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lui n'était que provisoire ; le Pape l'avait précisément cité à comparaître devant l'assemblée de Verceil pour lui donner le moyen de se réhabiliter. Mais retenu par Henri Ier, il ne put quitter la France. « Vous dites, écrit-il à Lanfranc, que le livre de Jean Scet a été condamné à cause de cette expression : le sacrement de l'autel est la similitude , la figure et le gage du corps et du sang du Christ, locution qui aurait dû, au contraire, rallier les suffrages de tous. J'apprends, du reste, par ceux qui ont assisté à ce concile de vanité, que la lecture de ce seul passage avait suffi pour faire condamner le livre. Alors le diacre Pierre a hâté la sentence en disant : Si nous n'avons encore que la figure, quand donc aurons-nous la réalité ? sans réfléchir que les Pères de T Eglise parlent aussi d'une figure ou le signe de ce qui existe réellement... Vous parlez de la foi de l'Eglise, mais par Eglise vous entendez des troupes d'insensés... L'apôtre saint Paul nous prêche l'impassibilité du corps du Christ ; et votre concile de Verceil veut nous persuader, au contraire, que ce corps peut être brisé avec les mains et rompu avec
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les dents (1). » Cette citation montre que Bérenger établissait une distinction, tout à fait inutile dans l'espèce, entre la figure de ce qui est et la figure de ce qui n'est pas, carie symbole, en tant que tel, ne réalise jamais ce dont il est le symbole. Elle montre aussi qu'il ne comprenait rien à l'état particulier du corps de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie, ni à ses relations avec les espèces du pain et du vin. L'Eglise n'a jamais prétendu dire que le corps du Christ était reçu sensiblement comme corps humain, et rompu en lui-même, mais bien qu'il était reçu en sa vraie substance, et rompu quant aux accidents, en restant tout entier dans chaque parcelle. Bérenger avait de l'auguste sacrement un concept matériel, qui ne s'accordait pas avec la présence réelle ; c'est donc logiquement qu'il rejette tout ce qui la suppose, pour se réfugier dans un idéalisme incompatible avec le dogme.
(d) De sacra cœna, pp. 43-46, trad. Delarc, d'après Hefelé, Histoire des Conciles, t. 6, pp. 329, 330.
Les lettres échangées entre Bérenger et Asceliu, vers le temps où se tenait le concile de Verceil, nous font connaître l'état desprit de l'hérésiarque, son obstination, sa confiance en lui-même, et son attachement pour la doctrine de Scot. Quelques auteurs croient qu'il s'agit d'un Ascelin, moine de l'abbaye du Bec ; de même, d'après quelques-uns, la conférence de Brionne n'aurait eu lieu qu'après le concile de Verceil, et le synode de Paris, dont nous allons bientôt parier, devrait être rejeté à l'année suivante 1051 ; mais ces divergences historiques et chronologiques peu considérables ne sont d'aucune importance pour établir la suite des idées de Bérenger ; et c'est là ce que nous cherchons à faire. Le novateur, on l'a vu plus haut, se défend auprès d'Ascelin d'avoir été obligé d'avouer que Jean Scot était hérétique ;
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car, affirine-t-il, un pareil jugement contredirait la nature elle-même et les écrits évangéliques et apostoliques, puisque c'est Paschase qui a imaginé que la substance du pain disparait tout à fait dans le sacrement du Corps du Seigneur. Il va même jusqu'à dire qu'un simple écolier pourrait prouver, d'après les paroles mêmes de la consécration, que la matière du pain subsiste (1).
Mais alors il faut nécessairement admettre que la substance du pain et du vin coexiste avec celle du corps et du sang' de Notre-Seigneur, et c'est l'erreur grossière de Yimpanation et de Y invination, ou bien enseigner que seuls, le pain et le vin se trouvent substantiellement sur l'autel, et c'est la négation de la présence réelle, la destruction même du sacrement.
Ascelin fit à la lettre de Bérenger la réponse déjà citée, dans laquelle il prouve la croyance catholique par les paroles mêmes du Christ et par l'idée de nature justement comprise. Pour
i Ita planutn est ut sufûciat hoc sentire et eonvincere etiam puerulus in schola constitutus qui bine junctune verborum non instrenue callet. (Labbe. Concilia, t. 6, g. 1036. 1057. — Migne. P. L., t. 150.. c. 66.)
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lui, comme pour toute l'Eglise, Jean Scot avait employé tous ses efforts à établir que le véritable corps et le véritable sang du Seigneur ne se trouvent pas dans le sacrement, et saint Paschase représentait l'orthodoxie. Bérenger ressentait-il quelque embarras de s'être mis en contradiction ouverte avec le sentiment unanime des catholiques ? On pourrait le croire, car il affirme n'avoir pas lu tout l'ouvrage de Scot. Mais Ascelin lui répond fort à propos, qu'en homme prudent, il ne devrait pas louer ce qu'il ne connaît pas (1). D'ailleurs, Bérenger croyait bien exprimer l'opinion de Scot, puisqu'il se réclame toujours de son nom.
