H. DE L0L1U)0UE1X
A MONSIEUR DE LOUftDOUËIX
Mon cher et très-honoré confrère,
Vous êtes trop loyal pour ne pas tenir compte dans cette discussion de la nécessité où je suis de me servir de termes qui oe rendent pas toujours exactement ma pensée, mais qu'il faut bien que j'emploie puisqu'il n'y en a pas d'autres. Une langue nouvelle no s'improvise pas, et ce n'est que très-difflcilement et très-lentement qu'une langue formée se réforme et se rectifie. La langue de vos idées est celle que tout le monde parle et croit comprendre, tandis que la langue des miennes n'a pas encore son vocabulaire ; c'est lu un avantage qu'il me suffu'a de vous reconnaître et de vous rappeler pour que vous vous fassiez scrupule d'en abuser.
Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple et ne citer qu*ua mot, combien de fois, pour vous répondre, ai-je été obligé de vous emprunter ce mot : <( l'Autorité I i* quoique, dans ma pensée, il n'ait aucun sens s'il ne signifle : n^ation de la liberté, perpétuité de la tutelle publique, continuité de la servitude légale.
Ne tombons pas, s'il se peut, dans la logomachie.
Laissons, croyez-moi, laissons à l'écart de ce débat la raison
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objective, la morale universelle, la justice étemelle, contre Texistence ou contre la puissance desquelles protestent tou les siècles passés. Tenons-nous-en à la raison, qui se démontR par le raisonnement comme la force se démontre par li résistance, commes la vérité se démontre par l'évidence.
Plus d*une fois, il vous est arrivé de prendre parti contre moi pour les nationalités. Or peut-on les recevoir sani guerre» et sans conqutHes? Eh bien ! conciliez donc les guerres et les conquêtes avec la raison objective, la morale universelle, la justice éternelle I La guerre et la conquête sont la violation de riiumunité, non moins que le meurtre et le vol sont U violation de la société. C'est ce que le raisonnement suffit à démontrer évidemment, victorieusement, sans qu'il soit nécessaire de supposer une raison extérieure, antérieure, supé* rieurc, objective, universelle, éternelle.
Si le raisonneniont est impuissant contre le meurtre etl^ vol, c'est qu'il est d'abord impuissant contre la guerre et la conquête, fondements des États et des ti^nes.
La logi(]iie, puissance des déductions, est aussi inflexible que r.'iritinnétique, ]missance des nombres. Partisan de la pcnnlitr légale, soyez donc conséquent : ou instituez des tribunaux qui punissent la guerre et la conquête, héroïque poésie du meurtre et du vol; ou réfoimez les tribunaux qui poniaseot le meurtre et le vol, vile prose de la guerre et de la conquête! Mais n(* tentez jms d<> séparer ce qui est inséparable, l'effet de la cause iNe tentez pas de concilier ce qui est inconciliable; n'exigez pas que la force soit le raisonnement, ni que le raisonnement soit la force. Il faut opter résolument entre la domination de celle-ci et la domination de celui-là; entre la domination de la force qui se traduit par la résistance de la barbarie, et la domination du raisonnement qui se Induit par 1(; progrès d(^ la civilisation. A quoi sert d'hésiter? A (juoi sert de vouloir fierpétuer un régime mixte qui n'est ni le raisonnement ni la force, ni la paix ni la gnerre, ni l'impunité ni la pénalité, ni la civilisation ni la baiiwrie? C«^la ne sert qu'à entretenir Tespiît de révolution, lequel n'eat pas la lutt»' ^ictorieuse du raisonnement contre la force. liMjiii'l n'(>st qui' la lutt(> sanglante de la force comprimée rniitrr la force cotripressive, de la force inorganisée contre la t'orci* organisée, de la force populaire contre la foree soeiale.
LÀ UMCRTÉ it7
Comment, n'ayant que des moto Tagoee et olMevrs pour «xprimer sa pensée, la rendre préoise et claire? Telle est la difficulté qu'il faut que je surmonte, à moins de dore sans conelare un débat qui ne saurait indéfiniment se prolonger; c'est ce que je vais essayer de faire en redoublsnt d'efforts.
