III — LE MAIRE DE CORPORATION
Si la commune a sa raison d'être, à plus forte raison la corporation a-t-elle sa raison d'exister.
La corporation, c*est la commune professionnelle ; comme la commune, c'est la corporation locale.
n suffit de mettre dans les deux plateaux d'une balance la commune et la corporation pour reconnaître que celle-ci remporte de beaucoup sur celle-là en importance.
Ouvrir et entretenir les chemins, paver et éclairer les rues, réparer les bâtiments : voilà la grande affaire de la conunune, voilà sa principale raison d'être.
Plus importante à tous les titres et plus compliquée est TcpuTre de la corporation : car, à l'intérieur de chaque pays, elle n'a pas seulement à régler et à maintenir le taux des salaires, il est nécessaire encore, à l'extérieur, qu'eUe fasse contre-poids et eonséquemment équilibre aux prix de revient
C'est par l'universalité des corporations que peut et que doit se dénouer cet inextricable nœud qui se nonmie la réciprocité des échanges.
En effet, partout le travailleur a le même intérêt à recevoir la juste rémunération de son travail ; nulle part deux travail- \ean de la même profession, quoique séparés par une limite territoriale, n'ont intérêt à faire baisser leur salaire ; nulle part ib n'ont rien à gagner à la concurrence aveugle que se font les nations, rivales d'industrie ; partout, au contraire, ils oot tout à gagner à s'entendre. Même alors que les intérêts des nations passent pour opposés, les intérêts des corporations
lOe LE VOTE UNIVERSEL
n'eo demaoreot pas moins identiques. Le filateur de liai cbeater et le filateur de Mulhouse, le mineur de Newcastle i le mineur d'Anzin ont également besoin, Tun et l'antre, d réparer par une alimentation substantielle la force fttU dépensent, de conserver par un logement aalubre, par m repos nécessaire, par des soins opportuns, la santé qui ei leur capital ; de pourvoir, par l'épargne, aux cas de maladi et de chômage, ainsi qu'aux jours de la vieillesse qu*on doi prévoir; de subvenir, par un excédant indispensable, an: indispensables frais de trois enfants, au moins, et souvent di quatre enfants, qui demandent du pain et auxquels il faut ei donner jusqu'à l'âge où ils pourront eux-mêmes gagner d quoi se nourrir. Si, pour ne citer qu'un seul exemple, le ûlateuro français étaient constitués en corporation et que le filateurs anglais le fussent pareillement, rien ne serait don plus facile à concevoir, rien ne serait donc plus facile à exéco ter que l'accord entre les deux corporations de fliateurt, b corporation française et la corporation britannique.
Elles se mettraient en relation l'une avec Tautre, au mojrii de délégués plénipotentiaires qu'elles accréditeraient, eomON les nations se mettent en relation entre elles au moyen de pi^ nipotentiaires qui reçoivent soit le titre de miniatrea, m celui d'envoyés. Elles régleraient les conditions des tarifSi e arrêteraient le taux des salaires. Cela fait, un champ um vaste resterait encore à la concurrence et au capital, puisqnll auraient à se mouvoir dans les larges linûtes de l'achat da matières à ouvrer, du perfectionnement des procédés et dl machines à employer, des débouchés à étendre ou à déooii vrir, etc., etc. Tel que je le comprends, le rôle des corpon tiens serait aussi simple que m'a toujours paru compliqué ( secondaire le rôle des associations. Corporations et aaaoflM lions sont deux termes qu'il ne faut pas confondre, il exM entre eux autant de différence qu'il y en a entre un entier ( une fraction.
