mon cher confrère, car TOUS voulez qu*clle ne soit réalisée que le jour où la raison de tous les bommessera tellement développée, qu'aucun d'eux n'aura envie de nuire à autrui. Ce sera loog ; mais, en attendant, ma définition sera mise en pleine vigueur, et tous les esprits généreux continueront à travailler à la hausse de la liberté.

Il me reste bien peu d'espace pour répondre à la seconde partie de votre lettre, celle qui se rapporte au domaine de ce pouvoir indivis que vous reconnaissez devoir exister au-dessus du pouvoir individuel. Je suis donc obligé d'aller tout de suite h cette conclusion finale de votre lettre :

« Voulez- vous me coneédf»r la délégation, telle que je la conçois^ à base restreinte, et je vous concéderai la délégation, telle que vous la demandez, à terme indéfUn? Alors nous cesserons de combattre, vous et moi, dans des camps opposés ; nos deux plumes s'uniront pour défendre cette transaction, avec toute la sincérité des sentiments qui nous animent. »

La concession que vous me demandez me coûtera peu, car j*ai admis que les individus d'une nation ne délèguent aux dynasties que la part de droits qu'ils ne {peuvent exercer euxmêmes. Vous voudriez restreindre ce domaine « h l'adminisn tration des biens nécessairement indivis, à la rémunération » des services rendus à l'État. » Vous me permettrez bien d'y joindre le gouvernement de la chose publique à l'extérieur, et ce devoir de protection des personnes et des propriétés nécessaire dans une mesure quelconque, au moins jusqu'à ce que le niveau ascendant de la civilisation ait élevé la moralit«^ de tous au point où personne ne sera tenté de nuire à son prochain. Co domaine est assez vaste [lour contenter des opinions plus monarchiques encore, s'il est possible, que les miennes. J'acceptt* donc votre délégation à base reûremtey et

j'enregistre aTec joie votre conceBnon d'une délégation à Urm indéfini^ heureux d'entrevoir la possibilité de cet accord de l'autorité et de la liberté qui est l'objet de mes vœux les plu chers et des efforts de ma vie entière.

Veuillez agréer, mon cher et honoré confrère, l'assurance de tous mes sentiments dévoués.

H. DE LOURDOUEU.

A MONSIEUR L)H LOURDOUEIX

Rédaetiur en chef de la gazbtti di fian ci

Mon cher et très-honoré confirère.

Oui, j*en conviens, je cherche dans la discussion la rectitude géométrique, et quand je m*en écarte, ce n'est jamais volontairement.

Pourquoi ai-je adopté cette méthode, opposée à la vôtre? C'est que la mienne conclut et se vérifie, tandis que la vôtre élude et se dément ; c'est que la mienne porte avec elle-même la preuve et la solution, tandis que la vôtre ne porte en ellemàne que l'inconséquence et Texpédient ; c'est que la mienne fait la lumière, tandis que la vôtre fait Tombre ; c'est que la mienne, enlin, permettez-moi de vous le dire, n'a besoin que de l'évidence, tandis que la vôtre a besoin de la force.

Cette méthode est celle professée par Laromiguière , disant : « Pourquoi le raisonnement ne serait-il pas aussi » rigoureux dans toutes les sciences que dans la science du n calcul, si tout raisonnement est un calcul et ne peut être » qu'un calcul ? »

Cette méthode est celle de Locke, s'exprimant ainsi : « La » morale est capable de démonstration aussi bien que les man thématiques. »

C(»tti» mrthodo est colle de Knnt, la formulant en ces Wiiii's : <( Li» droit sr d<^(iuit de la raison; toiit y est de nn>^ ») silr loifiqiie ; la peine est le redressement d*une inniH'^ » <|in'nn» loj;ii|ut». »

J(» reprends et je dis : «

Ow rimninie est libre, ou il ne Test pas.

S'il t'st libre, il ne relève que de lui seul.

S'il ne n'iève que di' lui s«'uK il est à lui-même son anYusalrur, son défenseur, son législateur, son juge, son geùlier. îion bonrr»*au.

Sil n'est pas libre, il faut avoir la franchise de ravouiTei la lumliesse de déclarer que la liberté n'existe pas et ne ^du• r:\il l'xisler.

Kn etlet,

1.;i liberté qui n'est pas une et indinsible, inaliénable W jinpn'seriplibli*, n'est pas la liberté.

Pas de îibi'rté, comm<» pas de vérité, qui ne soit absolue.

Vu homme est ])lus ou moins esclave, mais il n'est [las plu> ,)ii moins libre ; unt> chose est plus ou moins fausse, maisrllf n'est pas |)lus on moins vraie. II y a des degrés dans l'erreur, il y a (h's degrés dans la servitude, il n'y en a i>as daji« lu liberté.

La liberté relative n'est pas la liberté, c'est l'arbitraire tempéré.

La lil»(Tté réglementée n'est pas la liberté, c'est la régiemenUition.

La libei-té tolérée n'est pas la liberté, c'est la tolérance.

La liberté légale n'est pas la liberté, c'est la loi.

Kt cependant, mon cher eonfn»ro, c'est vous, vous, Ymih'vible logicien dr la légitimité, vous qui ne souffres ps$ qu'on en fausst* le principe, c'est vous qui prenez parti pour la liberté I»»gale contre la liberté légitime!

La lib(*rté légale est celle qui est la conséquence de la lui imposée.

La liberté légitime est relie qui est la conséquence de U

raison a|ipli(|uée.

La lilieifé légale est étoile dont le pins faible ne jouit que par le bon vouloir du plus foil.

la liberté légitime est eellt^ que tout être pensant a le dmit

de pn»éder «'1 le devoir di'xerrer.

lA LIBERTÉ 7«r

Lft liberté légale eet la liberté de fait. La liberté légitime est la liberté de droit. Qai dit liberté légale dit le plus souvent liberté factice, relare, inégale, transitoire, intermittente, yiolée, aliénée, morliée, contestée.

Qui dit liberté légitime dit toujours liberté naturelle, absoe, réciproque, définitive, permanente, inviolable, inaliéible^ indivisible, imprescriptil)le, incontestée. Grande est la concession que vous croyez me faire, mon onéreux contradicteur, en admettant a que les individus d'une nation ne délèguent aux dynasties que la part de droits qu'ils ne peuvent exercer eux-mômes. » MaLs quels sont donc les droits qu'une dynastie est apte exercer, et qu'un individu serait inapte à conserver? Irréfutable, vous le pensez, est cette définition très-connue i la liberté : <( Lu liberté est le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. »

Je connaissais aussi cette définition. De ce qu'elle est maie, il ne s'ensuit pas qu'elle soit vraie. Toute banalité implique pas nécessairement une vérité.