Oui certes, mon cher confrère, j'admets la pénalité; seule* ment, la pénalité qui me suffit ne vous suffit pas. A la pénalité natarelle, que j'ai définie dans ma troisième réponse (i), vous croyez nécessaire d'ajouter une autre pénalité, une pénalité artificielle, une pénalité arbitraire : la pénalité légale; ce n'est que cette dernière, cette double pénalité, que je n'admets pus; pénalité dout il a été fait un tel usage, que, si elle eût été logique et juste, elle n'aurait pas dû lui survivre; pénalité qui s'est exercée au gré de toutes les tyrannies, de toutes les passions; pénalité qui s'est servie des tyrans pour frapper les peuples, des peuples pour frapper les tyrans, des proscrits pour proscrire les prescripteurs, des martyrs pour lasser les bourreaux, de l'erreur pour torturer la vérité, de l'ignorance pour intimider la science ; pénalité qui a taché de sang toutes les pages de l'histoire; pénalité qui, plus d'une fois, a assimilé le génie au crime, condamné au même supplice, rivé à la même chaîne le malfaiteur de la société et le bienfaiteur de rhumanité ; pénalité qui, en aucun temps, en aucun pays, n'a épargné ni le grand penseur qui avait devancé son temps, ni le grand citoyen qui avait sauvé ou illustré son pays; pénalité insatiable à laquelle Machiavel, pas plus que Beccaria, n'a pu se soustraire ; p<'»nalité béante à laquelle la Gaieite de France que vous dirigez, pas plus que la Prêtée que je dirigeais, n'a pu échapper; pénalité, enfin, que flétrit rexpérienoe et que repousse la prévoyance.
La pénalité que j'admets n'est pas une pénalité que j'invente ; elle n'a rien d'arbitraire ; elle n'est que la conséquence inhérente à 1 action elle-même ; elle est à cette action ce que Tombre est au corps.
Que cette pénalité vous paraisse trop rigoureuse, c'est là un point que je n'ai pas à discuter, car je ne la orée pas. Elis
(i) Voir paves 7S4-765.
est ce qu*elle est, elle est ce qu'elle doit être, elle est la publicité, rien de plus, i-ien de moins. Parce que le soleil montre des taches qui ne se voyaient pas dans l'ombre, condamnerezvous donc le soleil, proposcrez-vous donc de le voiler, direzvous donc qu'il est une pénalité? Parce qu'il y a des déserteius. proposerez-vous donc de renoncer aux états de ser\-ice qu'ont tous les soldats? Parce qu'il y a des commerçants qui déposent leur bilan, proposerez-vous donc de supprimer le greffé et U publication des faillites? Parce qu'il y a des débiteurs qui ne payent pas leurs billets à échéance, proposerez-YOos donc d'abolir les protêts?
Je ne nie pas que l'Inscription de vie, que la Police d'aanrance ne soit, sous une autre forme, le rétablissement de la marque. Mais c'est la marque, plus la civilisation et moins la barbarie; c'est la conscience rendue transparente, e*est le titre de l'homme vérifié et constaté, comme dans les hôtels des monnaies on constate le titre des métaux. Des hommes dont l'Inscription de vie serait immaculée, on pourrait justement dire ({u'ils vaudraient leur pesant d'or; tandis que les autres seraient estimés ne valoir moralement que leur pesant d'argent ou de cuivre. Je conviens que la crainte d*une seuli^ constatation d'une tache à ce moderne et universel blason di^viendrait , de bonne heure , une jiensée fixe ; mais où donc serait le mal? Ce serait rendre à la honte la puissance salutaire que lui a fait perdre la pénalité légale, puissance salutaire si parfaitement décrite en ces termes par Montesquieu :
« Suti'fi/tô h inituri\ qui a liuiiné aux honimns la Aofite comme un pénu, (>t quo lu plus firande partie de la peine soit Vinfaam de la aoHffiir, Que s'il s«* trouve un pays uù la honte ne soit pas une suite du supplire, cela vient de la tyrannie ((ui a infligé les mémeg piimtt mu Sickrats tt aux tjens de bien. i^
Je convi(*ns encore que, par le fait de rinscription de vie, tout ma Ifa iteu r redoutabh* et redouté serait condamné, comme Gain, coninu* If Juif errant, à la peine de marcher toujours, jusqu'à cr qu'il l'ùt trouvé uni* ti'rre où la civilisation n'ait i>as fait pénêtriM' Tusa^^odo l'Inscription de vie, ce simple perfectionnement <lii passeport; mais à votre tour, mon cher confrère, vous ooc-
LA L1»BRTÉ 829
ndrez avec moi que si la publicité eût été la seule pénalité 1 existât jamais, Socrate n*eût point péri par le poison, us-Christ ne fût point mort sur la croix, tant d'héroïques riyrs de tant de fois diverses, les unes religieuses, les autres itiques, n'eussent point expié par les plus barbares supses l'unique tort d'avoir une opim'on qui n'était pas celle leurs juges et de leurs bourreaux.
