i(ouvernenient et sur la politique tout enlie»re: fiii
>anl les frais des élections d'hommes politiques cpi'il
uu'a désormais h sa dévotion; plu» souvent, et plus
irilenient, circonvenant, soit par rétribution directe
l ))rutale, soit par les innondjrables services que
l'homme riche peut rendre à l'homme pauvre, Icdépulé
une fois nommé; glissant partout, dans les bureaux
lie rédaction, dans les comités électoraux, dans les
<»mmi8sions parlementaires, dans les bureaux des
linistères, sa main souple, puissante et secrète, qui
ouvent fait agir, et énergiqucment, des hommes à cent
lieues de savoir qu'ils agissent par elle.
11 n'est pas vrai encore, il le sera domain, que, sous
Ions les gouvernements ofliciels de la planète, il y a des
ouvernemcnts occultes qui dirigent tout sans paraître
l <pii élaborent la vie politique sans qu'il semble qu'ils
'y mêlent. Il ne sera pas vrai demain, mais il le sera
prés (lemainpent étie, (pie sous tous les gouvernements
'Kiciels de la planète, il y a un seul gouvcrneincnt qui
mène le monde et qui tient, sans montrer ses doigts,
tous les rouages, tous les leviers d'aiguilleur, tous les
(ils et toutes les licelles.
Ce gouvernement on voie de formation n'a aucun il»'»!, ni moral, ni inlellectuel. Il n'est ni bon ni m. < linnt. Il considère l'humanité comme un troupeau «lu'il faut faire travailler, qu'il faut bien nourrir, qu'il
faut empêcher de se battre et qu'il faut tondre. Il est essentiellement pacifique, dévoué à l'ordre matériel, et insoucieux de tout progrès intellectuel, artistique ou moral. Il ressemble trait pour trait à l'empire romain. Comme lui il veut c la paix romaine •» et le monde tranquille dans une concorde et une unité toutes matérielles ; — comme lui il est international, ne tient pas à une capitale plutôt qu'à une autre, regarde toutes les nations du même œil, ne favorise nullement la prédominance de l'une sur l'autre, n'a pas de patrie, et tend, sans du reste s'en inquiéter, à exténuer dans le monde l'idée de patrie ; — comme lui il est rebelle aux innovations de l'ordre intellectuel ou moral, et s'il naissait un nouveau christianisme, le verrait s'élever avec déplaisir. Il est le gouvernement industriel que lesSaintsimoniens ont rêvé, tout simplement parce qu'ils le voyaient se former et qu'ils savaient voir et prévoir. H est le gouvernement strictement positiviste qu'Auguste Comte, également, a vu se dessiner, et que, plein de terreur à ce spectacle, effrayé dans son idéalisme de haut penseur, il aurait voulu contrebalancer par un gouvernement des âmes. Il est le pouvoir temporel, et strictement temporel, des temps nouveaux*.
1. « En général, ce n'est plus l'ambition des princes, mais bien les dispositions des peuples, le malaise résultant de la situation intérieure, les menées des partis, celles surtout de leurs chefs, qui compromettent la paix. Les grandes guerres modernes ont pris naissance contre le gré des souverains, qui ne les désiraient pas. De nos jours la Bourse a pris une influence telle que pour la défense de ses intérêts elle peut faire entrer les armées en campagne. Le Mexique et l'Egypte ont vu apparaître des armées européennes venues pour donner satisfaction aux réclamations de la haute finance. » (Maréchal de Moltke.)
QUE SBHA LE XX* SlàCLB? 263
('.'est à cause de lui et contre lui que le socialisme s'csl dressé. Sans doute le socinlismc est tr^s complexe et sous ce nom l'on entend couramment les choses les plus diverses et presque les plus contraires: mais en son fond il est une révolte contre le despotisme de l'argent, et particulièrement— beaucoup plu? individualiste en cela qu'il n'a Tair de Tôtre et qu'il no croit l'être — une révolte contre renrégimenlation des travailleurs, que t le travail par grandes entreprises > a rendue nécessaire.
