‹ Questions théologiques et canoniquesChapitre 7 sur 21 · L'ACTION DE LA VIE RELIGIEUSE DANS L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

L'ACTION DE LA VIE RELIGIEUSE DANS L'ÉGLISE

Les associations ont leur raison d'être dans le but quelles poursuivent et dans le profit qu'elles apportent à la société tout entière. Elles valent donc plus ou moins selon le bien qu'elles procurent ; et leur action, en justifiant leur existence, donne la véritable mesure de leur nécessité ou de leur utilité. Aussi tout corps social subsiste tant qu'il accomplit son œuvre propre ; devenu stérile, il disparait fatalement et laisse à un autre la place qu'il occupe sans raison.

Cette loi, maintes fois vérifiée par l'histoire, repose sur la nature même des choses. Car la perfection essentielle de chaque être se réalise par l'opération qui lui convient ; et celle-ci doit atteindre d'autant plus haut que l'être luimême occupe une place plus élevée. Pour qui sait regarder, il est une vérité incontestable : tout agit, dans le monde, pour développer ou, au moins, pour conserver sa nature qui, sans

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cela, ne tarderait pas à devenir la proie des énergies contre lesquelles il lui faut lutter.

Il y a, en quelque sorte, dans chaque être une double causalité : l'une interne, qui le maintient en lui-même, l'autre externe, qui le met en rapport avec le dehors. Mieux que les autres, les vivants nous le font comprendre ; jamais ne s'arrête en eux le mouvement vital ; ils se perfectionnent, s'assimilent des éléments étrangers ou les repoussent, et sont en perpétuel contact avec ce qui les entoure.

A tous ses degrés, la vie est action et ne se maintient que par l'action. Dans l'ordre physiologique comme dans l'ordre intellectuel, le vivant doit agir pour trouver l'aliment de sa propre vie et pour la répandre en dehors de lui. Car ces deux fonctions s'accompagnent naturellement : l'une appelle l'autre ; le mouvement qui procure la nutrition tend au mouvement d'expansion, qui place l'être là où il n'était pas et aboutit à la production d'un semblable.

De par sa nature, la vie cherche à se communiquer ; elle n'est aucunement égoïste ; et loin de consister dans le repliement sur soi et

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la jouissance stérile, elle n'est vraiment ellemême que lorsqu'elle ajoute le don de soi à l'activité qui l'entretient.

Donc, rien de plus contraire à la vie que la stagnation et l'égoïsme, signes évidents de l'impuissance et de la stérilité, et symptômes avant-coureurs d'une mort prochaine. Cesser d'agir présage cesser de vivre ; ne plus éprouver le bonheur d'étendre son action vitale et de la communiquer à autrui indique la fin du vivant, à bref délai. Incessante activité, expansion et fécondité, voilà les lois de toute vie, physique et intellectuelle ou morale, naturelle et surnaturelle. Dieu les avait formulées, aux premiers jours du monde, en termes d'une concision énergique : Croissez et multipliez-vous (Gen., 1,28).

Il importe de le remarquer, la vie a un caractère essentiellement social, on peut ajouter: bienfaisant, puisque parla nature, elle cherche età s'étendre et à se donner. Laretenirensoiest la contrarier : bien plus, c'est la condamner à disparaître ; quand elle ne se répand pas, elle languit, elle s'étiole. Si elle reçoit et acquiert, c'est pour donner, et ainsi le bien d'un vivant

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apparaît inséparable du bien de son semblable.

Il suit encore de là que plus la vie est puissante, abondante et vigoureuse, plus elle est généreuse et féconde. Moins elle donne, moins elle est elle-même, et plus faible est la source qui l'alimente. Cesse-t-elle tout à fait de produire, on reconnaît alors que la fin est proche ; caria mort suit de près la stérilité.

Chose vraiment digne de remarque, la loi de production et de fécondité, qui supporte des exceptions dans l'ordre physique, n'en admet pas dans l'ordre intellectuel et moral, et s'y applique rigoureusement. L'intelligence agit pour percevoir son objet ; et quand elle a exprimé sa pensée, elle aspire à communiquer sa science à d'autres intelligences qu'elle éclairera de sa lumière. Tout acte de connaissance, disent les philosophes, se termine par un verbe qui exprime la chose comprise, et qui est un produit de l'intelligence. Et n'est-il pas constant que quiconque a des idées bien arrêtées cherche aies communiquer et à les faire partager ? La force de la conviction et l'instinct de la sociabilité l'y poussent d'une manière, en quelque sorte, irrésistible.

