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LES AMIS ET LES ENNEMIS DE LA COOPÉRATION

L'idée féconde de Tassociation coopérative, faussée par certains socialistes de 1848, rectifiée et merveilleusement développée en Angleterre et en Allemagne, ne (levait point tarder à envahir la France en pénétrant au sein des niasses ouvrières, laborieuses, intelligentes, libérales, avides de progrès, qui sont la force et l'espoir de la démocratie française. Le temps n'est plus où quelques ouvriers se cachaient à Tombre des bois pour s'entretenir secrètement des intérêts et des besoins des travailleurs, où les mots d'associations populaires ravivaient de brûlants souvenirs et éveillaient les susceptibilités d'un pouvoir ombrageux. L'idée a fait son chemin. L'agitation coopérative grandit chaque jour; la coopération s'impose à la science

1. Les articles compris sous ce titre ont para, en 1867, dans diverses publications, notamment dans la Coopération, journal des soeiélés coopératives,

sociale, elle esl désormais une puissance avec laquelle il faut compter. Ceux-là mômes qui haussaient les épaules, traitant de chimères les sociétés ouvrières, ouvrent les yeux à l'évidence et s'inclinent devant la réalité des faits. Mais tous ne voient pas du même œil le mouvement qui s'accomplit au sein de la société. L'association coopérative a ses ennemis et ses défenseurs; les uns et les autres se divisent en différents partis dont les tendances commencent à se faire jour, et dont il est temps de fixer les nuances principales si nous voulons savoir où nous marchons.

La coopération a trois sortes d'ennemis :

Les ennemis ignorants, qui n'ont jamais pris la peine d'étudier avec quelque soin le mouvement coopératif; qui ne connaissent ni ses tendances, ni ses principes, et aux oreilles desquels ces mots chaque jour répétés de coopération, d'associations, de banques populaires, résonnant comme un appel à de mauvaises passions, semblent évoquer les vieux fantômes rouges à jamais évanouis.

Les ennemis clairvoyants, qui pressentent fort bien que l'association coopérative peut devenir le germe d'une révolution ou plutôt d'une transformation sociale; qu'elle a la prétention d'émanciper les travailleurs en réunissant dans les mêmes mains le travail et le capital, d'arracher ainsi graduellement et sans ^iolence aux détenteurs actuels du capital le monopole de la puissance industrielle; ils savent que toute association est une école de liberté, que tout sociétaire est un citoyen, et que des hommes indépendants ne s'unissent jamais pour débattre en commun leurs intérêts matériels sans aborder parfois les questions qui tou*

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