‹ Questions théologiques et canoniquesChapitre 6 sur 21 · DE SAINT THOMAS D'AQUIN · texte numérisé non relu

DE SAINT THOMAS D'AQUIN

ce moment, hors de ses sens, puisqu'il voulut avoir un autre témoin de ce prodige en appelant le diacre Servandus ; ce qui, du reste, n'eut pas lieu (1).

Voici, d'ailleurs, le fait : Un jour saint Benoît avait reçu la visite de Servandus, abbé d'un monastère de la Campanie. Le soir, lorsqu'ils se furent séparés, saint Benoît, prolongeant sa prière durant le silence de la nuit, vit briller, tout à coup, une lumière qui surpassait l'éclat du jour ; et le monde lui apparut comme rassemblé dans un rayon de soleil. Il appela à lui l'abbé Servandus qui ne vit qu'une faible partie de cette lumière.

« Pour l'âme qui voit le Créateur, explique saint Grégoire, toute créature est petite. Car quelque peu qu'elle aperçoive de la lumière du Créateur, tout ce qui est créé devient petit, parce que par la lumière de cette vision profonde la puissance de l'esprit s'agrandit; et il

(1) Beatus Benedictus quando illam visionem \idit, nec hinc vit» funditus mortuus erat, nec a corporeis sensibus alienatus. Quod patet per hoc quod dum adhuc in eadem -visione persisteret, alium ad idem yidendum advocavit, ut idem Gregorius refert. Unde manifestum est quod Dei essentiam non \idit. {Quodlib. I, quppst. 1 act. 1.)

se dilate tellement en Dieu qu'il devient supérieur à ce monde. L'âme du voyant s'élève, en quelque sorte, au-dessus d'elle-même ; et lorsqu'elle est ravie dans la lumière de Dieu audessus d'elle-même, elle s'élargit intérieurement, et, ainsi élevée, croyant ce qui est au-dessous d'elle, elle comprend la petitesse de ce qu'elle ne pouvait comprendre dans sa faiblesse. L'homme de Dieu, qui voyait le globe de feu et les anges remonter au ciel, ne pouvait apercevoir cela que dans la lumière de Dieu. Quoi donc d'étonnant si Benoit vit le monde ramassé devant lui, puisque, par la lumière de l'esprit, il était élevé au delà du monde ? Ce n'est pas à dire que le ciel et la terre étaient rétrécis; mais l'Ame du voyant, ravie en Dieu et dilatée, put voir sans difficulté tout ce qui est au-dessous de Dieu (1). »

« (1) Ànim.T videnti Creatorem angusta est omnis creatura. Quamlibet etenim paru m de luce Creatoris aspexerit, ei brève fit orane quod creatum est; quia ipsaluce visionis intimée, mentis laxatus sinus, tantumque in Deo expanditur, ut superior existât mundo. Fit vero ipsa videntis anima etiam super semetipsam ; quumque in Dei lumine rapitur super se, in interioribus ampliatur ; et dum se sub se conspicit exaltata, comprebendit quam brève sit quod comprebendere bumiliata non poterat. Virergo Dei, qui intuens globum igneum, angelos quoque ad cœlum redeuntes vide-

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Saint Thomas dit qu'il faut interpréter dans un sens large les paroles de saint Grégoire, et les entendre d'une illumination supérieure aux forces ordinaires de l'intelligence humaine, et qui lui a permis de voir plus que les hommes ne font ordinairement. L'expression de lumière de Dieu, dont se sert le saint Pape, ne désigne pas ici Dieu lui-même, mais une illumination accordée par lui à son serviteur Benoît. Saint Grégoire ne l'indique-t-il pas en disant: Quelque peu que l'âme aperçoive de la lumière du Créateur, tout le créé s'amoindrit? Gregorius ex quadam proportion? argumentari intendit tn Mis verbis. Si enim videntes Dei essentiam, in ejus comparatione totam creaturam réfutant parvum quid ad videndum, non est mirum quod B. Benedictus per lumen divinum aliquid amplius videre potuit quam homines commnniter videant... Lumen Dei quandoque dicitur

bat h.i'c proculdubio cernere nonnisi in Dei lumine poterat. Quid itaque mirum, si mundum ante se collectum \idit, qui sublevatus in mentis lumine extra mundum fuit ? Quod autem collectas mundus ante ejus oculos dicitur, non cœlum et terra contracta est, sed videntis animus est dilatatus, qui in Deo raptus, videre sine difficultate potuit omne quod infra Deum est. » 'Dialog., lib, II. c. xxxv.)

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ipse Deus, quandoque vero aliad lumen derivatum ab ipso, secundum illud Psal. 55 : In lumine tuo videbimus lumen. Hic autem accipitur pro lumine derivato a Deo. (Quodlib. I, q. 1, a. 1.) — Vult [Gregorius) ostendere qnod quia videnti Çreatorem augusta est omnis creatura, consequens est quod per illustrationem divini luminis de facili possint qusecumque videri. Vnde subdit : Quamlibet enim parum de luce Creatoris aspexerit, brève fit ei omne quod creatum est. (22* q. 180, a. 5, ad. 3.)

Quand il s'agit des faits de la vie de saint Benoît, saint Thomas s'en rapporte aux Dialogues de saint Grégoire, qu'il avait lus, on peut le croire, dès le temps de son séjour au Mont Gassin, et qui étaient très répandus dans la société chrétienne du moyen âge. Mais, dans les questions de vie surnaturelle, qui constituent le point de vue habituel de ses travaux, il parle toujours d'après la Règle de saint Benoit elle-même. Il a, aussi, selon le conseil et la pratique du patriarche des moines, étudié aussi les vies et les œuvres spirituelles des grands ascètes de l'Orient.

Le premier rapprochement, qui s'impose en quelque sorte, dans la doctrine religieuse des deux saints, est celui qui concerne leur enseignement sur la vie solitaire. Saint Benoît en

parle, au début même de sa Règle ; et dans ces lignes du chapitre premier sont déjà renfermées les penséesque saint Thomas exposera, au cours de son Traité de l'Etat religieux, dans la Secunda secundœ de la Somme thèologique. Saint Benoit, entreprenant de donner aux moines des principes précis de conduite morale, commence par écarter de son intention les divers genres de vie dont il entend ne pas s'occuper : la vie érémitique, celle des Sarabaïtes, et celle des Gyrovagues, qu'il décrit et apprécie justement. Les ermites seuls méritent l'approbation : « Ce sont des moines qui n'agissent pas sous l'impulsion d'une ferveur de néophyte, mais qui ont été longtemps éprouvés dans le monastère, et ont appris, avec le secours de plusieurs, à combattre contre le diable. Ils sortent des rangs de leurs frères, bien armés pour le combat singulier du désert, affermis, et pouvant, sans le soutien d'autrui, avec leurs seules forces, mais munis du secours de Dieu, affronter la lutte contre les vices de la chair et les pensées mauvaises (1). » Vertu

(1) Genus Anachoretarum. id est eremitarum horum qui non conversationis fenore novitio sed monasterii proba-

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solidement assise, vocation d'exception, absence de secours visibles, que nous lisons en ce premier chapitre de la Règle bénédictine, tout cela se retrouve dans l'article VIII de la question cent quatre-vingt-huitième de la Seciuida secundx consacrée àl'étude des diverses formes de la vie religieuse.