L'annonce du concile national, convoqué à Paris par ordre du roi, émut les prélats soucieux de garantir les droits du Saint-Siège, que l'initiative de Henri Ier semblait méconnaître ; car on ne pouvait, sans l'assentiment du Pape, se prononcer sur une question dogmatique de cette importance, ni juger le cas de l'évêque
(1) Unde satismirari nequimus te tanUe scilicetprudentke virum, tantopere laudare quod ignoras. (Migne, P. L., t. 150., c. 67 sq.)
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Brunon, accusé, comme son archidiacre, de renouveler les antiques hérésies en prétendant que l'Eucharistie était plutôt l'ombre et la figure du corps du Seigneur que le corps luimême. L'évêque de Liège, Deoduin, écrivit au roi de France pour lui représenter qu'il fallait, au préalable, consulter le Souverain Pontife, et qu'un nouvel examen de ces erreurs était inutile (1). Néanmoins le concile fut tenu à l'époque indiquée. Bérenger, rendu à la liberté, ne s'y présenta pas, non plus que son ami, l'évêque d'Angers. La lecture de la lettre de l'hérésiarque à Paulin, primicier de Metz, souleva des murmures d'indignation contre de si audacieux blasphèmes. « Cet écrit, raconte Durand de Troarn, déplut à tous, parce qu'il était entaché d'une très détestable hérésie, et
(1) Deoduixi Leodiexsis ad Ilenricum regem contra Brunonem et Berengarium. (P. L., t. 116, c. 1139.) D'après Deoduin, Brunon, l'évêque d'Angers, et Bérenger professaient la même doctrine, et enseignaient que l'Eucharistie est seulement l'ombre et la figure du corps du Christ : Fama supremosGnllue fines prœtergressa totam Germaniam pervasit, jamque omnium nostrum replcvit aures, qualiter Bruno andegavensis episcopus, item Berengarius Turonensis, antiquas tuereses modernis temooribus introducendo, astruant corpus Domini non tam corpus esse quam umbrani et figuram corporis Domini.
l'assemblée fut unanime à condamner son auteur, ainsi que ses complices et le livre de Jean Scot, d'où semblait provenir le sentiment que l'on rejetait (1). » Il importe de lé remarquer une fois de plus, au jugement du concile de Paris, Bérenger soutenait les mêmes erreurs que Scot ; il niait donc la présence réelle.
La réconciliation de Geoffroy Martel, comte d'Anjou, un des protecteurs de Bérenger, avec saint Léon IX, fît perdre à l'hérésiarque un peu de son assurance. Les deux légats du Pape : le moine Hildebrand, plus tard saint Grégoire VII, et le cardinal Gérard, venus en France pour traiter les affaires du Saint-Siège, réunirent, à Tours, en 1054, un concile, devant lequel Bérenger confessa (il l'avoue lui-même) qu'après la consécration, le pain et le vin de l'autel sont le corps et le sang du Christ. Bien qu'exacte, la formule laissait encore possibles les subterfuges d'un homme aussi retors que
(1) Itaque omnibus talis lectio, quoniam nequissima sordebat haeresi, vehementer displicuit, damnato proinde conimuni sententia talium auctore, damnatis ejus complicibus, tum codice Joannis Scoti, ex quod ea qu.T damnabantur sumpta videbantur. (Durand Tboarn : Lib. de corpore et sanguine Chrisli, IX. — Migne. P. L., t. 149, c. 1423.)
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l'archidiacre d'Angers ; on s'en aperçut, quand il déclara avoir prêté un serment contraire à tout droit civil ou canonique, uniquement pour obéir aux conseils de ses amis et pour apaiser le tumulte du peuple. Sur les instances du légat Hildebrand, il allait se rendre k Rome, lorsque la mort du Pape saint Léon IX lui fit abandonner son projet (1).
Il faut probablement placer à l'année suivante, 1055, le concile provincial de Rouen, tenu par l'archevêque Maurille et ses suflïagants, en présence du duc Guillaume. Gomme Bérenger avait cherché à répandre ses erreurs en Normandie, l'assemblée des prélats rédigea une profession de foi très explicite, qu'il est important de connaître, puisqu'elle est dirigée contre les doctrines perverses, spnrcissi?7ias, de l'écolatre de Tours. « Nous croyons de cœur et nous confessons de bouche que le pain offert sur l'autel n'est que du pain avant la consécration, mais que dans la consécration par la puissance ineffable de la Divinité, la nature et la substance du pain sont changées
1) Bereng, De sacra cœna, pp. 49-53.
