Le Finistère
et Dieu. Que je croie ou non à la pe^sonnaIité ou à la liberté humaine, à l'existence de Dieu, à Timmortalité de l'âme ^ à la révélation et au miracle, qu'importe à l'État? qu'iniporte à la société? Catholique, protestant^ Israélite» libre penseur, panthéiste, athée ou sceptique, chacun peut être un honnête homme et un bon citoyen, parce que la divine Providence a gravé dans nos cœurs certains principes de morale éternelle que n'ont besoin d'enseigner ni les religions ni les livres et qui s'imposent à la conscience humaine. Mais si la morale est une, les religions sont diverses, et leur diversité impose à l'État une indifférence et une neutralité absolues. Accordera l'État le droit de répandre l'instruction religieuse, déclarer cette instruction nécessaireet obligatoire ne serait rien moins qu'une odieuse violation de la liberté de conscience. Ceci nous suffit pour établir qu'un abîme sépare l'éducation intellectuelle et l'éducation religieuse.
Abordons l'éducation intellectuelle. Lire, écrire et compter constituent pour tous des opérations identiques de l'esprit, et l'objection tirée de la diversité des croyances religieuses n'a que faire dans le domaine de ce qu'on est convenu d'appeler Vinstruction primaire proprement dite. Il ne s'agit là que d'opérations de l'esprit. La lecture, l'écriture et le calcul ne sontque les instruments nécessaires à la connaissance des choses, au développement de l'intelligence, au progrès des idées. Examinons si la société n'est point directenflent intéressée à ce que tout homme acquière et possède ces instruments de la connaissance sans lesquels il est impôd^ sible à l'esprit humain de dépouiller le manteau d'ignorance et d'erreur dont il est enveloppé naturellement.
Celle question veut être examinée à deux points de vde :
L'iNSTtlUCtlb* GhATUITE ET OBLîbATOlRE 7l
il Tàut envisager rhôhime sticcèssiverhent àb sein de la famille et au seitl de la Société.
Dàhs un livre à lé fois élégant et £ltislël*é silt^ là philosophie dli bonheur, M. Paul Jariet traçait récemment le ttiblëad dèâ Jouissance^ intellectuelles, les t^liis hautëé et lés plus pure^ qui soient données à rhotnmê sur la terre. L'hotUtRëi ëât héUrëUx suivant qu'il trouvé une satisfbctiôh pitiâ ou nlbins complète aux besoins de sa nature. ÉléVër sdîi esprit àu-déssus des choses matérielles de là vie, pénétrer ({Uelques-liiis dés hiystères qui l'environnent, savoir ëë t{ùi se passe auteur dé soi de près ou de loin dahâ le moride^ tivrë àVeë âés semblables eh éommiiriàUté de sentiniehts eî d'idéeë est à coup sfi^ un des instincts les plus ihipéfiebit; Uri it*rësistible besoin de i'âmé humaine, ce besoin (jiii âë trahit fclléz l'enfant par une curiosité ilàïve, inquiète, àrdehle, pàt le désir pressant et perpétuel dé tblit Volh tout saVoir et tout comprendre ! et ceiix qui drit lé bohhélir d'être les privilégiés de la pensée, ceux qui sàtéht tbiit lé prix de la science et le chartne inOni des jouissances ihtel- ' lectuelles, doivent se demander s'il est permis de comprimer dès ses premières années l'élan naturel et spontané d'urie âme jeune, tendre et sensible ; de la priver à tout jattais, en là plotigéant dans les ténèbres de rigttcftâhce, dé ces distractions aimables, dé cesjouissahceâ intithës et profondes ({ùi sont parfois tout le bohhéur, la joie et là ëonstilalion dé là vie. Cet idpérleiix besoin dé l'àme he dôit-iî ptiliHt se traduire en un droit pour Ténfahl, èh un ÛèHbl^ pour la famille et pour la société? Ajoutons qu'ati |)oirlt dé vtie iHatérlel, dah^ un temps ôrù rintélligeiicé et la sèiëhce président à tdiites les affaires et à toutes lés industries, ofi