Qnentendez-vous par ces mots : Ne poê nuire à atUrtnf Est-ce que combattre l'esclavage et le ser\*age là où ils [istent, ce n'est pas nuire à tous les possesseurs d'esclaves de serfs?

Est-ce que combattre le privilège, ce n'est pas nuire à tous s privilt'giés?

Est-ce que combattre une idolâtrie, ce n'est pas nuire h •lis ceux dont elle entretient la puissance? Est-ce que combattre un abus^ ce n'est pas nuire à tous »ux dont il fait la fortune?

Est-ce que combattre l'arbitraire, ce n'est pas nuire à tous ^ux dont il constitue Tautorité ?

Est-ce (jue combattre Thypocrisie, ce n*est pas nuire à tous îux dont elle est toute la vertu?

Rst-<*e que combattre l'erreur, ce n'est pas nuire à tous ceux li soutiennent aveuglément ou sciemment qu'elle est la vérité? Donc, si votre définition ét'iit irréfutable, nul, ne |M)uvant le ire sans nuire à autrui, n'aurait la liberté de combattre l'es* avage, le servage, le privilège, l'idoUtrie, l'abus, l'arbiaire, l'hyporrisie, l'erreur.

7M lA LIBERTÉ

Je repousse donc votre définition, comme trop rapi* ou comme inexacte ; si j'en adoptais une, ce serait celle <k Locke :

(( La liberté, c'est la puissance qu'a un agent de faire teDe » action ou de ne pas la faire, conformément à la détermina- » tion de son esprit, en vertu de laquelle il préfère rone i » l'autre. »

Ce serait celle de Kant :

u La liberté, c'est la raison agissante.. • La liberté est le » droit de chacun de pouvoir faire ce qui lui semble juste et )) bon, sans dépendre en celu de l'opinion d'autrui. »

J'ajoute :

La liberté de l'homme, c'est la raison de l'homme. La liberté, c'est le pouvoir de la raison démontrée par le rsisûih nement et attestée par l'évidence.

Qui n'a pas la raison n'a pas la liberté.

Qui ne raisonne pas ou qui ne raisonne pins est on enfant, un idiot ou un fou.

0 L'enfant peut faire du mal, mais il ne saurait mal faire. • Ce que Jean-Jacques Rousseau adit ainsi de l'enfant, je le dis de l'homme. « La méchanceté n'est autre chose que le défaut » de raison en un âge où elle est accoutumée à venir aux )) hommes. » Cette opinion de Hobbcs est aussi la mienne.

L'homme qui se trompe n'est pas libre de ne pas se tromper. L'homme qui trompe se trompe.

Qui raisonne et agit en conséquence de sa raison, s*il se trompe, a. pour le redresser ou le confondre, l'expérience qu'il acquiert, ou l'évidence qui le frappe; cela sufBt. Toote erreur s'expie, comme toute vérité prévaut. La peine de Ter reur sera d'être un jour Terreur, comme la récompense delà vérité sera d'être un jour la vérité, u Nulle erreur ne peut être )> utile, eommc nulle vérité ne peut nuire, » a dit M. de Maifttre. « On trouve dans les vérités éternelles des ressources )> eontre les erreurs passagères, » a écrit madame de SUd. (I il n'y aurait point d'erreurs qui ne périssent d'elles-mêmes, » rendues clairement, » u ])ensé Yauvenargues. Que rerrev, uum cher confrère, ne vous alarme donc point ! Mus elle sej'u monstrueuse, et plus elle fournira d'arguments contre elle uu raisonnement.

U LimSlTË 765

Examinez bien, et vous reconnaîtrez que tonte action porte eUesa sanction, c'est-à-dire sa peine ou sa récompense. Le mal est le mal, parce qu*il se punit de lui-même ; le bien est le liâen, parce qu'il se récompense de lui-même. Toute récompense décernée, toute peine infligée font donc double emploi. Pourquoi deux peines pour un seul acte? Pourquoi deux récompenses pour un seul fait ? Pourquoi à la peine naturelle mjoater une peine artificielle, la peine légale ?

Parce que, me dites-vous, l'impunité légale serait la liberté de l'assassinat, la liberté du vol, la liberté du crime.

C*est ce que je persiste à nier, c'est ce que je vais sommairement examiner.

Qui tue ou qui vole prouve qu'il est inculte on qu'il est insensé.

Les lois ne punissent pas la folie, — donc il n'y a pas lieu de s'occuper d'elle; doivent-elles punir la barbarie?

Si, dans une société se disant civilisée, des hommes, en nombre plus ou moins considérable, peuvent y grandir sans culture, à qui la faute? Est-ce la sienne ou la leur?

Si ce n'est pas la faute de ces hommes, si c'est la faute de cette société, qui devra en porter la peine? Eux ou elle?

Si c'est la société qui s'est rendue coupable d'imprévoyance, quelle sera la peine? La peine naturelle est le risque social.

Plus le risque sera grand, plus tôt il obligera la société de remonter de reflet à la cause, du meurtrier au meurtre, du voleur au vol.

Est-ce là ce que fait la société ? Non ; pour se soustraire à la responsabilité qu'elle devrait au contraire revendiquer afin do proportionner Teffort à Tobstiicle, elle arrête le voleur, elle tae le meurtrier. Si elle ne tuait pas le meurtrier, si elle n*arrêtait pas le voleur, y aurait-il plus de voleurs et plus de voIh, pins de meurtriers et plus de meurtres ? Toute la question que je ne fais quVfTIeurer ici, mais que je me propose d'approfondir dans un livre intitulé : Du droit de punir j tonte la question est là. Je crois fermement que, loin de s*en accroître, le nombre ne tarderait pas à en diminuer, parce que plus le risque sérail grave et manifeste, et moins chacun hésiterait à payer la pnme nécessaire pour le conjurer à tout prix et par tous les moyens les plus efficaces.

7f>H r.A LIBERTÉ

Sî, présentcmont, la société fait, ponr ctoaiTer danslrar germe le meurtre et le vol, tout ce qu'elle peut, toot « quelle doit faire, j'ai tort; mais si, présentement, lasociek. s'ondormant sur Toreiller de la pénalité légale, ne fait ni toot ce qu'elle pourrait ni tout ce qu'elle devrait faire, j*û raison.