Ce n'est pas un sentiment très Ixmu, ce n'est pas un sentiment stoïtpie ou chrétien; mais c'est un sentiment très naturel que de soulTrir impatiemment que quelqu'un soit beaucoup plus riche que vous. Ce n'est pas sa richesse qui vous exaspère, c'est sa force. On ne lui en veut point de jouir davantage; car l'homme a, je crois, le sentiment confus qu'il y a une très faible inégalité de jouissances entre les hommes; mais on lui en veut do ce qu'il peut tout ce qu'il veut et de ce qu'on ne peut rien contre lui.
Ce sentiment est beaucoup plus fort que celui qui animait nos pères contre les chAlelains de 1788. Les paysans de 1788 n'en voulaient point précisément à leurs € seigneurs » d'être riches; ils leur en voulaient d'être gênants, avec les restes des droits féodaux, droits de passages, etc. L'ouvrier du xix' siècle en veut à son patron d'être riche; mais cette fois vraiment riche, riche d'une manière incomparable, et d'être le maître absohi du travail, sinon personnellement, du moins collectivement, puisque changer d'usine ne sti ait nullement changer de traitement et qu'on peut
considérer tous les patrons comme un seul patron faisant travailler à rextrème minimum de salaire
Cette inégalité de richesse d'une part, inégalité formidable; cette enrégimentation qui ressemble à du esclavage, d'autre part; sont les deux grands griefs sur quoi repose tout le socialisme.
L'inégalité de richesse entre le seigneur et le paysan était, dix-neuf fois sur vingt, moins choquante; l'inégalité de richesse entre l'ouvrier du xviii° siècle et son patron était presque nulle, chaque patron n'ayant autour de lui que quatre ou cinq compagnons, et n'étant qu'un premier entre égaux. Mais avec le travail centralisé, cette inégalité devient énorme, sans qu'il y ait de la part du patron la moindre avidité. Un patron qui occupe 500 ouvriers et qui gagne « sur eux » cinquante mille francs par an, s'il leur donnait vingt-cinq centimes de plus par jour, ne diminuerait nullement leur misère et se ruinerait net. Donc il ne les leur donne pas. Il n'est pas avide; il n'est que prudent; il n'est que raisonnable; mais cependant l'ouvrier constate entre son patron et lui une différence de quarante-cinq mille francs par an, et il est impossible que cette constatation ne soit pas douloureuse. Ce n'est la faute de personne, si, par le fait de l'industrie centralisée, il n'y a rien, pour le patron, entre gagner trop ou se ruiner. Ce n'est la faute de personne; mais la disproportion entre la richesse du patron et la misère de l'ouvrier reste le fait visible, et est torturante.
De môme, et encore plus, l'enrégimentation. C'est tout autre chose de travailler avec un petit patron qui ne gagne guère plus que vous et qui a le souci de l'en-
Iropriso, et do travailler dans l*u8inecnscme pour im pnlnm anonyme, souvent collerlif, (ju'on ne voil jamais, h qui les plaintes n'arrivent jamais et qui a Tair d'un Dieu inconnu, im|>érieuxct inqtlacable. Dans le premier cas on se sent un « conqui^non », un colla boratcur; on se sent un homme; on se sent, souvent. plus heureux que le patron; et, si Ton a sa petit' bition, on peut très légitimement espi^rer ^trc pat mu un jour. Dans le srcon*! on se srnt un simple salarié; on se sent un roua^; on se sent une chose; et Ton n'a absolument aucune espérance fie cesser jamais d'être un rouage et une chose, ^u'on chan^'e d'usine, ce n'est que changer de lieu, non de condition. C'est ii peine une déclamation de dire que la grande industrie a rétabli l'esclavage. Sauf le droit do vie ou de mort, l'ètn» anonyme qui s'appelle l'industrie mo<lerno est h l'ouvrier exactement ce qu'était le maître ji l'esclave antique. Ce citoyen, qui possède l'absolue liberté politique, n'a pas, en vérité, de liberté individuelle, ('e n'est la faute ni de la société, ni du code, ni du patron, ni de personne; c'est la faute do la civilisation qui a pris ce chemin et non un autre; mais le fait n'slo, le fait, visible et palpable, et il est incontestabh* «ju'il <'sl douloureux.
