‹ Questions philosophiqueChapitre 35 sur 193 · LIVRE QÎ'ATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QÎ'ATRIÈME

trouvé la sienne, ot que le problème que Jean-Jacques Rousseau, en écrivant le Contrat social, s'était posé sans réussir à le résoudre, a cessé d'être un problème. Voici quels en étaient les termes :

« TtOUrn UNE PORMB d'association qui défende et PROTËGE DR Tom LA fOBCS cou MUtlE LA mCBSORNB BT LES BIBMS DE CDAQOB ASSOCIÉ, ■r ^A■ LAQUBLLB CHACUN^ S'UNISSANT A TOUS, N OSilSSE QO'a LDl-MÊlfE ET MSTB AUSSI UBIB QO'aU FA RATANT. »

Ou*y avait-il à faire?

La chose la plus simple.

n y avait à demander à tous et à chacun :

Que voulez-vous mettre en commun et que ne voulez-vous pas y mettre ?

Poser cette question, c'étidt provoquer cette réponse :

Je veux conserver ma liberté la plus entière : liberté de mon culte, liberté de mon esprit, liberté de mon cœur, liberté de mes bras, liberté de m<i famille, liberté de mon patrimoine on de mon épargne ; je veux enfin que nul nintervienne âsLfw ce qui est l'exercice de ma puissance ; je ne veux absolument mettre en commun, sous le nom de contribution ou d'assurance, que la somme nécessaire pour les dépenses suivantes :

Justice indépendante de l'État ;

Force armée ;

Voie publique ;

Et, jusqu'à ce qu'elle soit éteinte,

Dette inscrite.

Dans cette réponse, qu'y a-t-il de faux ? qu'y a-t-il d'exagéré?

Provoquer cette réponse, c'était tracer de la façon la plus nette et la plus tranchée la ligne de démarcation : tout ce qui ne peut appartenir (Hvùément à chacun appartient indivi$ément

L'année peut-elle appartenir divisément ù chacun ? — Non. La flotte peut-elle appartenir divisément à chacun? — Non.

La voie publique i>eut-ello appartenir divisément à chacun?

— Non*

m LE VOTE UNIVERSEL

Donc lu voie publique, la flotte et l'aimée, étant iodiTisibi^> sont essentiellement et incontestablement collectives.

Prétondrait-on que Tunité héréditaire, iRRivocABii ni IKHBSPONSABLE, qui 86 résume dans le mot L^timité, estprtft^ruble À TuNiTÉ élective, révocable et responsable, teUe que jo Tai puisée à la source même de la liberté !

Si Ton avait cette prétention téméraire, la combattre serait trop facile, car il n'y aurait qu'à dire : — Combien, dans cette liste de soixante et onze rois qui ont régné sur la France pendant quatorze siècles, de 420 à 1848, en compte-tron qui eussent mérité d'être élus et qui eussent été nommés, si le peuple français avait eu à les choisir et à leur confier, en toute liberté, ses destinées ?

Le principe de la délégation héréditaire, le principe de la légitimité, condamne les peuples à subir les monarques les plus incapables, les plus cruels, les plus dépravés, les plos prodigues, les plus ambitieux, les plus lâches, les plus ingrat^ ceux-là même qui ont perdu la raison. Quoique mtenté, Charles Yl n'a-t-il pas régné sur la France pendant quarantedeux ans ? Mais, à sa mort, qu'est-il arrivé ? Il est arrivé qu'après avoir signé à Trojes une paix honteuse avec Henri V, roi d'Angleterre, déclaré héritier du royaume de France, il laissa à Charles Yll, son fils, la France à reconquérir sur les Anglais? Qui la reconquit? Est-ce Charles VII? Non; la reconquérir fut une pensée qui ne lui vint même pas, au milieu des plaisirs d'une cour dissolue, plaisirs qui l'absorbaient tout entier. Qui reconquit la France? Ce fut une jeune fille du peuple ; ce fut Jeanne Darc, qu'il laissa lâchement brûler sur un bûcher sans la secourir, lâcheté qu'il expia par la -peur d'être empoisonné par son fils Louis XI, peur qui le condamna à se laisser mourir de faim.

Qu'on vante donc la légitimité, TiniiTÉ héréditaire, ibié-

VOGABLE, IRRESPONSABLE !