Voici une nation de trente-cinq millions de têtes : aprp» que J*on aurai retranché dix millions d'enfants, combien de têtes pensantes sur les vingt-cinq millions de tètes restantes, combien d'hommes méritant le nom d'honmies, c'estrà-dire agissant dans la plénitude qu'eussent acquise leurs facultés si e» lîu'ultt's eussent été cultivées, c'est-à-dire s'ils eussent apprêi raisonner et à se conduire en êtres raisonnables, c'est-à-din* s'ils eussent été, dès l'enfance, exercés à se servir de leur raison, de toute leur raison, rien que de leur raison? En d'iatres termes, sur ce nombre, combien de barbares et combieo de civilisés? Si l'on compte à peine un civilisé sur dix barbares, sera-t-on fondé à se plaindre que la bartuuie nous débonle et nous menace? Si, renversant la proportion, on ne comptait déjà plus, au contraire, qu'un barbare ponr dix civilisés, est-ce que les risques de meurtre et de vol n'auraient pas diminué dans une proportion qui ne serait fMis seulement de dix à un, mais qui serait peut-être de centàun?carrexeinp!e, (M'tte instruction qui se donne sans frais et s'acqniert sans effiirts, est une puissance qui, pour être incalculable, n'en est iwis moins aussi grande (nrincontesfable.

Voici maintenant unt^ famille de paysans corn posée du père. d(* la mèiv et de plusieui*s enfants, tilles et i^arçons, tons couchant ]téle-méle dans la même chambre et je pourrais ajouter sur la même litière : quelle ditférenre appréciable entre eu et leur bétail, eux s'oubliant ])0ur ne penser qu'à lui, eux lii prodiguanl tous leiu*s soins et ne s'en donnant aucun?Laloi, si elle est équitable, pour mesure de leurs seutiments prendra-t-elle les vôtres? pour rf*gle de leurs actions prendra-4r ehe les miennes? il serait presque aussi juste de soumettieà \i\ même loi l'animal et l'homme. Kh bien! si la civilisatioa. plus avancé** on plus générale, agissant avec toute la poissiuice du aifiital atnvrrgf'nt^ — passez-moi ce mot, sauf àflM drniiindrr <ie vous l'expliquer plus tard, — si la civilisation av;nt pr ri être là on ell«' n'tïst pas encore parvenue, l'habita-

on du pauvre cesserait promptement d*être ce qu'elle est, on-seulement dans les campagnes, mais aussi dans les villes, •a civilisation, faute d'un conducteur de cette foi-co encore nparfaitement connue et insuflisamment utilisée, fait-elle, onr transformer ces foyers de barbarie, tout ce qu'elle pourlit, tout ce qu'elle devrait faire ?

Voici, sous mes yeux, une famille d'ouvriers composée du lari, de la femme et de plusieurs enfants ; cette famille aurait

peu près ce qui serait nécessaire à sa subsistance, si le chef e famille, quand l'ouvrage ne manque pas, travaillait six jours MT semaine à Tatelier, au lieu d'en aller passer trois au abaret. Eh bien ! que fait-on pour soustraire à la contagion, rhérédité de ce pernicieux exemple, les enfants de ce père bnitî lui-même dès l'enfance par les privations, par la fatiae et n'ayant jamais ressenti les efTets de l'épargne, laquelle eût changt'i, réformé, transformé? Que fait-on pour empT'cher ne si funeste tradition de se pci pétuer dp génération en géëration? On bâtit à grands frais quelques maisons de détenon pour les jeunes détenus. Que di»viennent-ils ensuite?

Voici deux prisons : l'une servant à la conservation de l'emrisonnement en commun ; l'autre servant à l'expérimentation e Teniprisunnement cellulaire ; étudiez-en les habitants des eux sexes et de tous Ages ; rendez-vous compte de Taction u'elles exercent sur eux, puis dites-nmi ce qu'il faut penser t attendre de la répression et de la puissance do l'intimidaion?

Est-ce qu*on attend que la guerre, ce risque qu*il serait si icile d'anéantir ; est-ce qu'on attend que la guerre ait éclaté •oar lever une armée, Texerrer, rapprovisionner, f^ibriquer les annes, fondre des canons, des boulets, des bulles, bâtir les arsenaux et des casernes? Non; eh bien, ce qu'on fait »res(|ue sans compter, au prix de tant de millions, parce qu'on . contracté depuis des siècles l'habitude de le faire ; ce qu on ait contre le risque d'invasion territoriale et de domination trangère, que n«* le fait-on contre le risque d*ignoranco popuaire et de barbarie relative?

Dans cet ordre d'idées, n y a-t-il pas, sinon tout, presque i>ut à faire?

Mu*est-ce (|ue le risque d'invasion territoriale et do domilation étrangère, roniparê au risque d'ignorance populaire et

de barbaiie relative? L'Italien qui a cultivé sa raison, acv^uL* du talent, conquis une renommée, en est-il moins on homme parce qu'il est réputé sujet de rAutriche? Le Napolitain est-D plus libre que le Vénitien, et celui-ci Test-il moins que rAotrichien? Question incidente, que nous yiderons un jour que vous le voudrez. ^lais, fût-il nô en Angleterre ou en Belgique, pays de liberté relative, est-ce un homme, que Tëtre iocnlle en qui Tinstinct est tout, en qui la raison n'est rien, qui marche pesamment courbé sous le double joug de Tignorance rt de la misère, lesquelles Tabrutiraient s'il pouvait être abruti?

Guerre à l*ignorance, guerre à la misère, guerre à lalM^ barie ! — voilà mon cri de guerre, à moi. Hommes de sens et hommes de co?ur, tous, suivez-moi, je vous précéderai ; hommes de science et hommes de génie, tous, précédez-moi, je vous suivrai. Cette guerre-là, véritable guerre sainte, ne ferait pas couler de sang ; elle n'arracherait pas le flls à U mère, le laboureur à la charrue, l'artisan à l'atelier; elle rendrait abondamment à l'épargne individuelle l'argent qa*eile lui emprunterait momentanément; elle n'appauvrirait personne, elle enrichirait relativement tout le monde. Chacuni* di^ ses batailles marquerait un progrès ; chacune de ses victuircs serait un bienfait. Qu'on appelle dédaigneusement cette guerre-là, si on le veut, la guerre à coups de piston, jamais le dédain qu'on lui jettera ne surpassera le mépris que j'ai pour la guerre à coups de canon.

C'est la guerre qui, dans les sociétés anciennes, y donna naissance à l'esclavage ; c'est la guerre qui, dans les sociétcti modernes, y perpétue la barbarie, le meurtre, le vol.

(Ju'cst-ce que la guen'e? N'est-ce pas l'école etiaglorificatiuu du meurtre ?

Uu'est-ce que la conquête? N'est-ce pas l'école et U glorification du vol ?

Si le meurtre et le vol commis d'individu à individu sont dos crimes punLssaljles, comment cess<ent-ils de l'être quand ils sont commis de nation à nation? Et si le meurtre et le vol coMiniis (le nation à natifui nv snnt pîts des crimes punissables, comment les qualilie-t-oii ainsi quand ils sont commis dlndividu à individu?

Entre un(ï nation et un individu, quelle autre diflérenoe}' a-t-il qu'une diil'érencc do nombre ? Ou<-*lie autre différenoej'

b-(-il qae celle qui existe entre la gerbe et l'épi, entre l'arme ilefaisceaa?