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Dans le monde moral, que régit la loi du bien et de la justice, il est nécessaire de produire des actes conformes aux règles de l'honnêteté naturelle et du droit positif. Là aussi, en raison de la destination de l'homme à l'état social, une multitude de ses actions regardent autrui, auquel il doit communiquer l'être et le bien. C'est toujours la même loi d'action et de fécondité, qui embrasse tout ordre de vivants et tout vivant, soit individu pris séparément, soit corps social.

Partout, on le voit, le Créateur a établi, entre les êtres, des liens de solidarité qu'ils ne peuvent rompre sans atteindre leur propre existence. Il a voulu que les créatures lui devinssent semblables, selon l'expression de saint Thomas, en étant cause les unes à l'égard des autres. Tendit enim in divinam similitudinem res creata per s?iam operationem. Per suant autem operationem una res fit causa alterius. Ergo in hoc etiam res intendunt divinam similitudinem ut sint aliis causée (1). Il les a fait entrer dans l'économie

(1) Contra qentes, 1. III, c. xxi.

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de sa Providence, comme des intermédiaires au moyen desquels il gouverne les inférieurs par les supérieurs, non par impuissance de sa part, mais par surabondance de bonté, afin de leur communiquer l'honneur d'être causes et sources de bien. Inferiora gubernat per superiora, non propter defectum suœ virtutis sed propterabundantiam suœ bonitatis, ut dignitatem causalitatis etiam creaturis communicet (1).

Ces principes s'appliquent rigoureusement à l'ordre surnaturel. D'abord, pris isolément, les individus ne peuvent garder en eux le principe de vie surnaturelle sans produire des actes correspondants, actes intérieurs extérieurs, autrement dit, sans pratiquer la religion chrétienne.

Or, parmi ces opérations vitales surnaturelles, un grand nombre ont le prochain pour objet. L'homme n'est point isolé dans cet ordre supérieur à la nature, il est vrai, mais qui, loin de changer son essence, élève et perfectionne ses caractères distinctifs. Le chrétien fait partie d'une société visible, dont les membres sont reliés entre eux par des obligations absolument

(1 )J. p., q. xxii, a. 3.

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inévitables et imprescriptibles. Pour ne parler que d'une seule, l'amour du prochain accompagne nécessairement l'amour de Dieu ; et il n'y a point de vocation égoïste qui mène au salut, en se désintéressant de son semblable. Sans doute les manières de remplir le précepte diffèrent selon les voies de la Providence sur chacun ; mais la loi reste, et nul ne peut s'y soustraire. L'amour est agissant ; s'il ne fait rien, c'est qu'il n'existe pas.

Il faut donc, dans la vie chrétienne, agir pour Dieu et pour le prochain: la notion même de la vie l'exige; la société surnaturelle le demande ; la loi positive de Dieu le prescrit. A l'action vitale interne s'ajoute l'action vitale externe, qui suppose la première et qui en découle ; l'absence ou la faiblesse de l'une entraine celles de l'autre ; quand un foyer n'éclaire qu'imparfaitement, il est près de s'éteindre, et quand une source ne se répand plus, elle est tarie.

De la sorte, la créature raisonnable, élevée à l'état surnaturel, donne de sa propre activité, de sa propre vie; et, en se donnant, elle imite Dieu, qui communique sa vie aux âmes

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par la grâce ; elle marche sur les traces du Christ, son modèle, elle remplit intégralement les préceptes divins. Il va sans dire que, si elle veut suivre les conseils évangéliques, les mêmes obligations subsistent, et diffèrent seulement par leur plus grande rigueur. L'état religieux manquerait à son but, s'il n'offrait une plus grande abondance de vie surnaturelle, et des moyens de faire le bien plus efficacement et plus largement.

Ce qui est dit des individus ayant la vie doit également l'être des réunions de vivants, des communautés, des corps sociaux, en un mot, de ce qui forme un tout animé d'un principe de vie unique. Ils sont soumis aux mêmes lois de la vie, aux mêmes nécessités et aux mêmes destinées que les individus, puisqu'ils forment un vivant collectif. On doit, par conséquent, trouver chez eux l'action vitale interne se traduisant au dehors par une surabondance généreuse. Cela est vrai de toute société humaine, soit purement naturelle, soit établie sur une base surnaturelle, comme l'Eglise, et dans l'Eglise, des associations particulières, auxquelles elle donne naissance. Car tout groupement d'hom-

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mes a la vie, puisqu'il est composé d'êtres vivants, et qu'il a pour origine et pour but un acte de la vie intellectuelle ou morale.

