M. de Lamartine, Court de littérature, 35* entretien
) Après tout la papauté a fait au premier consul assez de » concessions pour qu'un rapprochement pût être ménage 1 sur le terrain de la liberté, à supposer que l'Église galli- I cane se fût consolidée et étendue. Elle était en pleine voie i de prospérité à la veille du 18 brumaire, car le culte 1 avait été rétabli dans plus de trente-deux mille paroisses, I et tout marchait facilement et régulièrement. En même » lenaps le clergé insermenté, profitant d'une tolérance » plus grande, s'était partout répandu. M. Thiers va jusqu'à
> prétendre que ses adhérents étaient plus nombreux que » ceux du clergé constitutionnel, ce qui nous paraît empreint ) d'exagération. Il n'est pas moins certain que sous le
> régime de la liberté, la vie religieuse s'était ranimée. » Supposons cette liberté enfin complète et l'abrogation t entière des lois draconiennes contre le clergé réfractaire, » les progrès eussent été plus rapides, l'esprit de parti se » fût amorti ; des rapprochements se fussent spontanément
• opérés entre les diverses fractions de l'Église de France, » et on en eût fini pour toujours avec une religion officielle, » instrument de règne promptement transformé en puis- » sance inquiète, tracassière, sourdement hostile au gou- » vernement, sans dignité parce qu'elle est sans liberté, » mais non sans moyen de nuire, d'entraver et surtout de se » nuire à elle-même.
» Telle était donc la situation religieuse de la France » CQ 1801. L'asservissement de l'Église à l'État en échange
> de sa munificence et de sa protection avait en sa faveur » une longue tradition, celle de l'ancien régime et celle de
• la Révolution. La liberté de la religion avait pour elle une » expérience récente mais décisive, et qu'on n'avait qu'à
» poursuivre pour en connaître tous les bienfaits. Queiie » décision va prendre le jeune et impérieux général qui s'est » chargé des destinées du pays, malgré des résistances plus î
• vives qu'on n'a bien voulu le dire? Nulle détermination » n'était plus grave, car c'est surtout pour s'être trompée » dans cette question vitale que la Révolution s'est fourvoyée. » On sait le parti qu'il a pris. Il a fait le 18 brumaire de la » liberté religieuse, comme il avait fait celui de la libert^é » politique. Il a commis la même faute que la Révolutiorsr^i » seulement il a déployé pour le faire infiniment d'habilet ^^ » et c'est ce qu'on appelle un trait de génie *. »
M. de Lamartine, en parfait accord avec M. de Pressens^ ^» s'exprime en ces termes : « Sous le Directoire, les prc^^s- » criptions avaient cessé, les différents clergés professaie -»t » librement chacun leur foi et se faisant une libre concit^ r- » rence par la persuasion dans l'esprit des populations ch^r^é- » tienne^ , étaient également inviolables dans l'exerci ««^6 » purement spirituel de leur ministère. Il n'y avait plus, ^en » un mot, ni persécution, ni faveur, ni religion d'État, vécr^i- )> table condition de la liberté des âmes dans l'impartial 6t » inviolable exercice de leur loi religieuse, indépendante ^cJe » la loi politique ; situation sous laquelle nous voyons fleu^^ii* » dans le vaste continent américain la rçligion, d'auta ^^ » plus sainte qu'elle est moins humaine. Régulariser cetz^^^ » situation en France par des lois protectrices de cet:^ *^ » inviolabilité des consciences... établir la paix par ^^ » liberté, c'était là la pensée du siècle, le vœu de la raiso ^*>
• l'honneur de la religion véritable. Si le premier con^^'