Onant à moi, sar quelque échelle, petite ou grande, sous [oelque forme, justement ignominieuse on faussement gloîease, que le meurtre et le vol se commettent, se montrent, 16 déguisent, la qualification d'erreurs se traduisant par des isques est celle qu'impartialement et logiquement je leur lonne.

La preuve que le meurtre et le vol sont des erreurs, e'est |o'fl n*y a ni un vol ni un meurtre qui se puissent, ni en incon temps ni en aucun pays, justifier par le raisonnement.

Mais si le meurtre et le vol ne sont plus punis comme des :rimes, s'ils sont considérés comme des erreurs donnant naissance à des risques, comment les conjurer, comment empé- :ber qu'ils nese multiplient, comment les rendre, au contraire, le plus en plus faibles, de moins en moins probables?

Comment ?

En cessant de les enseigner ;

En cessant de les glorifier ;

En ne pervertissant plus l'esprit des enfants, qu'on élève dans la dangereuse admiration des exploits meurtriers des Annibal et des César, des sacrifices humains tels que l'inmiolation du fils d'Abraham on de la fille d'Agamemnon ; en reléguant tous ces faits monstrueux, repoussés par le raisonnement, dans une grande histoire de la barbarie qui montre ce pi'ont coûté et ce qu'ont produit toutes ces conquêtes fameuses qui ont ensanglanté et appauvri le monde ;

En donnant au point d'honneur une nouvelle direction, au mot courage une nouvelle acception.

En abolissant le recrutement obligatoire;

En déshabituant les jeunes générations de la guerre et du

duel;

En abolissant la peine de mort ;

En fermant les prisons et les bagnes, ces écoles supérieures de la récidive ;

En cultivant la raison de chaque homme avec non moins (le soins et de sollicitude qu'on en, met à cultiver la plante qui nourrit un peuple ;

En perfectionnant, étudiant, multipliant tous les moyens de sûreté générale : chemins de fer, rues éclairées, veilleurs de

77e I^ UBEHTE

nuit, gurreilloitts de jour ; eo se servaut de plua en plud^ virements de partie,dcschèqnes,aulieudenumérairaciroolut:

En adoptant l'usage de la police d'assurance tenant Kfd d'acte de naissance, de passeport, de livret, etc.;

En appliquant à l'extinction de tous les risques spécificili toute- puissance des primes d'assurances centralisées;

En rondant les moyens d'appropriation par le travail plai faciles que sans le travail; carie voHtantrappropriationiui travail du bien que l'on convoite, plusil seraiiicile de l'acquérir par le travail, et moins on sera tent^ de le conquérir par U force ou par )a ruse;

En faisant paraître, enllti, k tona let yeux le maartre at le vol plus stupidGB encore qu'odieux.

Je compare la société, telle qu'elle est, à aae nuûaoa ooastniite en bois ot couverte en chaume, eoaaéqueiiimeat eiposéc à de fréquents risques d'incendie ; aussi la prime pajft piir le proprirtitirc pauvre et mal logé est-elle inOaiment pla< élevi'e que In prime payée psi le propriétair« riclwatbieii \op\ ; je compare la socirté, tulle qu'elle pourrait étr», à une maison construite en pierres, avec charpente en fer et coaverlure en zinc, congéquomment exposée à dea risques d'îacendie presque nuls. Que la civilisation fasse pour la gnnda demeure sociale ce qu'elle tend à faire pour tontes les demeures individuelles !

Quels sont les pays où il se commet le plus d'nttnewinnh et le plus de vols? Sout-ce les pays où la foi religiauM est la floi faible? Nnn; ce sont les pays où les moyens de commnnicatioD et de transport sont les plus arriérés, les plus imperiaito. Preuves : l'Kspagne et U's États romains.

Multiplie:! dans les mes le nombre des réTerbàrea, roui y diminuerez le nombre des nialfjiiteurs. Étendes partout la rèxeau des chemins de fi>r, et voua restreindrez partout Tantpire du meurtre et du vul. Croyc2-moi, cette fkçoa d'exproprier les malfaiteurs n'est pas la moins bonne.

« l^os cuisiniers, dit Mi'nandre, ont fait bien plua qtt'Orpfaér n pour ijppn-ndre aux Itoniini-s à ne plus se nourrir de chair Il humaine, u Itomanjue parfaitement juste et qui ouvrait aa hnrizoïi qu'iui a tnip nr>K%é de regarder. Ce que les CUMniers ont l'ait avec succès contre rautliropophagie,ilnslaàlB faire par des moyens analogues, quoique

Qiire et le toL Oui, oui, il y a d'autres manières de eombsttre le meurtre et le toI que d'arrêter les voleurs et de tuer lot meurtriers.

Tout bien procède d'un mal.

Sans le mal pas de bien, comme sans l'ignorance pas de progrès, comme sans l'erreur pas de vérité, comme sans Fombre pas de lumière.

Or, comment l'homme s'y prend-il pour combattre l'obsou* rite physique? Il ne la punit pas, il la dissipe.

C*e8t ainsi que je voudrais que la société s'y prît pour combattre le mal, qui n'est lui-même que l'obscurité sociale. Je voadrais qu'elle ne le punît pas et qu'elle le dissipât.

La société, sans s'en douter peut-être, est déjà entrée dans cette voie, car il y a bien des erreurs qu'elle punissait et qu'elle a renoncé à punir, laissant à la vérité seule, et non plus à la loi, le soin de faire justice. La société, qui est entrée dana cette voie , y marchera rapidement et sûrement dès qu'elle considérera l'existence du mal comme la naissance du bien, dès qu'elle cessera d'accuser la perversité des hommes pour n'accuser plus que la défectuosité des choses, dès qu'elle s'appliquera à les rendre de moins en moins défectueuses, dès qu'elle n'agira plus qu'en qualité de vaste société d'assurances contre tous les risques susceptibles d'être prévus et prévenus, meenrant l'effort au péril, la prime à la probabilité, l'indem- BÎté au sinistre.

Le bien et le mal sont relatifs.

Ce senties deux pôles de l'axe social;

Ce sont les deux extrémités du levier. On peut le raccourcir, mais impossible de supprimer l'une et de conserver l'autre.

Donc, il ne faut pas croire qu'en remontant de Teffet à la cause, qu'en ramenant à des classifications de risques toutes les qualifications de crimes, la prévoyance, aidée par la science, supprimera si instantanément et si radicalement le meurtre et le vol qu'il n'y aura plus ni voleurs ni meurtriers. Je ne le pn*tends pas. Mais sur quoi se fonderait-on pour de-* mander à lu prévoyance plus qu'on ne demande à la forée, à la logique, plus qu'on ne demande à rintimidation?