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en la nature et la substance de la chair, non pas d'une chair quelconque, mais de celle qui a été conçue par l'opération du Saint-Esprit, est née de la Vierge Marie, a été flagellée pour nous, c'est-à-dire pour notre salut, a été attachée à la croix, déposée dans le tombeau, est ressuscitée le troisième jour d'entre les morts, et siège maintenant à la droite de Dieu le Père. De même nous croyons que le vin, qui est offert avec l'eau dans le calice, est changé vraiment et essentiellement en ce sang qui, sous le coup de la lance du soldat, est sorti de la blessure du Seigneur pour le salut du monde. Nous anathématisons ceux qui ont la témérité et l'impiété de s'élever contre cette doctrine sainte et apostolique (1). »
(1) Corde credimus et ore profitemur, panem in mensa Dominica propositum, panem tantummodo esse ante consecrationem ; sed in ipsa consecratione ineffabili potentia divinitatis converti naturamet substantiam panis in naturam et substantiam carnis ; carnis vero non ullius, alterius, sed illius quœ concepta est de Spiritu Sancto, nata ex Maria virgine, quœ etiam propter nos et propter nostram salutem flagidiis cœsa, et in ligno suspensa, jacuit in sepulcro, tertia die resurrexit a mortuis et sedet ad dexteram Dei Patris. Simili ter vinum, qnod aqua? mixtnm in calice sanctiûcandum proponitur, vere etessentialiter converti in étira sanguinem qui per lanceam miiitis de vulnere Dominici lateris in redemptionem mundi féliciter emanavit. Anathematizamus
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C'est l'affirmation la plus catégorique possible de la présence réelle et de l'identité du corps de Notre-Seigneur dans ses divers états, terrestre, glorieux et eucharistique; mais il n'est rien dit de la manière dont est réalisé le grand miracle de nos autels ; ce qui prouve que dans la pensée des évêques de Normandie, Bérenger rejetait la présence réelle, soit par négation directe, soit au moins indirectement. Nous connaissons par d'autres documents ce qui n'est pas précisé ici, dans cette exposition d'ailleurs si solennelle de la foi chrétienne.
Durant le pontificat de Victor II, l'hérésie de Bérenger fat condamnée aux conciles de Florence et de Tours (1) ; mais sous Etienne IX on ne trouve aucun acte de l'Eglise romaine concernant l'archidiacre d'Angers. Toutefoisle novateur ne restait pas inactif ; il travaillait au contraire à répandre sa fausse doctrine, lorsque la tenue du concile de Latran, en avril 1059, vint interrompre momentanément le cours de
auteni contra hanc sanctam et apostolicam fidem superl o atque lueretice sentientes, et impia temeritate garrientes. » (Mignb, P. L., t. 143, c. 1383.)
(1) Mansi, Amplissima collectif) conciliorum, t. 19 c. 835-842.
ses blasphèmes contre l'Eucharistie. Le Pape Nicolas II présida lui-même l'assemblée, dans laquelle on comptait cent treize évêques, des abbés, des prêtres et des diacres en grand nombre. Bérenger, qui s'y était rendu, avait espéré dissimuler ses idées sous les artifices de sa dialectique ; mais on ne le lui permit pas. Il s'agissait moins d'examiner une doctrine plusieurs fois condamnée que d'affirmer la vérité. Une profession de foi, rédigée par le cardinal Humbert, précédemment moine de Moyen-Moutier, fut présentée à l'hérésiarque qui la signa et déclara par serment solennel y adhérer sans restriction. Elle était ainsi conçue : « Moi, Bérenger, indigne diacre de l'église de Saint-Maurice d'Angers, connaissant la vraie foi catholique et apostolique, j'anathématise toute hérésie, principalement celle dont j'ai été accusé jusqu'ici, et qui prétend que le pain et le vin, offerts sur l'autel, ne sont, après la consécration, qu'un signe et non pas le vrai corps et le vrai sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que c'est seulement en signe qu'il peut être sensiblement touché ou rompu par les mains des prêtres, ou froissé
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par les dents des fidèles. Je suis d'accord avec le Saint-Siège Romain et apostolique, et je proclame de cœur et de bouche que j'ai, concernant le mystère de la table du Seigneur, la foi que le vénérable pontife Nicolas et ce saint concile m'ont ordonné de professer, suivant l'autorité des Evangiles et de l'Apôtre ; c'est que le pain et le vin offerts sur l'autel sont, après la consécration, non seulement un signe, mais encore le vrai corps et le vrai sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu'il peut être sensiblement touché, rompu par les mains des prêtres, et froissé par les dents des fidèles, non seulement en figure mais en vérité. Je le jure par la sainte et consubstantielle Trinité et par ces saints Evangiles du Christ. Je déclare que ceux qui rejetteraient cette doctrine sont dignes d'un éternel anathème avec leurs dogmes et leurs sectateurs. Et si moimême j'ose jamais penser ou enseigner rien de contraire, je veux être soumis à toute la la rigueur des canons. Ayant lu et relu ceci, j'ai souscrit volontairement (1). »
(1) Ego Berengarius, indignus diaconus Ecclesiae Sancti Mauritii Andegavensis, cognoscens veram calbolicam et
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Certaines expressions de cette formule, empruntées à la langue des Pères, peuvent prêter à de fausses interprétations et doivent être entendues, en un sens figuré, comme l'explique Bossuet, c'est-à-dire que l'on peut appliquer au corps invisible de Jésus-Christ ce qui se passe dans les espèces sacramentelles. Ainsi disons-nous que nous sommes déchirés et mouillés, quand nos habits le sont, bien
apostolicam fidem, anathematizo omnem lueresim, praecipue eam de qua hactenus infamatus sum, quae astruere conatur panem et vinum quœ in altari ponuntur, post consecrationem solummodo sacramentum, et non verum corpus et sanguinem Domini nostri Jesu Christi esse, ner, posse sensualiler nisi in solo Sacramento manibus sacerdotum tractari, vel frangi, aut fidelium dentibns atteri. Consentio autem sancta? Roman* et apostolicre Sedi, et ore et corde profiteor de sacram ;ntis Dominiez mensa» eam iidem tenere quam dominus et venerabilis papa Nicolaus, et luec sancta synodus auctoritate evangelica et apostolica tenendam tradidit, mihique flrmavit, scilicet panem et vinum, qure in attari ponuntur, post consecrationem non sol u m sacramentum, sed etiam verum corpus et sanguinem Domini nostri Jesu Chrisli esse, et sensualiter non solum sacramento, sed in veritate manibus sacerdotum tractari, frangi et fidelium denlibus atteri, jurans per sanctam et homousion Trinitatem et per ba?c sacrosancta Christi evangelia. Eos vero qui contra hanc fidem venerint, cura dogmatibus et sectatoribus suis, a-terno anatbemate dignosesse pronuntio. Quod si ego ipse aliquando aliquid contra ha?c sentire aut praedicare pnesumpsero, subjaceam canonum severitati. Lecto et perlecto sponte subscripsi. (Labbe, t. 9, c. 1101, — Migne, t. 150, c. 410, 411.)
