‹ Questions politiques et socialesChapitre 5 sur 38 · LIBERTÉ ET SOCIALISME · texte numérisé non relu

LIBERTÉ ET SOCIALISME

» de sécurité, pas davantage. C'est trop de déclamations i^\ )> sur un pays où la force brutale est encore la raison der- » nière de toutes choses, où l*homme doit trembler pour sa I vie et la vie de ceux qui lui sont chers. L'ordre et la sécu-

> rite publique sont les premiers éléniients d'une société » civilisée. » — Ce discours n'est point une plaisanterie ; qui de nous ne l'a reçu cent fois en plein visage, sur un ton irritant et blessant qui n'admettait pas de réplique ? L'esclavage du moins , leur ancien cheval de bataille , leur argument chéri d'autrefois, n'est plus à leur service. Mais, chose étrange I ceux qui prenaient en main la cause des esclaves pour dévoiler avec horreur la plaie saignante dont la république était dévorée, sont les mêmes hommes qui fermèrent les yeux à la lumière, le jour où la grande république déchira son sein par la guerre civile pour extirper le mal jusqu'à ses plus profondes racines t Ce sont ces hommes qui firent des vœux impies en faveur de la sécession, et, daos leur haine pour la liberté, osèrent absoudre, ou plutôt glorifier les propriétaires d'esclaves ! Mais pourquoi discuter 1 évidence? Pourquoi .raisonner avec ceux qui ne veulent entendre ni comprendre ce qui les effraye ou les blesse ? Nous savons leur dernier mot : « Vous voulez que l'Améri- » que soit libre? Volontiers, que nous importe? La France » n'a jamais su pratiquer la liberté : le passé répond de

> Ta venir. »

Si l'adversaire est jeune, nous ne sachions qu'une réponse àlui faire : il a devant lui la jeunesse et la vie, souhaitons-lui de vivre. Attendons, avec la foi qui nous anime, qu'un avenir ineilleur nous donne raison et lui inflige un éclatant dén^enti : l'événement est la plus puissante des démonstrations ;

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c'est d'ailleurs la seule qui convienne aux empiriques.

Que dire et que répondre quand celui qui nous parle a droit au respect qu'imposent la vieillesse et l'expérience de la vie, qu'il est de ceux qu'ont blessés les révolutions, dont l'âge a glacé le cœur, et dont l'égoisme individuel a survécu seul à toutes les passions éteintes?

X. est un fonctionnaire public, chef de division dans un ministère, honnête père de famille, décoré, homme du monde, et point du tout intolérant à l'endroit du fanatisme des vieux partis. Son expérience Ta conduit au scepticisme politique le plus absolu : Haiid ignara malt, miserisy etc. Lui aussi, dans sa jeunesse, a ressenti tous les tressaillements de la liberté : il a crié : Vive la charte! en 1830. Il en est bien revenu, maïs son cœur sait compatir aux erreurs de la jeunesse, indulgent et plein de pitié pour l'âge des passions généreuses, des aspirations libérales, des ambitions ardentes I Plus tard s'assoupit le feu des passions, l'homme rentre en lui-même, et les illusions du cœur font place à la réalité des choses de la vie.

N. est un honnête commerçant dont les cheveux grisonnent ; il a crié : Vive la Réforme I en 1848. Le vieil homme se retrouve encore au souvenir des lois de septembre, et voilà que ses vieilles rancunes libérales se réveillent en sursaut I Il a maudit les 45 centimes, absous le coup d'État, béni l'empire; l'opposition l'étonné et l'indigne. Que manque-t-il donc à la France? fut-elle jamais plus libre?

La discussion s'arrête à de certaines limites : de gré ou de force, il faudra bien que le parti libéral triomphe de la réaction à coup de majorité : n'espérons pas convertir auparavant nos ennemis.

LIBERTÉ ET SOCIALISME li

Il n'est rien de plus triste que le spectacle de la vieillesse égoïste et désenchantée. Rien ne serait plus décourageant que cette transformation profonde du cœur de rhomme au ^ déclin de la vie s'il était permis de Tériger en une sorte de i phénomène moral. Il n'en est rien. La noble et brillante i génération des vieux amis de la liberté, qui ont traversé t sans fléchir tous les orages politiques, et qui semblent défier f le siècle, domine encore les générations nouvelles de toute . la hauteur de leur génie ; la foi inébranlable de leur âme

jours jeune nous console, nous relève et nous protège.

i Le vieil arbre a perdu des branches; mais le tronc est solide

I et les rameaux couvrent au loin les rejetons qui grandissent

f à leur ombre. Oui, nous suivrons fidèlement le drapeau de

ces grands citoyens qui n'ont pas menti à leurs premières

années, qui n'ont jamais trahi leurs premières amours,

oublié leurs premiers serments. La liberté, l'idole de leur

jeunesse, couronne le déclin de leur glorieuse existence. Ils

sont les vaincus d'hier, mais les fautes de leurs ennemis ont

déjà pris soin de venger leur défaite, et leurs enfants seront

les vainqueurs du lendemain !

« Avez -vous un programme? Que demandez - vous ? r » Qu'entendez-vous par les libertés politiques? »

l^es questions nous sont posées chaque jour sur tous les tons; rien n'est plus facile que d'y répondre nettement et

sans phrases.

là QUESTIONS POLITIQUES ET SOCIALES

Oui, nous avons un programme.

Nous voulons :

La liberté individuelle,

La liberté de la presse,

La liberté d'association.

Le droit de réunion,

L'initiative parlementaire,

La responsabilité ministérielle, '

La responsabilité effective des fonctionnaires publics,

La réforme de l'organisation judiciaire et des lois crimi* nelles,

La décentralisation administrative,

La liberté de conscience consacrée par l'abrogation pure et simple du concordat et des articles organiques, avec ot sans le consentement de TÉglise ; par la séparation absolu! de TÉglise et de TÉtat, et par la suppression du budget da^ cultes, sans transition et sans compensation.

Ajoutons que la réforme sociale est désormais inséparable de la réforme politique, ou plutôt que les deux ques tions n'en font qu'une, si intimes sont les liens qui le£ enchaînent.

Deux éléments doivent concourir à la solution du problême : l'État et l'individu, le législateur et les mœurs publiques. — Au législateur il appartiendra de poursuivre vigoureusement l'œuvre commencée par la révolution française et si longtemps interrompue, de briser toutes les entraves illégitimes que les lois opposent à la libre initiative des citoyens. Les mœurs publiques feront le reste. En vain des esprits égarés voudraient appeler l'intervention de l'État dans le monde des intérêts privés, porter atteinte à la pro-

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