Estrce que, sous le régime de l'intimidation et de la réprat*» siOB, les prisons sont vides et les échafauda désœuvrés?

Entre Itîs deux régimes rivaux : lo régime en vigueur et le régime en perspective, le régime de la prévoyance et le régime de la force, le régime de la publicité pénale et le régime de la pénalité légale, la question n*estetne saurait être qu'une question de deux quantités comparées. La quantité ponm être considérablement réduite, mais elle ne sera jamais nulle.

La société marche bravement d'un pied sans trop fléchir sous l'immense poids des risques qui se nomment apoplexies, épidémies, maladies, accidents, incendies, naufrages, inondations, grêle, épizooties, faillites, etc. ; pourquoi la société ne marclierait-elle pas tout aussi bravement de l'antre pied sous le poids infiniment moins lourd des deux risques qui ont été qualifiés meurtre et vol, risques infiniment plus fociles H combattre, infmiment plus faciles à conjurer? Lorsqae l'homme est exposé à tant de risques de mort prématurée et de ruine imméritée, les deux risques les moins probables, le risque d*étrc assassiné et le risque d'être volé, commandentils qu'on s'en préoccupe exclusivement ? Ces deux risques individu ois, le risque de perdre la vie par un assassinat et le risque de perdre sa bourse par un vol, dans une société déjà panenucùun certain degré de civilisation, peuvent-ils être mis en biilance avec le risque social de perdre sa liberté par rnsor pation ? Kst-ce que l'impunité de la tyrannie n'a pas toujonf éU; et ne sera pas toujours un risque plus général que l'imponilé de Tassassinat? Est-ce que tous les assassins et tons les voleurs du monde ont jamais moissonné et moissonneront jamais autant do vies et de fortunes qu'en ont moissonné les guerriers et les conquérants? Eh bien 1 contre l'impunité de U tyrannie, contre Timpunité de la guerre, contre l'impunité de la fonquéte, que proposez-vous, mon cher confrère 7

< loutre la liberté indivisible telle que je l'ai exposée» vos ohjertions, en résumé, sont celles-ci :

Premièrement, que je fais dépendre cette liberté d'une hypoUiôse dont la réalisation peut exiger une longue suite de siocios, si Ton attend que la raison de tous les hommes soit tellement développée qu'aucun d'eux n'ait envie de nuire à autrui ;

Douxii'moment, qu'il ne faut pas uniquement songer à l'individu fort ot puissant qui veut pouvoir dire ce qu'il pense et faire ce qu'il dit sans être justiciable d'aucun tribunal, qaH

fimt aussi songer au voism, aa faible, à Torphelin, à la veave, à l'homme bon et inoffensif, qni a bien des droits aussi, ne nt-ce que le droit de vivre;

Troisièmement, qu'il n'y aura pas toujours près de l'homme passionné qui aura médité la mort d'un ennemi, d'un rival, drun riche qu'il voudra dépouller, un dialecticien éloquent pour lui démontrer Terreur de son jugement;

Quatrièmement, que lorsqu'il s'agira d'apprécier si tel individu ayant fait de sa liberté tel usage était en pleine possession de sa raison, il faudra des juges; qu'ainsi je reconstitue par la logique les tribunaux qu'inconsidérément je propose d'abolir ;

Cinquièmement, que s'il est facile au publlciste de tracer une ligne géométrique dans toute sa rigidité, sans aucun souci de qa*on nonune la morale et la justice, la société qui voudrait réaliser cette théorie n'aurait pas la même facilité ;

Finalement, que si les crimes étaient légalement impunis, la société retournerait à la barbarie.

A vos objections, voici mes réponses :

Premièrement, je ne fais pas dépendre l'application de la liberté d'une hypothèse, mais de la substitution, qui peut être immédiate, du régime de la prévoyance organisée au régime de la force organisée, de la puissance de la civilisation à Timpuissance de rintimidation ;

Deuxièmement, je pense au voisin quand je propose, pour rendre plus rares les risques de mort par l'assassinat et do mine par le vol, de s'y prendre comme on s'y est pris poui* rendre de plus en plus rares les risques de mort et de ruinn par la foudre, à laquelle on a opposé le paratonnerre; par la vapeur, à laquelle on a opposé la soupape et la division tubulaire de la chaudière; par la tempùte, à laquelle on a opposé la solidité et la rapidité progressive des navires, etc. Tout a ses risques, rien n'en est exempt. Le chemin de far a ses risques comme la diligence avait les siens, la navigation à vapeur comme la navigation ii voiles, le régime de la liberté que je soutiens comme le régime de la tyrannie que vous ne défendez pas, comme le régime de l'autorité que vous défendei; ce qui n'est pas une raison de conclure ni contre les chemins de fer, ni contre la navigation à vapeur, ni contre la liberté

indivisible, si ces progrès réunissent à des avantages pin grands des risques plus faibles ;

Troisièmement, il n'y a pas toujours non pins an dialecticien éloquent près de tout roi passionné pour rempècher de convertir les instruments de gouvernement et de jasUce en instruments de domination et d'arbitraire ; et cependant de ce risque vous n'en tirez pas la conséquence qu'il faut condaiDner et supprimer la royauté ;

Quatrièmement, je ne saurais concevoir œ que je ne saurais, ce que je n'oserais appliquer;

Finalement, pour quelques actes réputés criminels qoi sont punis, il en est un bien plus grand nombre non moins nuisblcs, plus funestes peut-i*tre, qui jouissent de l'impunité, sans que la société, cependant, retourne à la barbarie. Ainsi Too punit la diffamation et Ton ne punit pas la flatterie. La flatterie, qui perd les rois, qui ruine les peuples, est-«Ue donc moins funeste que la diffamation? Connaissez -vous contre les flatteurs dos lois préventives, des lois répressives, des peines infamantes? Citez-les ; h mon tour, s'il le faut, je vous citerai des actes nombreux qui passent pour légitimes après avoir passé pour criminels, et pour criminels après avoir passé poor lV*gitimes, ce qui prouve que la notion du bien et du mal est variable selon les temps et selon les lieux, observation que je ne fais que répéler ici apr^s Pascal.

Aussi, rationnellement, no devrait-on dire jamais :

Ceci est bien et cela est mal ;

Ceci est juste et cela est injuste ;

Ceci est vrai et cela est faux;

Ceci est sage et cela est fou.

On devrait dire toujours :

Ceci est logique et cela est inconséquent.

La logique, quoi que vous en disiez, mon très-habile contradicteur, est à la société ce que la ligne est à la géométrie. Concevez donc une ligne qui n'ait pas deux extrémités?

Soyons logiques.

Ou l'intimidation pénale exerce une influence salutaire, on elle n'exerce qu'une influence imaginaire.