En effet, saint Thomas, à propos de la comparaison qu'il établit entre la vie de communauté et la vie solitaire, enseigne formellement que celle-ci suppose une vertu déjà parfaite, et qu'elle offre de grands dangers, si on l'embrasse sans garanties préalables. « De même que ce qui est parfait l'emporte sur ce qui tend à le devenir, ainsi la vie solitaire, si l'on y entre dans les conditions requises, l'emporte sur la vie commune. Mais, si on s'y engage sans avoir accompli les exercices nécessaires, elle est très dangereuse, à moins que la grâce divine ne supplée à ce que le travail

tione diuturna, qui didicerunt contra diabolum multorum solatio jam docti pugnare et bene extructi fraterna ex acie ad singularem pugnam eremi securi jam sine consolations alterius sola rnanu vel brachio contra vitio carnis Tel cogitatlonum Deo auxiliante pugnare sufficiunt. {Rey. S. I' Benedicli, c. i.)

personnel doit, d'ordinaire, procurer, comme cela a eu lieu pour les saints Antoine et Benoit (l). »

La nécessité d'une préparation sérieuse à la vie érémitique est, on le voit, mise en un relief saisissant par le grand législateur monastique et par saint Thomas. Il en est de même des secours que procure la vie commune et qui manqueront désormais aux solitaires. Saint Benoît nous les montre quittant l'armée de leurs frères et livrés désormais à eux seuls, et à la grâce de Dieu. L'aide de la communauté leur fera défaut ; et ii leur venait, dit le Docteur angélique, « sous une double forme, s'adressant à l'homme tout entier, à son intelligence pour lui montrer la vérité à contempler, et à son cœur pour réprimer, par L'exemple et la correction, les mauvais sentiments de la nature. La vie commune est nécessaire à l'acquisition de la perfection : la solitude ne

1 Sicut id quoJ jam perfeetuui est, pni-eminet ei quod ad perfeetionem exerce tur ita Tita solitariorum. si débite assumatur. pra-eminet vita? sociali. Si autem ubique pra-cedenti exercitio talis vita assumatur. est periculorissima. nisi per divinam gratiam suppleatur quod in aliis per exercitium acquiritur. sicut patet de beatis Antonio et Bénédicte (22» q. 188. a. 8 a.)

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convient qu'aux parfaits 1 », vajam docti et bene exstructi, selon l'expression de saint Benoit.

Lui-même, il est vrai, a commencé par la vie solitaire; mais c'était, nous a dit saint Thomas, par une grâce spéciale, et il avait déjà atteint un degré de perfection digne d'être proposée en exemple et a laquelle beaucoup ne parviendront pas : saint Grégoire a tenu à le raconter pour l'édification de tous (2).

1 Ai exercitium hujusmodi juvatur homo es aliorum societate dupliciter : Uno modo quantum ad intellectum. ut instruatur in his qu.e sunt contemplanja : unde Hieronymus dicit ad Rusticum monachum : mihi placet ut : sanctorum contabernrain nec ipse te doceas. — Secundo quantum ad aflectum, ut seilicet noxùe affectiones hominis reprimantur exemplo et correctione aliorum. quia, ut dicit Gregorius, 30 moral, cap. 12 : quii prodest solitudo corporis si solitudo defuerit cordis ? Et ideo vita soeialis necesearia est ad exercitium perfectionis. Solitudo autem competH jam perfectis: unde Hieronymus dicit ad Rusticum : Saiitariam vitam reprehendimus ? minime, quippe quam saepe laudavimus: sed de luio monasteriorum hujuscemcdi ?olumus egredi milites, quos eremi rudimenta dura non terreant. qui spécimen conversationis sua? multo tempore dederunt. Ibid.)

2 Maniîestum est quod unus statim non iccipit ab altiori statu, sed etiam ab altiori gradu sanctitatis quam sit summum ad quod alius pervenit per totam vitam suam. l'nde Gregorius dicit 2 DiaJog. cap. 1 : Omnes agnoscant a quanta Benedictus puer conversionis gratia et perfectione eœpisset ,22" q. 189, a. i, ad 2.

96 ETUDE SLR LA FORMATION ASCETIQUE

Selon la remarque de saint Thomas, Benoît encore enfant, par sa libre détermination, choisit l'état religieux, comme autrefois le Bienheureux Jean-Baptiste (t).

Il y a donc, dans la perfection initiale de saint Benoît, une grâce spéciale qui n'est point requise pour entrer en religion. L'exiger serait injuste; et tel n'est point l'intention du grand patriarche, quand il recommande de ne pas accorder facilement l'entrée du monastère au nouveau venu, ec selon la formule de l'apôlre saint Jean, d'éprouver les esprits pour voir s'ils sont de Dieu. Saint Thomas cite ce passage de la Règle bénédictine : Mandai beatus Benedictus in Régula sua, cap. 58, quod venientibus ad religionem non sit facilis prœbendus ingressus ; sed probandum est an spiritus ex Deo sint ; et il explique que ces difficultés de l'entrée doivent s'entendre du temps de la probation religieuse, et que la communauté, dans laquelle se présente un

1. hueniuntur aliqui statim a pueritia ad statum religionis qui est t'erfectissimus) convolasse proprio arbitrio. sicut beatus Joannes Baptista. et beatus Benedictus. [Quodl. V. q. 11, a. 1, ad l.)

candidat, est tenue de se rendre compte de la sincérité de sa démarche. C'est la raisou des délais et des phases successives par lesquels saint Benoit fait passer son candidat (i).

Lorsque saint Thomas examine la question des avis à prendre avant d'embrasser l'état religieux, il écarte les parents du nombre des conseillers compétents, au moins pour l'ordinaire, et rapporte en exemple la conduite de saint Benoit qui abandonna secrètement sa nourrice et se retira dans un lieu désert ; il ne fit part de son dessein qu'au moine Romain qui garda fidèlement son secret et l'aida de tout son pouvoir. Beatus Benedictus, ut Grcgorias refert in % Dialogorum, nulricem suam occulte fugiens, deserti loci sécession petiit ; sed Romano monacho proposition suion aperuit qui eju< desiderium secrçtum tenait, et adju-

(1) 22»- q. L89, a. 9. ad I- Mis qui ad religionom inducuntur, nihiominus resorvatur probationis tempus in quo difûcultates religionis experiuntur ; et sic non facilis aditus eis datur ad religionis ingressum.

Ibid.. a. 10. ad 1. Dubium potest esse in his qui jam sunt in religionc, utrum ille qui religion! se offert, spiritu Dei ducatur, an simulate accédât. Et ideo debent accedentem probare. utrum divine spiritu moveatur.

torium impendit (1). Ce sont les termes mêmes de saint Grégoire.