La seule conclusion, que nous voulons retenir ici, des lois imposées à toute vie est que dans l'Eglise les sociétés particulières, les familles religieuses, entre autres, doivent manifester leur vitalité par une action extérieure, visible ou non, correspondant à leur caractère ; elles ont un rôle social ; elles ne peuvent, comme corps, faire abstraction de ce qui les entoure, sans contredire la notion même de la vie et sans manquer au grand précepte de la charité à l'égard du prochain. Les formes de l'action vitale externe varient ; car le mode d'agir suit le mode d'être, et l'opération est proportionnée à son principe : « Modus operandi uniuscujusque rei seqirifur modum essendi ipsius. — Operatio proportionatur forma?, quœ est operationis principium (1). » De toute façon la loi reste ; vouloir l'éviter serait se condamnera disparaître.

Il n'est donc point, dans l'Eglise, d'ordre

(1) Summn théologien, I. p., q. lxxxix, a. 1, c. x; Contra gentes, 1. I, c. xlviii.

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religieux qui ne doive lui apporter sa part de service, ni contribuer à augmenter la vie qu'elle entretient dans le monde, celle de la foi et de la charité. Bien plus, la société temporelle, même civile, est en droit d'attendre de lui des bienfaits dont la nature et l'étendue diffèrent selon certaines circonstances de but, de milieu et autres. Pour être fondée sur des principes surnaturels, la communauté religieuse, composée d'hommes, n'en est pas moins soumise aux nécessités de la vie matérielle, et ses membres ont individuellement, sinon collectivement, tous les droits civiques du pays; à ce double titre, elle garde, avecle monde, des liens qui peuvent être, comme ils ont été déjà, une source d'avantages multiples pour une nation. Cette obligation de réagir, par une influence salutaire, sur les membres de l'Eglise, s'impose à toute société vouée à la pratique des conseils, sans exception. « Dieu ne veut pas, dit saint Jean Chrysostôme dans son Homélie VIIIe sur la Genèse, que le chrétien se borne à s'occuper de lui-même. Il veut déplus qu'il édifie les autres non seulement par l'enseignement, mais encore par l'exemple et le caractère de sa vie. »

Il n'y a point d'ordre religieux si séparé du monde, qui ne lui doive au moins le grand secours de la prière et de l'exemple. Ne s'occuper que de soi-même, sans souci de l'Eglise et de la conversion des âmes, serait un désordre criant, contraire au dessein de Dieu et à la charité chrétienne. La division en ordres contemplatifs et ordres actifs ne doit pas être entendue dans un sens strict et exclusif, qui serait absolument faux. Elle ne signifie pas que les uns doivent s'adonner à la considération de la vérité et à la prière, sans aucune préoccupation efficace de l'état du christianisme, ni que les autres peuvent consacrer toutes leurs énergies à l'action, indépendamment de tout recours aux sources de la lumière et de la force, à la contemplation ; mais elle est basée simplement sur ce qui caractérise extérieurement les diverses familles religieuses et ce qui constitue leur but premier visible. C'est une erreur grossière de croire à une séparation absolue, à une espèce d'incompatibilité radicale entre la contemplation et l'action. Loin de là, l'une produit l'autre ; Tune est basée sur l'autre. Il n'y a pas, pour parler rigoureusement, d'ac-

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tion sans contemplation ni de contemplation sans action. Autrement il faudrait en arriver à dire que l'on peut agir sans que l'intelligence guide les facultés, et que la vérité méditée et aimée laisse l'esprit vide et la volonté stérile.

Un préjugé vulgaire taxe volontiers d'inutilité, même d'impuissance, la pratique de la réflexion assidue, et prodigue ses éloges à ce qu'il prend pour de la véritable action. On a si souvent entendu répéter qu'il y a antinomie entre l'activité et la méditation prolongée, que l'on juge celle-ci inutile. Etourdis par le bruit et trompés par les apparences, les esprits superficiels confondent les agités avec les agissants, et ne remarquent pas le vide de tout ce mouvement. Seuls, ceux qui ont vraiment réfléchi sont actifs et accomplissent des œuvres durables. Là se trouve la condition de l'activité qui doit toujours suivre la méditation et féconder toute vie humaine.