Qu'on prouve donc qu'elle est préférable à l'nirni iLBfînvB, RÉVOCABLE (1 ), RESPONSABLE, telle quc j'ai essayé de l'ériger en loi

(1) La consUnto révocabilité du gouvcrnemcDt est ainsi admise en principe et en fait dans le préambule de la Coustitution do Tjutat de Pensytvanie :

« Les objcli do l'iDstitutioD et du maintieu de tout gouvernemeni 4oi»

LIVHË QIATRIËME 8i

vivante, en générateur de la force publique, dont la liberté absolue n'ait jamais à craindre aucune explosion fatale I

Mais 0 ne sufQt pas de vouloir la liberté de l'individu, il faut ftosai vouloir la grandeur de la nation.

Or point de grandeur, mais, au contraire, rapide déclin là où l'on délibère toujours pour n'agir jamais.

Sans unité, point d'initiative, point de liberté, point de responsabilité.

La responsabilité s'aflbiblit, se divise et disparait pour faire place à la solidarité.

La souveraineté du peuple qui ne se borne pas à la souveraineté du contrôle déchoit et dégénère en complicité.

D^ordinaire, le souverain se fait servir et paye qui le sert.

Que faudrait-il penser d'un souverain qui se croirait obligé de se servir lui-même et qui se frapperait d'impôts pour se payer des gages ?

On penserait qu'il est atteint d'aliénation mentale.

C'est cependant ce qui a eu lieu sous nos regards, sans que nous nous en rendions compte.

Le peuple croit qu^un des attributs de sa souveraineté, c'est de faire la besogne législative, c'est de s'immiscer, par l'entremise de ses représentants, dans tous les actes du gouvernement, c*ebt de s'y associer.

Le peuple doit juger tout, mais ne se mêler de rien. Quand il se mêle à tout, que devient son infaillibilité? Que devient le prestige de sa souveraineté ? Comment peut-il s'ériger en juge de ceux dont il a été le complice ? Ne jamais prononcer que sur des faits accomplis doit être sa première règle.

Liberté entière, mais responsabilité entière ; vote universel, mais vote annuel : voilà les quatre angles de l'édiflce nou- ^-eau, dont les quatre faces sont ;

vent être â*%mnttr IVxistonce du corps politique de VtMi, de le protéger fC d« doBiier titt individus qui le composant la faculté de jouir de leurs droits naturels et des autres biens que l'auteur de toute existence a répendoe lar les hommes ; et toutes les fois que ces s^^i^^l* ol^ets de xotivemement ue sont pas remplis, le peuple a te droit de le changer par on aete de la Tolonté commune, et de prendre les roetaret qoi lui paraissent néecesairee pour procurer sa sûreté et son bonheor. s

L'individu libre ;

La commune indépendante ;

La corporation inviolable ;

L*État fédéré.

La liberté de l'individu est ce qui constitue la puiatmee mdividuelle ;

L'indépendance de la commune est ce qui constitue la puissance communale ;

L'inviolabilité de la corporation est ce qui constitue la pmssanee corporative;

La fédération do TÉtat est ce qui constitue la puisëonee m-

tionale.

Vous qui, en toutes circonstances, proclamez que le peuple est souverain absolu, soyez donc conséquents ; alors faites donc qu'il agisse en souverain absolu !

Un souverain absolu no fait pas de lois contre lui-même.

La maxime : Tout pour le peuple^ tout par k peuple^ se compose de quatre mots de trop, les quatre derniers.

Tout PAR le peuple est une maxime ar3si fausse que celle qui nous obligerait tous à faire nous-mêmes nos vêtements, à blanchir nous-mêmes notre linge, à laver nous-mêmes notre vaisselle.

Traitez donc le peuple en souverain !

S'il est souverain, il doit se faire servir et non se servir luimême.

Où donc est l'inconvénient? Où donc voyez-vous le danger ?

Ne voyez-vous donc pas, au contraire, que c'est le goavernement réduit à sa plus simple expression, le gouvernement des hommes réduit à n'être plus, de fait et de nom, qae Tadministration des choses I

En effet, lorsque toutes les libertés sont déclarées solidaires et rendues inviolables, lorsqu'elles sont mises à jamais hors de conteste, de débat et de réglementation, il ne reste plus qu'à restituer au contribuable, sous une autre forme, l'équivalent au moins de ce qu'il a avancé sous la nom d'impôt.

Dès qu*il ne serait plus nécessaire d'avoir une fabrique de lois, toute difQculté s'aplanirait; il suffirait alors que le peuple, dans toutes les ciroonstanœs où il devrait agir couuie

Page 1