‹ Questions philosophiqueChapitre 79 sur 193 · LIVRE HUrntME · texte numérisé non relu

LIVRE HUrntME

on la fit déroger, car elle s*ôterait par là tout droit de réclamer, s'il arrivait que plus tard telles autres propriétés refusassent de la reconnaître en lui disant crûment : u Vous n'êtes pas le fhiit du travail de Thomme, nous ne vous reconnaissons pas le titre de propriété. Ce titre n'appartient lép;itimement et ne s'applique maintenant qu'aux fruits du travail. »

Il est manifeste que si Ton tient compte des perfectionnements et des exigences de la navigation, laquelle, portant nu loin, rapidement .et h peu de frais, les produits manufacturés des États les plus civilisés, a besoin de retourSj on reconnaîtra que la terre, considérée comme propriété assise sur le produit nei^ n*a de valeur vénale et productive que celle qu'elle emprunte au régime arbitraire de la protection, régime qui a, incontestablement, pour objet et pour effet de protéger roisif aux dépens du travailleur, le patrimoine au préjudice de l'épargne, le capital antérieur au détriment du capital en voie de formation.

Mais je ne veux point décrier ni abaisser la valeur vénale que poflâède encore à Thcure où j'écris la propriété terrienne; je Tadmcts pour ce que, présentement, clic vaut et rapporte; seulement j*élève au même rang la propriété industrielle et la propriété personnelle. Par ce nom de propriété personnelle j*entends désigner le fonds inconsommable de toutes professions lucratives : scientifique, littéraire, artistique, libérale ou manuelle.

A mes yeux, propriété pnrsonnelle, propriété industrielle et propriété terrienne tirent leur existence de la même origine : l'utilité individuelle légitimée par l'utilité publique. L'incontestable stimulant du travail, c'est la possession incontestée de ses fruits, sous la seule réserve imposée à qui ne les détient pas de ne pouvoir se les approprier qu'après payement préalable de leur valeur vénale, authentiquement constatée.

De là, le droit de préemption universell«9, qui est à la propriété ce qu'une extrémité du levier est à Tautre.

Propriété universelle et préemption universelle sont les deux extrémités du levier social, les deux pôles du Monde civilisé, les deux temps du pendule politique.

Ou'est-co que la préemption, telle que je l'ai déjà exposée

186 LA PROPRIËTA UNIVERSELLE

aillears (1)? C'est le droit consacré d'expropriation pour caoïe d'utilité publique, indmdualiié et univnrsaliié: c*est le droit de l'État souverain, transporté, aux mêmes conditions et par les mêmes considérations, à l'Individu souverain ; c'est eofio le droit individuel d'expropriation pour cause d'utilité prifée ayant trouvé son contre-poids nécessaire dans le droit individuel d'expropriation pour cause d'utilité publique.

Le droit d'expropriation pour cause d'utilité privée s'exerce sans protestation; pourquoi n'en serait-il pas ainsi du droit d'expropriation pour cause d'utilité publique? Ce dernier serait*il donc moins légitime que le premier?

Le créancier qui a prêté sur hypothèque ou sur gage, s'il n'est pas exactement payé au jour de l'échéance, peat exproprier l'immeuble ou s'approprier le gage. Ne serait-ce pas en vain que, pour arrêter cette expropriation forcée ou cette appropriation suprême, le débiteur dirait au créancier : « Cet immeuble est le patrimoine de mes parents, de père en fils, ces meubles ont appartenu à ma mère, j'y tiens autant qu'à mon honneur, à ma vie : de grâce, ne me les enlevez pas! de grâce^ laissez-moi le temps et l'espoir de me libérer I t Devant le créancier, s'il demeure inexorable, devant l'huissier, devant l'avoué, devant le juge, tous également impassibles, vaines supplications ! Elles ne seront point entendues. Considérations de famille, invocations du cœur, rien ne sera écouté.

Ou devant ces considérations pieuses et touchantes doit s'arrêter saintement le droit d'expropriation pour cause d'utilité privée, ou il n'y a pas de motif pour que, devant elles, s'arrête le droit d'expropriation pour cause d'utilité publique. Il faut être conséquent et opter!

Si le droit d'expropriation pour cause d'utilité privée est maintenu, il n'existe pas d'objection sérieuse contre le droit d'expropriation pour cause d'utilité publique.

Dans cet ordre d'idées, toute chose qui a une valeur vénale est réputée marchandise. Toute marchandise peut et doit s'achetor au cours. Or la préemption, telle qu'elle s'exerce.

H) Voir i' Impôt, par Emile de oiraamn.