Ce qui est vrai dans l'ordre naturel ne Test pas moins dans l'ordre surnaturel. Il convient de rappeler ici les fortes paroles de saint Jean de la Croix, dirigées contre l'abus de l'action chez plusieurs qui paraissent mal instruits de

i-la doctrine catholique : « Que les hommes dévorés d'activité, qui se figurent pouvoir remuer le monde par leurs prédications et leurs autres œuvres extérieures, réfléchissent un instant ; ils comprendront sans peine qu'ils seraient beaucoup plus utiles à F Eglise et plus agréables au Seigneur, sans parler du bon exemple qu'ils donneraient autour d'eux, s'ils consacraient la moitié de leur temps à l'oraison. Dans ces conditions, ils feraient, par une seule œuvre, un plus grand bien et avec beaucoup moins de peine qu'ils n'en font par mille autres auxquelles ils dépensent leur vie. L'oraison leur mériterait cette grâce, et leur obtiendrait les forces spirituelles dont ils ont besoin pour produire de tels fruits. Sans elle, tout se réduit à un grand fracas : c'est le marteau qui, en tombant sur l'enclume, fait résonner tous les échos d'alentour. On fait un peu plus que rien, souvent absolument rien, ou même du mal (1). »

Il est bon d'exciter les énergies et de prêcher l'action extérieure; encore faut-il que ce

(1) Saint Jean de la Croix, Œuvres, t. 4, p. 316, 7.

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ne soit pas au détriment de la réflexion, de la contemplation, et qu'on ne laisse pas croire que celle-ci est inutile ou même nuisible.

Les raisons exposées plus haut ont montré qu'il y a union nécessaire, alliance féconde, dépendance mutuelle entre la méditation et l'action, entre la contemplation et l'action. Les isoler serait les détruire. Accepter l'une et rejeter l'autre serait tomber dans la plus déplorable et la plus funeste illusion. A proprement parler, il n'y a donc pas, il ne peut pas y avoir d'ordre religieux qui soit exclusivement actif ni exclusivement contemplatif. Qui ne médite pas ne peut savoir agir ; qui se borne à réfléchir sans passer à l'action, est un impuissant.

On voit ainsi que c'est une double erreur de croire que les ordres appelés contemplatifs sont inutiles pour l'action ou que celle-ci est incompatible avec leur caractère, puisque, au contraire, elle doit résulter de la contemplation. L'action, l'influence au dehors, n'est pas le but propre, immédiat et distinctif de plusieurs ordres religieux ; elle doit néanmoins s'y trouver et provenir de leur vie intime, comme une preuve de leur vitalité. On ne conçoit pas

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un corps moral, faisant partie d'un tout vivant, et n'exerçant pas une action réciproque sur les autres parties du même tout. Il faut bien qu'il ait avec elle des liens et des relations de vitalité. Autrement, il serait un membre simplement juxtaposé et inutile dans une société qui, en plus des lois essentielles de toute vie, a pour base la communication mutuelle des biens et la pratique de la charité fraternelle. Au point de vue naturel comme au point de vue surnaturel, un vivant ne peut se renfermer en lui-même ni rester inutile dans le tout ; la stérilité amène la mort ; l'inutilité mérite la suppression. Ut quid terrain occupât (1)? Pourquoi, contrairement aux lois de la vie, aux condition de toute société et à l'essence du christianisme, un individu ou un groupe d'individus pourraient-ils vivre, sans rien donner d'eux-mêmes? Ce serait une contradiction. L'Eglise ne peut pas l'admettre.

Une dernière réflexion nous montre que le vivant, individu ou société, doit agir sur son semblable. Car Dieu a placé dans la causalité

(1) Saint Luc, XIII, 7.

