LIVRE SIXIÈME
que la procédure, jamais la conscience. Rien n'est pins contemire au sens moral, rien ne contribue plus activement àlo penrertir, à rétoufTer. Lorsque, par la tortueuse habileté d'un aTOoé retors ou l'heureux choix d'un avocat célèbre, on a ^gné un procès qu'on savait être inique, eût-on spolié une ▼eove, eût-on ruiné des orphelins, eût-on empêché un père de légitimer ses enfants naturels ou de les adopter, tout scrupule, tout remords est banni par ces mots : « Cela ne me refi^arde pas, cela regarde les juges qui ont prononcé, n L*excès de justice et rinsufDsance de morale se tiennent, comme la cause précède refTet.
La justice universelle, c'est la justice absolue ; c'est la ju5;tiee n'ayant qu'une mesure et qu'un poids pour tous les penses, faibles ou forts ; pour tous les individus, pauvres ou riches ; pour tous les âges, enfance et adolescence, maturité et vieillesse ; pour les deux sexes, hommes et femmes ; c'est la justice renonçant à n'être qu'un vain symbole pour devenir une vérité appliquée; la justice universelle, enfin, c'est la balance séculaire.
Qu'il n'y ait pour tous qu'une seule balance, conmie il n'y a pour tous qu'un soleil qui éclaire successivement toute-; les parties du monde, et la justice universelle aura tout simpUfié.
Que de haines qui s'apaiseraient I
Oue de rivalités qui s'éteindraient !
Que de préjugés qui s'évanouiraient !
Que d'erreurs qui se rectifieraient I
Que de contestations qui se termineraient !
Qne de procès qui s'arrangeraient !
Que d'ennemis qui se réconcilieraient !
Que de problèmes qui se résoudraient !
Que de nœuds qui se dénoueraient !
Que d'éeononues qui s'opéreraient I
Que de misères qui se transformeraient !
Ooe de larmes qui se tariraient !
Que de plaies qui se sécheraient I
Que de douleurs qui se calmeraient I
(yie de maux qui se guériraient !
Que de fronts qui s'abaisseraient !
yue de front** qui se relèveraient !
13 \A JISTICE UNIVERSELLE
(jiie (i'angoissf'3 qui s'abrrgeraiciiit !
Que de supplices qui s'épargneraient !
Que d'arbitraires qui s'écrouleraient !
La justice universelle, c'est la réciprocité individaelle.
Elle est contenue tout entière dans cette seule lime :
NI PAS FAXIUE ▲ AUTRUI CE QU'ON NI VOUDRAIT PAS QU'ON VOUl l(r«
A cette règle incontestée, pour qu'elle fAt observée, qiiV t-il manqué toujours et partout ? — L'une de ces deux choiei: une sanction évidemment certaine ou un arbitre entièrement désintéressé.
Qui croit au Dieu dont Moïse a écrit la loi, qui croit aalKea dont le fils a été crucifié, qui croit au Dieu dont Mahomfll s'est déclaré le prophète, qui croit au Dieu dont Luther, Mélanchthon, Zwingle, OÉcolampade, Calvin, etc., etc., ont réformé le culte, qui croit enfm h un Dieu, souverain joge, porte en soi celte sanction, lumière de sa conscience et but de sa marche, règle de sa conduite et mesure de sa foi.
D'où vient donc que cette sanction, qui devrait être si jiiéih santé, est communément si faible? — Cela ne peut s'expliquer qu'en disant qu'il lui manque la certitude, quelques etbfli qui aient été faits, quelques martyres qui aient été enduréi pour la démontrer et pour la répandre.
Vains efforts, martyres inutiles et qui devaient l'être, car foi et certitude sont deux mots dont l'un implique la négation de l'autre. A défaut de cette certitude, que nul n'a pu donner, à défaut de la sanction au-dessus de tous les doutes, 0 M donc chercher l'arbitre au-dessus de toutes les influences.
Le constituer serait-il impossible?
Serait-il impossible d'imaginer une justice pénale, criminelle, civile, qui fût plus simple et moins doutouse que ceik qui régit le monde sous tant de noms différents et sous tant de formes diverses, qui punit ici ce que là elle absout, qui tantM met réquité au-dessus du droit, et tantôt le droit au-deasuade Téquité ; qui, le plus souvent, a pour règle Texception, qv partout, h peu près, écarte le vrai Dieu qu'elle proclame, pour ouvrir un passage au faux dieu qu'elle devrait écarter, le faux dieu dont on a tant abusé, et qui se nomme faunement la Nécessité?