‹ Questions philosophiqueChapitre 75 sur 193 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

La vie du travailleur étant ainsi partagée en trois âges, rage où il croit et s'instruit, l'âge où il travaille et s'assure, Vàge où il jouit et se repose, il en résulterait ce qui suit :

Premièrement, l'ignorance disparaîtrait d'elle-même, puisque l'enfant aurait, avant l'âge de quinze ans accomplis, le temps d'apprendre tout ce qu'il est nécessaire et utile qu'il sache;

Deuxièmement, la consommation, conséqucmment la produetioD, conséqucmment le travail, prendrait un rapide essor et an immense développement, puisqu'elle ne rencontrerait plus pour obstacle invincible la crainte fondée qu'a le travailleur de tomber dans la misère, crainte sinistre qui^ dans le travailleur, étouffe le consommateur;

Troisièmement^ la stabilité politique s'affermirait par l'épargne collective, puisque Tordre public y gagnerait de nouveaux et nombreux défenseurs, (jucls soldats seraient plus intéressés à sa conser\'ation que tous ces vigoureux vétérans du travail, retraités de quarante-six n soixante ans! Quelle excellente réserve pour y choisir des hommes sûrs, paisibles, expérimentés, comme il en manque et comme U en faut pour remplir certaines fonctions, les unes gratuites, les autres insuffisamment rétribuées, dans une multitude de communes et de petites villes !

Avec quoi les gouvernements sub\iennent-ils h toutes leurs dépenses, à toutes leurs prodigalités? Ils y subviennent avec des centimes prélevés sur le salaire des travailleurs, sous le nom d'impôts indirects. Ces centimes, additionnés et totalisés, composent ces milliards avec lesquels on solde des armées de fonctionnaires inutiles, et Ton continue à payer, après trentecinq années de paix, des budgets de la guerre incomparablemeot plus lourds qu'aux époques où la guerre était l'état normal des peuples entre eux et même chez eux.

Assez longtemps le risque de guerre a prélevé son tribut en argent et en hommes, prenant l'argent le plus pur et les hommes les plu? robustes ; assez longtemps la guerre a eu 9on budget ! N'est-il donc pas temps que la paix ait le sien? Le budget de la ]>ajx, c'est l'épargne individuelle composant l'épargne collective, c'est l'assurance contre le risque de mûièrey c'est le décime universel.

Le jour où chacun fera ce que je tente de faire ici, le jour

où chacun étudiera le budget du travailleur, avec la conviction que ce budget n'est pas moins essentiel à étudier et à connaître que le budget de l'état, on sera tout surpris de voir quels résultats pourraient s*obtenir, quels prodiges pourraient s'accomplir, si le salaire, étant ce qu'il devrait être, permettait au travailleur, prévoyant et sachant calculer, de contracter l'habilude d'affecter a telle dépense un centime par jour, à telle autre dépense un autre centime, etc., lesquels centimes seraient centralisés et formeraient, ceux-ci, tel fonds commun pour l'instruction élémentaire ou spéciale des enfants; ceux-là, tel fonds commun pour le douaire des garçons lorsqu ils seraient en âge de se marier; ceux-là encore, tel fonds commun pour s'assurer tel avantage ou se donner telle jouissance, etc., etc.

Le rôle que jouent les centimes additionnels dans le bumit DE l'état, on le connaît; non moins important et plus utile serait le rôle que pourraient jouer dans le budget du tbavau.leur ce que je nommerai les centimes individuels.

Il faut se hâter de constituer la puissance du ciNToa CENTRALISÉ, puissaucc nouvclle , puissance incalculable! Échelle au moyen de laquelle il n'y aurait pas de /hauteurs que la civilisation ne pût atteindre, pas de profondeurs qu'elle ne pût visiter! Le douaire universel et le décimi UNIVERSEL sont les deux premiers échelons de cette échelle. Ces échelons, on ne saurait trop les multiplier. Plus on les multipliera, moins le bien-être universel exigera d'efforts individuels pour entrer dans le domaine des problèmes résolus et des faits accomplis.

Dans l'ordre physique, il y a de l'air pour tout ce qui respire; dans Tordre social, il y aura du bien-être pour tout ce qui travaille, dès que l'épargne sera devenue une habitude en devenant une science.

Lorsque l'épargne est individuelle, le plus grand nombre se décourage en mesurant la distance qu'il lui faudra franehîr du point de départ au but ; un petit nombre a seul la force de persistance nécessaire ; mais lorsque l'épargne sera coUectivOf comme pour atteindre au même but, il faudra une somme d'efforts • infiniment moindre, alors les proportions seront inverses. En matière de prévoyance, ce sera le petit nombrs

i f< dxception, ce sera le grand nombre qui fora rigie.

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