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des créatures les unes à l'égard des autres un des traits les plus frappants de ressemblance avec sa propre nature. De même qu'il les a faites bonnes par conformité à son plan créateur, ainsi il a voulu qu'elles fussent, entre elles, causes de bien, et que l'harmonie du monde matériel et moral reposât sur cette mutuelle et salutaire influence. Plus la créature est bonne, plus elle agit pour répandre de sa bonté autour d'elle, plus elle imite Dieu lui-même (1). Pour pouvoir agir, elle doit être achevée sur elle-même ; car la dernière perfection qui termine une chose, est d'être cause (2). Et puisque l'effet est proportionné et semblable à sa cause, la plus ou moins grande perfection de l'un indique, sans erreur, la plus ou moins grande perfection de l'autre. De la simple analyse philosophique de ces notions, il suit que les diverses sociétés reli-

(1) « Perfectius accedit res ad Dei similitudinem si non solutn bona est, sed etiamad bonitateni aliorum agere potest, quam si solum in se bona esset.

« (n boc res intendunt divinam similitudinem ut sint aliis causas. » (S. Thomas, Summa contra gentes, 1. II, c. xlv; 1. III, c. XXI.)

(2) « Prius est unumquodque in se perfectum quàm possit alterum causare. Hœc igitur perfectio ultimo accedit rei ut aliorum causa existât. (Ibid.)

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gïeuses doivent exercer dans l'Eglise une action salutaire, et qu'aucune ne peut être dispensée de ce devoir. Mais la nature de cette influence externe doit être conforme à la nature même de sa cause, selon le principe de saint Thomas : modus operandi cujuslibet rei sequitur modum essendi. Elle peut donc ne pas toujours être visible, ou n'être visible qu'accidentellement et dans des conséquences secondaires, et avoir son essence plus haut, d'un caractère moins rapproché de la terre, et d'une efficacité plus élevée et plus profonde (1). C'est ce qui arrive pour les formes de vie religieuse, qui ont pour but essentiel, primordial, distinctif, le service de Dieu par la prière au nom de toute l'Eglise, l'étude de la vérité surnaturelle, la sanctification des individus, l'édification du prochain par la pratique de la perfection chrétienne recherchée avec régularité. Sans se proposer autre chose, il y a là des raisons plus que suffisantes de l'existence des ordres dits contem-

(1) « Je crois, disait Donoso Cortès, que ceux qui prien font plus pour le monde que ceux qui combattent, et que si le monde va de mal en pis, c'est qu'il y a plus de batailles que de prières. »

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platifs. Le méconnaître serait oublier les hommages auxquels Dieu a droit, de la part de la société chrétienne qui est l'Eglise, et qu'il trouve dans l'abandon complet de la créature humaine à lui-même, dans la louange solennelle à lui adressée au nom de l'Eglise entière, dans les supplications qui appellent les grâces destinées à féconder les travaux visibles des autres, dans la poursuite de la sainteté qui est toujours pour autrui une source de bienfaits. Renier ces principes serait renoncer au sens chrétien, et dire que la vie pour Dieu lui-même est inutile. Une âme ne se sanctifie jamais seule; ceux-là l'oublient qui proclament inutiles les ordres voués à la prière (1).

D'ailleurs, pour plusieurs d'entre eux, ce

(1) Un historien contemporain a parfaitement compris le rôle de la vie contemplative. Voici le tableau qu'il en trace à la veille de la Révolution française : « L'Evangile a montré Marie s'absorbant dans les paroles de Jésus au point de tout oublier, et Jésus disant à Marthe qui murmure : « Marthe, de quoi vous troublez-vous ? Marie a choisi la meilleure part. » Entre toutes les religieuses, il y a celles qui ont choisi, elles aussi, la meilleure part. Elles sont en France onze ou douze mille qui ont pour unique ministère ou du moins pour ministère principal l'auguste fonction d'adorer. Plus tard, aux premiers jours de la Révolution, quand on leur demandera l'objet de leur institut, elles répondront

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but essentiel, ce devoir primordial auquel ils ne peuvent manquer sans abdiquer leur propre caractère et sans renoncer à l'influence légitime qu'ils doivent avoir, ne leur interdit pas