i^mmencez-vous maintenant à comprendre toute la difTétce qu'il y a entre la pénalité naturelle que j'admets et la lalité légale que je repousse, différence qui m'a permis de « que liberté et pénalité sont deux termes qui s'excluent? m s'il y a incompatibilité radicale entre la liberté indiviiible la pénalité légale^ il n'y a nulle incompatibilité entre la liberté la publicité. La publicité est une épreuve que ne craint pas, e souhaite, au contraire, celui qui croit pouvoir démontrer r le raisonnement qu'il a raison, fût-il seul de son avis itre son siècle tout entier. La publicité, qui, comme pénai, TOUS cause tant d'effroi, ne saurait donc m'en inspirer ^n, et l'eussé-je inventée comme chAtiment, que je n'en sentirais, je le déclare, aucun trouble, aucun remords, me après les reproches que vous lui avez adressés. ITos critiques de détail sont celles-ci :
Dans Tordre social en vigueur, le juge qui punit le meurtre comnce par le c<m8tater, IHiisque vous le constatez également, — car is parlez d'enquêtes et de témoignages, — où donc est la différence re les deux pénalités ? »
Sst-ce sérieusement que vous me faites cette question? N'y •il donc aucune différence entre faire constater par un >têt le non-payement à échéance d'une lettre de change et re condamner à la contrainte par corps le tireur insolvable, faire écrouor et le retenir, pendant trois années, dans la ison de détention pour dettes? Ne serait-ce donc rien que bolir toutes les peines afllictives : peine de mort, travaux ces à perpétuité, déportation, travaux forcés à temps, «ntion, réclusion? Ne serait-ce donc rien que de restituer c penseurs Tinviolabilité dont la loi pénale les a dépouillés serait-ce donc rion que de les mettre désormais à l'abri de t risque d'iHre assimilés aux malfaiteurs arrêtés, conuM
enx, interroge comme eux, jugés cornin» eux, qnelqDCitb en conunon dans la même prison?
H S la jiénalité de fait que vous proposez entraîne la honte cl rn|i- Iriilion, lesquelles peuvent avoir pour conségneoces la mts^, li Ut, la mort, sera-t-ou plus libre qu'on ne Test aujourd'hoi darciit li mw d'assises? Que gagnera la liberté indifinbte t celle téfime pénale? ■
Parce qu'en se jetant volontairement par la feiièUv, M m sera fracassé les cAteB, cassé une jambe ou biiaé la ttto. sera-t-on fondé ù faire de la fracbire de sa jambe nn afga* ment contre l'existence de la liberté? La liberU coosisto-t-âDe à pouvoir se jeter de sa fenêtre sans aucun liagaa de senrtrissure, de blessure, de mort? La pénalité légale oe msnaeet^lle donc et ne frappe-t-clle donc que tes mallbilcan? Qo'arait fait Aristide pour ùtre banni pas Thémiatocla? Qu'avait hil Théraîstocle, vainqueur de Marathon et de Salamina. poar t^tre banni à son tour par les Atbëniens? Qu'avait fiutCéaar pour être proscrit par Sylla et voué à la mort jmt Brataa? (Ju'itvaiiint fnît tous les chrétiens livrés aui bëtea da Cirqoe ? Uu avait fait Savonarole, qu'avait fait Jean Husa, qn'init bit Vanini pour iHre biillés vifs? Qu'avait fait Luther pour être mis {Kir Charles-Uuiut nu ban de l'empire? Qu'avait fiait Hiebel Scrvet pour fitre condamné an bûcher par Calvia, qai laimrnic avait été banni successivement de Franea «t ds Oeaèf e? Qu'avait fait Thomas Morus pour avoir la tète tranchée? OaV vait l'ait Miltûn pour <~lrc condamné a la peine de mort? Qu'avait fait J<>anii«i Darc pour être brftlée? Qo'avait £ut Priiielli pour être battu de verges, Campnnella pour être mis sept fois à la question, Galitéu pour être renfermé, t^hnttapbe Colomb pour l'-trc emprisonné, Grotius pour être exÛé. Lavoisier et André Cliénier pour être guillotinés? Sods Ib Kestauralion de fHI5, qu'avait fait Héranger pour Un eoadamnt' à la prisnn ? Après la nWoIution de l&JO, qu'aTsittot Lamennais pour être condamné k )a même peine? Soasia n'-piibliqtiu de I84tl. qu'avait fait Proudhon pour avoir k mt'-nie sort qu'avaient nu Lamennais et Déranger? Pmadllw, Lamennais et Ilêranger avaiKUt-ils tué, avaieot-Ua toU7 Ëtaienl-ils desmalfaitt'urK?
