‹ Questions philosophiqueChapitre 21 sur 193 · LIVRE QUATRI&ME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRI&ME

ta lieade s'adresser à un jage, on s'adressait à son épée, où, au liea d'échanger des assignations, on échangeait des cartels; où l'innocence, au lieu de se défendre par un avocat armé d'un dossier, se défendait par un chevalier armé de pied en cap; on en est encore aux combats.

Est-il donc nécessaire que le vote universel soit un combat électoral ?

N'est-ce pas la barbarie?

La puissance qui est à la fois individuelle, communale, nationale, ne saurait-elle donc concevoir un autre mode moins imparfait de s'exercer?

Que veut-on? que doit-on vouloir?

On veut que toutes les idées se débattent, que tous les principes se discutent, que tous les drapeaux se déploient, que tous les intérêts se défendent, que toutes les plaintes s'énoncent, que toutes les erreurs se redressent, que tous les abus se découvrent, que toutes les aptitudes se produisent et que toutes les supériorités se démontrent.

Le moyen qu'on emploie est-il bon, est-il le meilleur?

Kst-il donc absolument nécessaire que quatre«>vingt-six départements (I), conmae en France, se divisent en autant de camps ennemis, ayant tous et chacun leurs vainqueurs et leurs vaincus, une majorité et une minorité?

Estrce la liberté? N'estrce pas la guerre?

G*est la guerre civile socialement transformée; c^est la guerre civile, moins l'effusion du sang ; c'est la guerre civile, «Tec cette différence qu'au lieu d'employer des cartouches, ee sont des bulletins qu'on emploie ; ce n'est pas la liberté électorale.

Sans doute, c'est un progrès, mais ce n'est pas encore une solution.

La liberté électorale veut que chacun vote en paix, comme il Tentend et pour qui il lui plaît, sans agression, sans antagonisme, sans que choisir un nom ait forcément pour conséquence d'en exclure un autre, sans que voter pour ait indirectement pour effet de voter contre^ siins qu'il soit nécessaire

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d'arborer une cocarde et de se ranger sous l'un des deui drapeaux en présence.

Dans le système du morcellement électoral, les majestés seules sont représentées ; les minorités sont exclues.

C'est l'oppression organisée des minorités.

C'est le despotisme localisé des majorités.

La France en est un exemple :

De i848 à 1850, un grand citoyen qui avait blessé toutes les coteries en se plaçant au-dessus d'elles pouvait réunir sur son nom deux millions de voix disséminées en France, et n'être pas élu représentant, tandis qu'avec neuf mille voix concentrées dans un collège, tel candidat siégeait sur les bancs de l'Assemblée nationale.

A des élections générales, un candidat pouvait n'être pas élu avec cent mille voix, et l'être, un mois après, avec moins de dix mille voix, dans des élections partielles.

Combien de candidats, ayant eu de cinquante mille à cent mille voLx, sont, en i848 et 1849, restés au seuil de l'Assemblée constituante et de l'Assemblée législative! Combien d'autres l'ont franchi, qui n'avaient eu que de dix mille à vingt mille 8uffï*ages !

Dans tel département, pour réussir, il fallait plus de cent mille voix ; le tiers suffisait dans le département voisin.

Dans tel département, l'électeur avait le droit de nommer vingt-huit représentants; dans le département contigu, l'électeur n'avait le droit d'inscrire que sept noms sur son buUetÎD*

Le motif tiré de Tinégalité de la population comparée était-il un motif qui justifiât suffisamment cette inégalité du vote individuel?

Toute cette paperasserie qui s'intitule pompeusement : listes électorales^ inscriptions^ radiations^ rectifications^ impression^ révision^ publication j etc., est-elle bien nécessaire? Ne pourrait-elle pas être supprimée sans que la sincérité des élections y perdît aucune garantie ?

A quoi bon ces décisions de maires et de juges de paix, en instance, appel, pourvoi?

Pourquoi cette condition d'abord (»xigée et plus tard abandonnée desimmois d'habitation, puis de trois années de domicile^ 1 -ce que l'c^xercice du droit de souvtTaineté peut être rationnement subordonné à un changement de n^dence?

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