Si elle n'exiTce qu'une influence imaginaire, quel sera le danger d'y renoncer?

Si elle exerce une influence salutaire, il faut se hâter de

LAUBBRTE 775

donner raison à Diderot justifiant la tortare et à de Maistre glorifiant le bourreau, contre Montesquieu et Beccaria vantant l'adoucissement des peines, mais n'osant pas conclure, n'osant pas en demander Tabolition.

Cependant, ou l'adoucissement des peines n'est qu'une transition, ou elle est une inconséquence.

n faut opter.

Une lettre a des bornes qu'on ne peut franahir ; ods bornes m'obligent de m'arrêter ici, quoique je n*aie fait qu'effleurer la question de la liberté indivisible, d'où dérive la puissance individuelle. Toutefois, je ne clorai pas cette lettre sans y ajouter quelques mots sur le dernier paragraphe de la vôtre. Ce paragraphe est relatif) à la puissance indivise, dont vous pensez, mon cher confrère, que je n'ai pas fait la part assez grande.

Rassurez-vous : simple, très-simple sera le gouvernement de la chose publique à Textérieur, lorsque la substitution de l'impôt volontaire à l'impôt forcé, et de l'enrôlement volontaire au recrutement obligatoire, aura mis fin à la barbarie de la guerre ; lorsque le principe de la réciprocité, aussi facile à appliquer entre peuples qu'entre individus, aura rendu fuperflns tous les traités, tous les tarifs, simplifié tous les rapports ; lorsqu'il ne s'agira plus de combattre, mais d'échanger ; de vaincre, mais de convaincre ; de conquérir, mais de civiliser.

Depuis le commencement des siècles, qu'apprend-on aux peuples et conséquemment aux hommes? On leur apprend k ^e battre, à s'égorger, à se piller. C'est la continuation de la barbarie. C'est cela maintenant qu'il faut leur di$apprendre. C'est la mission de la civilisation.

Vous me demandez ce que j'entends par ce mot : la civilisation !

La civilisation est l'état d'une société qui respecte à l'égal Tune de l'autre la vie humaine et la pensée humaine. La ci* vilisation est proportionnelle à ce respect II en est la marare.

Croyez, mon cher et honoré confrère, à la rédprocilé de mes sentiments.

EMILE DE GIRARDm.

A MONSIEUR EMILE DE GIRARDIS

Mon très-cher et tri»s-honopé confrère,

Comment se fait-il que nous soyons presque d'accordfi nous raisonnons sur les principes, et que cet accord i| raisse quand nous raisonnons sur leur application ?

Vous voulez la libelle et je la veux aussi.

Vous me concédez le pouvoir indivis, avecl'héréditiè ni nolle.

Je vous accorde sans difficulté que la délégation, soiii ce pouvoir, n*est jamais faite sans réserve.

Mais quand il s'agit de Tusage de la liberté et de 1*00 du pouvoir, les distances se refont entre nous. Voas n que la liberté aille jusqu'au droit d'attentat et que le fil public reste désarmé devant elle. Vous voulez que les dd 1rs crimes disparaissent de la législation et même do lof que la conscience humaine en soit totalement alAraneli moi je maintiens, à côté de la liberté, la justice, la mon la ronscicMicc humaine, et la valeur des mots, signes n sontalifs des idées universelles, puisque, dans tous les s

et chez tous les peuples, les mots ont une ?aleur identique pour qualifler les mêmes actes de liberté :

J'appelle on sot un sot, et Rollet un fripon ;

et TOUS appelez Rollet un innocent qui se trompe !

Pour m'entendre avec vous, mon cher confrère, il faudrait me séparer du genre humain tout entier. Est-ce possible, quand ma conscience me dit que le genre humain a raison?

Votre lettre peut m'aider à comprendre notre dissidence et me fournir les moyens de la faire cesser.

Je m'explique :

Si, d'accord sur les principes, nous ne nous entendons pas sur leur application, c'est que, pour aller des principes à l'application, nous suivons deux méthodes différentes. Laquelle est juste, laquelle est fausse ? C'est la première question À dégager pour arriver à un rapprochement.

Vous commencez votre troisième lettre en constatant cette différence entre nos deux méthodes; vous donnez tout l'avantage à la vôtre, et cela est bien naturel; mais je défendrai la mienne, dussiez-vous dire aussi que j'ai mes raisons pour cela. Votre méthode consiste à transporter la géométrie dans la politique. Pascal a cherché avant vous si la dialectique pouvait prendre cette forme, il a échoué dans cette tentative : c'était cependant un grand géomètre et un grand écrivain.

La géométrie, mon cher confrère, est une science mathématique, et la politique est une science morale. La première opère sur des [êtres matériels et inorganiques, sur une nature brute et] inerte; la seconde agit sur des êtres organisés et vivants, spirituels et libres ; cette distinction essentielle a bien son importance ici.

Le géomètre qui tire une ligne droite n'a donc à s*occuper que de la rectitude de son tracé. En est-il de même du publiciste ? Les molécules qu'il traverse ont du sang et des larmes pour accuser non pas seulement les écarts de son crayon, mais encore sa rigidité impitoyable.

Je vais plus loin, au risque de me perdre un moment dans les ai>stractions où le sujet m'entraîne.

Pent-on voir une rectitude géométrique dans nn raisonnement poussé H rextrôme à travers le monde des idées? Nra sans doute, car on n'est pas géomètre par cela seul qu*on Un une ligne droite à travers l'espace. La géométrie, comme son nom rindique, sert à mesurer la terre; elle la mesure parla loi du triangle, dont l'angle est le principe, et Fangle suppose deux lignes qui se joignent et se servent mutuellement ds point de départ. Il ne suffît donc pas qu'une ligne soit droitf pour avoir une valeur géométrique, il faut encore qa*eile s appuie sur une autre ligne.

Or, je vous le demande : sur quelle ligne vous appuyei-vons pour tirer de l'idée de liberté toutes les déductions absoluM que vous m'opposez ? Est-ce sur la ligne du devoir? est-ce sur la morale, sur la justice, sur la raison universelle? Non; votre rectitude inflexible n*a nul souci de toutes ces choses, assez maltraitées par vos déductions. Vous les violez même évidemment en ùUint au crime son nom ; en le déclarant mpunissable, vous partez de Tidéc de liberté pour conduire directement cette idée à travers toutes les autres, voulant qu'elle soit à son arrivée aussi absolue qu*à son point de départ; et vous en faites un instrument de destruction pour les autres principes. Ainsi agissent, laissez-moi vous le dire, les absolotistcs de Tautorité qui détruisent la liberté, les absolutistes de légalité qui détruisent la propriété, les absolutistes de l'unité qui détruisent la diversité, les absolutistes de la raison bnmaine qui détruisent la Divinité, ceux du spiritualisme qoi nient la matière, et ceux du matérialisme qui nient l'esprit. Tous ces hommes pratiquent ce que vous appelez la rectitude géométrique. Ils croient porter l'évidence dans les esprits, ils n*y portent que le trouble; ils croient faire nalliv des convictions, ils soulèvent des protestations; fls se croient forts, ils no sont que violents.

