‹ Questions politiques et socialesChapitre 27 sur 38 · M. Schultze-Delitzsch à M. Horn · texte numérisé non relu

M. Schultze-Delitzsch à M. Horn

« Ne pactisons pas avec cette politique!

> Transférez le congrès en Belgique, ou mieux encore en Allemagne , » Heidelberg, Mannheim. Goblenz, Cologne, n'importe où tous voulez t C'est • meilleure réponse à ce système d'arbitraire.

<' » Personne ne vous entravera chez nous, en Allemagne; je vous le garan » sur mon honneur.

> Je ne viens plus à Paris ! J'entends délibérer librement ou point!

> Deux mots de réponse, s'il vous plaît.

» Votre, » Sghultze-Dblitzsgh. >

LE CONGRÈS COOPÉRATIF l«l

chose qu'une manifestation politique ? Les étrangers ne s*y seraient point associés. Osera-t-on calomnier et son but et ses nombreux adhérents, en qualifiant ses doctrines d*anti* sociales ou révolutionnaires? Ses tendances inspiraient-elles quelque ombrage au pouvoir? Son programme contenait-il un seul article donnant prise à la critique même la plus susceptible et la plus sévère ?

Son ordre du jour était ainsi rédigé :

1® De la répartition des bénéfices dans les Sociétés coopératives, comprenant l'opportunité de l'attribution : Aux auxiliaires; Aux clients ;

Aux fonds de solidarité entre les Associations ; A des œuvres morales, bibliothèques, éducation, etc.

i"" Des rapports à établir entre les Associations de tous les pays, au point de vue des achats et des ventes.

3° De l'utilité de propager le mouvement coopératif dans les campagnes.

4° De la Coopération appliquée à l'instruction (bibliothèques, cours d'adultes, enseignement, éducation, etc.).

5° Des rapports à créer entre les Associations coopératives de la France, ainsi qu'entre la Coopération française et étrangère.

6^ De la responsabilité des membres des Sociétés coopératives au delà de leur mise. ''

Nous défions ceux-là mêmes qui ont interdit le congrès de formuler un programme plus inoffensif.

Faut-il penser que le pouvoir voit d'un œil défiant tout ce qui n'est point émané de lui, toujours prêt à briser les efforts de l'initiative individuelle, et qu'en dépit des solen-

nelles professions de foi libérales que nous avons lues maintes fois depuis plusieurs années à la première pageda Moniteur, il est fermement résolu à ne point laisser prendre aux citoyens Thabitude des réunions libres? Si tel est le véritable motif de l'interdiction, qu'on ait le courage de te dire : nous nous inclinerons devant la franchise d'un pareil aveu.

Ce triste incident doit persuader aux étrangers qui se font une idée fausse de l'esprit politique en France, que le pouvoir, loin de devancer les aspirations de l'opinion publique, saisit toutes les occasions d'y mettre un frein. Quant aut ouvriers, il est bon qu'ils sachent et se souviennent qu'en l'année 1867 leurs représentants les plus autorisés, un petit nonibre d'hommes dévoués à la cause des travailleurs, n'ont point été admis à se réunir pour discuter entre eux les intérêts des sociétés ouvrières Ils sauront ce qu'il faut penser de cette aiïîrmation si souvent répétée que le gouvernement est le prolecteur, Tardent protecteur du mouvement coopératif. Les ouvriers sont résolus à faire bon marché de la coopération officielle : ceux qui l'acceptent sont de faux frères. L'intervention de PÉtat, chacun le sait, n'a d'autre influence que de fausser le mouvement coopératif, et peu de jours après la récompense officielle décernée par le jury de l'Exposition à un modèle impérial d'habilations ouvrières, la coopération indépendante et fibre, la seule vivante et féconde, les sociétés de crédit, de consommation, de production étaient frappées sans scrupule par l'interdiction du congrès. Ce congrès, rendu impossible en France, doit renaître à l'étranger. Il renaîtra l'année prochaine sur une terre libre : la Belgique, la Suisse,

