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lecaper dans votre esprit une place dominante, ne se piisente lans notre discussion que d'une manière incidente. Il sera lonc difïioile à nos lecteurs, comme à moi, d'en apprécier la "aleor, et je crois vous rendre service en vous avertissant [o'elle aurait besoin d'être expliquée.
S'agit-il de l'appliquer à l'impôt, en ce sens que la contri* »ution de chacun do nous serve, en effet, à nous garantir ontre les risques d'anarchie, d'invasion du territoire, d'inonlation des fleuves, d'attentats contre les propriété» et les personnes, cette idée n'aurait rien d'inacceptable, et l'innovaion ne serait que dans les mots.
Noos sommes tous pour Vimpôt volontaire^ puisque nous lisons, avec nos pères, que « l'impôt n'est légitime que lorsqu'il est consenti par ceux qui le payent. » C'est sur ce •rincipe que nous nous sommes fondés, Genoude et moi, pour iemander le vote universel.
Mais, si vous entendiez que la prime d'assurance pût avoir lour effet de détruire le risque contre lequel on se fait assuer; qu'ainsi on n'aurait pas besoin de combattre le mal; ii*on lui aurait ôté même son caractère et son nom, par cela eul qu'on aurait porté son argent au caissier de la companie, alors nous cesserions non-seulement de nous accorder, lais de nous comprendre.
Conmient! parce que je me serais fait assurer contre le isque d'assassinat, l'assassinat cesserait d'être un crime? Si étais tué par un assassin, ce ne serait plus un mal, ni pour li, ni pour la société, ni pour ma famille? On indemniserait les héritiers, direz-vous, et, le dommage étant réparé, per- 9nne n'aurait rien à dire. Le mort, assurément, ne réclameiit pas; mais croyez-vous que sa famille se tiendrait pour onsolée? Y a-t-il un rapport possible entre une somme d'arent et la somme d'affection que nous portons aux êtres qui ous sont chers? Youdricz-vous nous ramener à la loi des tancs-Salicns, où tous les crimes étaient tarifés?
Et ceux qui craindraient d'être assassinés à leur tour parla berté des meurtriers, pensez-vous que leur anxiété cesserait arce que la compagnie d'assurance aurait fidèlement rempli )n engagement envers les parents des victimes tombées à lurs côtés?
Si l'indemnité fixée pour un dommage détruisait la crimi-»
ro
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nalité do Tactc qui produit ce dommage, on ne devrait doic pas poursuivre rincendiaire d'une maison munie du la plaqie? Si votre idée était juste et vraie, le nombre des încendia aurait diminué depuis que les assurances se sont gwuéraliséei : c'est lo contraire qui a lieu, nous dit-on. Si l'on cessait de punir les incendiaires, oroyex-vous que ce nombre n*en serait pas plus grand encore?
Vous ne voulex pas que l'assassinat soit un crimsi du moment où il deviendra un sinistre ; mais laction d'incendier une propriété par haine ou \viv vengeance estroUe moins méchfinte parce (jue l'cfTel de cette action a pris le nom de smistre dans la langue bureaucratique dos assureurs?
Le contrat qui se fait entre une compagnie ei des individu^s pour réparer en faveur dp ceux-ci certains dommages accidentels, n'a rien de commun avec la morale. Ces contrats soot des spéculations industrielles, bonnes au point de vue de Téconomio sociale ; la morale ne condamne pas les assurances ; pourquoi les assurances condanmeraient -elles la morale ?
Si les assurances contre Tincendie, la gri4e et les naufrages, les assurances contre les épidémies et même contre la moil n'empêchent ni les maisons de brûler, ni les vaisseaux de sombrer, ni lo choléra, ni h\ mort, comment donc entendes-voos que les assurances contre l'assassinat et le vol préservent les citoyens d*étre assassinés et volés?
Voilà, mon cher confrère, ce que vous ne fores jamais comprendre à vos lecteurs, malgré tout Tesprit et toute la verve que vous dépenses dans cette thèse.
Au fond, les assurances sont un jeu de hasard, jeu dont les cliances sont calculées sur des tables de probabilités à peu près certaines pour les assureurs, mais qui n'empéchîent jamais le mal et ne peuvent le réparer qu'en partie après qu'il a été commis.
(Jue des armatcuri qui ont mis leurs capitaux en oommon pour éfiuiper un navire soient indemnisés de la perte de leur (Urgent et do leurs marchandises si oo navire fait nanfr«ge« cela empècbern-t-il que les matelots et les passagers n'aient été livrés aux horrible» aiigoissi-s «l'uno submersion? L'Orâan rendra-t-il aux tamill<*s éplnn'es les victimes qu'il aura en- ^outies, et rhumanité tuut entièra ccssera-t-ellc de frémir
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pouTanie od Usant les récits de cette catastrophe, parce 5 des négociants, bien paisibles dans leurs hôtels eoiiforles, auront encaissé le prix intégral de leur navire, et qu'on r aura payé toutes leurs planches et jusqu'au dernier dage?
^Tez-vous entendu dire qu'après un sinistre de ce genre, compagnies d'assurances maritimes elles armateurs aient 8 des mesures pour rendre les Taisseaux plus solides? orquoi voudraient-ils diminuer la probabilité d'accidents ' lesquels s'établissent la spéculation des uns et la sécurité ( antres? Le système des assurances, dans les cas qui déident de la puissance humaine, au lieu de porter les esprits a prévoyance, les porte à l'insouciance. Comment donc [dîquer ce système au gouvernement des sociétés, dont le noir est de combattre le mal dans ses causes et d'en dimi- 9r les effets?
1 y a, dans les accidents qui menacent perpétuellement imanité, une nature d'intérêts que les assurances sont abstient impuissantes à sauvegarder, et ces intérêts sont préciaent ceux qui nous touchent de plus près : ce sont les Srêts d'existence de chaque individu; c'est notre vie elleme, en péril surterre comme surmerdans notre lutte contre éléments et contre la perversité humaine, plus dangereuse ir nous que les fléaux physiques.
fous le savez si bien, mon cher confrère, que, tout en coudant dans votre dialectique les mots de risques et de mes, qui appartiennent aux sciences économiques, avec les is de liberté et de pénalité, qui appartiennent à la science itique, vous voulez que la société emploie toute son intelliice, tous ses moyens de persuasion et d'instruction pour pêcher les crimes do se multiplier.
le n'ai point d'objection assurément contre cette extension la prévoyance sociale, et je marcherai volontiers à votre suite ir vous aider à rendre les hommes meilleurs, tant par les yens indirects que parles moyens directs, à cette condition tefois que vous ne commenciez pas par abolir la morale et 'détruire dans Tesprit des masses les sentiments de justice sont la hase même de l'état social. Car ma raison me dit } si je brise hf freim d'un convoi emporté à toute vapeuTi il
me sera bien plus difficile ensuite de le modérer et de Tc^j cher de dérailler.
Les moyens directs, dites-vous, n'empêchent pslrBh| crimes : donc il faut «ibandonner ces moyens et k uniquement aux moyens indirects; mais ces demieni — vous le reconnaissez — n'auraient pas une efficadêj complète.
Si j'adoptais votre première conclusion , la logique de votre aveu, c'est que nous ne devriona contre la multiplication des meurtres et des volsnilesi directs, ni les moyens indirects. Je ne raisonne pas i dirai : Si les moyens directs sont insofiisants, joij corc les moyens indirects.
Et encore me réservcrai-je la discussion de ces moiHij
Je crois, comme vous, mon cher confrère, queli est bonne, et non-seulement la lumière intellectndk,! encore la lumière physique. Je ne me borne pas à Sk\ vous : «Multiplions les réverbères ; » j'appelle de la lumière voltaïque. 11 y a dix ans que je demandwil lustre Arago, ce grand vulgarisateur do la science,— (&j donne ce nom comme titi*c de gloire, car la vul|^ un degré de réalisation, — je lui demandais donc d*i au front des monuments de nos cités ces segments qui, (^n dissipant les ténèbres, rendraient plus difficile kj fession des voleurs. La nuit n'est pas seulement bvi la perpétration des crimes, elle inspire les mauvaises La loi des harmonies a une ceiiainc puissance sur Vî riiommc : ce qui est sombre dans le monde phyâqtti l^as sans affinité avec ce qui est sombre dans le mondei Si nous pouvions rendre le jour perpétuel, il y aurait! vices de moins.
Mais en faisant la lumière dans nos rues, faut-il IV dans nos consciences? Je ne le pense pas, et vous nelei pas plus que moi, puisque vous voulez envoyer nuées de précepteurs pour former la raison des poi Mais la tîlche de ces précepteurs sera rude, et l'effet enseignement sera fort incertain ; car vous voulez qa'îbl comprendre aux populations que le vol et le meortn^l licites qu'ils sont en eux-mêmes, sont des actes d't gancc a plus absurdes encore qu'ils no sont odieux »•
;i vous affranchissez le meurtre de ce qu'il a d'odieux, ce 1 pis encore que de le mettre à Tabri de la pénalité, et je ins bien que la balance du calcul ne soit difficile à établir profit du bien, quand ces deux éléments de détermina- I seront écartés ; mais ce moyen est si peu pratique, portiez moi de vous le dire, qu'il n'y a guère lieu de s'en oc* ►er.
)uant à vos autres moyens indirects, j'admets ceux qui isisteraient à rectifier autant que possible les opinions qui
cours sur la guerre, sur le duel, sur les conquêtes et tous abus de la force. Là, mon cher confrère, vous êtes dans le i, et vous y êtes avec éloquence. On ne saurait trop flétrir
abus de la force matérielle. Mais plus vous éprouverez orreur contre le meurtre régulièrement organisé, plus vous liblirez votre thèse : « que le meurtre individuel n'est pas crime et qu'il n'y a pas lieu de le haïr et de le punir. » e borne ici ma discussion sur le fond de vos idées; mais e fini de répondre à votre troisième lettre? Je sens que ma he n'est pas complètement remplie , car cette lettre conit, pour ainsi dire, autant de propositions que de lignes, ^is-je suivre dans les airs toutes les fusées dont se comie ce feu d'artifice ? Mon esprit et celui de mes lecteurs reeraicnt devant ce travail. Je ne l'entreprendrai pas ; mais veux cependant examiner quelques-unes de ces fusées ouissantes, ne fût-ce que pour faire admirer à quel art » ont dû leur éclat.
iTous invoquez, mon cher confrère, un grand nombre d'auités à Tappui de vos opinions. Tous les noms des grands iseurs qui ont éclairé l'humanité sont accumulés dans re discussion, comme pour ôter à vos idées tout ce qu'elles ; de personnel et de singulier.
fe pourrais vous répondre comme Pascal, notre maître à 8 dans la polémique : a Des moines ne sont pas des raions.» Mais je ne traite pas si légèrement les esprits médi- [fs, cloilr<'\s ou non. Quiconque se consacre an travail de la isée a droit à mon attention, car les esprits qui méditent semblent au lac profond. Ils réfléchissent le monde moral quelque a^^ité que soit le lac à sa surface, il est bien rare on n*y vuie pas quelque rayon do lumière et quelque . do ciel.