De l'exemple de saint Benoit, et surtout de la pratique de l'Eglise, il faut conclure, d'après saint Thomas, qu'il n'est pas nécessaire de s'être longuement exercé dans l'observance des préceptes avant d'embrasser les conseils. Sans doute, la prudence conserve toujours ses droits ; mais dire que c'est mal de recevoir des adolescents dans la vie religieuse, est diabolique. Tant qu'ils restent, de par le droit, sous la puissance de leurs parents, ceux-ci peuvent les offrir aux monastères, pour qu'on les élève dans l'étude des choses divines (2).

« L'Église admet cette coutume, d'ailleurs autorisée par l'Ecriture. 11 n'importe pas de rechercher maintenant si ces enfants sont tenus par des liens perpétuels; car si l'exercice des préceptes devait nécessairement précéder l'ob-

(1) Opusculum III. Contra pesliferam doctrinam retrahentium homines a religionis ingressu, c. 9.

(2) Dicere autem qirjd inalum est recipere adolescente? ad religionem est diabolicum... Pueri in infantiœ annis a parentibus monasterio tr.idi possunt... quia sunt secundum jus naturale in potestate parentum... ut in rébus divinis nutriantur et non habeant aliam vitam nisi divinam contemplationem. (Quodlib., III, a. 11.)

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servance des conseils, il ne serait permis en aucune façon d'appliquer à la pratique des conseils ceux qui n'ont pas encore suivi assez longtemps la voie des préceptes. Or, cette coutume de donner des enfants à la vie religieuse est autorisée et par les décrets de l'Eglise, et par les exemples des saints. Les Dialogues de saint Grégoire racontent que des personnages nobles et religieux de la ville de Rome amenèrent leurs fils au Bienheureux Benoit afin qu'il les élevât pour Dieu toutpuissant. C'est ainsi que Eutychius lui confia son fils Maur, et le patrice Tertullus son fils Placide, deux enfants de grande espérance. Maur, doué d'un bon naturel, commença dès lors à aider son maître; et Placide, encore enfant, avait le caractère de son âge (1). » En admettant les enfants dans les monas-

(1) Si ex nécessita te pneceptorum exercitium viam consiliorum pnecederet, quam quis arripit per religionis ingressum, inordinatum valde etset,nec ab Ecclesia sustinendum, quod parentes pueros in annis minoribus constitutos offerant Deo in religione nutriendos sub consiliorum observantia, antequam in prteceptis exercitari potuerint; cujus contrarium et Ecclesiae consuetudo habet, quae maximum habet auctoritatis pondus, et multipliciter Scripturarum auctoritatibus comprobatur... Nec refert, quantum ad pro-

tères, sous des conditions particulières et parfaitement déterminées, saint Benoît ne faisait que suivre l'exemple des moines plus anciens. Saint Thomas, qui avait été au nombre de ces élèves du cloître bénédictin, ne laissa passer aucune occasion, dans la suite, de montrer la légitimité de cet usage approuvé par l'Eglise. On vient de le voir par un passage de l'opuscule Contra pestiferam doctrinam retrahentium homines a religionis ingressu. Il y a d'autres endroits, dans lesquels le saint Docteur traite la question directement, par exemple, dans la Somme théologique 22aeq.l89.a.o, et dans les Quodlibetalia, iv, a. 23. On y re-

positum pertinet, utrum sint obligati ad regularera observantiam perpetno tenendam; quia si prœceptorum exercitium ex necessitate observantiam conciliorum pnecederet, nullo modo liceret regulari consiliorum observance aliquos applicare qui nondum essent in praeceptis exercitati. Hrec autem consuetudo pueros religioni tradendi, non solum ecclesiasticis statutis quampluribus, sed etiam Sanctorum exemplis comprobatur. Narrât enim Gregorius in 2 Dialogorura lib. quod cœpcrunt ad beatum Benedictum Romana* urbis nobiles et religiosi concurrere mosque ci fiîios omnipotenti Deo nutriandos dare. Tune quoque bonae spei sobules Eutichius Maurum, Tertullus vero patricius Placidum tradidit; et quibus Maurus junior, cum bonis polleret moribus, magistri adjutor eœpit existere; Placidus vero puerilis adbuc indolis annos gerebat. {Opuscuhis III, Contra pestiferam doctrinam retrahentium homines a religionis ingressu, c. 3.)

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trouve toujours non seulement la conformité avec la pensée de saint Benoit, mais l'influence et le souvenir du grand patriarche, puisque saint Thomas cite son exemple à l'appui de la coutume en question.

« Tous les ordres religieux, dit-il, ont été institués sur le modèle de la primitive Eglise ; et c'est pourquoi les fondateurs, comme les Apôtres, ont été amenés à recevoir des enfants, ainsi que nous le lisons du Bienheureux Benoît, qui accepta d'élever pour la vie religieuse le jeune Maur, âgé de douze ans, et le petit Placide, âgé seulement de sept ans (1). »

Pour l'admission des adultes, on a déjà vu

(1) Multo autem magis excedit vita christiani infidelium vitam, quam vita religiosorum vitam srecularium ; pra^sertim cum in primitiva Ecclesia omnium curistianorum erat perfectissimus religionis status, secundum illud, Act. IV, 32 : Multitudinis credentium erat cor anum et anima una; nec quisquam eorum quae possidebat, aliquid suum esse dicebat; sed erant Mis omnia communia. Ad cujus viUe exemplar omnes religiones sunt institutio; et ideo religionum institutores ea eadem causa qu;e Apostoli, moti sunt ad recipiendum infantes in religionem ; ut patet de beato Benedicto, qui, ut in 2 Dialogorum legitur, recepit nutriendum in religionem Maurum duodénum, et Placidum septennum. Quodlib. IV, a. 23. Plusieurs siècles avant saint Thomas, le Bienheureux Baban Maur, abbé de Fulda, archevêque de Mayence, avait composé, sur le même sujet, son Liber de oblalione pueroru?n contra eos qui répugnant institulionis B.P. Benedicti. (P. L., t. 107, c. 413-439.)

que le Docteur angélique connaissait bien les prescriptions de la règle bénédictine ; l'opuscule Contra pestiferam doctrinam retrahentium homines a religionis ingressu (c. 8) le prouve aussi. De nouveau, saint Thomas cite l'autorité de saint Benoit recommandant d'éprouver les esprits, afin de voir s'ils sont de Dieu. Dicitur I Joan. IV, 4 : Nolite omni spiritui crederc, sed probate spiritus si ex Deo sint ; quod in religionis ingressu locum habet, nt patet per hoc quod beatus Bénédictin; in régula, et Innocenlius in decretali, in hoc casu hanc auctoritatem inducunt.

D'ailleurs, le fait d'entrer dans la vie religieuse ne constitue pas un engagement ; et la règle de saint Benoît accorde une année d'expérimentation avant les liens définitifs, prescription que l'Eglise a faite sienne dans son droit, et qu'elle a imposée à tous les ordres religieux.

