‹ Questions religieuses et sociales de notre tempsChapitre 10 sur 31 · PREMIER SYSTÈME · texte numérisé non relu

PREMIER SYSTÈME

L'Eglise, à raison de son institution divine, est en droit d'attendre et d'exiger régulièrement des princes de la terre, la pleine et formelle justice qui lui est due, à savoir de jouir seule, à l'exclusion de toute

autre société religieuse, de la liberté pleine et entière que Dieu veut pour elle.

C'est cette liberté complète dont TEglise demande à Dieu la jouissance avec la destruction de toutes les erreurs : ut destriictis .... erroiibus imwersis Ecdesia tua secura tibi serviat libertate (Miss. Rom.). Et lorsque, dans l'oraison dominicale, nous disons ces paroles : Adveniat regnum tuurn, le Catéchisme du concile de Trente enseignant que les mots sicut in cœlo et in terra peuvent s'appliquer à cette demande, comme à la demande fiât voluntas tua, il en résulte qu'en implorant l'avènement du règne de Dieu, nous devons désirer qu'il s'établisse sur la terre comme il l'est dans le ciel. « Or, dans le ciel, le règne de Dieu n'est point établi sur la tolérance, mais sur la pleine exclusion des erreurs opposées à la vérité. C'est donc la liberté fondée sur une telle exclusion, que l'Eglise a le droit d'attendre sur la terre, à raison de son institution divine, et c'est là l'espèce de liberté que les princes, qui sont les ministres de Dieu, doivent s'efforcer de lui procurer; c'est là la liberté à laquelle ils doivent tendre, quoi qu'il ne leur soit pas donné toujours d'y arriver; c'est là la perfection de tout gouvernement, comme la destruction de toutes les mauvaises herbes est le but du laboureur, et la perfection du labourage... Ce qui me donne lieu d'observer en passant combien les (prétendus) philosophes sont injustes de vouloir faire un crime à l'Eglise de tendre à la destruction de toutes les erreurs, laquelle est la perfection de son ministère, et d'accuser de fanatisme le z^le qu'elle met à atteindre ce noble

but.... (i) »; comme s'il n'était pas bon de tendre en tout à la perfection.

Cette prédominance exclusive du culte catholique était autrefois en vigueur chez toutes les nations chrétiennes, qui regardaient avec raison la vraie religion comme le plus grand bien et comme le plus solide fondement de la société. L'Eglise catholique, comme je l'ai déjà dit, non seulement s'est toujours et partout montrée intolérante au point de vue théorique et dogmatique, mais encore elle a exercé et voulu que les gouvernements exercent l'intolérance pratique envers les cultes dissidents, et en proscrivent au besoin le libre exercice. J'ajoute, que même aujourd'hui, on ne saurait dire, sans tomber dans une erreur signalée par le Syllabus, qiià notre époque il H est plus expédient que la religion catholique soit considérée comme l'unique religion de l'Etat, à V exclusion de tous les autres cultes (Prop. lxxvii).

Et qu'on ne vienne pas nous dire que la religion chrétienne étant une religion de charité et de condescendance, doit être tolérante pour tous ceux qui ne sont pas cathoHques.

Je répondrais avec un philosophe du dernier siècle : « Nous avouons ... que la charité condescendante est le caractère distinctif de la religion chrétienne, mais nous savons en même temps que cette charité ne l'a jamais engagée à se rendre protectrice et complice des désordres qu'elle doit réprimer.... Nous savons que depuis dix-sept siècles elle a condamné

(1) Explication de l'allégorie, etc. ,

constamment tous les impies qui ont osé dogmatiser et déclarer la guerre à la Divinité, et toutes les sectes qui ont déchiré successivement le sein dans lequel elles avaient été conçues; nous savons quelle les a frappées d'anathème et livrées à Satan. Nous savons même que cette rigueur de sa part n'a rien de contraire à l'esprit de charité et de condescendance qui la caractérise, parce que la vraie charité ne consiste pas à souffrir le mal que l'on peut et que l'on doit réprimer; elle exige, au contraire, qu'on use de tout le pouvoir qu'on a pour en arrêter les progrès. »

« Distinguons cependant, ajoute le chanoine Pey, l'intolérance qui est de droit divin et qui consiste à proscrire, à combattre l'erreur et le vice, et à ne jamais 'lui accorder de grâces qui supposent une approbation de la part de ceux qui les administrent ou un état de justice de ceux qui les reçoivent; distinguons-la, dis-je, de l'intolérance qui n'est que de droit ecclésiastique et qui ne consiste que dans la punition des coupables. Le premier genre d'intolérance est indispensable pour les pasteurs... Le second genre n'est qu'un moyen pour punir les coupables ou pour les empêcher de nuire; et ce moyen qui peut avoir un effet contraire ne doit être employé qu'avec la discrétion d'un médecin charitable. On doit s'abstenir de punir, lorsque la punition ne servirait qu'à multiplier les crimes (1). » Sans doute, en cela, comme en tout, la prudence est requise, mais

(1) Des deux puissances, t. IV, p. 78. •

la prudence éclairée par l'Evangile, et non celle qui se dirige par des vues humaines, mais la prudence qui ne voit devant elle que la vérité, la justice et la gloire de Dieu, et non celle qui par crainte des hommes pactiserait avec l'erreur.

J'arrive ainsi à l'exposé du second système indiqué plus haut.

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