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qu'en réalité notre personne ne le soit pas (1). Evidemment, le concile ne voulait pas prétendre que le corps du Seigneur est touché et rompu en lui-même, mais dans les espèces ; il affirmait de cette manière la présence de ce divin corps sous les espèces, en quelque état que soient celles-ci, divisées, rompues, ou touchées et déplacées par les mains de l'homme. Ne comprenantpas comment cela pouvait avoir lieu, Bérenger le niait, visant par cette négation la présence réelle elle-même ; et à la proposition qu'il avançait, l'Eglise opposait la contradictoire, qui s'explique fort bien par le but que Ton voulait atteindre.
(1) Histoire des Variations, 1. XV, n. 130.
La soumission de Bérenger causa uue joie bien vive au pape Nicolas II, qui s'empressa de la faire connaître dans les pays où l'hérésie anti-eucharistique avait excité quelque trouble, en Italie, en France et en Allemagne. Mais à peine l'hérétique avait-il franchi les Alpes qu'il se mit à injurier le Souverain Pontife et le cardinal Humbert, et à prétendre que la peur l'avait amené à signer la profession de foi du concile (1) ; c'était oublier l'extrême condescendance du Pape et de l'archidiacre Hildebrand. En vain, Alexandre II, successeur de Nicolas, l'exhorta-t-il, par une lettre très paternelle, à rentrer dans le droit chemin, l'orgueilleux sectaire s'obstina de plus en plus
(1) De sacra cœna, pp. 71 sq.
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à soutenir ses erreurs, malgré la solide réfutation, écrite par Durand, abbé de Troarn, et malgré la belle lettre de son ami, l'évêque d'Angers, Eusèbe Brunon, qui, sincèrement revenu à la doctrine de l'Eglise, le suppliait de croire aux paroles du Christ, et de s'en rapporter à la toute-puissance divine pour la réalisation d'un si grand mystère (1062) (1). Le synode d'ÀDgers, auquel assista le même Brunon cette année-là, ou selon d'autres ea 1067, porta contre les doctrines hérétiques de l'archidiacre une condamnation qui dut lui être très sensible.
L'élection de l'archidiacre Hildebrand au souverain pontificat (1073) donna de l'espoir à Bérenger, qui le savait aussi bienveillant et doux à l'égard des personnes que fort et courageux dans l'accomplissement du devoir.
Quelques-uns même ont pris prétexte de la patience de saint Grégoire YII envers le novateur pour l'accuser d'avoir adopté ses doctrines ; rien n'est plus faux. La conduite du
(1) Eoseb. Brun., Epistola ad Berengarium magistrum de Sacmmento Eucharistise. (Migne, P. L., t. 147, c. 1201 1204.)
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saint pontife prouve seulement qu'il était miséricordieux comme le Christ lui-même.
Cependant, le pape veillait à la conservation de la foi, et c'est probablement sur son ordre que furent tenus en 1075 et 1076 les conciles de Poitiers et de Saint-Maixent, dans lesquels Bérenger, de nouveau convaincu d'hérésie, rétracta ses erreurs et déclara accepter renseignement catholique sur la présence réelle (1). Les troubles, causés par l'hérésie, ne cessèrent pas pour cela, et l'écolâtre de Tours, cité à comparaître devant un synode français, pria saint Grégoire VII de le juger lui-même, parce que, disait-il, les évêques français étaient prévenus contre lui. Le Pape y consentit, et au mois de novembre 1078, dans l'assemblée tenue au Latran, Bérenger confessa que « le pain offert sur l'autel est, après la consécration, le vrai corps du Christ, qui est né delà Vierge, qui a souffert sur la croix, qui est assis à la droite du Père ; et que le vin, après la consécration, est le vrai sang qui a coulé du côté du Christ. Et de même que je le prononce de
(1) D. Ceillikr : Histoire des Auteurs ecclésiastiques, t. 13, p. 170:
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bouche, ajouta-t-il; ainsi j'affirme le croire de cœur (1). » On le voit, c'est toujours de la présence réelle qu'il s'agit.