avec une brièveté humble et superbe : Prier Dieu. Les foules s'agitent, elles prient; les philosophes écrivent, elles prient encore. Les voix impies emplissent de plus en plus la terre : elles poursuivent leur prière. Du monde elles ne veulent rien savoir, ni Voltaire divinisé, ni la société qui se décompose, ni l'Eglise elle-même gagnée de tiédeur ou travaillée de corruption. En certains salons, un affreux manuscrit circule, composé par Diderot, et qui les diffame; elles l'ignorent ou n'en ont cure, et la vogue de haine et de calomnie vient expirer à leurs pieds. Elles prient, et leur prière, à la fois ardente et tranquille, se fond dans une adoration infinie. Elles prient au chœur, elles prient dans leur cellule; elles prient par les paroles de leurs lèvres, elles prient par les transports d'amour qu'aucun mot ne peut rendre; elles prient parleurs penchants sacrifiés, par leur chair meurtrie, par leur corps réduit en servitude, par toutes leurs affections terrestres renoncées. Et elles attendent avec une espérance assurée que leur exil d'ici-bas se change en joie. Et dès ce monde il arrive qu'elles reçoivent, en une première récompense, le prix de leur volontaire immolation. Dieu, propice aux humbles, adresse jusqu'à leurs yeux un rayon de sa clarté. Il amincit pour elles, autant qu'il l'épaissit pour les superbes, le voile qui cache les choses éternelles. A travers cette transparence lucide, elles devinent, perçoivent, contemplent presque, croient toucher le Maître bien-aimé. A cette vision, leur allégresse éclate. Matériellement dans leurs cellules, mais déjà transportées dans l'infini, immolées mais radieuses, elles se soulèvent, soulèvent la terre avec elles sous le large souffle de l'éternité, et avec une puissance souveraine, face à face avec Dieu, elles rachètent, elles effacent les péchés des hommes. » (P. de la Gorge, Histoire religieuse de la Révolution française , t. 1, p. 19, 80.)

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d'exercer, dans une certaine mesure, une action extérieure et visible. Je n'en donnerai d'autre exemple que celui de l'ordre de Saint- Benoit, dont Bossuet a dit que « l'on trouve dans ses annales ce qu'il y a de plus beau dans l'histoire de l'Eglise universelle et dans celles des Eglises particulières (2) », et auquel j'ai la douce joie et l'honneur immérité d'appartenir. Saint Benoît a fait du service divin par la liturgie une des premières obligations de ses moines, que l'Eglise reconnaît et établit pour interprètes de ses sentiments envers son divin chef. Ils ne sauraient sacrifier ce devoir, pas plus que ce qui entre dans la constitution même de leur forme de vie monastique, à aucun prétexte. Et cependant, les enfants de saint Benoît ont eu, dans l'Eglise et dans la société civile, une action visible qui ne sera peut-être jamais surpassée. Ils l'ont eue, par surcroît, parce qu'ils étaient ce qu'ils devaient être, ce que leur état demandait qu'ils fussent en eux-mêmes. Autrement, ils n'auraient rien produit d'utile extérieurement. Dieu a voulu

(1) Lettre 290.

rendre leur action visible et palpable, à diverses époques ; les moines ont compris que ce point de vue est secondaire et qu'il faut laisser au Seigneur le soin de fixer le caractère de l'influence monastique. Depuis des siècles la Providence a créé diverses familles avec un but extérieur bien déterminé; tout le monde les connaît et applaudit aux succès de leur zèle et de leur charité. Aussi Dieu se coutente-t-il davantage, pour les moines, de l'influence surnaturelle de la vie des conseils et de l'office divin. Le devoir de la louange divine, la sublime fonction d'interprète de la prière de l'Eglise ne peut et ne doit pas manquer à la société chrétienne ; sans cela, l'action extérieure n'obtiendrait plus les grâces qui lui apportent l'efficacité (1). Et si les moines ont

(1) « Le principal instrument de succès, pour les Apôtres et pour tous ceux qui travaillent, après eux, dans le champ de l'Eglise, doit être la prière. Qu'ils l'aient eux-mêmes compris ainsi, nous le voyous parleurs propres paroles lorsqu'ils proposent aux fidèles de choisir sept diacres qui, en les déchargeant de toute autre occupation distrayante, quoique charitable, leur permettent de s'appliquer tout entiers à la prière, comme à la prédication de la Divine Parole. » (Coleridge, La Vie de notre Vie, La Passion, t. 3. p. 64.;

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jadis rendu tant de services à la société chrétienne, c'est, pour employer le langage courant, la preuve que la contemplation produit l'action, sous plusieurs formes.