VoyODs dnnc si ces autorités que tous aceomalez sont bin pour voiiB, commp vous le croyez.
Vous me citez Kant, disant :
• Le droit te âédait de la raùon; tout y est i\n né<*f!9Uté lo^qw; h ftiiie ctt le ntlretsemeitt d'une incoia^wenee l^jiqme. ■
iVest bien ! Kaut liéduit tout de la raison, de la raison Aen nelle, entendez-vous bien, de cette a raison qoe le raÛMurmenl manifeste », comme tous le dites voDS-méme. Le ninonnenicnt, pour lui, est un instrnmeot de dédaction. Pour voua, il est la source même du droit, et le droit lui-même. Kant reconnaît ta peine comme la eonséqoenre logique do mal, et vous voulez abolir la peine. Kant est contre tous, et il est pour moi.
Vous me citez de Maistrc, exprimont cette pensée :
■ Nulle erreur ne yieut i>lrc u(ik>, coininfî nulle vérité ne ptui
Cela prouve-t-il que de Maistre pensait avec vous que la lilicrli^ de l'assassinat Oliiit l.-i vr.-iic libeiié? L'homme qui > r;iit )'apologîe du bourreau serait bien ^ïtuitué de se voirinvu- «|ui^ par vous en faveur de l'impunité du crime !
Vou» me citez madame de Staël, éciiTSot cette belle parole :
0 {>n trouve ilans im véritit éterneUet des resMurcet cuntra !■ areurs [lassjigères. »
Madame dii StuvI reconniustsait des véritéB élernellef. NVst-ce pas au num de (-<>» vériUisfiun je voua combats? Vous me citez cette |»eiiséc de Vauvenai^es :
est bien ce ijun je n-ois, et c'est pour cela que je ilJHiila; !< Viiuveiifirf(iii>s lie dit jms que les crimes ne HÏaiilfM
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dM erreurs. Et quand ils ne seraient que cela» Yauvenaittues M dît paa qu'avant de périr d'ellea-mêmeB, ces erreurs iraQraient paa tué quelqu'un.
Vos oitations, mon cher confrère, n'ajoutent aucun poids à yoë opinions; je vais maintenant examiner succinctement qvelques-ana des arguments que vous avez tirés de votre fonds.
Vous me dites ;
« Un homme est plus ou moins esdavs^ mais il n'est pas plus ou moins libre. •
Ainsi parle la méthode rectiligne, qui part de l'absolu pour arriver à l'absolu ; mais la logique nous dit que ce qui est enlevé à la servitude est donné à la liberté.
Vous me dites :
« La liberté relative n'est pas la liberté» c'est l'arbitraire tempéré. » La liberté réglementée n'est pas la liberté, c'est la réglementalion. »
C'est très-brillant ; mais je pourrais dire également : La liberté du vol n'est pas la liberté, c'est le vol ;
La liberté d'assassiner n*est pas la liberté, c'est l'assassinat.
Votre forme d'argumentation est donc un glaive à deux tranchants, sans valeur dans la polémique.
Voos attaquez, par une argumentation spécieuse, cette définition de la liberté que j'ai opposée àla vAtre : « La liberté n est le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à antmi. i» Ainsi, me dites-vous, on ne pourra pas attaquer TeeelaTage, parée qu'on nuirait aux possesseurs d'esclaves ; ni les abus, patee quil y a des gens qui en vivent ; ni l'hypoeriale, ni l*idoUilrie, parce qu'il n'y a pas de mal qui, dans un certain sens, ne soit le bien de quelqu'un. Que n'allea-vous jusqu'au vol el au meurtre, qui seraient aussi le bien du voleur el du meurtrier?
Mais dans cette définition banalt^ comme vous l'appelei, la ftison publique sous-entend le droit, dans la possesaiop qiiil
est intcriliL d'uttaquer. V.n réalité, on ne nuit pas a un poo» seur d'esclaves en détruiaant une nnlure de pro]iri*W injulc, qui le rend odieux à rhumjiniUî et tronlilt: sa e<iR»i-itiKt quand il en a. On ne nuit pas il l'idolâtre en détntÎMtil 1» superstition qui le dégrade, ni k l'Iiyiiocrit» en l« Irn^aal * ttre franc et loyal; pas plus qu'on ne nuirait au toIcot ds profession en le forçant d'être honnête homme.
En voulant nous prouver que le crirao n'csst pas pnnimUr, vous arrivez à cette proposition, dont lu portée est inmwiv dans notre discussion :
B Qui n'a [>B£ (le raison n'a pas de IiUtIi;.
> Qui ne raisonne pas ou qui ne raisonne plu» est un enfanl, ra ÎM
on UN FOU. ■
Que ferez-vous d'un idiot qui s'appropiie le bïeo d'antnltt d'un fou furieux qui commet des meurtres? Tous trooTHta sans doute assez rabonnable qu'on les arrête et qa'on Uê enfciine.
Prenez gnrde 1 vous rétahlissoz par le raison oement Iw Irihunaux, les prisons et môuie la toiture ; cur on met aux tain la camisole de force.
Je vois bien que vous rendez à lasociéti^, par votre logique, la sécurité que vous lui aviez enlevée. Mab que gagnera vûln liberté absolue à ce qu'un assa.tsin soit emprisonné il Bicrtre au lieu de l'être à Mazas?
Vous le voyez, mon cher confrère, il est bien diDIdlc à uno intelligence humaine de sortir de la raison des choses. Quelle que soit la hardiesse de son vol, elle est ramenée du pays dei rhimères au monde des réalités sociales. En voulaul nous donner une libeité excessive, vous nous feriez relouiber du* l'arbitraire. J'uime mieux la liberté réglée par la rsisoa verselle et par la morale que celle qui s'en affranchit. Lais les jurisconsultes juger les actes moraux et le£ médecins ju|(tv les maladies. Laissons les assurances noua indemniser iln rnviigps cuuséf par la grêle, et les manislral* iniiia pc-ierver des Voleurs, des faussaires et des gai/' cistes, cbercboos, dans la mesure de
diaque jour la sphère de la liberté en fortifiant celle de la morale.
C'est le seul moyen qui nous soit donné de servir l'humanité.
Croyez, mon cher confrère, à tous mes sentiments affectueux et dévoués.
H. DE LOURDOUEIX.
A MONSIEUR DE LOURDOUBIX
hédarteur en chef de la gazette de France
Mon tn*s-eher et très-honoré confrère,
De notre controverse, aussi courtoise de votre part que de ma paît elle est sérieuse, doit-il résulter finalement entre nous un accord quelconque ou, au contraire, on dissentimefit plus marqué? Sera-t-elle utile, sera-t-elle vaine? Con»èquemment devons-nous la continuer, ou devons-noun la clore? Je la continue, parce que, s'il n*en doit naître aucan accord, il en jaillira du moins des éclairs, et qu*un v«^ritable contradicteur tel que vous est un avantage qui a manqué à ces graves et mémorables débats, où il a fallu y suppléer par un oontiadicteur imaginaire, tel que l'Étranger dans le dialogue de Platon sur la royauté, ou tel que le Sénateur dans le dialogne du comte de Maistre sur la justice humaine et la divinité du bourreau.
Vous vous abusez, mon cher contradicteur, quand tods diti*s que, vous aussi, vous voulez la liberté! Non, non, votf ne voulrz pas cHectivtMnent la liberté. Entre noua, qui essayons d\iii(*r au fond des choses, ce que vous voulex, ce
que tous décorez dn nom de Liberté, c'est l'Autorité, mais rantorité restreinte, l'autorité éclairée, l'autorité bien intentionnée, l'autorité tutélaire, l'autorité héréditaire, l'autorité royale, l'autorité idéale, l'autorité, enfln, toujours protectrice, jamais oppressive, telle que TOtre esprit solitaire se plaît à la rèrer, mais telle que le passé séculaire prouve, hélas I qu'elle n*a janoais existé.
Tout pouvoir divisé périra. Ce qui a été justement dit du pouvoir impersonnel, de TAutorité, je le dis du pouvoir personnel, de la Liberté.
L'histoire est là pour Tattester : toute liberté qui n'eat pas la liberté indivisible est une liberté imaginaire et précaire, une transaction, une transition. Là liberté qui ne suffit pas à se protéger efficacement elle-même est une liberté mortellement menacée qui, pour échapper aux risques douteux du meurtrier, se livre aux coups certains du tyran ; une liberté de Gribouille, qui, pour éviter d*ètre mouillée, se jette dans Teau. La prétendue liberté qui ne saurait exister sans l'intimidation et réchafaud est la sœur jumelle de la prétendue vérité qui ne saurait exister sans l'inquisition et le bûcher.
Mon cher confrère, vous êtes sincèrement catholique; con- «léquemment, vous croyez en Dieu, au jugement dernier, au paradis, au purgatoire, à Tenfer. Sur quoi donc alors vous fondez-vous pour distinguer entre la liberté de faire, la liberté de dire, la liberté de penser, pour les séparer^ pour limiter et condamner celle-là, pour ne pas limiter et ne pas condamner celle-ci?
Un père a trois fils et un domaine.
Le plus jeune des trois fils, impatient d'hériter, se surprend parfois à penser que son père est doué d'une santé trop robuste et d'une existence trop longue; l'avant-demier, non moins impatient de jouir de la fortune qu'il convoite, ne se bo. ne pas à le penser : il le dit à l'aîné, qui, plus impatient encore que ses deux frères et dépassant ce que le plus jeune il pensé, ce que ravanl-demier a dit, abrège la vie de son père.
La justice divine, à laquelle vous croyez, la justice divine, à laquelle rien ne doit rester caché, ni actions, ni parcries, ni intentions, la justice divine distinguera-t-elle entre cas trois
fils insensés? Je dis insensés, car ils auront empoiEva source le désir d'avoir des enfants : car ils se serontvii à la crainte perpétuelle, s'ik ont des enfants, quectst ressemblant à leurs pères, n'en souhaitent aosi bi Tavouent, ne la hâtent? La justice divine distingue entre ces trois frrres, condamnés par eux-mêmes à de se défier constamment chacun l'un de l'autre, c pUccs de fait, ils ne seront plus frères que de nom: ife plus de garanties réciproques ; ils n'auront plus d mutuelle; ils n'existeront plus que pour se craindR se mépriser.