La formule, acceptée par l'hérésiarque, ne parut pas assez explicite à plusieurs évêques ; Bérenger pouvait l'interpréter dans son sens, comme il l'avait déjà fait. Aussi le Pape décidat-il de reprendre l'affaire, au concile qui devait s'ouvrirl'année suivante à Rome, et quiréunit cent cinquante évêques et un grand nombre d'abbés et de clercs. Les prélats établirent, sur l'autorité des Pères grecs et latins, que, par les paroles de la consécration et la vertu du Saiut-Esprit, le pain et le vin sont changés substantiellement au corps de Notre-Seigneur, qui est né de la Vierge et a été attaché à la croix, et au sang qui a coulé de son côté.
Quelques partisans du novateur essayèrent bien de soutenir que le corps substantiel est à la droite du Père, tandis que nous avons sim-
(1) Profiteor panem altaris post consecrationem esse \erum corpus Christi, quod natum est de Virgine, quod passum est in cruce, quod sedet ad dexteram Patris, et \inum altaris, postquam consecratum est, esse \erum sanguinem, qui manavit de latere Christi. Et sicut ore pronutitio, ita, me in corde liabere conflrmo. (Mabillon, Praef. in saae VI, bened., part, ait., § 1, n. 28.)
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plement dans l'Eucharistie une figure ; mais ils furent bientôt réduits au silence. Bérenger, une fois de plus convaincu d'hérésie et craignant l'anathème, confessa, sur l'ordre du Pape, qu'il avait toujours erré en cette matière, et signa une nouvelle profession de foi, dans laquelle était mentionné en termes explicites le changement substantiel : « Moi, Bérenger, je crois de cœur et je professe de bouche que par la prière et les paroles de notre Rédempteur, le pain et le vin de l'autel sont changés substantiellement au corps et au sang du Christ, et qu'après la consécration c'est le vrai corps du Christ, qui est né de la Vierge, qui a été offert sur la croix pour le salut du inonde et qui siège à la droite du Père, et c'est le vrai sang du Christ qui a coulé de son côté ; et cela non pas en figure, mais en réalité de nature et en vérité de substance. Telle est ma croyance, et je n'enseignerai désormais rien de contraire (1). »
(1) Ego Berengarius corde credo, et ore confiteor, panem et vinum, quœ ponuntur in altari, per mysterium sacne orationis et verba nostri Redemptoris, substantialiter converti in veram et propriam ac viviûcatricem carnem et sangu/inem Jesu Christ» Domini nostri, et post consecratio-
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Saint Grégoire VII se montra satisfait de la rétractation de Bérenger. Il lui donna des lettres de sauf-conduit adressées à tous les fidèles, pour le protéger contre l'indignation du peuple, dont il avait failli, plusieurs fois, être victime ; bien plus, il manda à Foulques, comte d'Anjou, par l'entremise de l'archevêque de Tours et de l'évêque d'Angers, de ne plus inquiéter l'archidiacre, à cause de sa doctrine, et de le défendre au besoin contre ses ennemis. Mais le saint Pontife comptait sans l'obstination et l'orgueil de l'hérésiarque, qui ne se faisait pas scrupule de détourner les mots de leur sens naturel. Par l'emploi du terme: substantiellement, la récente formule, signée par lui, ne laissait place à aucune interprétation fausse ; elle déclarait qu'une substance disparaissait et qu'une autre lui était substituée. Malgré cela, Bérenger osa pré-
nem esse verum corpus Christi, quodnatum est de \irgine, et quod pro salute mundi oblatum in cruce pependit, etquod sedet ad dexteram Patris ; et verum sanguinem Christi, qui de latere ejus effusus est, non tantum per signum et virtutem sacramenti, sed in proprietate natura? et veritate substantia?, sicut in hoc brevi continetur, et ego legi, et vos intellexislis. Sic credo, nec contra hanc fidem ulterius docebo. (Labbe, t. 10, c. 378, 379. — Lanfranc, L. C. ; (Mignk, P. L., t. 50, c. 411.)
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tendre que le mot : substantiellement signifiait non pas: selon la substance, mais: sans préjudice de la substance, c'est-à-dire que le pain et le vin n'étaient pas réellement changés. S'il acceptait le reste de la profession de foi, il tombait dans l'erreur de l'impanation ; c'est le moins qu'on puisse dire.
De retour en France, Bérenger jeta le masque et prétendit avoir cédé à la peur en signant la formule exigée par le Pape, sous la pression, disait-il, de quelques évêques fanatiques. Il se mit de nouveau à dogmatiser, au mépris de ses serments et au grand scandale de tous les chrétiens. Ce fut alors que Lanfranc, archevêque de Cantorbéry, ancien moine de l'abbaye du Bec, composa son Traité du Corps et du Sang du Seigneur, dans lequel il montre la fausseté des raisonnements de l'hérésiarque, et qui est un des plus beaux monuments de la théologie catholique au moyen âge. Il faut en dire autant de l'ouvrage si lumineux de Guitmond, archevêque d'Aversa, ancien moine de La-Croix-Saint-Leufroy, intitulé : De la Vérité du Corps et du Sang de Jésus- Christ dans ï Eucharistie ; peut-être même
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est-il supérieur à celui de Lanfranc pour la force du raisonnement, la sûreté de la discussion, et l'esprit philosophique. Afin de réduire au silence l'obstiné novateur, le Pape fît assembler un nouveau concile à Bordeaux en 1080 ; deux légats du Saint-Siège s'y trouvaient. Bérenger, amené par l'archevêque de Tours, Raoul de Langeais, dut y confirmer la profession de foi qu'il avait souscrite à Rome, et révoqua sans doute l'acte impie, par lequel il avait violé son serment (1).