LA UBGHTâ aai
€ Si tel chmM étaienl des acciduiti phyâquM^ la pteâlité tinible Toiif|VO|NMes contre les crimiiMlsMriilbMDÎ^ »
Booore une fois, je ne propose point de pénalitA, pas plus fM Newton, en regardant une pomme tomber, n*a intenté la loi de la pesantenr. Comme la pesanteur est une loi, la publicité est une loi. La publicité est dans Tordre moral ce que la lumière est dans l'ordre physique. Si cette publicité a pour effet d'obliger le meurtrier et le voleur d'aller chercher au loin l'obscurité, et peut^tre d'y trouver prématurément la mort, seront-ils plus à plaindre que le savant auquel l'exploaioB d'une cornue ou le jet d'un acide a enlevé la vue, que le navigateur qui perd la vie dans une tempête? Le mot « injuste » dont vous vous servez ne s'appliquerait-il pas plus justement aux derniers cas qualifiés accidents qu'aux premiers cas qualifiés crimes?
« Quoi! cette Inscription de vie où tous les actes seraient constatés^ fHi ne pourraient figurer ni le remords qui expie, ni le repentir qui réffénère, ce li?re implacable devrait être ouvert à la curlosHé, à la mali- (piilé, à Tenvie, à la rivalité, comme à la déHance et à k prudence des familles ? Combien d'hommes trouveraient des protecteurs, des associés, une compagne, si toutes les fautes de leur jeunesse étaient exactement consignées sur un livre ouvert à tous les yeux? »
Qu'y »4-il de fondé dans cette critique? — Rien, ainsi que vous allez le reconnaître. Sur l'Inscription de vie, vraisemblablement, ne serait inscrit que ce que la loi qualifie présentement crimes et délits. A quel titre y igouterait-on ce que la loi pénale n'a point voulu prévoir, n'a point voulu sitécifier, n*a point voulu poursuivre, n'a point voulu atteindrë? Voua pensez qu'il vaut mieux exposer une jeune personne, votre fille peut-être, au risque d'épouser un assassin, que d'exposer l'assassin au risque do ne pas trouver de compagne; vous pensez qn*il vaut mieux exposer un jeune homme, mon fils peair être, ao risque d'avoir pour associé un voleur, que d'exposer le voleur au risque de ne pas trouver d'associé : — tel est votre avis en matière de risques, mais voua permettrei qm €6 ne soit pas le mien. Ouoique je veuille l'impunité lé- /air, je sois moins miséricordieux que voua, non exoeUant
confrère. Tant pis pour l'assassin s'il ne trouve pas de compagne, tant pis pour le voleur s'il ne trouve pas d'associé : INn et Tautro ne subiront que la privation qu*ils auront méritée. Mais le remords qui expie I mais le repentir qui r^|;éiim! Quel compte, je vous le demande, en tient la pénalité légak, qui refuse de rayer lu mort de son échelle des peines? Et, d*ailleurs, est-ce que Tlnscription de vie tous cmpéchen. vous, bon chrétien, qui croyez fermement au remords qoi expie, au repentir qui régénère, est-ce que rinscription df vie vous empêchera d*employer tel homme qui dans sa jenncsse aura commis un faux en écriture, mais qui par cettemèiiM Inscription de vie vous prouvera qu'il a racheté cette faute par dix années, plus ou moins, d'une vie irréproehable ? La balsocc entre ce que vous appelez le mal et le bien, s*il y a balaocf • ne s'étabîira-t-elle pas d'elle-même sur ce compte onvert par la Société à Tlndividu? Que peut-on demander de plus? Que peut-on demander de mieux ? Le libéré de la Roquette. Tex-colonde Mcttray ont-ils donc une condition meilleure?
