‹ Questions politiques et socialesChapitre 9 sur 38 · UNE REFORME DANS L'ENSEIGNEMENT DU DROIT · texte numérisé non relu

UNE REFORME DANS L'ENSEIGNEMENT DU DROIT

Suivant le point de vue auquel on envisage renseignement du droit tel qu'il est organisé dans nos Facultés» on peut lui adresser le double reproche d'être à la fois trop peu théorique et trop peu pratique. Trop peu pratique, si l'on réfléchit qu'un licencié qui vient de prêter serment à la cour, arrive au palais sans posséder aucune intelligence des affaires, ignorant et les habitudes du palais et les pratiques le l'audience, incapable d'analyser un dossier ou de prendre des conclusions à la barre, contraint de recommencer en quelque sorte toute une éducation juridique, moins initié à la procédure et aux affaires qu'un troisième clerc d'avoué qui n'a jamais ouvert un ouvrage de droit.— D*autre part OQ peut dire de cet enseignement qu'il est trop peu théorique, si Ton songe que dès la première année, dès la première leçon, le professeur ouvre le Gode civil et explique à

Tétudiant, à peine échappé des bancs du collège et muni d^un diplôme de bachelier es lettres les articles du Code civil, dont les premiers titres sont consacrés à tous les grands problèmes d'organisation de la famille; dont les premiers chapitres répondent aux plus importantes questions du droit international privé, questions dont l'étude exige une somme de connaissances juridiques sinon profondes, du moins suffisamment variées, et à coup sûr la connaissance .des priocipes fondamentaux sur lesquels repose la science ou droit. Dans les Universités de l'Allemagne, la première année est consacrée presque exclusivement à l'étude du droit romain, de la philosophie du droit et du droit naturel. De même l'histoire du droit y est l'objet d'une étude approfondie, et l'étudiant n'aborde le droit positif actuel qu'au moment où son esprit est ouvert et initié aux principaux problèmes juridiques dont I» solution pfatiqiMFappiirtienf au législateur. Il e^t asses triste d'avoir à constater qvé àtm aucune Faculté de droit en France, àiéme àr celte àë Parb,i on h'enseifne la philosophie dti di^it ; les étrstngers^s'Bri étoimcfift avec raison. L'histoire dii droit y est à peine èS&ti^ réel La ehëihe de droit oonstitiitionnel où M. Hossi proteMfflîl autrefois n'existé plus. Une seule chaire de légîslatiéi coifnparée, autour de laquelle la jeunesse se presse pbfif entendre ta voix aimée d'un maître éloquent, subsiste ai) Goltégé de France. Le droit des gens lui'^'lnême n'est enm" gnéà l'école qu'à ceux d'entre lesjeunes gens <ful aspirent ^ dûotofat. Sëm toucher aux questions spécielés d^oiigmisr tion intérieure, que de réformes à opérer dans renseigiïemeirt de la science juridique? Mais il en est une dont rimportafneeol l'urgence sont généralenoent reconnues et qu'il im^rte de

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réaliser saris retard : nous voulons parler dé la ôréatioh (fiine chaire d'économie politique dans toutes les Facultés de droit, et de Fintrôduction de la science économique (fariis les programmés d'examens.

Il est devenu banal de faire ressortir l'importance dés études économiques et sociales, aujourd'hui que les doctrines du libre échange passent par une transition rapide, du domaine de la théorie dans le domaine de la pratiqué ; atrjourd'hui qu'une pensée économique préside à la création de ^oute grande entreprise industrielle ou commerciale, que de toutes parts surgissent des problèmes nouveaux intéressant les classes diverses de la société, des institutions dé toutes natures destinées à modifier insensiblement rorganisatiôn Sociale iouf entière, toutes les fois que certains prïncipéis Scientifiques passent ainsi du domaine de la théorie dans celui des faits, ils ne tardent point à passer du domaine dès faits dans celui du droit, et les mille contestations journalières qui s'élèvent entre les intérêts opposés des citoyens, mettent sans cesse Thommede loi, l'avocat, le magistrat, en contact avec ces principes et les conséquences qui en découlent, il suffit d'évoquer le souvenir tout récent des nonibreuses poursuites correctionnelles se rattachant à l'exercice du droit de coalition, au salaire des ouvriers, à la liberté du travail, au droit de réunion.

Ne dites pas que, malgré son importance dans la société moderne, l'économie politique n'est en définitive qu'une science accessoire pour le jurisconsulte ; qu'il est loisible à chafcub de se livrer à cette étude au sortir de l'école, et que la création d'une chaire d'économie politique dans les Facultés de droit n'est qu'un luxe inutile. Un raisonnement

pareil nous conduirait à justifier les étudiants qui préfèrent leur travail personnel à l'enseignement régulier des professeurs, et désertent l'école afin d'étudier le droit dans les livres qu'ils ont sous la main, livres qui, pour être excellents, ne sauraient suppléer les leçons de professeurs tels que MM. Valette, Rataud, Duverger ou Démangeât.

L'économie politique est une science vaste et complexe. Autour des ouvrages considérables où sont exposées à des points de vue divers les théories fondamentales de l'économie politique sur la richesse, le capital, le travail, la production, la circulation, la consommation, l'épargne, le crédit, etc., vient se grouper la multitude des ouvrages consacrés à toutes les questions spéciales qui se rattachent à cette science comme autant de ramifications fécondes. Que de travail épargné à ceux qui abordent cet inépuisable sujet d'études, si leurs premiers pas sont dirigés par les leçons méthodiques d'un professeur exposant avec clarté les principes généraux de l'économie politique, frayant aux esprits novices un chemin parfois difficile, et les guidant avec discernement dans leurs travaux et leurs lectures ! Certes les intelligences fortes et les esprits avides de science peuvent se passer aisément des secours du professeur : ceux qui se sont jusqu'ici, à l'aide de leurs seules forces, livrés à l'étude de l'économie politique savent que d'heures ils ont été forcés de lui consacrer et que d'efforts ils ont dépensés avant d'envisager dans son ensemble cette science admirable, dont toutes les lois s'enchaînent à l'égal des vérités mathématiques ! Il n'en est pas moins vrai que la plupart des jeunes gons n'ont point le loisir de se livrer pendant plusieurs années à l'étude approfondie de l'économie politique

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