Tout le socialisme vient de là, comme révolte; remarquez qu'il vient de là aussi, comme théorie.
Si la grande majorité des socialistes, tout en ayant pour fond de doctrin(^ l'horreur de l'oppression de l'individu et l'amour ardent de la liberté individuelle, malgré cola en vient toujours à réclamer l'intervention de l'État dans les contrats de travail, et l'organisation,
. telle ou telle, du travail par l'Élat; si, partant de l'idée d'affranchissement, ils aboutissent à une idée qui, réalisée, ne serait pas autre chose qu'un despotisme terriblement dur: si cette contradiction qu'on leur reproche les étreint quoi qu'ils fassent, et s'ils s'épuisent à s'y dérober; c'est qu'elle est forcée; c'est que contre la force centralisante qui est la ploutocratie, il est assez naturel et presque inévitable qu'on s'appuie sur la force centralisante qui est l'État; c'est que, contre cette machine de centralisation qui est la ploutocratie, il faut, ou en créer une autre, ce qui vaudrait peut-être mieux, mais serait difficile et long, ou essayer de se servir de celle qui existe, et qui est l'État; c'est que l'individu engagé dans le monde industriel n'a guère, ou croit n'avoir guère que le choix entre deux despotismes, et choisit le plus léger, à savoir celui sous lequel il n'est pas.
Et, tout de même, si les socialistes ont en général des tendances internationalistes, c'est que la force qui les gêne est internationale elle-même; c'est que le marché est universel, malgré les barrières, de plus en plus faibles, des frontières et des douanes; c'est que le nivellement des salaires et l'affaiblissement des salaires est produit par une concurrence qui est universelle et une surproduction qui est universelle également; c'est que les maîtres du marché universel ne tiennent aucun compte et ne peuvent tenir aucun compte des nationalités et règlent le prix des marchandises et les salaires des travailleurs selon la valeur des matières premières dans le monde entier et selon la moyenne, ou plutôt selon le minimum , des salaires dans
I(> monde entier; et si l'indu»trie est internationale, si l.s chefs de rindtisirie ont un caractère internatioiiul, force est bien aux sol«lats de l'industrie dr se donner une organisation internationale s'ils le peuvent, d'essayer des ententes et des intelligences internationales, (lavoir, en tout cas, un <*spril prolétaire inl(M*national. Ploulorratii», c'cst-'i dire puissance de la richessr mobilière, aristocratie de I*argent centralisé, extrèmcmont mobile et facile h manior; aristocratie qui dans cha({ue nation pèse sur la politiiiuc et la vie sociale de cette nalion; qui, à travers et comme au-dessus des dilTérentes nations, pèse sur la politique internationale, crée un nouveau droit des gens, force les Étals et les nationalités à compter avec elle; en général a un esprit pacifique, quelquefois fait déclarer des guerres d'intérêt financier ou commercial et substitue les guerres d'intérêt aux guerres de passions nationales; augmente et aggrave le prolétariat et le paupérisme; crée une armée internationale de révoltés et, ainsi, substituent peut-être des guerres internationales entre classes aux guerres nationales entre peuples : voilà le troisième grand fait général qui caractérise le \ix« siècle.
Les causes de ces trois grands faits sont intéressantes à examiner et très utiles à connaître, parce qu'on ne connaît vraiment un fait que quand on en (Ninnaîl la cause. A connaître un fait sans en avoir démêlé la cause, on le décrit plutôt qu'on ne le définit.
et on l'envisage plutôt qu'on ne le comprend. La cause connue nous donne du fait ce qu'il a de permanent, de durable, de non accidentel, et nous permet de prévoir un peu les conséquences qu'il pourra avoir.
Aux trois grands faits historiques que nous avons reconnus plus haut je crois voir un certain nombre de causes qui ont un caractère négatif, et un certain nombre de causes positives. Les premières ont permis à ces faits de se produire; les autres les ont produits.
Ce qui a permis aux grands faits contemporains de se produire, c'est la disparition ou l'affaiblissement progressif des anciennes forces morales. Je dis des anciennes; parce que je crois que de nouvelles sont en train de se former; et ce n'est pas la moralité humaine que je crois qui fléchit; mais les anciennes formes que la moralité humaine avait prises que je crois qui disparaissent. Les anciennes forces morales dont vivait l'humanité étaient la religion, l'instinct national et l'honneur de caste. Toutes les trois se sont atténuées, plus ou moins, et les unes beaucoup plus que les autres, mais toutes les trois ont subi une diminution.