(iOla est si vrai, mon cher confrère, que, pour faire triompher votre idée de liberté rectiligne, vous êtes obligé de noaa coaposor toute une philosophie, tout un ordre social nonreaa, une morale nouvelle ; de changer tous les rapports des hommes entre eux, tuutes les lois divines et humaines, et jusqu'à h valeur des mots du langage usuel : le tout pourtonÂer toof même dans des contradictions singulières; comme réeiair qui, malgré sa force de projection, ne dessine dans le eîei

LA UmSRTË 71t

e des zigzags ; car rélectricité elle-même a besdii d*lui odacteor.

O inconséquence des grands esprits I Tons n'admettez de isonneroent vrai que celui qui part d'une idée, en lui sacri- Ai tontes les autres, et vous taxez d'ignorance et d'erreur, bne d'idiotisme et de folie, le malfaiteur qui, faisant ab8-> iction de la justice, de la morale, de la religion natorelle et Télée, va droit au but que sa passion lui a montré en preint les moyens de l'atteindre.

Tous me dites : <i La preuve que le meurtre et le vol sont des erreurs, c'est qu'il n'y a ni un vol ni un meortre qui se l^nîment, ni en aucun temps, ni en aucun lieu, justifier par le raisonnement; » cela est vrai du raisonnement qui se lise dans les principes de justice, dans la loi morale, dans eonscience, cette lumière que Dieu a placée dans le cœnr ! l'homme comme la lampe dans le sanctuaire. Mais éteignez tte lampe, et prouvez, si vous le pouvez, à l'homme qui at de l'argent et qui se détermine à le prendre dans la cbe de son voisin, que son raisonnement est erroné, que D moyen n'est pas en rapport direct avec son but. Trouvez ne à lui opposer une considération quelcoiique qui ne soit «puisée dans une obligalion morale méconnue par lui et ciarée sans valeur par vous-mtme, puisque vous ôtez toute iminalité au vol et au meurtre. Trouvez, pour condamner géométrie, un argument qui ne condamne pas le vôtre I

Pardon, mon cher confrère, de traiter si mal votre méthode; lis je fais plus ici que défendre la mienne, je défends mon incipe, qui est la légitimité universelle; je défends le droit la justice; je défends la société et l'humanité; je défends hne contre vous la vie et la propriété de l'individu que as invoquiez contre moi dans votre dernière lettre.

Je viens maintenant à la méthode que je pratique : vous 'aiderez vous-même à Texposer.

Je trouve, en effet, dans votre lettre cette pensée : « La liberté, c*est le pouvoir de la raison démontrée par le raisonnement, n

Vous admettez donc qu'il y a en dehors de l'homme une ison indépendante de l'individu, puisque son raiaonnemeot conduit à la connaître et lui sert à la démontrer.

Si cette concession n'est pas dans votre volonté, elle est dans votre phrase, et cela me suffit.

Cette raison, que tous les individus peuvent connaître^ est donc universelle. Si elle est universelle, elle n*est pas seul^ ment de tous les lieux, elle est de tous les temps, ou plutôt elle est supérieure aux temps et aux lieux ; elle est étemelli!.

Si elle est éternelle, elle est donc la vérité absolue ; le raisonnement individuel qui la contredit n'est donc pas rdisMOnable ; il est donc entaché d'erreur et de fausseté.

Maintenant, qu'est-ce que la raison, indépendamment de la faculté de raisonner?

Qui dit raison dit un ensemble de rapports nécessaires entre des principes nécessaires, dérivant tous d'une soorce unique, source divine assurément ; car là où sont rétemité et la vérité absolue, là est la Divinité.

La source des principes étant unique, il ne peut y avoir entre leurs conséquences ni contradiction ni antagonisme.

Les lois, les rapports dont se compose le monde intelIigiUf sont représentés dans toutes les langues humaines par de« mots. Les rapports de ces mots entre eux doivent être les mêmes que les rapports des idées entre elles.

La dialectique, qui est la connaissance des termes dont se compose chaque dialecte et des rapports de ces termes, toujours correspondants aux lois et aux idées dont se compose la raison divine, est donc le grand instrument du raisonnement humain. Cet instrument est si puissant, qu'il oblige ceux qui veillent nier Dieu à le confesser (4); ceux qui voudraient nier la raison, à la déclarer.

La logique, qui est la force des mots, est aussi la forte de la raison. Toute déduction d'une idée vraie qui détrait une autre idée vraie, n'est pas logique; car on ne peut tirer d'an mot un antagonisme qui n'est pas dans les choses : voilà ce quV)n doit avoir présiMit à la pensée quand on discute. Il ne faut pas, en raisonnant, détîuire l'unité de la raison! Du moment où, en théologie, vous déduisez de Tidéede la grâce

(l)L'atliiM> dit : Dim n'cM poR, c'est-à-dire t'ÉTRE N*BST PAm^L' a recuniMi l'étiif.. 11 hVsI dômenti lui-mOme.

légation du libre arbitre, tous n'êtes pas dans la logique ; moment où, en politique , vous déduisez de l'idée de srté la négation de Tautorité, vous n'êtes pas dans la iqne.

jt dialecticien véritable et le logicien sérieux doivent cher^ sr dans les profondeurs de la Raison étemelle les ordres lées où des principes qui leur paraissent contradictoires ceordent et s^harmonisent; c'est dans les hauteurs du Dde intelligible que les intelligences divisées peuvent se ^procher et s'unir.

ta méthode pour raisonner en politique est donc celle qui it compte de l'existence simultanée des principes nécesres. Loin de les sacrifier à un seul d'entre eux, je cherche » concilier, ou plutôt à m'accorder avec eux. Je m'efforce, ant que ma faiblesse peut me le permettre, de mettre ma Bon imparfaite en rapport avec la Raison universelle et melle.

ja justice, la morale, la liberté, l'autorité, l'ordre, l'amour, là pour moi des lois qui me lient et me soutiennent ; elles prêtent leur force logique; si j'en abandonnais une seule, ne me sentirais plus dans la vérité.