Quinze ans plus tard, le concile de Plaisance condamna de nouveau l'hérésie de Bérenger, déjà tant de fois anathématisée, et proclama, à l'encontre, la foi catholique, à savoir que le pain et le vin, consacrés sur l'autel, sont changés, non pas seulement en figure, mais vraiment et essentiellement au corps et au sang de Notre-Seigneur (2) .
(1) Labbe, Sacrosancta concilia, t. 10, c. 3SI. — Mabillox, /. c, n. 32.
(2) HiEresis berengariana jam ab antiquo sœpissime anathematizata iterum damnata est, et sententia catholica? fidei contra eamdem firraata. videlicet quod panis et vinum,cum in altari consecrantur, non solum figurate, sed etiam vere et essentialiter in corpus et sanguinem Domini convertantur. (Mansi, l. c, t. 20, c. 803.)
Des faits rapportés jusqu'ici, des paroles et des écrits de l'hérésiarque que nous avons cités, des réfutations auxquelles ils donnèrent lieu, il est peut-être permis de tirer une conclusion au sujet de ce qui forme le point précis de l'erreur de Bérenger. En se réclamant sans cesse du nom de Scot, le trop fameux écolàtre de Tours montre bien quel est le fond de sa pensée, quoique pratiquement il l'ait parfois déguisée sous des termes obscurs. Mais ce qui subsiste au milieu de ces variations extérieures et de ces mille subterfuges, c'est l'intention manifeste de réduire à une présence figurative le grand mystère, qui nous donne Notre-Seigneur lui-même, l'hôte de nos sanctuaires et la victime du sacrifice perpétuel. Tout le prouve, d'abord son attachement pour
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Scot qui représentait la négation de la présence réelle, puis ses propres paroles, les mesures édictées parles Papes et les conciles, les professions de foi qui lui furent imposées et dont il faut nécessairement prendre la contradictoire pour connaître son opinion, l'émoi causé par une si audacieuse hérésie, et l'indignation du peuple chrétien, contre laquelle on dut protéger le blasphémateur, spécialement à Rome et à Poitiers.
L'impanation, qu'il a soutenue à un certain moment, ou du moins que l'on est en droit de conclure de plusieurs passages de ses écrits, puisqu'il rejette la transsubstantiation, n'est qu'une demi-satisfaction accordée aux circonstances plus fortes que sa volonté ; elle est d'ailleurs en contradiction avec ses théories idéalistes. Pour Bérenger, le corps du Christ ne se trouve que dans le ciel ; il n'est pas ailleurs, mais les paroles delà consécration communiquent au pain de l'autel la vertu de le représenter aux yeux du croyant qui le reçoit d'une manière spirituelle. En résumé, l'Eucharistie est surtout quelque chose de subjectif, qui se passe dans la conscience et l'âme du
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fidèle ; et par conséquent, d'après l'hérésiarque lui-même, si l'infidèle reçoit le pain et le vin consacrés, il ne reçoit cependant pas le sacrement complet parce qu'il ne voit pas dans ces éléments la figure du corps et du sang du Seigneur.
La parenté de cette doctrine avec l'erreur des Sacramentaires de la prétendue réforme est évidente, si les deux symboles ne se confondent pas ; car, on le sait, Zwingle ne voyait dans l'Eucharistie qu'un signe et une figure. En un mot, d'après le témoignage des faits et des écrits authentiques, Bérenger a enseigné le plus souvent la présence figurative de Notre- Seigneur dans le sacrement de l'autel; c'est donc à juste titre qu'on l'a nommé le précurseur des Sacramentaires.
L'histoire nous apprend que les doctrines de l'écolâtre de Tours troublèrent profondément l'Eglise en Occident, au xic siècle ; leur caractère même l'explique, ainsi que la renommée et la conduite de l'hérésiarque. Il n'a pas été nécessaire que Bérenger parcourût la France
(1) Mabillon, Annales benedictiniA. 61, n. 18 (t. 5, p. 54).
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et l'Allemagne pour jeter l'émoi dans les populations chrétiennes et pour faire quelques adeptes. Sauf sa tentative d'apostolat en Normandie, qui échoua, grâce à la perspicacité et à l'énergie du duc Guillaume, et sauf l'enseignement qu'il dispensait à ses élèves de l'école de Tours, nous ne connaissons aucun témoignage écrit qui nous le montre prêchant ses erreurs. Toutefois, on constate son influence personnelle en plusieurs endroits, à Angers, par exemple, où il lit d'assez longs séjours en qualité d'archidiacre, surtout au temps de son ami, l'évêque Brunon, mais où rien ne prouve qu'il enseigna ou prêcha publiquement son hérésie (1).