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l'Allemagne, l'Angleterre, Tltalie nous offrent à l'envi leur cordiale hospitalité; mais les travailleurs français et les représentants de la coopération étrangère n'oublieront pas qu'en France est née l'idée première de ce congrès, destiné à cimenter l'alliance internationale des classes laborieuses et pauvres. Il est même juste de dire que, malgré son a vertement, le congrès de 1867 a porté quelques fruits. Un certain nombre de coopéra teurs étrangers, ignorant le refus d'autorisation ou espérant jusqu'à la dernière heure que le gouvernement consentirait à revenir sur sa première décision, se sont rendus à Paris, délégués par les sociétés ouvrières de leur pays. Ils ont exprimé leurs espérances, échangé leurs idées, communiqué leurs travaux, préparé en quelque sorte le terrain de la discussion large et féconde qui s'ouvrira Tannée prochaine. Le congrès de 1867 avait un triple objet : 1° arrêter les vrais principes de la coopération, indiquer le but auquel il faut tendre et la meilleure marche à suivre par les sociétés ouvrières; '— 2° recueillir et comparer tous les documents de nature à faire connaître la situation exacte et précise de la coopération dans les différents pays de l'Europe; — 3® établir un lien matériel et moral, créer des rapports entre associations coopératives de pays différents.

H est possible dès à présent de faciliter la tâche du congrès ajourné. Qu'il nous soit permis d'apporter à la statis- ^ue des sociétés coopératives un contingent que nous croyons à la fpis précieux et nouveau, un élément destiné Sîïns aucun doute à exercer une forte influence sur le progrès du mouvement coopératif. Les associations d'Aile- '^agne et d'Angleterre sont suffisamment connues en

m QUESTIONS POLITIQUES ET SOCIALES

France; le mouvement italien qui n'est pas moins digne d'attention est à peu près ignoré. M. Luigi Luzzati, le promoteur des sociétés coopératives au delà des Alpes, se proposait de faire connaître au congrès de Paris les progrès de la coopération dans son pays. Contraint d'y renoncer par la force des choses, il a bien voulu nous communiquer les documents qu'il avait entre les mains : nous en tracerons l'analyse exacte et rapide. Les faits et les chiffres que nous ferons connaître ont une éloquence qui nous dispensera de tout commentaire, et prouvent une fois de plus que rien de grand ne s'accomplit dans le monde qu'au souffle vivifiant de la liberté.

Septembre i867.

Les associations coopératives de l'Italie se divisent en quatre branches distinctes^ qui sont :

1° Les sociétés de secours mutuels.

2' Les associations de crédit populaire. 3' Les sociétés alimentaires ou de consommation. 4° Les sociétés de production.

§ 4er. SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS

Les sociétés de secours mutuels en Italie doivent être classées parmi les associations coopératives, comme reposant sur les mêmes principes. Elles sont le fruit de l'initiative individuelle, n'ont besoin d'aucune autorisation du

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gouvernement, nomment leurs administrateurs ou pré ^ dents, disposent de leurs fonds comme elles V entendent, sont affranchies de toute intervention de l'État, ou plutôt n'en ont jamais été gratifiées ni même menacées, jouissent enfin d'une liberté pleine et entière et de la plus précieuse des libertés en matière d'association, le droit de réunion. En France, la marche des sociétés de secours mutuels est en quelque sorte parallèle à celle des associations coopératives, el par là même ces deux groupes de sociétés sont parfaitement distincts l'un de l'autre, sauf un petit nombre de cas exceptionnels. En Italie les sociétés de secours mutuels ont donné le premier élan aux associations coopératives; et l'ouvrier, après avoir pourvu par ses épargnes aux besoins de la maladie ou de la vieillesse, a puisé dans le principe de la mutualité celui de la coopération.

Les deux plus anciennes sociétés de secours mutuels sont la société des typographes de Turin créée en 1790 et celle des typographes de Milan {Pio istituto typographico) créée en 1803. C'est en Piémont que les sociétés de secours mutuels ont pris leurs premiers développements sous l'impulsion de deux hommes dont le nom est justement honord dans leur pays, MM. Boldrini etBoitani. Toutefois ce n'est guère que depuis l'affranchissement de la péninsule, depuis la guerre d'indépendance de 1859, que les associations se sont multipliées dans ce pays si longtemps courbé sous le joug de la domination étrangère. Libres et prospères, elles fleurissent aujourd'hui du nord au midi, de Venise à Palerme : leur nombre s'élève actuellement à plus de 600. Chaque jour en voit surgir de nouvelles, sur le modèle des sociétés existantes, et ce chiffre, déjà considérable, devient

plus imposant encore par le nombre des sociétaires qui les Composent. La plus importante des sociétés de secours mu- ^\ielsde Turin comprend 8,000 associés environ, et a créé près d'elle une société alimentaire qui en est une annexe, et dont le chififre d'affaires s'est élevé en 1866 à près de 3 millions de francs. Une des nombreuses sociétés de la ville de Milan compte 7,000 sociétaires environ. En 1864, M. Manna, ministre de l'agriculture et du commerce, a publié une statistique des sociétés de secours mutuels en Ita lie, et dans son rapport au Roi, le ministre se félicite de voir ces sociétés se développer librement en dehors de toute tutelle, de toute intervention, de toute influence de l'État.