« Vous croyez que la loi serait assez puissante pour empêcher un homme de perdre sa feuille d' Inscription, d'en altérer les ptiffffy, de commettre le crime de faux pour couvrir ses autres crimes? •
Par la môme raison que je n'admets pas les peines l^ales, j** n'admets pas les lois positives. Ne me parlez donc pas de la fo. parlez-moi delà nécessité, qui, rendant universellement et journellement indispensable la production de l'Inscription de tir, ôterait conséquemment à l'Inscrit toute idée de laperért. A quoi cola lui servirait-il de la perdre ? Cela ne lui servirait qn*à se frappor lui-même de suspicion : car supposez en TÎgueor k* régime do l'Inscription universelle, que penseriei-Toas d'un inconnu qui viendrait vous demander soit votre fille en nage, soit l'ouverture d'un crédit, soit le prêt d'une d'argent, soit la location d*un appartement, soit, enfin, on service ou un emploi quelconque, et qui, à cette interpaDation dicttMï pur la prudence l;i plus vulgaire : « Justifiez-moi qui vous êtes et d'où vous venez?» vous répondrait : « J*ai perén mon Inscription de vio. » Ne penseriez-vous pas qoes^il ne la produit point, c'est qu'il a des motifs pour ne pas la produire^ et que, conséquemment, c'est là un individu dont vous dem
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MIS défler? Alors ne lui répliquehez-vous pas : «Eh Inen, si MIS avez perdu votre Inscription de vie, allez vous en ftdre âivrer un duplicata chez voire percepteur et rapportez-laloi visée par votre juge de paix. » Toute Inscription de vie tADt délivrée chaque année par le percepteur, et, en cas de ouïe, pouvant toujours être envoyée au visa du juge de paix, MiTenez-en, il serait aussi difficile, il serait aussi dangereux e l'altérer qu*il serait puéril de la perdre.
Ne dites donc pas, mon cher confrère, que ma pénalité sent à la fois impuissante et draconienne. ÉAe ne serait ni draonienne ni impuissante ; et, si vous en eussiez fait l'objet 'an plus mûr examen, vous vous fussiez interdite vous-même i plaisanterie d'ajouter que, loin de penser à s'expatrier, les ssassins et les voleurs s'écrieraient, comme Robert Macaire :
Moi, quitter ma belle patrie! » La plaisanterie est gaie, je le econnais; mais, plus tard aussi, vous reconnaîtrez qu'elle lorie à faux, aussi complètement à faux que si elle s'adressait ; rînterdiction de Tcau et du feu, telle que l'avait instituée la épublique romaine, ou à l'excommunication telle qu'elle fui pratiquée par l'Église catholique. L'Inscription de vie, en efét, atteint le même but par une autre voie. C'est toujours la teine volontaire substituée à la peine arbitraire. Avez-vous beoin d'être éclairé sur les effets de la peine volontaire? Ouvrez 'Histoire du droit criminel^ par M. Albert du Boys, ancien nagistrat, et vous y lirez ce qui suit :
« Sous la législation atliëniennc réformée par Selon, les citoyens acrosés d'assassinat pouvaionl toujours dérober leur vie aux rigueurs de a loi. Comme un temps assez long s'écoulait entre la citation et le ju- »ment, il leur était loisible de s'enfuir, s'ils craignaient une condamlation. Cette faculté leur était doiuiée même pendant le jugement Hais la loi voulait qu'ils ae comkuniiossent à l'exil, espèce de mort ci* rile dans les républiques antiques.