Condamné par une dizaine de conciles en moins de trente ans, privé des bénéfices qu'il possédait à Tours, Bérenger ne pouvait prétendre à une chaire d'enseignement officiel : il s'en dédommageait par l'action qu'il exerçait dans le domaine de ses relations amicales et parmi ses élèves ; on dit même qu'il donnait de l'argent aux étudiants pauvres pour leg gagner
1 L'Anjou historique, numéro Je juillet 1901. Bérenger a répandu ses erreurs à Angers, pp. 3-17.
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à ses idées. Peut-être chercha-t-il à répandre ses doctrines durant ses voyages en Italie, mais rien ne nous l'apprend d'une manière certaine. Hérétique obstiné, parjure à ses serments, il souscrivit de sa propre main, à trois reprises différentes, la profession de foi catholique, à Rome même, sous Nicolas II et saint Grégoire VII, sans parler des autres conciles, dans lesquels il fut obligé de reconnaître ses erreurs, comme à Tours, à Poitiers et à Bordeaux.
Enfin, la grâce victorieuse accomplit ce que n'avaient pu obtenir ni les décisions des conciles, ni la clémence des Souverains Pontifes, ni les instances de l'amitié. Après le concile de Bordeaux, Bérenger se retira au prieuré de ^aint-Gosme, près de Tours, où il mourut âgé de plus de quatre-vingt-dix ans, et certainement dans la communion catholique. « L'an de Jésus-Christ 1088, dit la Chronique de Tours, mourut le docte Bérenger, excellent grammairien, homme fidèle et sincèrement catholique (1). » C'est le témoignage unanime des
(1) D. Martène : Histoire de Mai moutier, ch. 14.
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auteurs contemporains, dont quelques-uns lui ont même payé un tribut de louanges exagérées.
Le souvenir des âmes qu'il avait égarées par ses blasphèmes ne le quitta plus dans la retraite sévère à laquelle il s'était condamné, et à ses derniers moments, il disait en soupirant : u Je dois aller paraître devant mon Seigneur Jésus-Christ aujourd'hui. J'espère, à cause de la pénitence que j'ai faite, que ce sera pour aller jouir de sa gloire, quoique j'aie sujet de craindre que ce ne soit pour recevoir la punition d'avoir été la cause de la perte du prochain (1). »
Son nom fut inscrit dans le nécrologe de 1 église d'Angers. Hildebert, évêque du Mans, qui avait été son élève, sans partager ses errements, lui composa une épitaphe fort longue, ou la reconnaissance du disciple oublie trop les scandales donnés par l'hérésiarque. Elle
1) Hoiie. inquit, In die apparitionis su* apparebit mini Dominus meus Jésus Christus, propter pœnitentiam, ut ipero, ad gloriam ; vel propter alios. ut timeo, ad pœnara. — Gull. M.u.m, De reb. Angl., 1. III ,'Mignb, JP. L., t. ÏVj. c. 1358).
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commence par ces vers, qui donnent une idée du reste :
Quem modo miratur, semper mirabitur orbis 111e Berengarius non obiturus obit.
Quem sacrae fidei vestigia summa tenentem Jam quinta dies abstulit, ausa nefas (1).
De son vivant, Bérenger eut des partisans, mais en si petit nombre qu'ils ne purent constituer une secte proprement dite. D'ailleurs la division régnait parmi eux ; ils s'accordaient à rejeter la transsubstantiation. Pour le reste, les uns ne voyaient dans l'Eucharistie qu'une ombre et une figure du corps et du sang de Notre-Seigneur, et d'autres admettaient une espèce d'impanation. A la même époque, d'autres sectaires, très opposés à Bérenger, disaient que le pain et le vin n'étaient changés que partiellement ; d'autres encore, tout en croyant à la transsubstantiation, prétendaient que si des indignes s'approchaient de la communion, la chair et le sang du Seigneur redevenaient pain et vin (2). Luther dira plus
(1) Id. : Ibid., c. 1257.
(2) Berengariani omnes quideni in hoc conveniunt quia panis et vinum essentialiter non mutantur, sed ut extor-
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tard que c'est la foi du croyant, qui opère la présence réelle, erreur de même nature, quoique au pôle opposé. A ces quatre classes d'hérétiques, quelques auteurs en ajoutent d'autres : d'abord ceux qui, admettant la présence réelle, soutenaient que le corps du Christ dans l'Eucharistie n'est point celui qui est né de la Vierge, mais une chair nouvelle produite par les paroles de la consécration ; puis ceux qui faisaient dépendre la consécration elle-même de la vertu du prêtre ; et enfin
quere quibusdam possint, multum in hoc différant, quod alii nihil omninode corpore et sanguine Domini sacramentis islis inesse, sed tantummodo umbras hœc et figuras esse dicunt. Alii vero, redis Ecclesiae rationibus cedentes, nec tacnen a stultitia recedentes, ut quasi aliquo modo nobiscum esse videantur, dicunt ibi corpus et sanguinem Domini rêvera, sed latenter contineri, et ut sumi possint quodammodo, ut ita dixerim, impanari. Et hanc ipsius Berengarii subtiliorem esse sententiam aiunt. Alii vero non quidem jam Berengariani, sed acerrime Berengario répugnantes, argumentis tamen ejus et quibusdam verbis Domini paulisper offensi, solebant olim putare quod panis et vinum ex parte mutentur et ex parte remnneant. Aliis vero irrationabilem istorum sensum longe horrentibus, eadem verba Domini, quibus isti moventur, non satis apte intelligentibus. videbatur panem et vinum ex toto quidem mutari, sed cum indigni accedunt ad communicandum carnem Domini et sanguinem, iterum in panem et vinum reverti. — Guitmundi De corporis et sanguinis Domini veritate in Eucharistia, 1. 1(Mignk, P. L., t.' 149. c. 1430. 1431).