On sait que l'obéissance est la vertu fondamentale de la vie monastique. Saint Benoit lui a consacré deux chapitres de sa règle, où il donne, sur cette matière, un enseignement qui renferme tout ce que d'autres, après lui, ont

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exposé plus longuement. Le saint patriarche demande de son disciple une obéissance si complète que le moine doit essayer d'exécuter même un ordre impossible qui lui aurait été donné (1). Il ne faut pas conclure de là, dit saint Thomas, que l'homme se détermine à l'impossible, mais que le sujet ne doit pas décider lui-même si une action est possible, et s'en rapporter au jugement de son supérieur (2).

Le chapitre de la Règle bénédictine(o), que l'on peut regarder comme le résumé de l'ascèse monastique, n'a point échappé à saint Thomas, qui lui consacre un article de son traité sur l'humilité (22ae q. 161, a. 6). Saint Benoît enseigne qu'il y a douze degrés d'humilité : le premier est de craindre Dieu, et de se souvenir toujours de ses préceptes et de la connaissance qu'il a de nos actes tant internes qu'ex-

(1) Régula S. P. Benedicti, en. lxviii. Si fratri impossibilia injungantur.

(2) B. Benedictus dicit in suis Begulis ad monacbos. cap. 68, quod si pnelatus aliquid impossibile prceceperit, tentandum sit. .. Hoc ideo dicitur quia an aliquid sit possibile, subditus non débet sno judicio deflnire, sed in unoquoque judicio superioris stare (12»e q.li, a. 5,obj. 3et ad 3)

(3) Régula, c. 7.

ternes; le second, de ne pas aimer sa volonté propre; le troisième, de se soumettre à son supérieur par amour pour Dieu; le quatrième, de garder la patience dans les plus dures- contrariétés ; le cinquième, de dévoiler humblement ses pensées et ses fautes à son abbé ; le sixième, d'être content de toute situation humiliante, et de se regarder comme un ouvrier incapable; le septième, de se croire et de se dire inférieur à tous; le huitième, d'obéir à la Règle; le neuvième, de parler peu; le dixième, de ne pas être porté au rire; l'onzième, d'être réservé et sérieux dans ses conversations; le douzième, d'avoir une tenue modeste, qui manifeste extérieurement l'humilité du cœur.

Saint Thomas énumère ces divers degrés dans un ordre inverse, mais il les commente dans l'ordre où les a donnés saint Benoît. Il montre combien est rationnelle cette classification, ou mieux cet enseignement du saint patriarche qui, après avoir mis à la base de la vie spirituelle le respect dû à Dieu, impose au moine un programme de vie spirituelle, dont la réalisation se montre jusque dans la

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tenue extérieure. Rien de mieux à faire que d'écouter le commentaire qu'en donne le Docteur angélique.

« L'humilité, dit-il, a essentiellement pour siège l'appétit, et refrène la tendance de l'âme qui la porte à s'élever d'une façon désordonnée; elle a sa règle dans la connaissance, c'est-à-dire dans la juste appréciation de soimême, qui consiste à ne pas croire être audessus de ce que l'on est; et cette double action a pour principe et racine le respect que l'on a pour Dieu.

Or, cette disposition intérieure d'humilité donne naissance à quelques signes extérieurs en paroles et en actes qui manifestent l'intérieur, comme pour les autres vertus. Car, selon Y Ecclésiastique , à son air on connaît un homme, et au visage qu'il présente on connaît le sage. C'est pourquoi, il y a dans ces degrés d'humilité quelque chose qui se rapporte à la racine de l'humilité, c'est-à-dire la crainte de Dieu et le souvenir habituel de ses commandements.

Il y a aussi ce qui se rapporte à l'appétit, pour qu'il ne s'élève pas ; et on propose trois

moyens : le premier est de ne pas suivre sa volonté propre ; le deuxième est de régler sa volonté d'après le jugement du supérieur; le troisième est de ne pas céder devant les duretés et les aspérités qui se présentent.

Vient ensuite ce qui regarde la conviction de l'homme persuadé de son imperfection. D'abord il reconnaît et confesse ses propres défauts; puis à cause de son insuffisance il s'estime inapte à de grandes œuvres, et il se regarde comme inférieur à tous.

Enfin, on signale ce qui concerne les manifestations extérieures, de l'humilité premièrement dans les actes, par lesquels il faut ne pas s'écarter de la voie commune; deuxièmement, dans les paroles, qu'il faut dire au temps voulu, et avec mesure; troisièmement, dans la tenue, qui comporte la modestie des regards et qui évite le rire exagéré et les autres signes de la joie insensée (1). »

Dans son opuscule Contra impugnantes Dei cultum et religionem, saint Thomas, répondant aux attaques des adversaires de l'état religieux, examine la question du travail. On

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voulait interdire aux religieux l'étude et la prédication, pour ne leur permettre que les œuvres manuelles. Le saint Docteur démontre, par une grande abondance de preuves, que cette prétention est injuste; et il apporte en exemple la conduite de saint Benoît qui, d'après le récit de saint Grégoire, vécut trois aus dans sa grotte sans demander au travail des mains ce qui était nécessaire à sa vie, car il n'avait aucune relation avec les hommes, et le moine Romain qui, seul, connaissait sa retraite, lui apportait sa nourriture. « Qui oserait dire, ajoute saint Thomas, que le Bienheureux Benoît ne fût pas alors dans la voie du salut, puisque le Seigneur lui-même l'appelle son serviteur, quand il dit au prêtre : « Mon serviteur meurt de faim en ce lieu » ? Il y a encore dans le livre des Dialogues, et dans les Vies des Pères, beaucoup d'autres exemples de saints qui ont vécu sans travailler des mains (1). »

(1) Beatus enim Benedictus, ut Gregorius in 2 Dialogorum narrât, tribus annis in specu mansit manibus non laborans ut ex hoc victum quaereret; quia longe a conversatione hominum positus erat, soli Bomano monacho cognitus, qui ei victum ministrabat. Quis tamen audeat dicere eum tune

Dans les questions agitées de son temps, au sujet de la pratique de la pauvreté religieuse, le Docteur angélique se montre encore bien informé sur la vie de saint Benoit. On reprochait alors aux ordres mendiants l'interdiction de posséder en commun, en alléguant les exemples des monastères bénédictins qui avaient fait leur preuve, et largement, de sainteté et d'influence bienfaisante sur la société religieuse et même laïque. C'était ne pas comprendre que si la pauvreté est d'une obligation rigoureuse pour tout religieux, à quelque ordre qu'il appartienne, la forme de la pratique en commun de cette même pauvreté varie selon le but et l'organisation donnés par le fondateur à sa famille religieuse.

in statu salutis non fuisse, cum Dominus eum servum siiura nominaverit cuidam sacerdoti dicens : Servus meus illo in loco famé moritur? Multa etiam alia exempla sanctorum patent in dialogo, et in vitis patrum, qui sine labore lUiinuum istam vitam transigebant. Cap. 5.