elles sont souvent indispensables pour se créer les ressources le plus nécessaires à la vie, où l'ignorant est relé' gué au dernier rang de la société, où néanmoins, grâce au souille égalitaire qui a traversé la France, chacun veut sortir de son milieu, s'élever et grandir, nous disons que Tenfant a droit à l'instruction parce qu'en effet, à un moment donné, elle peut être une condition nécessaire de son existence. Tous ces besoins se traduisant en un droit pour l'enfant, ce droit veut être protégé et sanctionné par la loi; et nous ne comprenons pas qu'à ce droit incontestable et parfaitement défini, nos adversaires opposent ce qu'ils appellent le droit et la liberté du père de famille, apparemment ce droit souverain du père vis-à-vis de son enfant qui lui doit tout, et auquel il ne doit rien, cette liberté absolue que la sauvage logique du droit romain primitif consacrait jusque dans ses conséquences les plus effrayantes, en donnant au père droit de vie et de mort sur son enfant t La liberté du père de famille I est-elle méconnue et violée, quand la loi impose au père l'obligation de nourrir, d'entretenir, d'élever son enfant, de lui fournir plus tard en cas de besoin une pension alimentaire ? Est-elle violée, quand la loi déclare le père civilement responsable des crimes, délits et quasi-délits commis par son enfant ? Est-elle violée, quand la loi, considérant en quelque sorte les enfants comme les copropriétaires de la fortune de leur père, ne permet pas à ce dernier d'en disposer à son gré par testament? La liberté du père de famille! est-elle méconnue et violée, quand la loi, dans un but de protection et d'humanité, limite les heures de travail dans les manufactures et ne permet pas qu'on spécule sur la faiblesse d'un enfant sans volonté et
sans défense? La liberté ! qu'en faites-vous^ lorsque, à Tâge de vingt ans, la conscription militaire vient arracher l'enfant pour un certain nombre d'années-, les meilleures de sa vie, à sa famille, à son foyer, à ses travaux, pour l'engloutir au fond d'une caserne ou l'envoyer mourir sur le champ de bataille? Non, non ! ne dites pas qu'en réglant les droits et les devoirs de chacun et en protégeant la faiblesse, la loi est arbitraire et violente t Alors qu'en consacrant des obligations réciproques elle resserre les liens qui unissent le père et l'enfani, ne dites pas qu'elle porte atteinte auxdroits de la famillel Quand le législateur a inscrit ces mots dans l'article 205 du Code civil : <c Les époux contractent ensemble, par le fait seul » du mariage f F obligation de nourrir , entretenir et élever leurs > enfants^ » il n'a fait autre chose que sanctionner une règle de morale et de droit naturel. Nourrir et entretenir^ voilà pour la vie physique et matérielle; Elever^ voilà pour l'éducation de l'àme, et nous demandons si l'on peut faire mpins pour développer l'esprit de l'enfant que de lui ap* prendre à lire, écrire et compter — le minimum de Tinstruclion primaire!