Ma conclusion, devançant votre réponse, est ci que la raison interdit de faire, elle interdit de 1 qu'elle interdit de faire et de dire, elle interdit de L'être raisonnable n a donc pas la liberté de pensi ne se reconnaît pas la liberté de dire; il n'a pasli dire ce qu'il ne se reconnaît pas la liberté de faire.
nnun obstacle empêche une source de jaillir, e <'ost ce que fait pareillement Thomme que la fore do faire ce qu'elle ne l'empêche pas de dire, ou ( prclie d(î dire ce qu'elle ne saurait Tempecherdep vtMigr de la force par l'adresse ; ce qu'il n'ose faii intînt, il t(;ntn de le faire ténébreusement. Il s'esere iinpunissablo et à faire passer sous le déguisement raîtrait monstrueux et serait puni sans masque. Il vol en fraude ; il le diversifie, l'assouplit, le rend in et presque méconnaissable; il n'affronte pas la ] l'élude.
Je demande donc a la raison, ce centre de riiomme marchant dans sa liberté, plus que vous dez à la force, car la raison seule peut former de sincères, des hommes logiques; la force ne forn hommes dissimulés, des hommes inconséquents. «1 )) peut persuader l'homme, elle ne fait que des hv a (lit Fénelon.
Je demande h la raison, cette culture de Vh IhonmK», non-seulement la condamnation du mei vol, mais encore la condamnation do toute pensée toute pensée de meurtre, demeuriU-elle & l'état
iotention, tandis que la force croit avoir tout fait quand elle a emprisonné le voleur et guillotiné le meurtrier.
« Tous les êtres ont leurs lois : les bétes ont leurs lois, » rhomme a ses lois », a dit Montesquieu. De ce que je demande à la raison, cette loi de Thomme, loi naturelle, loi de m supériorité relative, loi de sa souveraineté sur la matière ; de ce que je lui demande d'affranchir Thomme de toutes les lois factices, dites lois positives, vous tirez cette conclusion que j'admets, « en dehors de Thomme, une raison indépen- » dan te de l'individu, puisque son raisonnement le conduit à » la connaître et lui sert à la démontrer » ; j'admets, sans entrer dans la distinction scolastique entre l'objectif et le subjectif, j'admets l'existence de la raison ni plus ni moins que j'admets l'existence de la vérité, de la force, du mouvement, de la chaleur, de la lumière.
Comment la lumière se prouve-t-elle? Par elle-même, par l'impuissance relative de l'ombre dissipée.
Conmient la chaleur se prouve-t-elle? Par elle-même, par l'impuissance relative du froid remplacé.
Comment le mouvement se prouve-t-il ? Par lui-même, par l'impuissance relative de Timmobilité rompue.
Comment la force se prouve-t-elle ? Par elle-même, par rimpuissance relative de la résistance vaincue.
Comment la vérité se prouve-t-elle? Par elle-même, par rimpuissance relative de l'erreur démontrée.
Comment la raison se prouve-t-elle? Par elle-même, par l'impuissance relative du raisonnement réfuté.
Donc, ce que le raisonnement est impuissant à réfuter et ce qu'il est tout-puissant à démontrer, voilà ce que je nomme la raison. La raison, c'est le droit du plus fort immatériellement, comme la force est la raison du plus fort matériellement. Le droit du plus fort logiquement me sufllt pour condamner sans appel le meurtre et le vol.
Vous prétendez que je suis inconséquent^ parce que je considère comme n'ayant pas ou n'ayant plus sa raison l'individu qui va, par le meurtre ou le vol, droit au but que se propose sa haine ou sa convoitise, a Trouvez donc, me dites-vous, » trouvez donc à lui opposer une considération quelconque w qui ne soit pas puisée dans une obligation morale méconnue B par lui et déclarée sans valeur par vous-même, puisque vous
IJi UBERTÉ
• ôtez toute oriminalitc au vol et au meurtre iTiwcil u pour condamner sa géométrie, anai^gumentqaini « pas la vôtre ? »
Je vous réponds : Choisissez, parvoie desoppoôtii^j toutes les prisons du globe, le malfaiteur le plnhilbl justifier; faites-lui prendre contre moi la défenedii vous verrez si je serai embarrassée prouTer «àT i> veut de l'iirgcnt, et qui se détermine à le prendiK u pocho de son voisin, que son raisonnement est D son moyen n'est pas en rapport direct avec son briU
Un voleur ne vole pas uniquement pour voler; i' posséder. Si votre voleur trouve qu'il a eu raison de; dans la poche de son voisin Targent qu*il désirait biR| dans la sienne, il se condamne conséquemment donner raison au voleur qui agira à son égard ea môme raisonnement. De quelque subtilité que votni soit dou/*, il sera contraint de confesser son incoi son absurdité.
Si votriï voleur, ayant toit logiquement, pouvait son math('*matiquement, qu'est-ce que cela pronvBni!| prouverait uniquement que, hérissée de loispénaleifK tant trop sur l'intimidation, la société imprévoyaate al subsister contre elle le calcul des probabilités an Ea< mettre de son coté ; cela prouverait rim{)erfection, verait Tim puissance d'une société qui, pour appui, force à la raison. Funeste préférence I car la force, nombre : or, il peut arriver tel jour où la force soit en pleine possession d'elle-même. Ce jour-là, nei pas rignorance qui ferait la loi ? ne seraitrce pas la ([ui rappliquerait ? N'est-ce pas pour s'être endc longtemps Toreillc sur l'échafaud que, lo si i7Sl), la France s'est réveillée, la tête sous la pn^ision de ce risque, qu'après trois révolutions ilemi-siôcle, on ne saurait d'imaginaire, trouvez autre frein social que la raison humaine, ce frein [^révision de ce risque, qui a sa place marquée aa pi'ohahilités, comment les civilisés, qui sont les ploi niatcriclloment, mais les plus faibles numériquement,! pliqueiit-ils pas sans rrMchr à joindre ù la force il qu'ils ont la force numérii^ue qui leur manque? En
LAUBERTIÏ * 199
I, comment, pour grossir leurs rangs et coigiirar la péril, ne s'appUquent-ils pas, à tout phz et par tous lesmoyeosi à dioamoer le nombre des barbares, le nombre des hommes nicaltes? Je ne le comprends pas, je ne l'ai jamais compris. Mais qui prévoit.de trop loin s'expose à marcher seul : c'est cm qui m'est arrivé sous trois régimes différents et sous plus dt vingt ministères, tous aveuglés par l'optimisme. Avoir rai- •oa trop tût n'eût été qu'un mince inconvénient, si malheureusement je n'avais eu raison trop vite, ce qui a fait dire stupidement que ce que j'avais prévu, je l'avais préparé ; que ce que j'avais annoncé, je l'avais causé.
Aussi ce qui vous rassure, mon cher confrère, est prédsé- BMDt ce qui m'effraye ; le droit de punir, qui vous parait une arme nécessaire, me paraît une arme dangereuse, très-danga* reoae« à l'emploi de laquelle on ne saurait trop tôt renoncer prar an prendre une autre moins défectueuse.
Mais d'abord, ce qui se qualifie ainsi droit estnl on droit?
Si tous les hommes sont frères, ainsi qu'on nous renseigne dès l'enfance, ainsi que vous devei le croire, quel droit on bmnme a-t*il d'en punir on autre?
Si c'est on droit, où se puise-t-il? Pourries-vous me le dire? Vous le chercheriez en vain dans l'Evangile , vous ne l'y Imoveriez pas. Tendre l'autre joue à qui vous a frappé, c'est décontenancer le fort, c'est l'adoucir, c'est le désarmer; rendre le bien pour le mal, c'est dérouter le méchant, c'est l'étonner, c'est le dominer; ce n'est pas les lapider, ce n'est pas les pnnir.
Si ce n'est pas un droit, conmient le fait s'expliqoe-t-il ? Il n'explique et je l'explique par la barbarie ; il s'explique et je l'explique par l'impuissance des sociétés primitives à se constituer et à se consolider autrement que par ce moyen lommaire.
L'homme ne punit pas la cheminée qui fume et qui chauRé mal ; il cherche pourquoi elle fume, et c'est en la perfectionnant ]U*iI flnit par l'empôcher de fumer.
L'homme ne punit pas la chaudière qui éclate et donne la mort ; il cherche pourquoi elle a éclaté, et ne se repose qu'après 'avoir rendue moins sujette aux explosions. L'homme ne punit pas la tuile qui tombe et qui blesse ; fl
cherche pourquoi elle u tombé, et apprend ainsi à Tagnler plus solidement, etc., etc.
Pourquoi Thomme civilisé, l'homme ingénieux, Tètre immatcriellement supérieur, prendrait^il moins de peine pmr façonner à son image Thomme barbare, rhomme dangereux, rètre immatériellement inférieur, qu'il en prend pour enpèchcr la cheminée de fumer, la chaudière d'éclater, la toile de tomber? Pourquoi tant de soins donnés, tant d^eflbrU employés au perfectionnement des choses défectueuses? Pourquoi si peu de soins donnés, si peu d'efforts employés àb culture des hommes incultes?
Me direz-vous qu'il y a des hommes qui naissent tellenieat vicieux, que ce serait en vain qu'on tenterait de les corriger? Gardez-vous, mon cher contradicteur, de me faire cette réponse avant d'en avoir calculé toute la portée ; car» si toq« admettiez qu'il y a des hommes qui naissent moralement difformes, comme il en est qui naissent difformes physiquement, je vous demanderais pourquoi deux poids, pourquoi deux mesures? Je vous demanderais pourquoi rendre les uns respoosablos de leur difformité morale, lorsque l'on ne rend pas le« autres responsables de leur difformité physique? pourquoi punir ceux-là lorsqu'on ne punit pas ceux-ci? Je vous demanderais pourquoi ne pas donner au malpensant, au maldinnt, au malfaisant les soins qu'on donne au malportaut et au coiitrefait ? pourquoi ne pas traiter Tesprit comme on traite le corps ? pourquoi ne pas soumettre le j)remier aux mêmes étudesquc le second? Pourquoi la psychologie ne marcherait-elle pas de pair avec la physiologie ? Pourquoi continuer & punir au lieu de chercher à guérir? pourquoi s'appliquer à réprimer au lieu de s'ingénier à réformer?