Saint Thomas répète la même chose en termes presque identiques dans la Somme théologique (22,e q. 187, a. 4. c.) : Sed contra est quod. sicut Gregorius dicit in 2 Dialog. cap. 1, cire, med., B. Benedictus tribus annis in specu permanens, de his qu;e a Romano monacho ministrabantur refectus est, postquam domum parentesque reliquerat ; et tamen validus corpore existens, non legitur de labore manuum quœsivisse victum.

Saint Thomas reproduit l'objection des adversaires des Ordres nouveaux : « Le Bienheureux Grégoire, disaient-ils, établit, avec ses propres revenus, un monastère à l'intérieur de la ville de Rome, et six autres en Sicile. Et le Bienheureux Benoit, cet admirable maître de la vie monastique, accepte des possessions assez considérables pour son monastère. Or, de si grands hommes, qui suivaient avec tant de soin les règles de la perfection évangélique, n'eussent jamais agi de la sorte, si les possessions des communautés avaient été contraires à la perfection évangélique, dont les apôtres ont donné l'exemple (1). »

Et le grand Docteur répond : « L'exemple de saint Benoit prouve seulement que les possessions des communautés ne sont pas incompatibles avec la vie monastique...; le même saint Benoit dit dans sa Règle, à savoir qu'il

(1) B. Gregorius de facultatibus suis, intra urbis Romane rnœnia un um monasterium, in Sicilia vero sex legitur construxisse. Beatus etiam Benedictus, monacliorum pneceptor almificus, amplas possessiones pro suo monasterio recepit. Quod tanti viri, evangelica* perfectionis aemulatores nullo modo fecissent, si possessiones communes in aliquo iipostolicie- et evangelica? perfectioni derogarent. [Contra retrah. hom. a relig. ingressu, c. li.)

a tempéré la première rigueur de la vie monastique pour condescendre à la faiblesse des moines de son temps. Il faut dire la même chose du Bienheureux Grégoire, qui établit ses monastères d'après la règle donnée par saint Benoît (1). »

Le principe qui a guidé saint Benoit dans l'organisation de la vie monastique et auquel saint Thomas se réfère ici, n'est point signalé, dans la Règle bénédictine, comme concernant la faculté de posséder qu'ont toujours eue les monastères. Il faut bien l'avouer, l'application qu'en fait ici le saint Docteur ne paraît pas suffisamment justifiée. Mais il est bien vrai que saint Benoit a voulu rendre la vie monastique accessible à la faiblesse humaine, et que son intention formelle — il le dit lui-même dans le Prologue de la Règle — est de ne rien établir de dur et de lourd à porter : In qua

(1) Quod beatus Benedictus in vita sua amplas posscssiones recepit, hocsufficitad ostendendum quod communes possessiones non totaliter monasticam perfectionem excludunt... cum idem beatus Benedictus in sua Régula dicat, se aliquid remisisse de rigore monasticœ vite a prioribus institut*, condescendo infirmitatibus sui temporis nioiiacborum. Et eadem ratio est de beato Gregorio qui mona;teria construxit secundum regulam a beato Benedicto instiutam. [Ibib., c. 16.)

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institutione nihii asperitm, nihil grave nos constituturi speramus.

Les paroles de saint Thomas rappellent plutôt les expressions par lesquelles le législateur monastique accorde aux moines l'usage du vin : « Nous lisons que le vin ne convient aucunement aux moines ; mais comme on ne peut le persuader aux moines de notre temps, gardons au moins cette mesure... (1) » Ou bien elles font penser à la recommandation explicite de saint Benoit, prescrivant d'organiser l'office divin de manière à réciter le psautier intégralement une fois par semaine, alors que les anciens le disaient tout entier en une seule journée : « On doit, dit-il, prendre grand soin de dire intégralement, chaque semaine, le psautier de cent cinquante psaumes ; car des moines qui, dans le cours d'une semaine, diraient moins que le psautier avec les cantiques habituels, feraient preuve de négligence dans le service qu'ils ont voué; nous lisons, en effet, que les saints Pères, nos de-

il) Licet leganuis vinum omnino monachorum non esse, sed quia nostris teinporibus id monachis persuaderi non potest, saltem vel hoc consentiamus... (Régula, c. 40.)

vanciers, accomplissaient résolument en un jour, ce que nous, tièdes, puissions-nous accomplir en une semaine ! (1)' »

On peut encore, à cette occasion, rappeler le jugement qu'il porte lui-même sur sa Règle, et l'intention qu'il a eue en récrivant. Loin de la regarder comme renfermant tout ce qu'il est nécessaire de connaître pour tendre efficacement à la perfection, il la présente plutôt comme une ébauche et comme une introduction aux enseignements plus élevés des divines Ecritures et des Saints Pères. « Nous avons écrit cette Règle, dit-il avec une admirable modestie, afin que l'observant dans les monastères nous fassions preuve de quelque honnêteté de mœurs et d'un commencement de vie agréable à Dieu... Vous donc qui hâtez votre marche vers la patrie céleste, accomplissez, avec l'aide du Christ, cette petite Règle

(1) Omnibus id atleadat, ut omni hebdomada Psalterium ex integro numéro centum quinquaginta psalmorum psaliatur, quia inertetn devôtionis sine servitum ostendunt monachi qui minus a Psalterio cum canticis consuetudii;ariis per septimana? circulum psallunt, dum quando legamus sanctos Patres nostros uno die hoc slrenue implesse quod nos tepidi utitiam septimana intégra persolvamus ! !Regula, c. 18.)

des commençants; et ensuite vous parviendrez, avec la protection de Dieu, à ces hauteurs plus élevées de doctrine et de vertus dont nous venons de parler (1). »

Lorsque saint Thomas explique comment on peut appeler quelqu'un maître ou père, sans contrevenir à la parole du Seigneur, il termine en disant : « Le Seigneur n'a donc pas interdit absolument, ni par précepte, ni par conseil, de donner le nom de maître et de père ; car alors, comment les saints Pères eussent-ils permis d'appeler Abbés, c'est-àdire, pères, ceux qui gouvernent les monastères (2) ? »

Cette courte explication du nom de l'abbé, cette mention de sa paternité spirituelle en

(i) Regulam autem hanc descripsimus, ut hanc observantes in monasteriis aliquatenus vel honestatem morum aut initium conversationis nos demonstremus habere... Quisquis ergo ad patriam cadestem festurus, hanc minimam inchoationis Regulam descriptam adjuvante Christo perflce; et tune demum ad majora quu? supra commemoravimus doctrinte virtutumque culmina Deo protegente pervenies. {Régula, c. 73.)

(2) Sic ergo patet quod Dominus non prohibuit simpliciter nec pnecepto nec consilio nomen patris aut magistri ; alias quomodo sancli patres sustinuissent ut illi qui prfesunt monasteriis, Abbates, id est patres, vocarentur? {Contra impugnantes Dei cultum et religionem, c. 2.)

même temps que du caractère de son gouvernement, reflètent tout à fait ce que saint Benoît dit de l'abbé au chapitre deuxième de la Règle, en empruntant les paroles, bien connues, de saint Paul : Accepistis spiritvm adoptionis, in quo clamamus : Abba, pater. {Rom., VIII, 15.)

