LIVRE QUATRIÈME
Des vaisseaux de l'État et de ses chantiers.
Tous les édifices publics devrdent être propriétés communales et exclusivement à la charge de la commune ou de la ville aa service ou à rembellisscmcnt desquelles ils concourraient
Domaines et forêts, lesquels ne produisent qn'un faible intérêt, devraient être aliénés, et le prix delà vente en devrait t'trc appliqué h la réduction de la dette publique, laquelle gr»*ve rÉtat d'un intérêt qui souvent excède 5 pour 100, à servir sous le nom de rente.
État et particuliers y gagneraient.
Dans son rapport sur l'assistance et la prévoyance publiqoeSf M. Tbiers a calculé que si chaque travailleur, dès Tâge (le vingt uns, faisait un versement annuel de 30 francs, ce qui .suppose 10 centimes par jour et i centime par heure de travail, rÉtat recevrait par jour, de quatorze millions de personnes, la somme de 1,400,000 francs, ce qui ferait au bout de Tannée 4â0 millions et au bout de dix ans ai milliards.
S*il en était ainsi, loin d'y voir un danger et un mal, il y faudrait voir une garantie et un bien.
Alors rÉtat serait naturellement, forcément, le grand réservoir métallique de l'épargne et le grand distributeur du crédit.
1! n'emprunterait plus ; il prêterait. a
11 prêterait a la propriété froncière les 15 milliards dont elle ciii grevée à deux titres : titre hypothécaire et titre chirograptiaire, et qui la placent sous le coup de l'expropriation, toujours suspendue au-dessus de sa tête comme une menace de ruine et un arn>t de mort. Par le fait et indirectement^ tout travailleur économe deviendrait ainsi prêteur sur hypothèque. IHiur garantie du placement de son argent, il aurait la valeur du Mil. En rt*alité, l'État ne serait qu'un intermédiaire remplissant la double fonction de receveur et de payeur de rentes ;
Il prêterait aux compagnies de grands travaux d'utilité publique qui lui présenteraient des garanties suffisantes;
Il prêterait aux banques et comptoirs d'escompte qui lui auraient fait approuver leurs statuts.
Quiconque a vu dans le Nivernais et dans l'Allier quel admirable parti l'art de l'irrigation a su tirer des eaux, quel
utile rôle il a su leur faire jouer pour la fertilité de la terre et la production de Tengrais, peut se rendre facilement compte des avantages d'un système fmancier qui recevrait et accumulerait dans un immense réservoir commun toutes les petites épargnes journalières, pour les distribuer ensuite savamment sous la forme de prêts hypothécaires et d'avances garanties, de telle sorte que les innombrables canaux du travail soient toujours alimentés de numéraire à bon marché.
Alors ce ne serait pas le travail justement rétribué qui manquerait aux bras, mais ce seraient les bras, en grand nombre, qui manqueraient au travail.
Plus les bras manqueraient et plus les salaires s'élèveraient; plus les salaires s'élèveraient et plus la consommation, sous toutes ses formes, se développerait.
L'activité humaine est comme la vitesse mécanique, elle se multiplie par elle-même. Plus le travail va et plus il tend à aller. C'est le contraire qui arrive dès qu'il se ralentit. A peine tend-il à diminuer, qu'il est^rès de se tarir.
Administrer des forêts, gérer des domaines, i^éparer des bâtiments, manufacturer des tabacs, fabriquer des poudres, vendre du latin et payer des messes, s'ingénier à faire obstacle à la consommation, conséquemmentau travail, sous toutes les formes d'impôt les plus onéreuses, les plus vexatoires, exigeant une armée innombrable d'agents à pied et à cheval : telle est aujourd'hui la besogne de l'État, besogne qu'il fait très-mal et très-chèrement. Une autre mission lui est réservée dans l'avenir, mission plus utile et plus simple : pour que TÉtal devienne la Providence terrestre de tous, il suffira qu'il soit le dépositaire des épargnes journalières de chacun.
S'il en était ainsi, tout travailleur serait rentier ou le deviendrait.
Alors, la police serait aisée, l'ordre facile, et les révolutions impossibles : car, dans l'ordre politique aussi bien que dans l'ordre physique, sans cause point d'effet.
Plus la puissance individuelle tend à se développer et à s'élever, plus la puissance indivisible tend à se restreindre et à décliner.
C'est là une vérité attestée par tous les faits, visible à tous les yeux.
Certes, s'il y avait trois choses qui fussent essentiellement