Telle est la tendance des liommes à punir que, s'ils le pouvaient, ils traduiraient Dieu à leur barre, raccuseraient d'homicide, parce que, dirnient-ils, la mort est son œuvre; raccuseraient <rattentat h la propriété, parce que la faute, diraiont-ils, on ost à lui si la foudre a incendié la maison, si h grrle a dévasti* la vigne, si la pluie a inondé le pré ou si la sécheresse a brûlé le champ. Telle est la tendance des homme» à punir que, vous le savez, cliez les Grecs, le Prj'tanée jugeait et condamnait les animaux lorsqu'ils avaient concouru i quelque meurtre ; que, plus tard, au moyen Age et même dans
B8 quatorzième, quinzième et seizième siècles, on faisait le MTOcès aux chenilles, aux rats, aux mulots qui commettaient les dégâts, et à tous les autres animaux qui avaient tué ou liesse hommes, feomies ou enfants. L'information se faisait Nmlradictoirement ; on nommait à la bête un curateur ou un tfocatpour la défendre. En 1313, un taureau indompté s'émni échappé, et ayant rencontré un homme, le perça de ses x>mes. Cet homme ne survécut pas à ses blessures. Charles, 9omte de Valois, sur les terres duquel cet événement avait eu tieu, avait ordonné d'arrêter le taureau et de lui faire son procès. Les officiers du comte de Valois se portèrent sur les lieux, prirent les informations requises, et, après avoir conliaté la vérité du fait et la nature du délit, ils condamnèrent le taureau à être pendu. L'exécution eut lieu aux fourches patibulaires de Moizy-le-Temple. En 1497, une truie, qui avait mangé le menton d'un enfant du village de Charonne, fut Boodamnée p<ir sentence du juge à être assommée. On ordonna 90 outre que ses chairs seraient coupées et jetées aux chiens. Les condamnations de ce genre se comptent et pourraient se citer par milliers. Déjà Tbomme a renoncé à juger, à condamner, à punir l'animal ; un jour, il renoncera à juger, à condamner, à punir son semblable.
Si j'insiste, comme je le fais, sur la nécessité pour l'homme civilisé de renoncer au droit de punir qu'il s'est attribué, ne croyez pas, mon cher confrère, que ce soit, de ma part, Bunour des vaines discussions ou disette de questions fécondes ; loin de là, les questions me débordent et les discussions me détournent de mes études; si j'insiste sur l'abolition de toute pénalité légale, c'est que cette abolition est fondamentale, c'est qu'elle est clé de voûte, c'est qu'il est aussi impossible de diviser ce qui est indivisible : — liberté de faire, liberté de dire, liberté de penser, — qu'il est impossible de fermer les portes à la domination quand on les a ouvertes à l'intimidation ; c'est qu'en tout temps et en tout pays, la pénalité légale a iHé l'école de la servitude, l'échelle de l'usurpation, l'arsenal de la tyrannie.
Comment, avec le bourreau à la base, empêcher le tyran au faite? Hénéchissez-y. Point de bourreau sans peines; point de peines sans luLs; point de Inis sans un pouvoir assez fort |>our les faire exf culcr. S'il est assez fort pour les faire exécuter.
802 LA. tlBEUTÉ
oommont, en admettant qu'elles soient justes, reapécbcrét I tss violer, de les fausser, de les éluder? Sans la fore«, (ivceb [ forre, contre la force, qu'est-ce que la lui? Jo tous Iniam \g cImb des preuves: protivpz-moi que je me trompe, je diteira ûocte»méat me tromper, quand je crois que la liberté huntaiiiE, hb l'iropunité légale, ao saurait exister déflnitiTemenl:jc prie, prouvez-moi que liberté et pénalitii fioot deux l'un n'est pas la négation de l'autre ; je vous en i>appU«, Tez-le-moi et ne vous bornez plus h m'nppeler h liberté, " qualiticutioD qui, d'ailleurs, Hf- mf blessa point tt que je ne repousse pas. Pourquoi la ropoosserHi-je? Vttn ma faute ai la logique ne xe scinde pas? Ai-je iafmH k liberté? Puis-je l'emp^V-lier d i^tre ollo-méine? Paù-je «afAcher que les troia angles d'un triangle soient égaux èwn droits? Après m'avoir rappelé qun u la géométrie est U im- » sure de la terre par la loi du triangle, dont l'angle têt le n principe, et que l'angle suppose deux ligne? qui se jmgncnl Il et se servent mutuellement d» point de départ », roai wjimtcz qu'il ne suffit pas ii qu'une ligne soit droite paDrkvnJrnw » valeur géométrique, qu'il font encore qu'elle »'appale tnr u une autre ligne n ; puis vous me demandez « sur qnaBe » ligne je m'appuie pour tirer de l'idée de libert*) famte> 1m » déductions absolues que je von» oppose? Ëst-os Mir k M devoir? Est-ce sur la morale ? Kst-ce sur la jturtke? Brtw u sur taraisou univeraelic? u Je vous réponds :
Je ne m'appuie ni sur la raison pn^tenduu unlvcmUo, m sur la justice, ni sur la morale, ni sur le di'voïr, jt* d'cd ai pm besoin; car la liberté n'e^t pas rectlligoc, cite est tri«iigalwn. Elle a trois côtés, trois angles :
Dodo, elle est un triangle. Par la liberté, comme par le triangle qui sert à mesurer la terre, je mesure Thumanité arec la même exactitude, la même certitude. La liberté est ma mesure. Je ne prends pas le contenu pour le contenant ; je ne me sers pas de la raison prétendue universelle, de la justice, de la morale, du devoir, qui varient selon les lieux et les temps, pour mesurer la liberté ; je me sers, au contraire, de la liberté géométrique pour mesurer le devoir, la morale, la justice, la raison prétendue universelle. Supprimez la liberté de faire, le triangle conserve son sommet, mais il perd sa base. Ce n'est plus le triangle.
Toutefois, rassurez-vous, l'homme ayant la liberté de faire ce qu'il a la liberté de dire, ce qu'il a la liberté de penser, n'a pas plus la liberté de tuer, de voler qu'il n'a la liberté de penser, de dire, de faire que 2 et 2 égalent 5. Qu'on lui apprenne à raisonner comme on lui apprend à compter! Qu'on lui apprenne à se gouverner comme on lui apprend à obéir ! Meurtre et liberté, vol et liberté, sont des mots qui ne sauraient s'accoupler; ils se heurtent, se contredisent, s'excluent, parce que la liberté étant le raisonnement, ainsi que je crois l'avoir péremptoirement prouvé, est la condamnation souveraine du meurtre et du vol. Désormais, mon cher confrère, dites le meurtre, dites le vol, conune je dis la force, comme je dis la loi ; mais ne dites plus, cela n'est pas digne de vous, la liberté du vol, la liberté du meurtre : elles n'existent pas, elles ne sauraient exister, pas plus sous le régime de l'impunité légale, attaqué par vous, que sous le régime de la pénalité légale, attaqué par moi.
La liberté, étant le raisonnement, est la logique du bien.
Le raisonnement étant le calcul, la liberté comporte donc la précision d'une science exacte; elle peut conséquemment s'enseigner et s'appliquer comme telle.
Voilà ce que je soutiens.
Qu'importe ensuite que le meurtre et le vol se nonmient crimes ou qu'ils se nomment erreurs, si l'évidence, ce châtiment, ce redressement naturel de Terreur, est plus efficace que la potence, ce châtiment, ce redressement social du crime!
Mais laissons là les mots, quelle qu'en soit cependant ici loe, et venons aux moyens.
su l.\ IJRliiHTË
I,V\;i-,'-ri)'ncc est Tiuli- du rû^iiiic de la pùnaliti- légale. C* qi!i- pniduit ce régime, on le sait; c'est à la fois votre maint:- et votre désavantage sur moi dans cette controverse.
LVxpérience D'est pas faite du régime de l'impunité l^pk, df" Ir. substitution du frein de la raison nu frein de la l^ce, do lu destruction de la barbarie par la civilisation, d tion du risque par l'assurance. Ce que produirait ce régtaw, on ne le sait pas encore ; c'est à la fois aussi mon désavant^ et mon avantage sur vous dans ce débat.
Oui, vous l'avez dit, ce que je rêve, ce que je cherche, rf que je veux, c'est la transformation de la société, se nommut rËt:it, en une vaste asHuiance mutuelle contre tons les ricqDM suscepliblcs d'être prévus, prévenus, combattus, anéantis, amoindris, répartis, répand ; c'rst la transformation de l'impôt fiircé et i m proportionnel au service rétribué en prime volontaire et proportionnelle au risque spécifié.
VoK (ibjfïctions, que je vais transcrire, sont celles-ci :
» .Miiis, qiiaml un se sera empresse de payer sa prime d'HMinim rniilri> li's ris[|ii<-K de v<il et de meurtre, que fera-t-on de l'argent, !>'il n'iïsl pas cmpliiyù à arnler les nialfuitours et s'il ne sert pu i k> punir ï a
A cette premii-re question, » fette première objection que vous m'adressez, je ni' puis que vous répéter ce que déjà je vous ai répondu : Un emploient l'argent kprroaarlcs risques lie incui'lrr et do vol, en supprimant les risques d'i^oranee populairi' et de biirbarie relative. Tout homme inculte étant innsiOéié comme un péril social, tout homme qui naîtra reei?vra la l'uUure nécci^urc au plein développement de sa raison. Il n'y aura plus d'Iioinmes incultes. Ne sera-ce pas de l'argent bien rmpl'>vi'-? Ne sera-ce pas de l'argent mieux dépensé qat ['(■lui qui sert ù a]iprendrc aux hommes à s'entre-tuer en prévision du risque de gu<>n-e et d'invasion, risque si bals à anéantir ?