LIYRE RUmillE 197

à la vêJeur déclarée un Dixiin ui sus. Qui redoute la plion a donc un moyen fort simple de s'y. soustraire, l'estimer la chose qu'il tient à conserver le prix qu'elle ou un tel prix que nul ne soit tenté de la préempter. En B8, le préempteur peut, à son tour, être le préempté. première conséquence de la préemption universelle, l'élever à leur plus haute valeur les prophètes de toute % assujetties à l'impôt transformé en assurance gênét spéciale; la seconde conséquence, c*est de rendre la

d'assurance d'autant plus faible que la richesse pn- I sera plus considérable; la troisième conséquence, l'ouvrir à Tactivité individuelle un monde nouveau, le donner h la spéculation Tentière liberté de son essor; trième conséquence, enfin, c'est de résoudre les diffl- , réputées jusqu'à ce jour insolubles, qui s'opposaient à e les fruits du travail scientifique, artistique, littéraire, riel, fussent considérés comme des propriétés, ayant les s droits h la pérennité que la propriété immobilière et ière.

égimc admis de la préemption universelle, il n'y a plus ^tifs, ni fondés ni spécieux, il n'y a plus de prétextes i]ue l'inventeur, le savant, l'auteur, l'artiste ne possédas les œuvres qui sont les leurs, aux mêmes titres et ions quo le cultivateur possède les fruits de la terre t ensemencée, du pré qu'il a fumé ou de la vigne qu'il tée.

e détenteur d'un domaine ne sait pas en tirer tout le ]ue ce domaine comporte, il pourra être préempté; de

si le détenteur d'une invention ne sait pas l'exploiter, il I être préem])té ; pareillement pour le détenteur d'une ) littéraire, auteur ou éditeur. Alors la concurrence, qui t qu'un champ étroit sur lequel se pressait et se ruait •ule immense et compacte, devient un champ libre où n peut se mouvoir librement dans le rayon de son apti- Des am/^liorations et des progrès de toute nature, qui itraient, dans Tordre vicieux des choses, d'invincibles '.les, n'en rencontrent plus. Chaque chose prend d'elle-

son niveau et rien n'arrête plus l'élan de chaque te. Dès qu'il on est ainsi, le travail aboodSi et ses friiits Itiplient en suivant la progression géométrique.

488 LA PROPRIÉTÉ tTSTVERSELLE

Qu'importerait alors la question de savoir si le sol doit appartenir à la propriété collective ou à la propriété indiîiduclle ? Ce ne serait plus qu'une question oiseuse. Ce qui importe, c'est que, par la loi naturelle du travail et de l'épargne, la terre, passant des mains oisives aux mains laborieuses, soit définitivement possédée par les plus capables d'en tirer tou9 les produits dont elle est susceptible, en y appliquant les procédés et les instruments les plus perfectionnés.

Je suppose qu'un nouveau Fulton ait inventé une machine à vapeur labourant la terre aussi facilement, aussi rapidement que le steamer laboure la mer, mais que cette machine ne puisse être avantageusement employée qu'à la condition d'avoir à parcourir d'immenses espaces ; je suppose que cette machine à labourer soit à la charrue en usage ce que le métier à filer est au rouet, que Timpuissance de soutenir la concurrence sur le marché a condamné à l'abandon; eh bien! dans les conditions de la propriété terrienne, telle qu'elle est morcelée, cette machine serait sans utilité, car elle serait sans emploi ; tandis qu'avec la préemption il serait aussi facile de l'appliquer qu'il est facile maintenant de transporter en huit heures, de Paris à la frontière belge, mille voyageurs par le chemin de fer. De riches compagnies se formeraient; elles préempteraient toutes les terres dont elles auraient besoin; puis elles diviseraient leur fonds social en actions qu'elles émettraient. On serait alors actionnaire du sol comme on est actionnaire d'un chemin de fer.

J'entrevois dans l'avenir une époque où l'agriculture se divisera en agriculture à l'eau froide et en agriculture à Ven chaude: où la terre, avant d'être ensemencée, labourée, herséo, subira des préparations analogues h celles que la laine subit avant d'être convertie en drap tissé, tondu et apprêté. Avant de labourer la terre, on la nettoiera, on en extraira les pierres , on la cardera, en quelque sorte , comme on nettoie et comme on carde, avant de les filer, la laine et le coton.

Dès qu'une opération est susceptible d'atteindre une rigoureuse précision, la machine peut s'en charger? L'homme n'a plus qu'à s'effacer ; ce qu'il faisait, elle le fera mieux n lui; et, si elle ne le fait pas tout de suite, elle le fera ploa

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