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ceux qui disaient la Sainte Eucharistie soumise à toutes les suites de l'absorption et de la digestion, les stercoranistes.
Toute cette germination de doctrines hétérodoxes autour d'un seul homme prouve bien l'influence néfaste exercée par l'écolâtre dévoyé. Quoique d'après les témoignages les plus probables, ses disciples connus n'aient pas dépassé le chiffre de trois cents, Bérenger vit se lever contre lui de nombreux défenseurs du plus auguste de nos sacrements ; le caractère même de ses erreurs l'exigeait. Parmi les témoins de la vérité, qui terrassèrent l'hérésie, il convient de nommer, avec les trois Papes : saint Léon IX, Nicolas II et saint Grégoire VII, les principaux théologiens qui réfutèrent dans de savants traités les thèses condamnables de l'archidiacre d'Angers. Ce sont au premier rang, par l'importance de leurs œuvres, Lanfranc, abbé du Bec, puis archevêque de Cantorbéry, et Guitmond, moine de La Croix Saint-Leufroy, archevêque d'Aversa ; et après eux, Hugues, évêque de Langres ; Durand, abbé deTroarn; Adelmann, évêque de Brescia; Ascelin, moine du Bec ; Albéric, moine du
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Mont Cassin ; Geoffroy, abbé de Vendôme ; Théoduin, évêque de Liège ; Wolphelme, abbé de Brunviiliers ; Guibert, abbé de Nogent ; Alger, moine de Cluny, et Guillaume, abbé de Saint-Thierry.
Il nous plaît de le constater, l'hérésie bérengarienne a trouvé ses adversaires les plus intrépides dans les rangs de l'ordre de saint Benoît, soit parmi les simples moines et les abbés, soit parmi les évêques et les pontifes que Ton demandait si fréquemment alors au cloître bénédictin. Ce fait ne surprendra personne, si l'on se rappelle que, durant tout le haut moyen âge et jusqu'au xme siècle, l'ordre monastique fut, par le grand nombre de ses maisons et de ses religieux, par des services de toute nature rendus à l'Eglise et à la société civile, le principal instrument de la Providence dans l'œuvre de la conversion des peuples barbares, et de la défense de la foi. Ne suffit-il pas de jeter un regard, môme rapide, sur l'histoire de notre France, pour constater que les fils de saint Benoît ont été, surtout durant les sept siècles qui ont suivi leur apparition, les civilisateurs du pays,
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les gardiens de la science sacrée et profane, les éducateurs des grands et du peuple, souvent les pasteurs des diocèses, et parfois même les régents du royaume, comme Suger, l'illustre abbé de Saint- Denis? Et toute cette efflorescence de bonnes œuvres, tout ce rayonnement de la science chrétienne semblaient naître comme naturellement d'un genre de vie qui n'a d'autre but que de livrer les âmes à la prière, et au bon plaisir de Dieu.
Comme il arrive toujours, la lutte contre les erreurs de Bérenger servit au développement de la vérité chrétienne et au progrès de l'exposition du dogme. L'attention des théologiens, désormais fixée sur le grand problème du mode selon lequel Nôtre-Seigneur est présent dans l'Eucharistie, ne s'en détachera plus. Non seulement l'identité du corps de Jésus- Christ au ciel et dans le Sacrement a été solidement établie, mais la différence accidentelle, qui existe entre les deux états d'un même corps, a été nettement exposée par Lanfranc, et le changement de substance formellement enseigné par un concile. La vérité sortit donc plus belle et plus glorieuse de ce combat opi-
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niàtre de plus de trente années contre les subtilités et les perfidies de l'écolàtre de Tours.
De nouveaux docteurs apparurent bientôt et continuèrent les travaux de leurs devanciers. Saint Anselme compléta la doctrine de son maître Lanfranc sur l'Eucharistie ; sa théologie prépara les voies à celle de l'incomparable saint Thomas d'Aquin. Et ainsi le sacrement qui nous donne Jésus-Christ lui-même, le Verbe incarné, apparut brillant d'un vif éclat après les attaques de l'hérésie ; éclairé par le génie des docteurs, défendu par la vertu des saints et la foi des fidèles, il nous reste comme le résumé et le mémorial des merveilles que Dieu a opérées pour le salut du monde, et comme le gage des biens à venir.