R l.r pnycriieiil d<< la prime il' assurance aurft4>il pour eSM ds 4^
Il nire le ri>iin' citnirc lt!i|ur| ou
A celle secop'''* ''b'"c)in
« I Jf ^ ji'iitomtaitt ^^[
^ou me la fassiez enoore, vous, nn contradieteiir sérieux, mfOBj un contradicteur de bonne foi et de haute intelligence, qui deyez dédaigner de vous arrêter aux objections superfioidBea de la foule ignorante. Oui, le payement de la prime, d'aflsarance aura pour effet, sinon d'anéantir absolument le nsqne, du moins de le réduire considérablement, si la prime, eentralisée et élevée à sa plus haute puissance, n'est pas détournée de son cours et reçoit l'application que je viens d'indiquer.
m L'encaissement d'une somme d'argent qui sera une indemnité sen-t-il une consolation, et y a-t-il un rapport possible entre ime somme d'affection qui aura été douloureusement blessée et une somme d'argent qui sera spécialement payée? »
A cette troisième objection, je réponds que l'objet principal de la prime d'assurance contre le risque d'ignorance populaire et de barbarie relative est moins de payer une indemnité après le meurtre que d'accomplir tous les progrès nécessaires pour que la pensée de meurtre, paraissant de plus en plus barbare, trouve de moins en moins accès dans la tête d'aucun être sociable, et que l'idée de tuer son semblable, par avidité ou par cruauté, ne vienne pns plus que l'idée de le manger. J'ajoute que, bien qu'il paraisse difficile d'établir le rapport entre une somme d'affection qui aurait été douloureusement blessée et une somme d'argent spécialement payée, on n'en voit pas moins très -souvent, trop souvent peut-être, des familles attaquer judiciairement en instance, en appel et jusqu'en cassation, des compagnies de chemins de fer, à l'efiTet d'obtenir d'elles les dommages-intérêts les plus considérables possibles à raison de parents tués dans une rencontre ou dans un déraillement de convois. La crainte pudibonde d'un rapprochement avec la loi dos Francs-Saliens n'arrête nullement ces familles, ce qui indiquerait que l'idée d'une compensation pécuniaire, si incompatible qu'elle paraisse avec un deuil d'héritiers, ne choque pas autant que vous le supposez les eœtUB affligés. Si la nature humaine est ainsi faite, c'est elle qa'tt faut accuser; ce n'est pas moi.
que les assurances contre les incemiies, contre les naufraipèchent les maisons de brûler, les vaisseaux de sombrerT Les
tssnrtnce) n'onl-elles pas ponr effet de porter Ici «qvito kTim pInlAt qu'à la prévoTanceT *
A cette qiiatri^mG objection, Je réponda : Est-ce qo rance telle qu'elle existe , opération de compagniM qm ■ borneot à répartir le risque, est le dernier mot de l'as telle qu'elle peut et doit t^tre, attribution de l'Ëtat et t mation de l'impdt? Si lofi maisons, si les navires i construit maintenant sont moins sujets tua incendies, va naufrages que les navires, que les maisons que l'on e sait autrefois, on n'a qu'à marcher devant soi dans cette Toit naturellement indiquée du perfectionnement des choses, et l'on arrivera pareillement & rendre de moins eo moins probables les risques, de plus en plus rares les sinistres, dont b diminution continue, sinon l'anéantissement complet, sen la raison d'ù-tre de TËtat. Sous le régime de L'Ëtat aaBDrenretdf l'Individu assuré, la prévoyance individuelle consiste à ptitt sa prime proportionnelle. Cela suffit pleinement qnand l'EUt est la prévoyance organisée, c'est-à-dire quand ïl applique > l'organisation de la pn'-voyance toutes les resBOiirces qa"!! appliquait à l'organisation de la force. L'intérêt de l'Etat assureur et l'intérùt de l'Individu iissuré étant identiquei. l'assurance par l'ii^tat ne saurait être assimilée à l'a par les Compagnies.
■ S'il faut renoncer aux mot/fTii 'linrlt, qui «ont la rèprcsson etTialimidution pénale, parce que les mofens n'empècheal pu lotu k» crimes, |tar voie du uonséquvnt-e ne devra-t-on pas ranonov au» au moyfiu indà-ecls, qui seraient l'a^uraiice ei la prévojaacs aodik, pui»|iiu ces moyens ne coiijureraiunt paa, eux non plus, Utui ta niques? ■
A celte cinquième objection, je réponds que si j'ai élevé II voix contre les moyens directs, ce u'esL pas seulement paru qu'ils sont insuffii-ants, mais surtout parce qoe la ji^nslit* légale nie parait ralenlir le progrès social, la civilisation laiisani iilms agir l'intimidation au lieu d'agir elle-même, l'aSet qui SI- monti'- l'-tant plus faoiU^ à atteindre que la canse qoi W raL'Iie. Je cn>is i\ la civilisation, cette grande école mnln^lede taus par chacun et de r liacun jxir tous, uoe poîniBM ni jl M
eroîs pas à riotimidatioa, cet eoBcignement arriéré du bas âge deB peuples. Là, mon cher confrère, est le différend entre vous et moi : faites qu'il soit possible de concilier efHcacement la pénalité légale avec la prévoyance sociale ; faites que celle-là ne paralyse pas celle-ci| et il ne m'en coûtera point de cesser d*ètre exclusif» Mais si l'incompatibilité résulte de la nature ohoseti ne vous en prenez qu'à elle.
m Pour former la raison des populations^ que ferez-vous? Enverrexvous des nuées de précepteurs chargés de faire comprendre aux populatioiis que le vol et le meurtre, lé^eroent impunis, sontrationndlenMOl interdits? »
A eette sixième objection, je réponds que point ne serait be* soin d'envoyer la nuée de précepteurs dont vous parlez; pour les rendre inutiles, il suffirait d'établir l'Inscription universelle : a Compte ouvert à tout enfant qui naît dans la comn munc, grand-livre de la population de chaque Ëtat, grand- » livre où chaque homme a sa page, laquelle s'appelle » Imcriptvm de m (1) » ; il suffirait de rendre indispensable à chacun cette Inscription de vie, cette Police d'assurance certifiant l'époque et le lieu de la naissance, le lieu de la rési* dence, attestant l'identité, servant de passeport, de carte électorale, de livret de profession, etc., etc., rédigée de telle sorte qu*aucun renseignement nécessaire n'y soit omis, portant avec clle-mrme son propre contrôle, car elle est visée chaque mois par le percepteur, et une place est réservée au juge de paix pour y consigner telle attestation que le porteur de ladite Irucripiion de vie peut être requis de produire.
Ainsi un individu que vous ne connaissez pas, ou que vous ne connaissez qu'imparfaitement, se présente-il à vous, soit pour nouer des relations d'intérêts, soit pour obtenir de l'ouvrage, soit pour vous emprunter de l'argent, soit pour vous louer un logement, soit pour se placer chez vous comme
(I) Voir ptg^ 373, cette* TnMription de vie dtni le voinme inUtnIé fimpôi; voir anMi, tu commenreniont de ce volume, pige 37, ta Poiih'qye tmirerr,U llm 111, inUtoié i'itucripikm ummrteik.
homme à gages, etc., etc., vous lui demanderez de justifier, par son Inscription de vie, qu'il mérite toIr confiance.
« L'Inscription universelle, en immatriculant l'homme et en la wvrant, dans la commune où il est né, un compte constamment taou à jo«, rend les recherches aussi faciles et aussi certaines qu'elles lèsent dereoMs lorsqu'on s'est avisé de placer au coin de chaque rue le nom de la rue, au-dessus de chaque porte le nom de la porte, ou sur l'enveloppe de chaque lettre le nom du destinataire, le nom de l'état, le nom de la TÎDe, le nom de la rue et le numéro de la maison (1). VlntcripHtm de «•f,OQ PoHre (fassumnce (jénérah et spédale, qui est à l'impôt converti en aMh rance ce que l'essieu est à la roue, ce que le gond est à la porte, deiînt l'axe sur lequel tourne la société. V Inscription de vie, l'InacriptioB individuelle et universelle n'a pas seulement pour objet la peroqitîiNi <W l'impôt forcé transformé en prime volontaire, VïnMcr^pHom de «éf encore un autre effet : c'est de donner le moyen d'abolir toutes les peiDe> afflictives. La pénalité est d'origine servile. A Rome, le citoyen libn* qui avait encouru la servilité de la loi était déclaré Bsa.AVE de là kl\e, servum pirnfp.,. Ln justice humaine, qui tient dans ses mains une balance et un glaive, n'y doit plus tenir qu'une balance. Elle doit peter, elle ne doit plus frapper. L'infaillibilité seule possède ce droit supi*rieur. Or la justice humaine, qui a condamné Jésus à mourir crodlir. peut-elle se croire et se prétendre infaillible? La justice humaine, et jour-là, n'a-t-elle pas signé à tout jamais la condamnation de la jostitï pénale?... Constater le fait sans même qu'il doive être besoin de lequaliller crime ou délit, c'est {mnir le coupable : car c'est le vouer, sdou l'indulgence ou la rigueur des temps et des pays, au blâme, au mépris à l'exécration. La peine ne doit pas aller au delà, ni rester en drçl Aiors le châtiment du crime commis, c'est le crime constaté; le boivmu du criminel, c'est le criminel lui-même. Le magistrat reçoit cootndirtoireinent les témoignages ciintraires et les pèse; dès qu'il les a pesés, sa mission est remplie, son œuvre est terminée ; U a eimiiaié k fiait U n'a pf/s condamné l'homme. L'homme n'est plus jugé par llmiuv, rhonnne n'a {ilus d'autres juges que sa conscience, son pays, son siècle. Constater le crime commis doit être désormais son seul châtiment, cUtiment plus terrible que celui qui consiste à le putdr; mais de la rigueur de ce châtiment, le coupable ne pourra se prendre qu'à hd-même : s'il h' trouve trop dur et trop long, ce sera son affaire de cherdig (M)mmt*nt, ayant commis la faute, il pourra Texpier, la réparer, se h
(1) Voir, \i\\\% liant, ln Polihqw univerfellCf pai^fl 38 et raÎTantaii»
LA LIBERTE 9Ùê
ttra pardonner. En donnant pour unique châtiment au crime commis ta crime constaté, que Oait la société? Elle oblige ainsi le coupable à ftiir au bout du monde le lieu de sa faute ; elle l'y oblige, non par un texte de loi, mais par l'impossibilité absolue de s'envelopper dans Tombfe; elle lui inflige un supplice égal à celui qui consistait, avant Tordonnance de 1670, à écrire sur le front du coupable la peine qu'il avait encourue, car à toute porte inconnue à laquelle il frapperait poiu* demaiBder asile, et quelque acte civil ou politique qu'il voulût accomplir, i lui aérait demandé d'exbiber son Inscription de tie, ce qu*il n'oserait Cure. EaBpatriation piLblique pour cause de honte publique! Quelle admirable peine, et comme celle-ci relèverait une nation à ses propres jeaz d'abord, et ensuite aux yeux de tous les autres peuples !» (1)
Mab je ne me bornerais pas à instituer rinscription universelle, je constituerais encore la Commune et la Corporation sur les bases que j'ai indiquées (2) et qu'il serait trop long de rappeler ici.
« Que ferez- vous de l'idiot qui se sera approprié le bien d'autrui, ou du fou qui aura commis un meurtre? Si vous l'arrêtez, que gagnera votre liberté à ce que \e malfaiteur soit renfermé à Bicètre au lieu de l'être à Mazas?
