DE LA COOPÉRATION
(Lollre adressée au Journal de la Coopération.)
Monsieur le Rédacteur,
Si rapides que soient les progrès de l'association popu- 3ire, il faut reconnaître que dans notre pays la grande fiajorité des travailleurs est loin encore de posséder Tindiligence complète des principes coopératifs. Il n'est pas besoin d'autre preuve que les attaques dont la coopération 1 clé Pobjet au congrès de Lausanne, et ceux-là même [ui sont entrés dans le mouvement sociétaire ont parfois ichoué, faute d'avoir sufQsamment prévu les difficultés qu'ils ivaient à vaincre et connu d'avance les moyens pratiques l'en triompher. On ne saurait le dissimuler : les coopéra- ^eurs français ne sont encore actuellement qu'une assez aible minorité, un groupe d'élite noyé en quelque sorte au sein des masses ouvrières. Ce qui fait leur force, ce n'est pas seulement le succès matériel qui est pour tes uns et
sera pour les autres sans aucun doute le couronnement de leurs vaillants efforts; c'est le but moral quils poursui- ^ vent, c'est la propagande qu'ils font incessamment autour du drapeau qui les guide, c'est leur conviction intimé d'être de véritables pionniers du progrès social.
Toutefois, s'efforcer de convertir des générations mûries par le travail et la souffrance, qui ont connu les alternatives de l'illusion et du désenchantement, pour lesquels s'abaisse déjà l'horizon de la vie, est une entreprise hasardée et difficile, qu'attend peut-être plus d'un déboire. L'avenir appelle les jeunes générations : à elle§ il appartient d'embrasser avec enthousiasme les idées nouvelles et d'entrer de plain-pied dans la voie des réformes sociales ouverte à leur intelligente initiative. Mais combien peu reçoivent encore les bienfaits de l'instruction à l'âge où l'esprit de l'homme, avide de lumière, est si merveilleusement doué par la Providence pour recueillir les notions les plus variées de la science, de la httérature et de l'histoire! A peine a-l-il appris à lire, écrire et compter, que l'heure des soucis matériels et des durs labeurs a sonné prématurément pour l'enfant pauvre *. Il faut le dire bien haut, car c'est la pure vérité : Tapprentissage, tel qu'il est organise dans la plupart des grands centres industriels, n'est autre chose qu'une exploitation de l'enfance au détriment de l'âge mûr. C'est un des plus grands maux dont la société souffre : on ne le détruira qu'à sa racine, et l'unique remède est dans l'instruction populaire.
Que penseriez-vous. Monsieur le rédacteur, et que pen •
i. Nous parlons de ceux qui reçoivent l'instruction primaire, mais combien ne la re<;oivent pas!