Par associations, j'entends les réunions de travailleurs ofk I patron et sa volonté sont remplacés par un gérant éla et pi un règlement voté. Ces associations accusent, comme à plaiai les difficultés et ne résolvent, on réalité, aucun problàoK Elles sont impuissantes à prévenir et à réprimer l'abaisseaiti du salaire ; elles subissent la loi du marché et ne la lui dictai
UVRB QUATRIEifB 103
I ont tout les désavantages : elles louent plus oher lont elles ont besoin, et le profit qu'elles comptaient ar la suppression du patron s'évanonit sous la forme ta. L'unité leur manque ; or sans unité, point de Psetive, point de responsabilité directe, point de lé dans la conception, pointde rapidité dans l'exécufttron, qui agit à ses risques et périls, peut faire barpart de la perte aussi large que eelle du gain ; le u agit aux risques et périls d'une association, tonirageuse, est forcément condamné à la timidité, oar ni ne doit rien donner au hasard.
eux manières d'assurer au travailleur un salaire qui te rémunération de son travail, et qui tienne compte or de l'homme : -^ par voie de réglementation ou la liberté.
B de réglementation , c'est l'État qui s'impose, e de liberté, c'est la corporation qui s'administre, irdre de choses qui admet à tous propos et hors de nmixtion de l'État, qu'nurait-on à objecter contre ^ une loi ou un règlement qui se fonderait sur les iprès :
fo'il a ét^ rsconnu que l'intufCsance des salaires est Tune lis plus généraies de l'indigence parmi les individus va-
JMontestable que la rétribution du travail est abandonnée o à la violence ; (2)
is prix des salaires est un dc^s plus grands vices de Tancien on ne |)eut |>as appeler heureuse une société o(k, par la moiflueuce des salaires, les salarié.s ont une subsistance si f pouvant à peine satisfaire leurs premiers besoins, ils n'ont de se marier ni dVIevor de famille, et sont réduits à la ussitôt (jiic lo travail vient h leur nian(]iier ou que l'ègf et les forcent à manquer an travail ; que rinsuffitance des
lire du 6 août 1840, atlrens^e par le ministre dt llstériaur
«AVOLÉON BONAPAHTK.
salaires est une cause de décadence pour une manuficture, oomme le haut prix est une cause de prospérité; (I)
Que la simple équité exige que ceux qui habiUent, nooirinert iC logent le corps de la nation aient dans le produit de leur propre tirai une part suffisante pour être eux-mêmes passablement nooiris, rkm et logés ; que le prix réel de chaque chose, ce que chique chw coûte réellement à celui qui veut se la procurer, c'est le tranfl et k peine qu'il faut s'imposer pour l'obtenir ; que le travail a été le prix, la monnaie payée pour l'achat primitif de toutes choses ; (S)
Que l'exemple de ces classes d'individus qui se soumettent sans se plaindre à la réduction de leurs salaires, qui se contentent de gigur simplement de quoi satisfaire leurs premiers besoins, ne doit jamab Atre ofTert à l'admiration ni à l'imitation du public; que les interlude la société bien compris exigent que les salaires soient aussi âefés qv possible ; que les salaires réduits sont la cause de cette apathie et di cette incurie qui se contentent de la satisfaction des premiers heMV animaux ; (3)
Que le salaire est le revenu du pauvre; qu'en conséquence 0 doit «tf* fire non-seulement à son entretien pendant l'activité, mais aussi pttdant la rémission du travail; qu'il doit pourvoira l'enfance et à il vieillesse comme à l'âge viril, à la maladie comme à la santé, et m jours de repos nécessaire au maintien des forces, ou ordonnés pir h loi ou le culte public, comme aux jours de travail ; (4)
Que le travailleur qui n'a pas par devers lui des fonds de compen»* tion ou de revenu autre que son travail actuel ne peut se foire assoeSé, parce qu'il mourrait de faim en attendant la réalisation do pioduit; (5)
Que le taux des salaires n'est pas réglé par les subsistances; qw dans les temps de disette on voit une concurrence de misère, rédà» à s'offrir avec anxiété pour le plus vil salaire, et que cependant la classe qui vit de salaires forme les trois quarts de la population; <|aft s'il existait une propriété qu'on dût respecter plus encore que )» autres, ce serait celle des hommes qui ne possèdent que leurs bns et leur industrie ; que gêner leur travail, c'est leur ôter les moyens de vivre ; qu'un tel vol est un assassinat ; (6)