LIVRE PREMira
Qii*il porte avec lui la mémoire et la raison, comme la flamme porte avec elle la chaleur et la clarté ;
Qu'il ne revit charnellement que dans l'enfant qu'il procrée ;
Qu'il ne sorvit intellectuellement que dans l'idée ou l'action par laquelle il s'immortalise ;
Qu'il ne doit donc pas s'attendre à recevoir dans une vie future la récompense ou le chAtiment de sa conduite présente;
Que, moralement, le hien et le mal n'existent pas substantiellement, absolument, incontestablement par eux-mêmes; qu'ils n'existent que nominalement, relativement, arbitrairement ;
Qu'il n*existe effectivement que des risques contre lesquels rbonome, obéissant à la loi de conservation qui est en lui et commandant à la matière, cherche à s'assurer par les moyens dont il dispose.
Les moyens qu'il emploie ont changé et changeront encore ; mais le but est resté constamment le même.
Moralement, qu'appelle-t-on le bien ?
Moralement, qa'appelle-t-on le mal?
Si le meurtre s*appelle le mal, quel nom doit-on donner à la guerre? Pourquoi absoudre la guerre et condamner le meurtre?
Si le vol s'appelle le mal, quel nom doit-on donner à la conquête? Pourquoi absoudîre la conquête et condanmer le vol?
Du risque de l'attaque est née la nécessité de la défense ;
De la nécessité de la défense est née la pensée de •'awociar ;
De la pensée de s'associer sont nées, sous divers noms, la commune et la nation, l'une étant à l'autre ce que la javelle ^ à la gerbe.
Les nations, alin de diminuer les risques d'atteinte portée à cr qu*eiles appelaient et ù ce qu'elles appellent encore leur indépendance, se sont longtemps appliquées à grossir le chiffre de leur population et à reculer la limite de leur territoire jusqu'à ce qu'elles eussent pour frontières, autant que possible inviolables, les fleuves les plus larges st les montagnes les plus hautes.
16 L'ASSURANCE UiNIVERSELLE
Du risque d'être tué ou volé sont nées Tinstitation de la justice et Torganisation d'une puissance publique , dont Texercice soit à Tabus de la force individuelle ce que le contre-poids est au poids.
Ainsi, chaque risque a donné lieu à un moyen correspondant de l'afl'aiblir ou de l'écarter.
Isolément et absolument, l'honmie par lui-même vaut peu ;
Collectivement et relativement, il ne vaut beaucoup que par les choses qu'il a réussi à placer sous sa dépendance. C'est ainsi qu'indirectement et en apparence il se perfectionne, mais directement et en réalité il ne se perfectionne pas.
S'il franchit maintenant l'espace plus rapidement qu'il ne le franchissait autrefois, ce n'est pas tju'il marche plus vite ou plus longtemps qu'il ne marchait à une autre époque; c'est que la chose qui s'appelle moyen de transport ou moyen de communication est, relativement à elle-même, moins imparfaite.
De ce qui précède je tire cette conclusion, que c'est à perfectionner les choses sans relâche et sans fin que doit s'appliquer l'homme , puisqu'elles lui rendent multipliécî^ presque à l'infini la valeur et la puissance qu'il leur a données.
S'il est vrai de dire que les peuples ont le gouvernement qu'ils méritent, il n'est pas moins vrai d'ajouter que l'homme a socialement le sort qui est le résultat des efforts communs de sa génération et des générations antérieures.
Donc, la mère et le père qui se survivent dans la fille et le fils, s'ils chérissent leurs enfants, ne doivent rien épargner pour que leur postérité coure le moins de risques possible, conséquemment pour que Tordre social soit aussi parfait que le comporte l'amélioration des choses.
Le calcul des probabilités appliqué à la mortalité humaine, aux risques maritimes, aux cas d'incendie ou d'inondation, a donné naissance à une science nouvelle, qui n'est encore qu'à son berceau : — celle des assurances. Le calcul des probabilités appliqué à la vie des nations, aux cas de guerre et de révolution, est le fondement de toute haute politique. Selon que ce calcul est rigoureux ou faux, approfondi ou dédaigné, la poUtique est glorieuse ou funeste, grande ou petite. Gouverner, c'est prévoir; ne rien prévoir, ce n'est pa