‹ Questions religieuses et sociales de notre tempsChapitre 14 sur 31 · QUATRIÈME SYSTEME · texte numérisé non relu

QUATRIÈME SYSTEME

Dans ce système, le législateur humain part de ce principe très vrai, que la religion véritable, agréée par la Divinité, a seule un droit naturel et inviolable à la protection de l'Etat, et que l'exercice des autres cultes doit être empêché, autant que possible, ou du moins seulement toléré civilement; mais persuadé à tort que telle religion fausse, à laquelle il adhère, est la seule religion vraie, il déclare, par une fausse application d'un vrai principe, que l'exercice de toute autre religion que la sienne sera proscrit ou tout au plus toléré.

Ce système est en vigueur chez plusieurs nations pàienrtes, musulmanes, hérétiques, schismatiques. C'est par suite de son application, suivant l'auteur déjà cité (1), que Notre-Seigneur fut condamné par

(1) Explication de l'allégorie, etc. Les huit pages suivantes ont

les Juifs : car l'Evangile nous apprend que notre Dieu et Sauveur Jésus fut condamné à titre de séducteur, et, disaient ses ennemis, comme voulant établir un nouveau culte, c'est-à-dire au nom du vrai principe que les séducteurs et novateurs en fait de culte sont dignes de punition, mais en même temps par la plus fausse et la plus monstrueuse application de ce principe, puisque Notre-Seigneur était la vérité même et venait, non détruire, mais accomplir et perfectionner la loi judaïque. Ici il faut s'étonner, d'une part, de la méchanceté et de la ruse de Satan, qui, après avoir invoqué par ses suppôts ce principe contre Jésus- Christ et ses disciples pendant dix-huit siècles, «voyant que ce moyen n'allait pas assez vite pour détruire l'Eglise, a changé de batterie, et, à l'aide de la liberté des cultes, à titre de droit (naturel), voudrait faire passer le principe en question pour injuste, ou, en d'autres termes, le regarder comme nul, faute d'objet, et en paralyser par là l'usage légitime, afin de soustraire légalement ses suppôts aux peines qu'ils méritent pour leur trop réelle séduction. Mais il faut admirer encore davantage la grande sagesse de Dieu qui, en permettant que Jésus-Christ fût l'innocente victime de l'abus du vrai principe, l'a sanctionné de nouveau et en a fait un principe non seulement de

droit naturel, mais encore de droit positif divin. »

Cette quatrième manière de statuer sur la liberté des cultes dont je parle n'est donc pas injuste à raison

été empruntées à cet ouvrage, sinon toujours quant à tous les mots, du moins quant au fond.

de ce principe vrai, que les faux c?^/^ç5 peuvent être et doivent être au besoin légitimement proscrits dans une société normalement constituée, mais elle est injuste à raison de cette prescription morale qui défend de faire une fausse application des principes, et à raison du droit que Notre-Seigneur Jésus-Christ a acquis par sa mort d'exiger que ces vrais principes soient maintenus et appliqués aussi comme il faut.

Sous l'empire de ce quatrième système, en vertu duquel la vraie religion est exposée à la persécution, l'Eglise a certainement le droit de réclamer, non contre ce principe vrai, que le culte véritable a des droits que n'ont pas les autres cultes, mais contre la fausse application que l'on fait de ce principe. En d'autres termes, l'épouse du Christ ne pourrait pas, pour jouir du libre exercice do son culte, demander la liberté des cultes en général, à titre de droit naturel et inviolable. On ne voit pas, en effet, que l'Eglise persécutée ait jamais réclamé cette sorte de liberté ; elle a supporté les plus rudes épreuves et a versé son sang dans la personne des martyrs sans jamais se plaindre ou murmurer contre le principe dont abusaient ses persécuteurs et dont ils firent à son endroit une si cruelle application.

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