LA BOÉTIE 1S
)rend fait et cause pour le droit et la justice, et nourrissant son àme de grands sentiments et de grandes pensées, écrit, tout jeune encore, dans ses jours d'indignation, dé fureur et d'enthousiasme, les pages les plus énergiques dans lesquelles personne ait jamais flétri le despotisme en exaltant la liberté I Le même souille anime toutes ces pages; c'est bien l'œuvre d'une âme jeune, nourrie des grands exemples de Rome et de la Grèce antique. Il faut les lire d'une haleine, on ne saurait analyser un pareil livre. Dites si jamais orateur, défendant la liberté du haut de la tribune, a trouvé de plus éloquentes paroles et de plus chaleureux accents :
a Aux batailles tant renommées de Miltiade, de Léonide, 9 de Thémistocles, qui ont esté données deux mille ans a, i> et vivent encores aujourd'huy aussi fresches en la mé-
> moire des livres et des hommes, comme si c'eust été » Taultre hier qu'elles feurent données en Grèce, pour le » bien de la Grèce et pour Texemple de tout le monde ; ) qu'est*ce qu'on pense qui donne à si petit nombre de » gents, comme étoient les Grecs, non le pouvoir, mais le » cœur de sousbtenir la force de tant de navires que la mer
> mesme en estoit chargée, de desfaire tant de nations, » qui étoient en si grand nombre que Tesquadron des Grecs » n'eust fourni, s'il eust fallu, des capitaines aux armées » des ennemis ? sinon qu'il semble qu'en ces glorieux jours là » ce n'était pas tant la bataille des Grecs contre les Perses^ » comme la victoire de la liberté sur la domination^ et de la » franchise sur la convoitise. — C'est chose étrange d'otCirpar- » 1er de la vaillance que la liberté met dans le cœur de ceux y* qui la défendent! » Le livre entier se maintient à cette
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hauteur. Trouvez-nous dans Bossuet de pareils accents et de semblables pensées I Ouvrez, feuilletez, lisez les moralistes compassés du xvii® siècle, apportez-nous une page qui soit comparable à ces quelques lignes i Le petit livre de la Boétie vaut à lui seul toute la prose des écrivains sacrés du grand siècle- La Boétie était une de ces belles âmes qui sont destinées à mourir jeunes. Honneur à Montaigne d'avoir su inspirer à ce noble cœur une aussi puissante amitié t Nous n'avons jamais rien lu de plus touchant que les pages qu'il a consacrées au souvenir de son ami < ...Nous étions à moitié de » tout » disait-il avec émotion après la mort de la Boétie ; 4 il me semble que je lui dérobe sa part I » — t Au demeu- » rant, écrivait-il encore, ce que nous appelons ordinaire- » ment amis et amitiés ne sont qu'accointances et familiarités » nouées par quelque occasion ou commodité, par le moïen » de laquelle nos âmes s'entretiennent. En l'amitié dont je » parle, elles se meslent et se confondent l'une et l'aultre > d'un meslange si universel, qu'elles effacent et ne retrou- » vent plus la cousture qui les a jointes. Si l'on me presse » de dire pourquoy je l'aimais, je sens que cela ne se peut » exprimer qu'en répondant : Parceque c' estait luy, parce- » que c* estait moy. Nous nous cherchions avant de nous » estre veus... Nos âmes ont une liaison si intime ensemble , » elles se sont considérées d'une si ardente affection et de »• pareilles affections descouvertes jusqu'au fin fond des en- » trailles l'une à l'autre que non-seulement je cognaissais j> la sienne co:nme la mienne, mais je me fusse certaine- » ment plus volontiers fié à luy de moy, qu'à moy... » — L'homme qui croyait ainsi à la réalité de l'âme humaine, qui