Il est nécessaire de nous arrêter un moment à considérer la marche qu'elles ont suivie et les transformations qu'elles ont subies, car elles étaient aux prises, à leurs débuts, avec de graves défauts d'organisation dont il importait de les affranchir. Œuvre d'enthousiasme et de jeunesse, fruitde l'indépendance et de la liberté, ces sociétés nouvelles, wcces au lendemain de l'affranchissement national, n'atient point assujetti la marche et la direction de leurs affaires aux règles sévères de la science économique. Leur organisation financière était mal arrêtée. La plupart des sociétés promettaient généreusement des secours et des pensions aux vieillards, aux malades, aux veuves, aux orphelins, sans songer à proportionner aux dépenses et aux charges de la société les mises sociales et les cotisations. C'est pourquoi il est malheureusement à craindre que plu- Sieurs d'entre elles, n'ayant point adopté les bases d'une societé d*assurance, ne se trouvent un jour en sérieux embar-

i7« QUESTIONS POLITIQUES ET SOCIALES

ras pour satisfaire à leurs engagements, à moins qu'elles n'aient la sagesse de modifier leur manière d'être, et de suivre l'exemple de certaines sociétés de secours mutuels de Milan, de Lodi, de Crémone, dont la prospérité n'a cessé de grandir jusqu'à ce jour.

La Caisse d'épargne de Milan qui possède, par suite de dépôts accumulés, un fonds de 150 millions de francs, et prend place au premier rang des caisses d'épargne de l'Europe, a puissamment contribué à améliorer, à relever en Italie, la situation financière des sociétés de secours mutuels. C'est ainsi que, prélevant, à cet effet, une faible partie des bénéfices annuels, la Caisse d'épargne a institué des prix d'encouragement, d'écornés tous les ans aux sociétés les mieux constituées et les plus prospères, à celles qui répondent le mieux, par leur organisation, à certaines règles fondamentales posées par le Conseil de distribution des récompenses (1). Cette commission fonctionne depuis quatre ans; elle a formulé les maximes à suivre pour la création des sociétés de secours mutuels et les remarquables rapports de son président, M. Enrico Fano, méritent d'être signalés comme des travaux de premier ordre en cette ma-, tière.

La question principale qui préoccupe encore l'attention du comité, est celle de la proportion à établir entre les mises sociales et les cotisations annuelles d'une part, et de l'autre les chances de maladie et de vieillesse suivant l'âge, le sexe et la profession des sociétaires. Ce problème est résolu en

i. Ce Conseil se compose de MM. Enrico Fano, président : professeur Luzzati, Gonippo Rossi, W. Rey, Dellaporta, Masin, Vertova et Zuccbi.

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Angleterre et en Belgique ; Deparcieux et. Devillard l'ont résolu pour la France ; l'Italie est encore dans la nécessité de recourir aux tables de vie et de mort dressées pour les autres peuples. Mais la question y est sérieusement à l'élude, et de précieux documents ont été recueillis par le comité de la Caisse d'épargne de Milan qui accomplit en Italie, de sa propre initiative, les mêmes travaux qu'en France la commission supérieure^ en Angleterre le bureau du Registrar et en Belgique la commission royale.

Ajoutons qu'au point de vue moraU les caisses d'épargne et les sociétés de secours mutuels d'Italie peuvent servir d'exemple à celles des autres pays de l'Europe. Tandis que l'Angleterre nous donne souvent l'exemple de caissiers infidèles, de sociétaires qui dissipent le fonds social, les sociétés italiennes sont administrées avec une probité à toute épreuve, dont les employés de l'État feraient bien de s'inspirer davantage. De plus, elles ont pourvu, pour la plupart, aux besoins intellectuels de leurs membres; elles ont ouvert des écoles du soir, des cours, des conférences. Dans leur sein fleurissent les bibliothèques populaires, implantées en Italie par MM. Bruno et Luzzati dont le principe en cette matière est de ne jamais créer de bibliothèque populaire destinée à grouper autour d'elle un certain nombre de lecteurs, mais, au contraire, de porter la bibliothèque partout où le groupe de lecteurs se trouve déjà formé grâce aux liens de l'association mutuelle. La société de secours mutuels de Lodi, ville de 20,000 âmes, possède plus de mille volumes toujours en circulation dans les mains des sociétaires. 11 en est de même à Crémone et dans la

plupart des cités lombardes.