LA NOMINATION AUX BÉNÉFICES ECCLÉSIASTIQUES ET L'INDULT DU PARLEMENT DE PARIS

Sous l'ancien Régime, en France, la nomination aux bénéfices ecclésiastiques était matière fort compliquée. Le bénéfice indiquait le revenu joint à la fonction, et s'en distinguait si bien que beaucoup de titulaires n'exerçaient, de fait, aucune charge dans l'Eglise ; quelques-uns même étaient de simples laïques. Le droit de désigner les bénéficiers accordé au roi, au parlement, aux abbayes, aux chapitres ou aux fondateurs ; les prérogatives du Pape et des évêques ; la part faite aux gradués, et l'usage de la résignation et de la permutation avaient donné naissance à une jurisprudence difficile à pénétrer, et dont la pratique occasionnait de nombreuses compétitions (1).

Le Grand Conseil, une des quatre cours souveraines, avait, parmi ses attributions, celle de juger les procès qui s'élevaient à ce sujet. Les hautes fonctions, que Claude Hegnauldin, Procureur général, remplit dans cette assem-

1) Voir Sicard, La nomination aux bénéfices ecclésiastiques avant f 7£9,iParis, 1896.

bléedurant de longues années (de 1632 à 1675), lui permirent de connaître parfaitement une] matière aussi délicate (1). Il composa sur le privilège des officiers du Parlement de Paris, un ouvrage qui fut très bien apprécié des gens de loi, et qui heureusement n'a pas été perdu pour nous, comme le reste de ses manuscrits(2).

(1) SurClaudeRegnauldin,onpeutconsulterunecourteétude biographique que je publie dans Notices biographiques, Paris.

(2) L'exemplaire que j'ai entre les mains, est celui de la seconde édition, ainsi intitulée :

Traité de l'indult, accordé à Messieurs les Chancelier de France et Officiers du Parlement de Paris. Composé par feu Messire Claude Regnauldin, Conseiller du Roy en tous ses Conseils et son Procureur Général au Grand Conseil.

Donné au Public par Maistre Claude Chevallot de la Madeleine, Avocat au Parlement.

Seconde édition revue et augmentée.

(Marque du Pélican.)

A Paris, chez Jacques Collombat, Imprimeur ordinaire de Madame la Dauphine, et des Hâtimens, Arts et Manufactures du Roy, rue Saint-Jacques, au Pélican. M D CC XII. Avec Approbation et Privilège du Roy.

1 vol. in-16 xn-276 p., dédié à Mgr d'Aligre, chevalier, seigneur de la Rivière et autres lieux, conseiller du Roy en ses Conseils, et président à Mortier du Parlement de Paris, par Chevallot de la Madeleine.

Voici le texte de l'approbation :

« J'ay lu par ordre de Monseigneur le Chancelier le manuscrit cy-dessus, servant de supplément au Traité de l'Induit, composé par feu Monsieur Regnauldin, Procureur Général au Grand Conseil. Je n'y ay rien trouvé qui doive en empêcher l'impression. A Paris, ce 12 avril 1709. Capon. »

Le Privilège est daté de Versailles, du 26e jour de juillet, l'an de grâce 1711. 11 fut enregistrépar la Communauté des Libraires et I mprimeurs de Paris le 9 novembre de la même année .

ORIGINE DE L'iNDULT.

l'eugéntenne et LA PAU lise.

En principe, la nomination aux offices ecclésiastiques, et par suite, la disposition des bénéfices attachés aux charges, appartiennent à l'Eglise, qui a, seule, le droit de distribuer les fonctions relevant de son pouvoir spirituel. Toutefois, pour reconnaître des bienfaits, ou pour témoigner sa bienveillance à l'égard du pouvoir civil, elle donne une certaine part dans le choix des dignitaires ecclésiastiques, à des personnes étrangères à sa hiérarchie. Ainsi le roi, les fondateurs d'églises, et autres laïques, eurent la faculté de désigner les titulaires des bénéfices. Bientôt ce privilège fut étendu, et le temps y introduisit d'étranges faveurs et d'incontestables abus. Ce n'est point ici le lieu de les énumérer, encore moins de les examiner et

d'en faire l'histoire ; il s'agit seulement de l'Induit accordé par les Souverains Pontifes aux Chancelier de France, Présidents et Conseillers du Parlement de Paris, en vertu duquel ceux d'entre eux qui étaient clercs pouvaient se nommer, et ceux qui étaient laïques, pouvaient nommer d'autres titulaires capables, pour être pourvus d'un bénéfice, mais avec cette condition que le Roi devait les indiquer, par Lettres, à l'un des collateurs du Royaume.