A cette dernière objection, la seule grave que, selon moi, vous m'ayez faite, je vous réponds que, sous le régime de l'impunité, je ferai de l'idiot et du fou ce que, sous le régime de la pénalité, vous en faites dans tous les cas où Tidiotisme et la folie ont été médicalement constiités. Dans les autres cas douteux, je mettrai le malfaiteur, objet de la réprobation générale, dans la nécessité de solliciter lui-même, comme une faveur, son expatriation pour cause de honte publique et de réprobation universelle.
Bien que sommaire, si cette réponse est trop longue, prenez-vous-en un peu à vous-même, mon cher confrère, car il y a des objections que vous ne vous fussiez pas donné la peine
(1) La Politique universelle : La Justice universelle. — Chapitra i : Organisation judiciaire. — Chapitre ii : Réforme pénale.
(2) La Politique unit^ertelle. Livre IV : Le Vote universel. — Chapitre i : Exercice de la Souveraineiô. — ii. Composition et division de l'État. — III. Constitution de la Commune. — iv. Constitution de la Corporation.
de me faire si vous eussiez pris la peine de feuilleter, damii Politique urûveneUe^ le livre YI, qui traite de la Justice uoh versclle, de TOrganisation judiciaire et de la Réforme pénale; et de déployer, dans flmpôt, l'Inscription de vie ou Police d*a»surance qui y est annexée. Vous dites, il est vrai, que Viàk de substituer le régime de l'assurance au régime de rintimidation ne s'est présentée dans notre discussion qoe « dune » manière incidente n ; j'en conviens, mais il était impossible que cette idée ne s'y présentât pas en y réclamant une grande part, puisqu'elle est la buse sur laquelle j'assois la liberté, que, faute de cette base solide, j'ai déjà vue tant de fois s'élever h demi, et s'écrouler toujours avant d'atteindre le faîte.
EMILE DE GIRARDfN.
A MONSIEUR EMILE DE GIRARDIN
Très-cher et honoré confrère,
Votre observation sur Tavantage des controverses sérieuses, comparées aux controverses fictives, est de toute justesse. Je serais donc volontiers pour vous Y Étranger de Platon et le Sénateur de de Maistre, si mon patriotisme ne repoussait l'un de ces titres, si mon humilité ne s'effarouchait de rautre.
Notre discussion ne sera point vaine, comme tous paraisses le craindre. Non-seulement elle éclaire une des plus importantes questions de la civilisation moderne, mais, si je no me trompe, elle a produit déjà quelque ébranlement dûs la rigide consistance de vos idées sur la liberté. Je trou¥e« en effet, dans votre quatrième lettre, une apprédatimi du meurtre et du vol qui ne peuvent se rapporter qu'à cette loi morale, à ces sentiments de justice dont vous avies fkit «ne complète abstraction dans vos lettres précédentes.
Vous me dites :
« le demande à la raison, cette coknra de l'homme par rbonne, noo-sealement la cordaun ation du meurtre et du vol, mais SMSffe la ooimAMiuTioN de toute pensée de vol et de aseuHre. »
8i2 LA IJBERTÉ
Et ailleurs :
« Le droit du plus fort immatéricllement me suffît pour oosDAim sans appel le vol et le meurtre. »
Ce mot CONDAMNER supposc évidemment qu'il y a nne justice universelle à laquelle vous sentez le besoin de donntf satisfaction. Je n'ai jamais douté, croyez-le bien, que ces sentiments ne fussent dans l'intime de votre âme ; et si rîntérêt de votre thèse vous obligeait à les laisser de côté, j'étais bien sûr que la discussion les ferait sortir du coin ténébreux où toos les enfermiez. Reste à savoir maintenant si cette thèse poom subsister devant eux ; et si le mot condamnation et le mot yrnalité ne sont pas liés entre eux par une chaîne logique tellement forte, que, ne pouvant la rompre, vous êtes obligé de U porter.
N'est-ce pas, en effet, une pénalité véritable que celle qui contraindrait un homme à porter sur lui cette feuille d1nscription où seraient constatées toutes les turpitudes, toutes li*s iniquités de sa \ic, et à exhiber cette feuille, soit pour trouver le travail nécessaire à son existence, soit pour fonner quelque relation de société ou d'affaires, soit pour se marier, soit pour aller d*un lieu dans un autre?
Oui, c'est bien là, comme vous le dites, « une pénalité ter- » rihle » , car le coupable serait dans la situation de ces condamnés de Tancienne loi anglaise devant lesquels toute porte devait se fermer, et auxquels tout le monde était tenu de refuser lu imiii el le sol. Dans de certains cas, ce supplice serait la peine de mort, et quelle mort ! La guillotine et la pendaison vaudraient mieux.
Quoi ! ce livre d'Inscription où tous les actes de la vie eitérieure seniient constatés, où ne pourraient figurer ni le remords qui expie, ni le repentir qui régénère, ni les larmes qui effacent la honte du péché; ce livre implacable devrait être ouvert à la curiosité, à la malignité, à l'enTiei à h rivalité, comme à la défiance et à la prudence des familles! Combien d'hommes trouveraient des protecteurs, des amis, des associés, une compagne, si toutes les fautes de leur jeunesse, tous les égiirements de leur raison étaient eoosignés exactement sur un livre ouvert à tous les yeos?
serait comme ane confession publique permanente, intation que la mansuétude de la religion du Christ a jugée p forte et trop dure pour Thumaine fragilité. K Quel est celui, demandait le grand Gondé, qui ne vou- Irait pas pouvoir arracher quelques pages de son histoire? » ▼oas croyez, mon cher confrère, que la loi serait assez issante pour empêcher un homme de perdre sa feuille dlnîption, d'en altérer des passages, de conmiettre le crime
feuix pour couvrir ses autres crimes? La tentation serait inde, convenez-en, et Tart des contrefacteurs aurait là un ibile contre lequel il vous serait dificile de trouver des arments.
Votre pénalité serait donc impuissante, comme le sont toutes ; lois draconiennes. Vous supposez les voleurs et les assassins r trop simples, quand vous croyez qu'ils s'expatrieraient pour cause de honte publique )> ; ils vous diraient, comme ibert Macaire : « Moi, quitter ma belle patrie ! » Ils resteîent dans la société, et ils s'arrangeraient pour que leur DÛlle dlnscription mentionnât des prix de vertu. Mais, impuissante ou puissante, votre loi est une pénalité, , pour qu'elle soit acceptable, il faut supposer des fautes et » crimes commis ; par conséquent, une morale gravée dans 3 consciences, une justic«3 universelle et absolue exigeant la inition des infractions qu'on lui fait subir. Qu'importe que s juges se bornent, comme vous le voulez, à constater les faits ir la feuille d'Inscription, en s'abstenant de les qualifier? Ils it fait une enquf'te, entendu des témoins, ayant dans leur !iisée la criminalité de l'acte qu'ils veulent constater et les ^Dséquences terribles de la constatation. Ce sont des justiers astucieux qui vous cachent le coup dont ib vont vous apper, et qui, par un raffmement de sévérité, vous obligent, imme les Juifs du Golgotha, à porter vous-même l'instrument s votre supplice.
Ainsi, vous admettez la condamnation et* la pénalité, et ins plusieurs passages de votre lettre vous les appelez par ur nom. Donc vous admettez la morale et la justice, à côté 2 votre liberté. Comment donc pouvez-vous nous dire dans
même lettre que vous ne vous servez pas de la justice, de
momie, du devoir, pour mesurer la liberté; que vous tous inrez, au contraire, de lu liberté géométrique pour mesurer
su lA LIBERTÉ
le devoir, la morain et la justice? Comment déniet-TomtoA justice, tonte morale, tout devoir qui met obstacle à la libok de faire? Comment, enfin, soutenez-vous que o libtrté el fimn Utf Ront deux termes qui s'excluent » ?
Si l'homme, pour être libre, doit pouvoir Dure ce qu'il vnl, sans que le vol et le meurtre eux-mêmes soient des eiimei; ■ cette liberté porte avec elle le droit absolu et le conunniuiiH à tous !ies actes ; si la pénalité la tue, pourquoi donc proposnvouR une pi^nnliti^ dp, fait entraînant la honte, le bannissëont et la mort? Vous détruirez donc la liberté, comme la détmil, selon vous, le Code pénal.
Et remarquez bien que, dans l'ordre social en Tignrar, k juge n'crapèche pas le meurtre, il le constate, le eondanme cl le punit. En quoi ditTérez-vodS de lui? Vous le constatei me les mêmes fonnes, car vous pariez d'enquêtes et de tbamfrnnges ; vous admettrez bien apparemment les plaidoTcif : car vous ne retrancherez pas le droit de défense quand li constatation aurait des conséquences ni graves pour rincalp'- Vosju^esU' condiimnent tn petto, et les juges de la McMé actuelle le condumncnt ouvertement. Vous le punissez nu-' lui faire connaître l'arrt't do sa peine, qui est qaelqnefoiï I) mort, et les jn^s actuels prononcent leur jugement k la f>r^ du ciel et de la terre. IJu'cst-ce que ces questions de fome peuvent faire ji la question de fond? L'image d*nDe pénalité terrible n'en sera pas moins prt^sente K la pensée de tons; (t celle image, eellejustice nnxnERA la liberté i>b rAnv.
Il faudra voir, avant do se déterminer pour le mal, la thttîiin légitime des id^s de morale et des sentiments de juitiee- II faudra m<''me voir la pénalité de la misère, de la honte, de l'expatriation et de la m<irt. Sera-ton libre, pleinanenlOR, comme vous entendez qu'on doive l'être, devant ces îmignî 8t'ra-t-on plus libre qu'un ne l'est aujourd'hui devant Isenônle lie la cour d'assist'S? Kncore une fois, mon cber conftiR, qu'est-ce que votre liberté pourra gagner k cette léfbiw it nos t'odes?
(.lue devient donc dt-vanf de tels résultats cette TPT'fH'— que vous voulez faire entre les accidents ph>'sîqQesKqa'OBM » punit pas, mais qu'on répare ", el 1--^ i-Hiiii'» wntr« Il pwprit''té elles pei-sonnes que, selon vtiw. un doit riyparerelBM punir? La cheminée qui fume, la lucomQlive oui Adilti l>.