ITous êtes donc, mon cher confrère, dans une grande err quand vous croyez que je dénie la bonté, la légitimité de ogique dans les discussions politiques ; et ce n'est pas sans onement que j'ai lu cette apostrophe dans votre lettre :

La logique, quoi que vous en disiez^ est à la société ce que la ligne à la géométrie. »

)& donc ai-jc dit le conti*aire ? C'est précisément ma pensée i vous exprimez si bien dans ce passage. C'est ma méthode discussion que vous définissez en opposition à la vôtre. )ui, je crois que la logique est l'instrument du raisonnent politique, comme la ligi\e, ou plutôt le triangle, est stnimcnt du raisonnement géométrique; non qu'il y ait ^ rectitude et une ligne droite dans la logique, mais cette le imprégnée de la lumière, de la force et de l'amour qu'elle ise dans le foyer des vérités étemelles, ne détruit que l'er- LT et le mal, et ne sert qu'au triomphe du bien.

Je me suis laissé aller bien loin, mon cher eonfi cette discussion de nos deux méthodes, parce q dans leur différence la cause principale de no mcnts.

Il ne me reste que bien peu d'espace pour i fond de votre lettre et ce qui constitue Totre sy, tique.

Duns le système quo vous exposez, tout n'est pas entre nous.

J'admets, par exemple, que les moyens direct par la législation pour combatttre le vol et le mei raisscnt malheureusement pas suffisants pour en ] société, et qu'il faudrait, par des moyens indiied autant que possible à ce qu'il y a d'inefiicace d des lois pénales. Ainsi, Tinstruction saine des i être Tobjct de la sollicitude des gouvernants. Koi dans le système pénitentiuire tous les problèmes résolus, mais d'autres questions également impc été mal posées et mal comprises, ne serait-ce qi colonisations. Je ne combattrai donc pas toutes t sur certaini*s inconséquences qui subsistent dans tion moderne, et vous me trouverez toujours ave eu signaler la portée funeste sur Téducation des p mais où je ne pourrai vous suivre, c'est dans le vous donnez d'abandonner les moyens directs en sai dos moyens indirects, et de renoncer à quali de crimes et de délits des attentats qui ont bien ré carnctrTe, et qu*un ne pourrait déclarer innocents sables sans violer la morale et la raison.

Vous voulez, mon cher confrère, combattre la b do nouveaux développements de la civilisation. aussi; mais convenez que ce serait un singulier n civiliser les masses que de détruire en elles le seoi leur disant que le crime n'existe pas et qu'il n'y« (11* liberté qui puisse être coupable en lui-même. S p:nen)ont était donné par les gouvernements et éclairées, ne craindriez-vous pas de voir la déprav attentats prendre des développements tels, qv rnoyiMis indirects seraient sans aucune valeur poui la société de périr? Vous croyex que ce serait la

Là LUBRTK 7»

fBÎ Mffsit Tictorieiite ; mais, ri elle détniisatt la moratei elle abandonnerait le combat, et ce serait la barbarie qui pr6» fudrait.

Voflà les terribles chances que vous nous eonseillet de aonrir. C'est à y regarder à deux fois, vous en conviendrez, et ee conseil vaut bien la peine d'être examiné à fond.

Vous croyez avec une ferme confiance que le progrès incessant de la civilisation pourra rendre les attentats et les crimes moins nombreux qu'ils ne le sont aujourd'hui. Cette foi dans l'inconnu ne se trouve que dans les âmes généreuses; eOe est digne de louange, parce qu'elle est un hommage implicite à la sagesse du gouvernemnnt providentiel qui nous conduit depuis le commencement des temps vers un but situé au delà des horizons de l'humanité. Pour faire l'œuvre divine, nons n*avons pas besoin d'être dans le secret de cette œuvre; il nous suffit d'avancer avec Tamour du bien dans le cœur. Tout homme qui marche sert le progrès. II n'y a que les stationnaires qui soient des ouvriers inutiles. Quant aux rétrogrades, l'histoire de ces soixante années sufBraH à noua prouver que les bénédictions de Dieu ne sont pas sur eux.

Mais cette foi que nous avons dans la sagesse divine doiielle nous faire abandonner la sagesse humaine 7

Ce aérait folie d'agir ainsi*

G'eet cependant ce oonseil que vous donnex à one aooiété troublée et menacée par la hardiesse — je pourrais dire par la témérité — de ses tendances. Après les théories sooialistoa de Saint-Simon et de Fourier, après VIcarii de Cabet, après la centralisation du travail dans TËtat par M. Louis Blanc, et les banques d'échange de M. Proudhon, vous voulez que noua renoncions aux moyens directs de répresrion, que nous dé* dariona le vol et le meurtre innocents, que nous brûlioas noa Codes, nos catéchismes et nos livres de morale; que noua abo* lÎMÎons les tribunaux et que nous démoUsriooa les prisons» et tout cela parce que la liberté, telle que vous la oooceveii ne comporte aucune restriction, aucune règle 1

Mais d*abord, votre théorie de liberté est-elle juste? C'eatlà une première question, et la preuve qu'elle ae l'eat pas, o'aal que vous êtes obligé^ pour la défendra, da sacrifier la propriété

LA LIRERTÉ

et le droit à roxistciicc de tuas les individus, car ln^;. d'entre eux est livré aux meurtriers^ tous le sont.

Mais cette théorie, fût-elle aussi Traie qu en fausse, comment donc ponrriez-voas croire que iai obligée de s'immoler elle-même à une théorie abnhitl que pour elle le principe le plus abeola n'est piilii de son existence?

Votre argumentation pour la conduire à ce sumce dans ce passage de votre lettre :

« Si la société ne tuait pas le meurtrier, si elle n'anèUii |b1ii leur^ y aurait-il plus de voleurs '^i plus de Tolsy plus de uutlÙBA plus de meurtres? toute là queshon est la. •

C'est donc à une question que vous voulez que la sacrifie ? Je vous remercie pour elle I Vous ajoutez :

« Je crois fermement que^ loin de s'accroltie, le nonibn te et des meurtriers ne tarderait pas à diminuer, perce que... yhi ki^ que serait grave et manifeitey et moins ckaam Mriïiiuff à f^^ prime nécessaire pour le conjurer à tout prix et par tous lei wft/til^

plus efficaces. »

Le remède est-il aussi clair, aussi certain que le

Quand tout le monde, effrayé du déchainement en tricrs et des voleurs, s'empresserait de payer sa rance contre les risques de vol et de meurtre, que de l'argent, si vous vous ôtes ôté les moyens diroets d'i les malfaiteurs et de les punir? EmploiereB-vous eet< on moyens indirects^ en construction de rérerbèras et mins de fer? Prenez-y garde I la compagnie d'aseorsMi^ ferait un emploi si incertain des primes de eee iiliinh A augmenterait pas le nombre.

C'est ici le lieu, mon cher confràrei d*aborder d'introduire dans le gouvernement des sociétés las et les combinaisons qui servent de base aux compagnies A^ surances, et de tout réduire, dans la politique eCésssJl morale, à des risques qu'on pent couvrir par des

Cette idée, dont l'originalité vous appartient et qui

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