Les sociélés de secours mutuels^ avons-nous dit, ont imprimé le premier élan à la coopération italienne^ et contribué, par la création des banques populaires, au progrès du petit commerce et de la petite industrie. Elles ont développé entre autres dans leur propre sein une institution peu connue, peu appréciée en France et qui rend des services réels et nombreux, c'est l'institution du prêt d'honneur, actuellement une des branches importantes des sociétés de secours mutuels en Italie ^ Le premier essai tenté à Lodi a été suivi partout avec succès. L'objet et le but de cette institution ont été de supprimer pour les sociétaires tout recours au Mont-de-Piété. Elle consiste à fournir aux associés des prêts modiques dont ils peuvent avoir un besoin pressant. Ces prêts varient depuis 1 et 2 francs jusqu'à JO, 80 et 100 francs au maximum. La société y consacre un fonds spécial, les prêts ne sont jamais gratuits : le taux de l'intérêt est de 5 p. c. au maximum; les remboursements s'effectuent par petits à-compte et avec les plus grandes facilités. Il est clair que l'intérêt de ces modestes avances étant nécessairement minime, ne saurait surcharger l'emprunteur ; et la société y trouve ce double avantage d'employer utilement une partie de ses fonds, et d'enlever au prêt d'honneur tout caractère de bienfaisance et de gratuité. Pendant la première année de l'institution, la société de Lodi avait affecté à ces prêts une somme de 1 ,000 fr. Elle y consacre aujourd'hui une somme de 7,000 fr. qui,

à. Dans le travail que noas avons publié en 186& sur les associations dé trédit populaire, nous avons traduit un chapitre du livre de M. Luaati, snr le Crédit populaire, chapitre consacré exclusivement à l'iustitutioii du prêt d'honneur.

divisée en un grand nombre de prêts modiques, circule perpétuellement au taux de 5 p. c. entre les mains des sociétaires. La ponctualité avec laquelle ces prêts ont été remboursés jusqu'à ce jour est un phénomène vraiment extraordinaire et digne d'admiration. Pas une société de secours mutuels n'offre un seul exemple d'associé qui n'ait restitué la somme empruntée par lui. Néanmoins le contraire a été prévu, et en cas de non paiement^ les statuts des prêts d'honneur prescrivent que si le sociétaire n'allègue point de motifs sérieux et acceptables, il est rayé de la société de secours mutuels, son nom est publiquement proclamé, et tous les dépôts antérieurs sont perdus pour lui; il a donc le plus grand intérêt, au point de vue matériel comme au point de vue moral, à s'exécuter religieusement I l'échéance et une expérience de plusieurs années a démontré la sagesse et l'efficacité des prescriptions insérées lans les statuts.

Pour faire comprendre à quel point les sociétés de secours mutuels participent au mouvement coopératif, il nous suffira de deux exemples : la Société de secours mutuels des serviteurs à gages de Milan et le groupe des associations ouvrières de Lodi.

l"" La Société des serviteurs à gages de Milan a été fondée en 1863, et compte environ 800 sociétaires. (Les femmes D'y sont point admises.) Déduction faite de tous les tvm et des sommes attribuées aux secours de nfialadie et de vieillesse, la Société a recueilli une épargne de 120,000 francs. Une cotisation spéciale a permis d'annexer à la Société une caisse de secours pour les veuves et les orphelins.

La Société fait naturellement fonction de caisse d'épargne.

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Tout sociétaire qui a de l'argent disponible, peut le dépose à la caisse de la Société de secours, où le placement en e: aussi sûr qu'avantageux. — Le prêt d'honneur y fonc tienne journellement. EnHn, sous l'heureuse inspiratic de M. Luzzati^ la Société a créé un magasin coopérai à l'aide de fouds avancés par la Caisse d'épargne; ( sorte que tout sociétaire trouve au sein de i'associatioi outre les secours affectés à la maladie, à la vieilless aux veuves, aux orphelins, du crédit s'il en a besoir un bon placement pour ses épargnes, un magasin coop< ratif de premier ordre, et d'excellents dividendes. Cet ingénieuse combinaison nous montre comment il est po sible d'utiliser l'avoir du pauvre, auquel ses besoins ses souffrances ne permettent pas d'engouffrer ses éconi mies à la caisse d'épargne ou à la rente publique, c'estdire dans la caisse dévorante de l'État.

Quelques chiffres témoigneront mieux encore de la pro périté de Tassociation des serviteurs à gages de Milan.

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