9 Quant à la p^Mue appelle l'inlerdiction du feu et de l'eau, c'était fexil prononcé sous une forme indirecte, laquelle témoignait encore du respect pour YittviohbiHté du ritoyen. On ne le faisait pas appréhender au corps pour le conduire au lieu désigné ; mais on lui interdisait !> au et le feu, r'ost-à-dire hs vhose% ntressairesà la tiedans t Italie entière. De là, |Miur le condamné^ la nécessité de l'exil. » (1)
(\j Histoii'e (fti droit criminei, pago 436.
Poussez vos reoherohes plus loin et arrétez-voos an ckipître XXI» intitulé : Du système péniientiaire dans U semée k société chrétienne, et vous y trouverez ce passage :
« La persécution érigée en système eut pour résultat de creoser iTaM manière plus profonde la scission entre la société pûenne et 11 chrétienne. Celle-ci^ livrée à elleHnème, fut obligée de te intérieurement avec force ; c'est ce qui arrive à toute aasodatîoD nîdfa violemment en dehors de l'Éuit. En conséquence^ pour éviter de panitro comme citoyens, comme plaignants, comme plaideora demU cm tribunaux toujours disposés à les envoyer au supplice comme dnédm^ les disciples des apôtres se créèrent puur leurs affaires civiles une jnidictiun domestique, et établirent entre eux pour la répression des dâitt une sorte de code pénal auquel il furent tenus de se soumettre, wm pas jwr la fàrre, mais au nom de la foi qu'ils professaient... Ce qmdiitingue 1« système pénitentiaire né avec l'Ëglise et le place fortaa-deans de tous les systèmes judiciaires créés par le rationalisme humain, c'est : 1* la compétence liivine du juge pour apprécier non-eeulement fade (extérieur qui lui est déféré, mais la volonté intime qui Ta praduit ; 2" le caractère de la peine, qui ne punit pas seulement le crime, mû qui l'expie, \v répure et l'eflace; 3* endn racquiescement du coupable à cette peine. Dans son essence et telle qu'elle a été iusUtuée par les apôtres, développée et maintenue par les cvêques des premiers siècles, cette juridiction n'a rien de coercitif; elle n'vblige que k cMam 9» veut bien s* y soumettre. » (i)
Je n'étendrai pas plus loin ces citations ; je ne vous renverrai ni à V Histoire de la législation de M. de Pastoret, ni à VEsprit des lois de Montesquieu ; je crois en avoir assez dit aur la pénalité pour mar(]uer la différence qui distingue la p^n^iî*^ naturelle de la pénalité légale, la peine volontaire de la peine arbitraire. Je passe donc à la liberté, que vons peiaistei à vouloir combiner avec Tautoriti^ et que je persiste à déclarer inconciliables.
Il faut opter :
Ou la liberté et Tautorité sont inconciliables, ainsi que jeta prétends, ou la liberté et Tautorité peuvent être eonefliées,
ainsi que vous le prétendez.
(1) ALiJERT vv noYS. HiàOnrt' (iu tfroU rriminrf. fiatr«*GIO.
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Si la liberté et l'antorité penrent 6tre ooneiliées, alors les fois sont impardoni^Ies d'avoir tons, partent et totjoars, traité la première comme étant inconciliable ayec la seconde. Os ne sont excusables que si elles sont incompatibles.
Choisissez donc entre la condanmation de la royauté et la eo&damnation de votre théorie.
La seule excuse des rois étant celle que je donne : Tincompatibilité entre la liberté et Tautorité, la conséquence de l'opinion que je soutiens est que je suis, permettez-moi de vous le dire, plus roTaliste que vous.
Mais non, je ne suis point royaliste, pas plus que je ne suis républicain ; je suis logicien.
C'est comme logicien que, sans insister plus longuement sur la liberté géométrique et triangulaire, logique et indivisible, telle que je l'ai exposée, vous souflHrez que je persiste à la préférer à votre u magnifique procession logique qui se 9 montre à nous dès que nous nous plaçons au point de vue » de l'unité des principes » , magnifique procession que vous m'ofllrez en ces termes, que je transcris sans y rien changer :
c {• L'aulorilé — dont le nom signifie oê quiiicnî f*c fautewr — est le principe de la liberté, car Dieu a voulu que thomme fui Hbre.