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qui tombe, sont des êtres bruts régis par les lois du la physique. Voulez-vous leur assimiler des êtres intelliqoi sont régis par les lois du monde moral 7 les crimes étaient des accidents analogues aux accidents ques, la pénalité terrible que vous proposes contre les nels serait bien injuste 1
suis fondé à dire que vous vous êtes rapproché de moi votre dernière lettre ; et, tout en croyant fermement que pénalité n'est pas applicable, je ne vous ferai plus le relede désarmer la société, systématiquement et intenUonnent, pour la sacritler à votre conception de la liberté. is ne venez plus me dire que ma liberté à moi n'est pas erté, qu'elle est Tautorité. Ma liberté, j'en conviens, se ine avec l'autorité, et c'est à mes yeux l'avantage que système a sur le vôtre ; — mais votre liberté, pour se lire seule et appuyée triangulairement sur elle-même, en •elle moins la domination de la raison universelle, de la le universelle, de la justice éternelle? Je crois avoir i sa dépendance à l'égard de la morale et de la justice; us sa situation k l'égard de la raison. 08 contestez l'universalité de la raison, la raison objrc- — c'est vous qui avez introduit dans notre discussion ce le la scolastique ; — mais comment pouvez-vous mainte- )tte négation quand vous avez dit que « le raisonnement rait à manifester la raison »? 11 y a donc au-dessus de ime une raison qui est I'objet de son raisonnement? Cette a, qui comprend les rapports des principes nécessaires ^me les rapports vrais de toutes les idées entre elles, raison éternelle que nous découvrons, que nous nous >prions en raisonnant, peut-elle dépendre de la liberté dne?
Dà la question qui existe entre nous et que je suis embarde discuter ici, faute de savoir dans quelle opinion voi» fixez sur ce point fondamental. Tantôt vous me dites qofê iberté, c'est la raison humaine, qu'elle est le raisonnerut, que vous vous servez de la liberté pour mesurer la ion prétendue universelle » ; tantôt la raison, pour vou8| Ht «le frein do la liberté». Ce qui prouve une dualité deux lois, dont l'unt; domine l'autre. Vous ailes jusqu'à pàrbonmie, au nom de la raif^on, la liberté de voler et
de tuer, la libellé de l'aire le mal et mùme la liberté de ît; ser. Vous donnez à la raison la force d*un calcul nalki tique, et vous demandez qa'on apprenne àrhomiiMàni ner comme on lui apprend à compter. Vous croyeidw demment qu'en apprenant à raisonner juste, Â àém ct'tte raison universelle, cette raisou ouEcriTE, cette i vniie que le voleur ignorant ne voit pas, quoique ca n nant, et qui exclut le vol et le meurtre I
Mais prenez-y garde, mon cher confrèrci voilà biai mites, bien des freins, bien des altérations de votni absolue ! Tout h Tlieure, la justice et la morale oïïtÙBà (IfUerniiuations de Thommc méditant un délit ou un ai liei'spective de la honte qui se rapporte à la morale. Pi d*unc pénalité terrible qui se rapporte à la justice ;vokii tenant la raison unique qui vient lui montrer les couscf prochaines ou éloignées de Tacte sur lequel il délibèR,( le liera si étroitement, selon vous, qu'il lui sera i^i de commettre cet acte, et que la société n*aura rien à en
Il me semble que votre liberté n'est pas beauee^ it'ftre ([lie la mienne, et qu'elle est liée bien plus coûte puis(}ue vous ne permettez pas même à rbommeiTii par la pensée le mal que je lui interdis seulementd'aa dans sa volonté et de mettre en acte.
C est cependant après avoir limité ainsi dans vos a (ions la liberté humaine, que vous venez m'en offrir b< tion sous la figure absolue et divine du triangle!
Dois- je [uendre pour géométriquement exacte votiei tion de la liberté au moyen d'une figure triangoliiit veux bien, en réservant mon droit de critique.
Je reconnais volontiers que les trois faces de votieb ont des rapports logi({ues tn>s-saisissants, et qu'elles , sent au premier aspect s appuyer mutuellement, qa put avec tout autant de raison déduire chacune de e i'ornuiles de sa voisine, en les plaçant dans une ligue Ainsi le mot Liberté, qui se trouve dans toutes les troi mence cette ligne et la finit, de même que dans votitl c(* mot rè^ne dans les trois faces, de sorte que c'est I la lihei-ti' qui se formule elle-même.
Trianf'le ou ligne droite, votre liberté est isolée monde intelligible.
Dans le premier cas, si votre triangle est réel, les angles 90wsi sondés, et aucune autre idée, aucun autre principe, ancane autre loi ne peut s'introduire entre vos trois formules.
Dans le second cas, dans l'ordre rectiligne de ces formules, aacnne autre ligne droite ne pourrait les toucher ; car plurienrs lignes droites forment des parallèles qu'on peut prolonger à l'infini sans qu'elles se rencontrent.
Or, c'est précisément cet isolement de la loi de liberté que je condamne conmie devant être nécessairement fausse ; car il n*y a pas qu'une loi et qu'un principe nécessaires dans Tordre moral, il y en a plusieurs. Plus vous me présenterez votre liberté comme s'appuyant sur elle*môme, se concentrant en eDe-méme, se nourrissant de sa propre substance, plus je la croirai chimérique et vaine, et inapplicable à l'humanité.
Pourquoi cela? C'est qu'en réalité la liberté, qui n'est que le choix entre le bien et le mal, qui ne peut faire que le bien soit le mal et que le mal soit le bien, suppose précisément ce que vous niez, un bien et un mal objectifs, c'est-à-dire tout un monde moral avec ses deux pôles opposés, avec ses lois, sa logique, ses conséquences nécessaires liées de telle sorte aux principes, qu'on n'est pas libre de refuser les conséquences quand on a admis le principe, qu'on ne peut éviter celles-là qu'en abandonnant celui-ci ; que l'homme qui s'est dégagé d'un principe appartient, — vofsist ou non^ comme parlaient nos père^, — au principe opposé, sous peine de n'avoir aucune position sH)ciale dans le monde logique, et d'être écrasé, ballotté et froissé par les conséquences de tous les principes, sans pouvoir trouver ni repos, ni force, ni dignité, ni liberté.
Ou l'un ou Tautre, mon cher confrère : ou votre triangle est sérieux et réel, ou il ost illusoire et chimérique. S'il est réel, lésantes adhèrent tellement, qu'aucun rayon de l'éternité ne ponm passer entre ses trois faces et pénétrer dans son sanctuaire ; s'il n'est pas réel, ces trois faces laissent entre elles des interstices par lesquels s'introduiront les vérités nécessaires do Tordre social.
Dans le premier cas, votre liberté, ipolée dans le monde mo* rd^plaoée en quelque ^orte on dehors de In Divinité et de la vie, oeni me théorie sans valeur, propre tout du plus à amoscr
r«|ffit
le second, cette liberté sera, en dépit de sa foinio
LA LiBERTË
triangulaire , ce qu'est ma liberté à moi , une loi dÏTincomme les autres lois, devant se combiner et s'arranger tw elles toutes.
Telle est bien certainement, croyez-moi, votre libertétriangulaire.
Je ne veux, pour le prouver, d'antre exemple queeelvida trois fils placés en présence d'un héritage dont la TÎe de kor père les sépare.
H appelons que votre triangle a trois faces : Liberté de pentn, — Liberté de parler^ — Liberté de faire j et voyons si ces trois faces sont tellement soudées, que les principes de monle, de justice, de droit, de devoir ne poissent passer entie elles.
L'un de ces trois fils, dites-vous, pense que son père vit trop longtemps, l'autre le dit, le troisième tne son père.
Si les trois faces de votre triangle étaient chacune à l'égard des autres dans des rapports nécessaires, ou, pour snivrp votre image, si elles s'adaptaient si parfaitement, qu'aocone idt'se autre que l'idée de liberté ne pût trouver jour entre elles, l'.elui des trois fils qui a eu la pensée que son père vivait trop longtemps aurait passé de la liberté de penser à h liberté lie parinr, et de la liberté de parler à la liberté de fahv. II aurait nécessairement tué son père. Votre triangle serait devenu un instrument de parricide. Mais les choses ne se sont point passées ainsi : cet homme a repoussé cette mmvaiiu» pensée, av(*c exécration sans doute. Sa liberté n*est donc pa» allée Jusqu'à la seconde face du triangle. Pourquoi eela? Qni u arrêté cette liherti' ? 11 y a donc en dans le triangle une aatrp idi'e, un prinripe étranger au principe d(^ liberté, tel que vod« le roncevez? I)ircz*vous que cette force étrangère est celle da raisonnement? Soit, mais dans ce eas le niisonnement B'e«t donc pas la liberté, comme vous le dites. Si cola était, il ne serait pas venu la neutraliser dans toute sa force, dana l'absolu de votre triangle.
A la vérité, un des frères de eet homme a pîissé de la première faee à la seconde , de la libtirté de penser k la liberiéde parler: il a <*x primé, il {\ ejctériori^ Todieuse pensée que le premier avait n*ii>tée Inin dt; lui; mais il s'est arrêté là. Il n'a donc passaki nnii pins rette foire logi(jii«', ectte puissance absolue du l'ipe figuré paj* votre triangle. Ces deux hommes n'ont
LA LIHKHTK H\i>
pas été libres, selon vous ; car leur liberté n'aurait pas pareouTQ ces trois termes qui constituent la yérité absolue de lldée, et TOUS Boutenex contre moi que la liberté qui n'est pas abmloe n'existe pas.
Qaant au troisième flis, celui qui a passé de la liberté de fenaer à la liberté de parler^ de la liberté de parier h la liberté de fiurej le triangle s'est, j'en conviens, reflété dans sa vie.' Mais de qnelle façon, grand IHeu ? Par le parricide ! Si, oomme vous le croyez, cet homme a subi la force absolue et nécessaire des Irais termes de la liberté, a-t-U été plus libre que ses deux frères? Il l'aurait été moins, à mon avis ; car il aurait été fa* talement ou logiquement entraîné au parricide par cela seul qu*il aurait eu la pensée que son père se trouvait entre lui et rhéritage convoité. Votre idée de liberté absolue et indivisi* bltf serait donc transformée en esclavage 1
Mais, du moment où tous les principes, toutes les idées de la sphère di?ine, telles que la morale, la justice, la raison universelle, la loi qui oblige tout être intelligent à aimer et à respecter l'être intelligent auquel il doit la vie ; du moment, dis-je, où toutes ces notions du bien et du mal, du juste et de rinjuste, du beau et de l'horrible, ont pu s'introduire dans Fesprit de ces hommes, leur liberté a été réelle : Tun s'est déterminé pour la morale ; l'autre pour les jouissances sensuelles que l'héritage de son père lui promettait; le troisième, entraîné d'abord, s'est arrêté cependant devant le crime. La justice de Dieu saura bien distinguer entre ces trois frères, et la complicité forcée que vous êtes porté à établir entn^ eux, 8ans doute pour la gloire de votre triangle, — pour maintenir l'unité d(* ces trois termes et Tindivisibilité delà liberté, — ne sera point admise au tribunal de la justice suprême. Comment, en effet, celui des trois frères auquel la pensée du crime s'est présentée, qui Ta ropoussée et n'a parlé a qui que ce soit de sa tentation et de son triomphe, serait-il cumplice du crime pensé, parlé, rt aceompli par un autre? Cela est impossible h croire, et votre liberté détruirait la justice.