On n'en peut douter maintenant, saint Thomas connaissait très bien la vie et la règle de saint Benoît. Je n'ai cité jusqu'ici, sauf en dernier lieu, que des passages de ses œuvres, où il fait une mention explicite du grand législateur de la vie monastique. Il faudrait y joindre les endroits dans lesquels se manifeste évidemment l'influence de la pensée et du souvenir de saint Benoît. Il serait facile d'en trouver un assez grand nombre, surtout dans les questions de la Soyntne théologique, qui traitent des vertus et de l'état religieux, et dans plusieurs des Opuscules.

Si l'on ne voulait que constater la concordance d'enseignement chez les deux saints, l'étude serait plus longue, mais combien intéressante et fructueuse. Si même il s'agissait de commenter la doctrine spirituelle de saint

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Benoit par celle du Docteur angélique, quelle œuvre attachante et utile on accomplirait!

J'ai voulu seulement signaler quelques passages explicites de saint Thomas, assez, il me semble, pour faire voir qu'il est resté fidèle à sa première éducation bénédictine.

D'ailleurs, après le départ de saint Thomas, les relations se poursuivirent entre les fils de saint Benoît et leur ancien élève, devenu la plus grande lumière de l'Eglise, à son époque (1). L'abbé Bernard, remarquable par sa science et son zèle pour la discipline monastique, qui occupa le siège abbatial du Mont

(1) Il est inutile d'examiner ici — et peut-être même absolument parlant — la question de la profession monastique de saint Thomas. Le dominicain Hyacinthe Serry soutint la thèse affirmative dans un travail publié à Lyon, en 1724 : De monachalu benediclino D. Thomse Aquinalis apnd Cassinenses antequam ad dominicanum Prsedicatorum ordinem se Ir ans ferre t, hislorica disquisitio. Un autre Dominicain, De Rubeis, fit paraître, peu après, une réplique intitulée : De fabula monaclialus benedicLini D. Thomse Aquinatis. Responsio ad historicam disquisitionem de monachalu D. Thomse Aquinalis apud Cassinenses antequam ad dominicanum Prsedicalorum ordinem se transferret. Les opuscules ont élé reproduits dans les Opéra omnia de Serry, Venise, 1770, t. 6, p. 243-262 (Serry), et 263-290 (de Rubeis). Au dire d'un savant Dominicain, très versé dans la connais-

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Gassiii de 1263 à 1282, était lié d'une étroite amitié avec le saint Docteur. Durant son gouvernement, peu de temps avant la mort de saint Thomas, une discussion assez vive s'était élevée parmi les moines du Çassin, sur la question de la prescience divine, à propos d'un passage des Morales de saint Grégoire le Grand.

Le saint pape commentant cette parole du livre de Job : « Les hommes d'iniquité ont été emportés avant leur temps, et les eaux ont arraché jusqu'à leurs fondements, Qui sablati

s.ince de l'histoire de son Ordre, l'un et l'autre auteurs sont allés trop loin en sens contraire ; et le plus probable est que saint Thomas d'Aquin a été offert au Mont Cassin comme oblat, mais qu'il n'y a pas fait profession.

Un ms. de la bibliothèque royale de Bruxelles (3324 renferme un travail, provenant de la bibliothèque des anciens Bollandistes, et écrit de la main du P. Conrad Janning, qui soutient la thèse de la profession bénédictine de saint Thomas : Divum Thomam Aquinatem monachum fuisse benedictinum. C'est aussi l'avis de Dom Tosti (Florilegium cassinense, p. 209), dont le sentiment ne manqua pas de vraisemblance, s'il faut retarder, aussi longtemps qu'il le fait, la sortie de saint Thomas de l'Abbaye du Mont Cassin.

On ne voit pas l'intérêt de pareilles discussions ; car personne ne pourrait dire, semble-t-il, ce que l'honneur de l'Ordre bénédictin et celui de saint Thomas auraient à gagner, le premier à avoir perdu un grand saint et un incomparable génie, le second à avoir rompu de premiers liens religieux.

sunt ante tempus suum, et fluvius subvertit fundamentum corum » (XXII, 16), avait nettement établi que Dieu, juste et bon, fixe le terme de la vie humaine, tout en laissant aux pécheurs le temps de faire pénitence. De fait, personne ne disparaît à un autre moment qua celui que Dieu connaît, de toute éternité, comme devant être celui de la mort de quelqu'un. Si Ezéchias vécut quinze ans de plus qu'il ne méritait sans aucun doute, Dieu connaissait, dès le principe, l'époque de la fin de ce roi. Ceux qui aiment la vie présente se promettent de longs jours ; mais la mort survient et leur enlève ce qu'ils désirent tant avoir ; ils sont emportés avant leur temps, avant le temps qu'ils voudraient se donner à eux-mêmes. Ou bien encore, ils sont emportés pour qu'ils n'augmentent pas le nombre de leurs iniquités, ou pour qu'ils ne soient pas plus longtemps pour les justes un sujet de scandale ou une cause de persécutions (1).

(1) Cum tempus vit* a divina nobis pneseientia sit procul dubio pneflxum, qmerendum valde est qua ratione nunc dicitur quod iniqui ex pruesenti stcuJo ante tempus proprium subtrahuntur. Omnipotens enim Deus et si plerumque mutât sententiam, consilium nunquam. Eo ergo

L'explication de saint Grégoire ne satisfaisait pas les moines du Mont Cassin qui désiraient plus de lumière sur l'accord de la prescience infaillible de Dieu et des événements contingents.

Il semble même qu'il y ait eu un certain trouble dans le monastère, et que quelques-uns

tempore ex hac vita quisque subtrahitur, quo ex divina potentia aate tempora praescitur. Sed sciendum quia creans et ordinans nos Omnipotens Deus, juxta singulorum mérita, disponit et terminos, ut vel malus ille breviter vivat, ne multis bene agentibus noceat; vel bonus iste diutino in hac vita subsistât, ut multis boni operis adjutor existât ; vel rursum malus longius différât ur in vita ut prava adhuc opéra augeat, ex quorum tentatione purgati justi vérins vivant; vel bonus citius subtrahatur, ne si hic diu vixerit, ejus innooeutiam malitia corrumpat. Sciendum tamen quia beaignitas Dei est peccatoribus spatium pœniteutiœ largiri. Sed quia accepta tempora non ad fructum pœnitentise, sed ad usum iniquitatis vertunt, quod a divina misericordia mereri poterant amittunt. Quamvis Omnipotens Deus illud tempus uniuscujusque ad mortem praesciat quo ejus vita terminatur, nec alio in tempore quisquam mori potuit, nisi ipso quo moritur. Nam si Ezechia? anni additi ad vitam quindecim memorantur, tempus quidem vita? erevit ab illo termino quo mori ipse merebatur. Nam divina dispositio ejus tempus tune pra?scivit, quo hune postmodum ex prœsenti vita subtraxit. Cum ergo ita sit, quid est quod dicitur : Quia iniqui sublati sunt ante tempus suum, nisi quod omnes qui pra^sentem vitam diligunt longiora sibi ejusdem vitae spatia subtrahit, eorum \itae spatia, qua? sibi longiora quasi in cogitatione tendere consueverat, intercidit. De quibus recte dicitur : Et fluvius subvertit fundamentum eorum. (Lib. XVI moralium in Job, XXII, 16; P. L., t. 75, c. 1127, 8.)

aient émis des sentiments plus ou moins justes sur ce point.

