‹ Questions politiques et socialesChapitre 6 sur 38 · LIBERTÉ ET SOCIALISME · texte numérisé non relu

LIBERTÉ ET SOCIALISME

priété, ébranler Tharmonie dés lois économiques : le bon I sens public fera justice de ces dangereuses chimères, et ; le libre épanouissement des forces humaines ramènera peut-être en Europe un peu de justice, de bonheur et de paix ^ Nous avons parlé de réforme sociale : que les heureux du monde en prennent leur parti ; qu'ils songent sérieusement aux graves problèmes qui se posent impérieùl sèment devant eux! Qui souffre quand la récolte est maucs, { valse? qui souffre quand le pain est cher, quand l'hiver est ca glacial ? quand Tépidémie éclate au sein des grandes agglo- ' mérations humaines ? Le travailleur pauvre! à lui les soucis navrants du lendemain ; à lui les inquiétudes poignantes, L p quand la femme et l'enfant languissent ou grelottent au 'eti '^y®"'- Heureux du monde, sachez que le problème social se ^ dresse inexorable et fatal ! il dépend de vous, autant que des t i classes pauvres, de le résoudre par l'union ou par la discorde, par la liberté ou par la violence ! Si vous affectez séjl longtemps de ne pas voir le mal profond dont la société :jutf impatiente frémit, de détourner les yeux des perspectives li il plus ou moins prochaines qui à tort vous épouvantent, de j régner du haut de votre bonheur avec une confiance, une pii sécurité et une indifférence imperturbables, comme si les j^ nuages noirs qui s'amoncellent ne devaient jamais traverser Tborizon serein qui vous éclaire, 'craignez qu'à l'heure du réveil votre main ne soit impuissante à diriger ou à modérer le mouvement social que vous n'aurez ni su ni voulu prévoir! Il est temps encore d'ouvrir les yeux, d'entrevoir Tavenir,derétreindre, d'en prendre en quelque sorte possession

. i. Le congrès ouvrier de Lausanne a loi-même rendu ses théories sociales tont à fait iiaoffensiTes en proclamant la nécessite des libertés politiques.

il QUESTIONS POLITIQUES ET SOCIALES

à l'avance ! Socialistes 1 il faut l'être dans le temps où nous vivons. Qu'est*cô donc que le socialisme ? et pourquoi s'effrayer d'un mot comme d'un fantôme? Socialisme veut dire la science sociale ; que nous importe qu'elle soit faussée par les théoriciens communistes ou autoritaires ? Aux esprits droits il appartient de rétablir les règles de la vérité éternelle et de revendiquer pour la science son titre légitime et glorieux 1 Socialisme est un des mots les plus nobles qu'ait inventés la langue humaine. Tout citoyen dont le cœur est navré des inégalités sociales qui régnent encore et dont les uns profitent au détriment des autres, tout homme qui ressent profondément les injustices criantes consacrées par les lois, et qui appelle de ses vœux ardents l'accomplissement pacifique de la réforme sociale par la liberté, celui-là est socialiste dans toute la force du terme : pourquoi donc aurait-il peur d'être appelé par son nom? Est-il vrai que les objets de luxe portent légèrement le poids des impôts publics, qui écrasent la matière pre mîère, l'unique consommation du travailleur? Est-il vrai que l'octroi des villes ravit chaque jour une part de la sub - ^ance du pauvre^ qui ahmente les fastueux et inutile^ embellissements destinés à transmettre aux génération^ futures le nom éphémère d'un préfet impérial? Est-il vrai que dans la vie civile l'égalité n'est pas plus réelle que dan^ le monde des intérêts matériels? Pourquoi l'ouvrier est-i i jugé sur l'affirmation du maître, comme aux plus mauvai*^ jours de l'ancienne société, et pourquoi les plaintes légitimer des travailleurs offensés viennent-elles se heurter aux re — fus dédaigneux du Sénat, gardien des principes de 89 ^ Pourquoi l'autorité des patrons est -elle dominante au sein

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d'une juridiction spéciale, créée pour aplanir les difficultés quotidiennes qui surgissent entre les patrons et les ouvriers ? Pourquoi ceux-ci ne siégenl-iis point dans le jury criminel, et comment se fait-il que l'élément pécuniaire ait con* serve un privilège dans Tadministration de la justice, alors qu'il est justement dédaigné dans l'exercice du suffrage universel ? Les questions se pressent en foule sur nos lèvres. Pourquoi la loi ordonne-t-elle d'engloutir dans le budget de l'État les 400 millions qui sont perpétuellement déposés à une caisse d'épargne et qui représentent les lentes et pénibles économies des classes laborieuses? Pourquoi les travailleurs ne peuvent-ils créer librement leurs sociétés de secours mutuels, sans que l'État intervienne pour les autorirser ou les interdire, et pour leur imposer un chef qu'ils n'eussent pas choisi ? Est-il juste que l'obligation du livret s'impose à l'ouvrier, comme un passe-port tyrannique sans lequel il est condamné à l'impuissance absolue d'obtenir du travail et de gagner son pain? Et l'impôt du sang ! n'estil pas vrai qu'il est permis au citoyen aisé de racheter son sang au prix de celui d'un pauvre, dont les bras seront arrachés à l'usine ou à la terre, et sur la tête duquel pèse tout entier le fardeau de la défense nationale? Oui, le cri du pauvre monte jusqu'aux plus hautes régions sociales : espérons que cette fois il sera entendu. L'instant est solennel : il est temps de ramener un peu plus de justice au sein de notre société ravagée par les folies du despotisme monarchique. Certes Téternité des faiblesses et des passions humaine» ne permet pas d'espérer jamais te règne d'une justice absolue sur la terre! Mais h chaque jour appartient sa tâche. Excelsior t toujours plus haut t

s'écrie le poëte américain Longrellow; chaque génération a son devoir à remplir : la nôtre n'a point encore accompli le sien; elle attend Theure propice, et cette heure peut sonner à l'improviste : soyons prêts !

Et en attendant, qu'avons-nous à faire ? Observer les événements avec attention; saisir au vol toutes les Tantes de l'ennemi, profiter de ses faiblesses ; propager de toutes nos forces les idées libérales dans le cercle où chacun de nous est appelé à vivre ; dénoncer jour par jour au tribunal de l'opinion les illégalités et les abus des pouvoirs publics ; et toutes les fois que le scrutin est ouvert pour une élection politique, déposer un bulletin d'opposition dans l'urne électorale.

14 ocU>bre 1867.

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