Vous le voyez, l'exemple que vous produisez prouve contre votre thèsi». Il prouvt» que votre liberté, conçue et présentée dans sa forme gf'M)inrtri(|ue, au lieu d'être une et indivisible, eut au contraire divisible h ehacun de ses trois termes. II proave aussi que votre triangle n'est point hermétique, oonime
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vous le pensiez. Qn est-ce donc? C'est (oat nniplement ntn première li^nc droite que vons avez brisée en trots uight. sans doute par déférence pour mes observations premiïm. mais qui n'a pas perdu sa direction rectiligne, puisqne m trois sortes de libertés : iiberté de pmter, liiérté de parler, kherlé de foire, ont entre elles un ordre hîérarcbiqae et fcradnf qui ne se prête pus à la forme triangulaire.
11 faut renoncer A concevoir la liberté comme s'appuvut sur elle-même, et Toir en elle une idée comme les antres idées, une loi des intelli^nces comme les antres loLi içù partent de la sphère divine, et que nous devons cherchera rombiner et & mettre d'accord dans notre esprit, si nous Tenions r«^tablir l'ordre et l'harmonie dans nos soeiëtn fao-
Assurémcnt, l'idée d'autorité et l'idée de liberté, dniis leur sens absolu, présentent un antagonisme tnconcîliahle ; et plus on poussera loin les déductions droites de rr< cteii\ idr>es, plus on a^rrandira l'abimc qu'on aura fait entre elles.
Opendant, tout on raisonnant droit, on sera dans le fBU\. Pourquoi cela? Parce que le parallélisme des principes e^t une chimère; tous partent d'un point commun. L'unité dani> Va diversité est la loi de l'univers; c'est la vérité fondamenUif qui écltiire tout le travail logique des esprits ; c'est la note tonique du concert. En harmonie musicale, si les exécctintsnr se sont pas accordés sur la même tonique, vainement île sernni habiles musiciens, tous joueront faux, mf me on jouant juste.
Disnns-le donc avec nsscK d'insistance pour Gxer voir? attention et celle des lecteurs : quoiqu'il y ait plusieurs princi]ies, il y a un principe des principes. Qui ne le sait pv. DU qui l'oubli'', est condamné à devenir pour Ilicminilé un instrument do division, de conllits, de guerre et d*tnarcliie.
I/esprit qui perd de vue l'idée d'nn Dieu unique, soutccde t'Hite vérité, est voué à l'erreur.
Honipivnons bien ce raisonnement :
S'il y ;i un principe des principes, il ne pcntjra gonisme ni entre les principes.
I li^rti^^H^HBHlMM^^^^I
de tons les principes. Cette proposition est d'une bgipie inattaquable.
Done, l'idée d'autorité et l'idée de liberté ne sauraient être apposées l'une à l'autre ; leur antagonisme n'est qu'une erreur iê notre esprit.
Et en effet, cet antagonisme disparaît dès que noua tenons ^mpte de l'unité des principes.
Je vous offre, mon cher confrère, en échange de votre triangle, la magnifique procession logique qui se montre à aoos dèîs que nous nous plaçons au point de vue de l'unité ies principes.
I* L'autorité — dont le nom signifie : ce qui tient de toMieur — est le principe de la liberté; car Dieu a voulu que l'homme fût libre.
i* La liberté — au moyen de la délégation — donne l'autorite, soit pour un temps déterminé, soit pour un temps indé- Ini, et le pouvoir ainsi constitué est obligé de respecter la liberté. Il le doit, d'abord parce qu'elle vient de Dieu, et msaite parce qu'il vient d'elle.
Voilà toute la science politique et l'explication de tous les ^énements de notre histoire moderne.
Cette théorie, qui défie la critique, résout le problème de la réconciliation de l'autorité et de la liberté.
Elle satisfait la pensée et purifie les cœurs. Mise en pratique lans les sociétés, elle y rétablirait et y maintiendrait l'onlrey 'harmonie et la prospérité.
Elle serait le bonheur de la terre et la joie du ciel.
Qui donc fait le désaccord et le trouble, et l'état de guerre ^iYile dans lequel vivent les sociétés modernes? Ceux qui, méconnaissant cette génésie de l'autorité, la font venir de Dieu !t la donnent directement aux rois sans qu'elle passe par la iberté humaine, et ceux qui, méconnaissant l'origine divine le la liberté, la conçoivent comme existant par elle-même et m déduisent les conséquences absolues, sans nul souci des lob mmuables qui constituent la raison de Dieu,la sagesse de Dieu.
N'en déplaise à ces deux sortes d'ai>solutist6s, nous disons : L'autorité qui détruit la liberté, qui viole la justice, offense la morale et blesse l'humanité, n'est plus l'autorité. De même, la liberté qui détruit l'autorité, la justice et la morale, n'est ploa la liberté.
Sn LA UBBRTfi
Cette liberté n'est qu'nne idée métaphTBÎqoe, une abilivlion; elle n'est certainement pas une idée locîale, eirh société est la réalisation et Taccordde tous les prineipetYiiis. Une idée isolée ne peut, par ses déductions, former mia spégation durable d'intelligences. Car les inteUigenoes n'eut ps seulement besoin de liberté, elles ont besoin de joitioev «îles ont besoin d'ordre et de vérité.
L'idée de liberté ne saurait raisonnablement conduire à la négation des autres idées, car elle les suppose toutes. LlloimBf est libre, dit-on; mais libre de quoi ? 11 est libre de se déterminer entre le bien et le mal — 11 y a donc un bien, il 7 i donc un mal, indépendants de la liberté; car personse ne croira qu'elle puisse faire que le bien soit mal et qne le nil soit bien.
De ce que je veux la liberté sans exclure rautoritév foo^ dites que 0 ma liberté est celle de Gibrouille, qui se jette dsM » Teau de peur de se mouiller. »
Mais ma liberté n'a pas qu'une peur, elle en a deux. Elle no craint pas seulement la tyrannie du pouvoir eentrtl, elle craint aussi, et autant pour le moins, une autre tyrannie dont vous ne paraissez avoir nul souci : la tyrannie du voisin. Oo peut se soustraire 11 la tyrannie du pouvoir en se mettant a distance de lui ; car, en cas de danger trop grand de oe eMé, on trouverait peut-être encore dans notre France, toute centralisée qu'elle est, quelque coin de montagne où il n'y sursit ni chemin de fer ni télégraphe, et où l'autorité centrale n^ pourrait venir chercher le citoyen paisible et le penseur inofiVnsif. Mais, s*il n'y avait pas d'autorité, ou trouverais-je un refuge contre mon voisin déguisé en agent municipal qui vit;ndrait, au nom de la loi, m'imposer une religion ^pide, une constitution absurde, un symbole et un serment contraires à ma raison et à ma foi? Qui me protégerait contre les voleon de jour et de nuit, contre les chaufléurs et les brigands? Ne voyez-vous pas en Angleterre, ce pays si fier de sa liberté, ks habitants des cités appeler de tous leurs voeux l'aogmenlatioo du nombre de sergents de ville pour les protéger contre les garroteurs?
Mais vous me dites : « L'autorité, par œla seul qfa'dle » existera, sera oppressive et arbitraire; si elle est asseï forte )» pnurfaireexécuterleslois,i*lleseraassezfortepourlesvîoler.»
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Sm M m'élonne pas de vous voir élevsr oetto ok^olioii ; il lit Umt simple que l'autorité se présente à votre esprit dans xmte sa portée absolue, puisque c*est ainsi que vous conoevez m liberlé; mais n'existe^t-il pas de préservatif^ oontre les laaèa de Tautorité; et si la raison tous semble suffisante pour Nirifier la liberté, pour la régler et la modérer, comment «raût-elle impuissante pour purifier, régler et modérer l'an* »rité?
Ba résumé, mon cher confrère, vous me jetée trop inoonsilérément peut-être dans le pôle opposé de eelui où vous vous >lacez. Vous m'appelez votre cofUradicieur; je le suis en effet mr beaucoup de points, mais je ne me crois pas obligé d'être lans Tabeolu, parce que la nature de votre esprit vous y >orte. Je ne conteste pas tout ce que vous affirmez, je ne ■epousse pas tout ce que vous proposez. Je crois, avec vous, [ue l'empire de la raison doit perfectionner les gouvernenents et les peuples; que l'instruction bien dirigée doit avoir M>ur but et pour effet d'épurer les mœurs, de rendre tous les -apports sociaux plus faciles et plus sûrs, à la condition, tou- «fois, que cette instruction sera saine et solide, qu'elle portera ur la morale et sur le devoir au lieu de porter uniquement rtir l'intérêt.
Mais, permettez-moi devons le dire, vous n'êtes point juste mvers la société, quand vous lui reprochez de se confier uni- |uement dans la répression des crimes; de ne rien faire pour es prévenir et pour guérir ces difformités des âmes, plus lomroageables et plus hideuses que celles du corps. La iociété, sans doute, maintient la répression, parce que, dans e combat qu'elle soutient contre le mal, elle est bien obligée le repousser la force par la force, si elle ne veut pas que le nal fasse irruption et la détruise. Mais elle ne se borne pas à .ela, comme vous semblez le croire ; son travail est grand, et 'honneur en revient â tous les hommes de bien qui, par les «rils, par les exemples et par les œuvre», s'efforcent d'affernir la raison publique, de l'éclairer, de la délivrer des pré* entions et des pussions qui l'ont si longtemps troublée, de 'arracher aux errements de l'esprit de parti et aux chaînes les fausses théories. Le malheur est que ces moyens, jugés »ar vous les seuls efficaces, ne le sont pas assez ; que la pré- Ucation du bien n'atteint pas les profondeurs du mal ; que
les faits subversifs qui dominent depuis soixante ans dai toute l'Europe ench^unent encore les peuples sur les paroiiè l'abîme.
Comment délivrer TEurope de ces faits, qui forment ov chaîne fatale sous le poids de laquelle les générations s'ép» sent? Il n'y a pour cela qu'un moyen : c'est d'appeler l'e^ public dans les principes vrais. Aidez-moi dans cette tntative, mon cher confrère ; apportez dans cette œuvre de sakt social votre sagacité supérieure et vos brillantes facoUés : vous aurez bien mérité de la France et de l'humanité.
Croyez à mon attachement cordial.