A ce moment-là, l'abbé Bernard apprit la présence de saint Thomas à Aquin. L'angélique Docteur avait reçu ordre, du pape Grégoire X, de se rendre à Lyon, afin d'assister au concile ; et il était sur le point de partir, lorsqu'il reçut la demande de l'abbé du Mont Cassin, le priant d'aller au monastère expliquer quelle était la vraie pensée de saiat Grégoire et raffermir, par l'autorité de sa parole, la théologie de quelques hésitants. N'écoutant que son dévouement, Thomas se proposait de répondre à l'appel de l'abbé ; mais la longueur des offices, la rigueur du jeûne et, probablement aussi la maladie, l'en empêchèrent. Il dut se contenter d'écrire sa réponse sur le codex renfermant les Mémoires de saint Grégoire, qui lui avait été envoyé du Mont Cassin et, dit-il lui-même, « ce sera plus avantageux; car ce qui est écrit servira non seulement aux présents, mais encore à ceux qui viendront après (1) ».

(1) La lettre de saint Thomas à l'abbé du Mont Cassin est reproduite, précédée d'un commentaire historique, avec

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Dans cette courte consultation théologique saint Thomas ne dit rien qui ne se trouve déjà dans ses autres écrits. Toutefois, il est bon de reproduire ses paroles mêmes ; car cette lettre est peu connue, et il y a toujours profit à voir la vérité exposée avec tant de clarté, de profondeur et de maîtrise .

« Pour mieux résoudre les doutes, il faut reproduire les paroles du Bienheureux Grégoire : On doit savoir que Dieu, dans sa bonté, accorde aux pécheurs un temps pour la pénitence ; mais parce que, contrairement à la pensée divine, ils s'en servent pour accomplir l'iniquité, ils perdent ce qu'ils pouvaient mériter de la bonté divine ; et Dieu tout-puissant connaît à l'avance la durée de la vie de tout homme, et personne ne peut mourir en un autre temps que celui où il meurt. Si la vie du roi Ezéchias a été prolongée de quinze années, c'est que Von compte celles-ci à partir du moment où il méritait de mourir ; et Dieu, qui

un fac-similé autographe, dans le Florilegium cassinense, p. 199-220. {Bibliotlieca casinensis, t. 2.) Son authenticité n'est pas douteuse. Elle a été découverte par Dom Tosti, qui l'a publiée en 1875. Je la transcris en entier, parce qu'elle est peu connue.

ordonne tout, connaissait bien le temps, où il le retira plus tard de ce monde. Le Docteur lumineux détermine ici clairement qu'il- y a une double manière de considérer l'homme : par rapport à lui-même, et par rapport à la prescience divine. Considéré par rapport à lui-même, c'est-à-dire, par rapport aux événements qui le concernent, il n'est pas soumis à la nécessité ; car certains faits qui le regardent sont possibles, et cependant n'arrivent pas ; ce que saint Grégoire remarque des pécheurs, en disant qu'ils se servent pour r iniquité du temps qu'ils avaient reçu pour la pénitence, et qu'ils perdent ainsi ce qu'ils pouvaient mériter de la bonté divine. S'ils pouvaient le mériter, ils ne le perdent donc pas par nécessité. D'où il faut conclure que ce qui arrive contre l'homme n'arrive pas par nécessité ; ainsi en est-il de la mort et de tout ce que l'homme fait ou reçoit ; car tout est soumis à la divine Providence.

Mais si l'on considère l'homme par rapport à la divine Providence, ce qu'il fait ou reçoit revêt un certain caractère de nécessité, non pas absolue de telle sorte que les choses

considérées en elles-mêmes ne puissent pas arriver autrement, mais conditionnelle. SiDieu connaît quelque chose comme devant arriver, cela sera. Car il ne peut se faire que Dieu connaisse à l'avance une chose et que cette chose ne soit pas ; autrement la prescience de Dieu serait en défaut. Or, il est tout à fait impossible que la vérité se trompe ; et c'est ce que dit le Bienheureux Grégoire dans les paroles suivantes : Dieu sait V époque de la mort de chaque homme, et personne ne peut mourir à un autre moment que celui où il meurt, c'est-à-dire à celui où Dieu connaît à l'avance qu'il mourra. Car ce sont deux choses inconciliables que Dieu prévoie la mort de quelqu'un en un temps donné, et que cet homme meure en un autre ; autrement Dieu se tromperait.

Considéré en lui-même, l'homme peut mourir à un autre moment. Qui doute, en effet, qu'il aurait pu finir par le glaive, par le feu, dans un précipice ou dans un piège ? Les paroles suivantes indiquent bien cette distinction : Si quinze ans ont été ajoutés à la vie dEzèchias, cette période est à compter à par-

tir du moment où il méritait de mourir. Or, il serait insensé de dire que quelqu'un mérite ce qui ne peut arriver. Donc considéré en luimême, il pouvait mourir à ce moment; mais, par rapport à la science divine, il ne pouvait se faire qu'il mourût en un temps et que Dieu connût sa mort comme devant arriver à un autre moment... Il faut considérer la différence de la connaissance divine et de la connaissance humaine. L'homme est soumis au changement et au temps, dans lesquels il y a premier et second ; il connaît successivement les unes d'abord, les autres ensuite ; c'est pourquoi nous nous rappelons le passé, nous voyons le présent, et nous pronostiquons l'avenir. Mais Dieu est exempt de tout mouvement, selon cette parole de la prophétie de Malachie : Je suis le Seigneur et je ne change point. Il dépasse toute succession de temps, et il n'y a en lui ni passé, ni futur; mais tout futur et passé est devant lui comme présent, ainsi qu'il le dit à son serviteur Moïse : Je suis celui qui suis. Donc, pour employer notre manière de parler, Dieu, de toute éternité, a connu que tel homme mour-

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rait à tel moment ; il faudrait plutôt dire qu'il le voit mourir, comme je vois Pierre assis quand il est assis. Or, il est manifeste que, de ce que je vois quelqu'un assis, il ne s'impose à lui aucune nécessité de s'asseoir. Et cependant, il est impossible que ces deux choses soient vraies en même temps, c'est-à-dire que je voie quelqu'un assis, et qu'il ne soit pas assis. De même, il n'est pas possible que Dieu connaisse, à l'avance, une chose comme future, et qu'elle ne soit pas ; ce qui pourtant n'impose point la nécessité aux choses à venir.