Elles se sont atténuées surtout comme forces collectives, comme forces associantes. La religion subsiste et elle persistera, je crois, toujours ; mais elle devient sentiment individuel; elle devient < le sentiment religieux », c'est-à-dire qu'elle est une force toute personnelle, très grande chez quelques-uns, très faible chez d'autres, nulle chez un certain nombre; non plus une force générale qui rassemble, qui réunit, qui lie et qui donne la puissance invincible d'un faisceau. Remar-
V»lir. nt-.ÉiA Lh .\ .\ .^ih.é.é
ipioz que, désorinais, signe très caracléri»tiquc, In sriitimcnt relij^icux a sa piulcur. On le savoure jalonsiMuonI, on ne le dissimule point, non plus; mais on II»' le confesse pas, on ne le déclare pas. On sent qu'il est une des choses qui distinguent du vulgnire et (lunt il convient d'avoir la fierté, sans les comproniotlrc à les manifester. Il en est au xix* siècle du sentiment religieux comme de la cliasloté. LMiomnio chaste est non seulement fier, mais hautain de Tètre; nuiis il n'en fait pas profession, et ne s'affirme pas publicpiement comme tel. Les sentiments de ce genre sont des sentiments individuels, très forts, non seulement aussi forts que s'ils étaient proclamés, mais beaucoup plus, et tels que l'on y tient avec une sorte de ferveur pieuse et de dévotion sacrée. Seulement ils n'ont aucune force sociale, ou presque aucune. L'homme religieux do nos jours, personnellement très pur, très intact, très fort, admirable citoyen, père de famille vénérable, solide pierre de l'édilice social, — comme puissance d'apostolat, de groupement, d'assoeialion, comme force véritablement sociale, a moins d'inq>ortanc^, parce (|u'il a moins d*action, qu*un orateur de club de sous-préfecture.
L'honneur est tout de même. Comme sentiment indi viduel il est, chez qiif^lques-uns, et même chez beaucoup, d'une très grande puissance, d'une plus grande puissance peut-être que quand il était sentiment do caste. Mais comme force sociale, on peut dire qu'il n*«»xi8te plus. 11 n'y a plus d'association d'honneur, de groupement humain dont l'honneur soit le fondement el !<' lien. Ni une noblesse ayaid l'IioniKnir du nom
comme viatique et comme réconfort; ni une magistrature ayant les traditions de l'ordre comme loi particulière et comme code de caste; ni corporation ouvrière ayant, pareillement, ses traditions dont elle soit fière et dont elle inculque les [principes aux nouveaux venus; non, rien de tout cela n'existe plus.
L'instinct de patriotisme est très loin d'avoir fléchi autant que les autres principes d'action de jadis. Il est très fort encore chez les peuples récemment vaincus, récemment vainqueurs, ou récemment promus à la dignité de nations. L'âpre et tenace ressentiment des Français, qui est encore ce qu'ils ont de meilleur, la mégalomanie des Italiens, l'orgueil des Allemands sont des formes, et très vives, du patriotisme; et si l'on ajoute à cela que les Anglais, comme de nature, et quelles que soient les circonstances, sont, non point par crises, mais d'une façon égale, le peuple le plus patriote de l'Univers, on conviendra qu'il y a encore beaucoup de patriotisme en Europe.
Cependant l'instinct de patrie, sinon s'affaiblit, du moins tend lui-même à s'affaiblir. Il est comme usé msensiblement, très lentement, par plusieurs faits généraux et permanents de grande importance.
Il l'est par différents genres de cosmopolitisme, qu'il serait ridicule de prendre chacun pour un facteur très considérable, mais qui, cependant, s'ajoutant les uns aux autres, ont leur valeur et doivent être comptés.
Le cosmopolitisme des classes aisées, leurs déplacements faciles et rapides, l'uniformité d'habitat et d'habiîî'iles, de mœurs par suite, que ces déplace-