Nous reconnaissons que dans certaines circonstances, au sein des familles qui se trouvent dans un état voisin de la misère, où chaque sou qui s'ajoute au salaire du père de , famille vient alléger les privations de chaque jour, il peut I sembler pénible de renoncer, dans un vague intérêt d'édu- • cation intellectuelle, à l'obole du pauvre enfant qui rentre le soir au foyer paternel à la suite d'une de ces longues journées de travail où s'épuisent ses forces et s'étiole sa jeunesse. Cette objection n'a point arrêté ceux qui ont fait la loi de 1841, si insuffisante d'ailleurs, sur le travail
7i QUESTIONS POLITIQUES ET SOCIALES
dés manufactures : on l'opposait alors comme on Toppoi?^ aujourd'hui. Le législateur a pensé qiiè son premier d( était de proléger l'enfant, qu'on se servait souvent d'i prétexte pour abuser de sa faiblesse et l'exploiter; qu'il rff avait pas loin des nécessités de la misère àiix spéculation intéressées ; que maintes fois le patron avait poui* complice le père de famille ^ Si la seule objection qui vous arrête est la misère de quelques familles, nous pouvons vous repoiidre que la charité n'est point bannie de la terre, et qu*ëllS ira frapper à la porté du pauvre : persorlné ne ifiriéûrt dî faim en France ! Mais noiis n'aimons poiiit à faire appel I la charité qui dans îihe société forte et bien organisée doit s'effacer de jour eh jour devant les frijits du travail : tout homme valide petit et doit gagner soii pain et celui dé ses enfants ! Bemarqiiez d'ailleurs qiie si vous supprimez une bonne partie du travail des enfants dans lés nbahufactiiré^ pour les envoyer à Técolé, cette diminution de feèsôurcéS finira nécessairement par se traduire eh une augiiiéhtàtioif jl quelconque du isaiaire des ouvriers : c'est une loi écono- 1 mique certaine et infaillible. Aucune transaction n'est possible sur la question de l'enseignement primaire ; le droit i de l'enfant veut être respecté : debetur puero irèverentia. On > n'a pas lé droit de disposer de son avéîiir, ëi c'est lé briser ] que de laisser végéter l'esprit de l'enfant dans une complète j ignorance. I
Ainsi l'enfant a dés droits vis-à-vis dé son jpére. Il nous resta à démontrer très-rapideinent que la société k soii tour a des droits vis-à-vis du père et de l'enfant.
1. T. i'eldquelit ouvragé de M. J. Simon sur VOuvriêr de huit am.
f VlHiÈtCtloii ÔRAtUITE fef dbLIGAtOIRE 75
Qlli n'a jeté l^s yeux âur les statistiques criminelles? Qui
Ékil coitableri est efthiydnte la prtiportiod dés ci^irliès et
ééhts commis par des gens ne sachant ni lire ni écrire ? Là
Ubiéié de sàtlrait, elle, piiiser dahs 6e fdit, irrécusable et
ffkprit, Ib droit d'inipô$e(* â toUs ritiâtrUfetion prthnaire,
ilôHl ({de hon-setilbrheilt lé ndmbre deâ ébhdâMhés igdd-
Hûik éâ itaBnilnèdt 6^itéHéd^, mais que ce nbtMbre déërdlt
iteb là régularité et là précision d'une loi màiHénlati()b6»
tirtbilt où se prbpage Tinstructidd primaire? Les constàta-
tilMH^ ôfflclëllM të proclardedt; en vôiciun exëtnple, tiré
il*IUl Eâpbséib là situation de l'Empire^; M. Juleâ âitnbd à
èé tè rëWàrctiiablé paâ^ge dadâ sbn livre ^tii* rË6ole : i II
i faut que le pays se pédëtré bien dé cette Mérité, que
» l'àrgéiit dépensé pour lés écoles sera épargné pdur les
i prisoris. -^ Délit fàtts considérables ^e produisent au
» sein de notre société : T augmenta tloti prëgréssivè de la
^ pôpUtatJtltl scolaires qUl s*est àCcHje depuis 1848 d'un
'million d'enfants, et la dirdinutiod*dé la crtmidalité qui,
dé 184:^ â 1860, à baissé de près de dioitié, ce qui oblige
en ce moment Inéme l'admidistratiôd de Tintérieur à
supprimer une prison centrale.Dads le département des
Hadte^Alpéâ la popuiàlitiu a si bien pris THabitude de
dôildël* l'idàtrdëtidti primaire à ses enfants c|Ue les écolë^
SdUt pléldéS ; Mais là prïSdd de BHànçorï a été vide plu-
sietiK fbis cette àdnéë. i detteé, aUs^i longtemps qUe
Itf^ rhutiiàdité; àusd longtemtis qu'il ^ aura des Hddidiës
l des femtdës sUf là terre, il y dura des ticës et des pàâ-
dds, dëS àttedtàts et des cridiës ; rriàis sans poursuitre Un
!éàl impossible, il faut réaliser d'immenses prdgrès, et