Voilà, Père très cher, ce que j'ai écrit, pour vous obéir, afin de ramener ceux qui se laissent entraîner par de fausses opinions. Si cela ne suffit pas, je suis tout prêt, sur votre demande, à écrire de nouveau (1). »

[l] Reverendo in Cliristo Patri. Domino Bernardo, Dei gratia venerabili Abbati Oasinensi. Frater Thomas de Aquinc. suus devotus filius, se semper et ubique ad obedientiam promptum.

Optaveram, Pater venerande, quod convocatis Fratribus. qui ex verbis illustris doctoris Gregorii scandalum patirentur, satisfacerem \ivavoce; sed hoc prolixitas divini offlcii et jejunii prolongatio impedivit, et forte fructuosum erit, ut quod scriptune mandatur, non solum prœsentibus prodesse valeat, sed futuris. Nec absque divina dispensatione hoc gestum credo, ut me proficiscentem in Galliam vestrce

La lettre fut écrite en février 1274, au moment où le Docteur angélique partait pour assister au concile de Lyon. On sait que la

litterae comprehenderent Aquini ; ubi Sanctissimi Patris nostri Benedicti Beatus Maurus, ejus discipulus, ab eo transmissus in Galliam recipere meruit litteras et sacra exenia tanti Patris. Ut autem dubitantibus pluribus satisfiat, inserenda sunt pnesentibus verba Beati Gregorii, qure ignorantibus dubitationem ingerunt et errorem : Sciendum, inquit, quod benif/nitas Dei peccatoribus spatium pœnilentiœ largitur; sed quia accepta tempora non ad fructum pœnitentiif, ad usum vero iniquitatis convertunl, quod a divina misericordia mereri poterant, amittunt ; quamvis omnipotens Deux illud lempus uniuscujusque ad morlem prœsciat, quo vita ejus terminatur, nec alio in tempore quisquam mori poluif, nisi ipso quo moritur. Nam si Ezechiw anni additi ad vilam quindecim memorantur tempus vitse crevit ab Mo tempore, quo mori ipse merebatur : nam divinia dispositio ejus tempus tune prœscivit, quo hune poslmodum ex prœsenti vita subtraxit. In quibus verbis satis lucide doctor lucifluus duplicem unius cujusqu: hominis considerationem habendam déterminât : unam qu dem secundum se, aliam vero .«ecandum quod ad divinam prœscientiam comparatur. Secundum se quidem homo consideratus, in his scilicetqua3 circa eum accidunt, necessitate non subjacet; sed possibile est aliqua circa eum contingere, quœ nullatenus sortiuntur eflectum quod expresse pr;emittit de peccatoribus, dicens : quia accepta tempora non ad fructum pœnitenlise, ad usum vero iniquitatis converlunt, quod a divina misericordia mereri poterant, amittunt. Si ergo mereri poterant, non ex necessitate amittunt. Unde ea quae contra bominem accidunt, non ex necessitate eveniunt; eadem enim ratio est de morte, et de quibuscumque aliis qufe homo agit aut patitur ; omnia enim divina? providentire supponuntur. Si vero consideretur homo divinte pnescientie comparatus, ea quœ agit vel patitur quamdam necessitatem incurrunt, non quidem

mort le surprit, en route, au monastère de Fossa-Nova, de telle sorte que l'abbaye du Mont Gassin, où il avait appris à lire et à écrire,

absolutam, ut omnino, secundum se considerata, non possint, ut dictum est, aliter evenire, sed conditionalem ; quia scilicet hae conditionalis est necessaria. Si Deus aliquid prfescit, hoc erit. Non enim possunt ista duo simul stare, aliquid esse a Deo pnescitum, et illud non esse; quia sic Dei pra?scientia falleretur. Est autem omnino impossibile, ut falsitatem veritas patiatur ; et hoc significant verba sequentia beati Gregorii, quum subdit : quamvis omnipotens Deus illud tempas uniuscujusque, ad mortem prsesciat, quo vita ejus termina tur; nec alio in tempore quisquam mori potuit, nisi ipso quo moritur, scilicet, quo a Deo prcescitus est mori. Non enim possunt ista duo simul esse, quod Deus pnesciat aliquem mori quodam tempore et ipse alio tempore moriatur; alioquin Dei Scientia falleretur. Secundum se autem consideratus homo, potuit alio tempore mori. Quis enim dubitat eum potuisse prius transflgi gladio, igné comburi, aut prcecipitio aut laqueo vitam iinire? Hanc et distinctionem sapiunt ejus verba sequentia : suJjdit enim, Nam si Ezechise anni additi ad vitam quindecim memoranlur, tempus vilœ crevit ab illo tempore, quo mori ipse merebatur. Stultum autem est dicere, quod aliquis mercatur id quod impossibile est evenire. Ipse ergo, secundum se consideratus, poterat tempore illo mori ; sed divinse scientite comparatus, non poterant ha?c simul esse ut ipse uno tempore moreretur, et alio tempore Deus eum prœsciret moriturum. Quod verba doctoris exprimunt, quasi oculata fldedubitantium animisingeramus,considerareoportet differentiam divin;e cognitionis et humanpe. Quia enim homo subjacetmutationiettempori, in quo prius etposterius locum habent, successive cognoscit res, quasdam prius et quasdam posterius ; et inde est, quod pneterita memoramur, videmur prtesentia, et prognosticamur futura. Sed Deus sicut liber est ab omni motu, secundum illud Malachi.r, Ego Dominus, et non mutor; ita omnem temporis

possède les dernières lignes que sa main ait tracées.

Depuis sa bienheureuse mort, saint Thomas ne cesse d'éclairer l'Eglise par ses écrits, tant de fois loués par les Souverains Pontifes et les Conciles. Comme tous ceux qui savent être fidèles aux directions doctrinales de l'Eglise, l'Ordre bénédictin a grandement profité de l'étude des œuvres de saint Thomas; les fils de saint Benoit ont gardé fidélité au grand Docteur, dont ils ont recueilli avec soin, dans leurs études scholastiques, la théologie si profonde et si lumineuse, même sur les questions librement controversées.

successionem excedit, nec in eo inveniuntur pneteritum et futurum, sed prresentialiter omnia futura et pneterita ei adsunt ; sicut ipse Moysi famulo suo dicit : Ego sum qui sum. Eo ergo modo ab aeterno pnescivit hune, tali tempore moriturum, ut modo nostro loquimur; cura tamen ejus modo dicendum esset, videt eum mori, quomodo ego video Petrum sedere, dum sedet. Manifestum est autem, quod ex hoc, quod video aliquem sedere, nulla ingeritur ei nécessitas sessionis. Impossibile est tuec duo simul essevera. quod videam aliquem sedentem, et ipse non sedeat; et similiter non esse possibile quod Deus prtesciat aliquid esse futurum, et iliud non sit; nec tamen propter hoc futura ex necessitate eveniunt, Hœ sunt, Pater charissime, quy, vestne jussioni obediens, ad errantumreductionem scripsi; quœ si eis non sufûciunt dicta, rescribere vobis obediens non desinam. Valeat Paternitas vestra diu. Frater Raynaldus commendat se vobis.

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