LIVRE SEPTIËMC m
Présentement, on ne consomme pas afin d'épargner, et Ton n'épargne pas; alors, on épargnera afin de consommer, et Ton fera, à la fois, 1^ deux choses : on consommera indÎTidaelIement et on épargnera collectivement.
Ce ne sera pas seulement à la consommation nécessaire que profitera l'épargne collective; elle profitera aussi à la moralisation publique.
Les travailleurs survivants héritant des travailleurs décédés, ce sera à qui vivra le plus longtemps, conséquemment à qui boira le moins.
L'ivrognerie n'a pas de plus mortelle ennemie que l'épargne. C'est là un fait constaté : il n'y a plus qu'à en tirer toutes les eorséquences.
Le lendemain du jour où le travailleur boit moins est la veilia do jour où il se nourrit mieux.
11 importe que le travailleur se nourrisse bien, car c'est toujours aux dépens de son travail qu'il se nourrit mal.
S'il a peu de forces, il lui est impossible d'en dépenser beaueoap ; s'il en dépense beaucoup et qu'il ne les répare pas, il les a bientôt épuisées ; s'il tombe malade, il ne peut plus travailler* Donc il n'y a aucun profit, an oontraire, il y a perte, en fin de compte, pour la société lorsque l'ofCre, cette fausae loi d'une fausse économie politique, fait baisser le taux du salaire au-dessous do la valeur du travail, valeur ayant pour principal élément la valeur de Tbonmie.
La santé de Thomme n'est pas et ne doit pas être moins sacrée que sa vie; s'il n'est pas permis d'attenter directement il celle-ci, comment serait-il permis d'y attenter indirectement en attentant à celle-là?
La santé est au travail ce que le capital est au revenu ; la !»anté du travailleur est son capital ; s'il n'est pas permis de lui voler sa plus petite pièce de monnaie, comment serait-il pormis de lui voler toute sa fortune?
(Jui tue et vole ainsi le travailleur peut s'enrichir, mais il appauvrit la société. C'est le cas de dire qu'en empêchant le travailleur de consommer, le capiUiliste tord le cou à la poule aux œuf» d'or.
Mettn\ par l'insutrisance du salaire, celui qui travaille dans rimpossibilitt^ de eonsuminer, c'est faire ce (|ue ferait l'enfant qui empêcherait le balancier d'une pendule d'aller de droite
à gauche après qu'il aui*ait été de gauche à droite. Le balancier s'arrêterait. Les deux temps, en sens conti*aire, veoleni être égaux. Ainsi, le droit à la consommation veut être égàï àTefTortde production; réciproquement, TeCTort de production se règle de lui-même sur le droit à la consommation.
L'art de faire produire réside dans le secret de faire consommer.
Être équitable, voilà le secret! Être écledré, voilà tont Tartl
Quand on sait cela, quand tout le monde le saura, quand chacun en aura la conviction aussi profonde que me Tont donnée l'étude et l'observation, toutes les questions de misère, d'épargne, de prévoyance, de bien-être, de civilisation se réduiront à lu question de savoir combien le travailleur, sainement nourri, sainement logé, proprement vêtu, se portant bien et travaillant bien, pourra et devra centraliser de centimes.
Est-il une question plus simple et, là encore, n'est-ce pas une question ou la politique s'cfTace pour laisser passer les mathématiques?
Le décime universel, c'est l'épargne collective sur la plus vaste échelle.
L'épargne collective, c'est l'État en équilibre sur lui-même et n'ayant plus besoin d'être maintenu par un échafaudage de baïonnettes, car c'est la milice de l'ordre soldée par ellemême.