* f* La liberté— au moyen de la délégation — donne l'autorité, soit pour on temps déterminé, soit pour un temps indéfini, et U pomcér ainsi amitUué est obHgé de respecter la liberté, il le doit, d'abord parce qu'elle vient de Dieu, et ensuite parce qu'il vient d'elle.
» Voilà toute la science politique et l'explication de tous les événements de notre histoire moderne. Cette théorie, qui défê la criKquÊ, résout le problème de la réconciliation de Fautorité et de la liberté.»
Prenez garde, mon cher confrère, après vous être ejc|>08é à faire dire que vous n'étiez pas royaliste, de vous exposer à faire croire que vous êtes révolutionnaire !
Suivez votre théorie, et voyez où elle vous conduit :
Si le pouvoir constitué au moyen de la délégation ne respecte pas la liberté que, d'après vous, tV est obligé de respecter^ et cependant si, toujours d'après vous, Dieu a oodb que thomme fiU libre^ qu'arrivera-t-îl, que devra-t-il arriver? A
tan U UBERTË
àoliuit i<c la fuudi'u <lu ciel frappiuit l'usurpateur, loinben^-:) sQUs les coups de la foudre du Vatican ? A défaut de la fonèt du Vatican, une autre foudre devra-t-elle éclater ? Si elle n'éclate pas, ai elle ne doit pas éclater, comment l'homme di- 2iouil1é de sa liberté la recouvrcra-t-îl?
Ne vouR abusez pas : ou c'est l'oppressioD qui se troare u fond de votre lln-orin, ou c'est la révolution. Votre Ihéorit, i]ui suppose une autorité qui n'a jamiiîs existé que dans votn <.-andide et loyale imagination, ne résout donc rien.
11 ne suflit pas de dire sous la forme de question fortti' mille : iiN'existc-f^îl pas de préservatifs contre les excès de n l'autorité?» Il fallait, il faudrait les indiquer; or, vons ne le: indiquez pas.
Quant ù moi, je vous dis de ne pas vous abuser, je ne m'abat point ; je ne crois pas nu triomphe prochain de la Ubert<>. U' nom en tùl-W acclamé par une révolution nouvelle ; mais jcrois qu'il y a entre votre théorie et la mienne la distance qui si>|ia]'t' uni: im|iosslbiIi(é d'une difliculté.
La conciliation de la liberté et de l'autorité est une impo^Mbilité absolue ; la foiiilatioii de la liberté n'est qu'une difTicult' relative, car elle n'eiit qu'une question de temps ou de pa\f. qu'une question de degré de civilisation.
(Jui dit civilisation dit liberté iRvioIable ; qui dît révolutii'ii dit forte victoriouso. Il n'y a que le progrès de la ciTiltsation qui puisse clore l'ère de la révolution.
Ne saurait-on concevoir dans l'avenir une société assez civilisée pour aller d'clle-roèine, par la seule puissance de s^ idées rt de ses meurs, sans autres rois que les hommes de ^'éni(<, de talent et de scicnrc, ces rois naturels; sans autre It^ ^itimilé que la supériuritit intellectuelle, cette légitimité naturelle: snnfi autres luis que le raisonnement et que la réciprocité, ces luis naturelles; sans autres peines ni récompenses que la sanction que port<> en elle toute action humaiae et que la publicité, cetlu pi'ine rî tcttc n-eompcase naturelle?
Sorialeinent, i-e serait rù;,'e de mison.
Si une telle société en pleine possession d'elle-même est p"-"<ibl<', 5iins rois ni luis, sans peines ni récotnpeosa, tar quoi rauliu'ité, cette tutelle dos peuples, se foadei«it-eUe pour
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perpétaer ? Majorité et tutelle ne sont-ils pas deux mots qui M repoussent dès qu'on les rapproche, à moins qu'ils ne signifient : Comptes de celle-ci à rendre à celle-là?
La raison, qui implique la liberté, exclut l'autorité, comme révidence, qui implique la vérité, exclut Terreur : — telle est ma conclusion, à laquelle je ne puis rien changer; j'en suis Oché pour vous, mon cher confrère, qui m'avez donné dans votre journal une si cordiale hospitalité dont je vous remercie de tout cœur.