Au temps du grand schisme d'Occident, qui divisa si malheureusement la chrétienté durant une quarantaine d'années (1378-1417), les Papes cherchaient à se concilier l'appui des Princes et des corps puissants de l'Etat par des privilèges nombreux, surtout en ce qui concernait les bénéfices. Par abandon volontaire de leur droit, ils cédaient ainsi la faculté de nommer aux postes vacants dans l'Eglise, « avec un peu trop de facilité » ; mais, en retour, le nombre de leurs partisans était augmenté ou affermi (1).

(1) « Monsieur du Puy, dans son Traité du Parlement de Paris, dit que le cardinal- légat (archevêque de Pise) entra

Ainsi, Clément VII, qui siégeait à Avignon (1378-1394), accorda aux officiers recommandés par le roi de France des grâces expectatives avec préférence, c'est-à-dire, des droits exclusifs sur des bénéfices qui viendraient à vaquer. Quelques années plus tard, au 1er septembre 1402, le Registre du Parlement renferme une liste d'officiers de la cour désignés aux faveurs de l'Eglise en matière bénéficiale (1) ; et à l'année 1413, il donne l'énumération des privilèges de même nature accordés au Parlement, sous ce titre : Privilégia generalia Parlamenti super beneftciis a Papaconcessis.

Les rois eux-mêmes ne se faisaient donc point faute de solliciter, de la libéralité des Papes, bon nombre d'avantages temporels pour leurs propres serviteurs. On était alors, en France, sous le règne du malheureux Charles VI. A la prière de ce prince, Jean XXIII, un des trois pontifes qui se disputaient alors la tiare, donna,

au Parlement en 1414, et y apporta nonante nominations ou grâces expectatives, que le Pape envoyait aux gens du Parlement, qui les acceptèrent. » (Thomassin, Discipline de V Eglise, part. 2, 1. 2, a. 49.) (1) Du Lrc, Placitorunt curiae liber IV, tit. 12, n. 1.

pour une fois seulement, aux officiers clercs du Parlement, des grâces expectatives avec préférence, même par rapport aux gradués (1412). Il est à remarquer que la faveur s'étend « aux enfants, frères et neveux des conseillers laïcs » qui pouvaient ainsi entrevoir l'heureux moment où ils auraient part, en personne, aux biens d'Église. Conformément à ce privilège, un arrêt, rendu en juillet 1417, attribua une prébende de Chartres à l'indultaire, c'est-à-dire, à celui qui bénéficiait de la grâce en question accordée par l'induit, de préférence au gradué qui y avait été nommé (1).

La fin du grand schisme d'Occident (1417) n'arrêta point le cours des bienfaisances pontificales à l'endroit des membres du Parlement. Le pape Martin V leur renouvela, par une bulle du 27 mars 1428, la faveur jadis accordée par Jean XXIII. Son successeur, Eugène IV, suivit la même ligne de conduite. « La pluralité des Papes estoit bien ostée, mais l'abus des réserves et des grâces expectatives duroit encore (2). »

(1) Trailé de VIndult, p. 6, 7.

(2) René Choppin, De Sacra Politia, tit. 5, n. 18.

« Eugène IV a, le premier, permis aux laïques de nommer

Eugène IV avait besoin d'appuispour se défendre contre les prétentions injustes et les agissements des Pères du concile de Baie. Aussi s'empressa-t-il de répondre favorablement à la demande du roi de France, Charles VII, et d'accorder à ceux que le Parlement avait nommés à des bénéfices la préférence, même sur les expectatives delà Cour romaine et des gradués : docteurs, licenciés et bacheliers, recommandés parles diverses Universités du royaume (1434). La bulle est donnée adpetitionisinstantiamcharissimi in Christo ftlii Caroli régis Francorum illustris ; et l'archevêque de Tours est chargé de veiller à son application (1).

des clercs en leur place. Ce qu'il y a de plus constant et de plus uniforme pendant toutes les révolutions de ces quatre siècles, c'est la sagesse et la charité de l'Eglise, qui n'a jamais rien oublié de ce qui pouvait servir pour réunir et pour serrer toujours plus étroitement les membres de l'Eglise entre eux, et surtout les membres les plus illustres avec le chef visible de l'Eglise. Les biens étant les plus propres pour étendre cette union et cette concorde du Sacerdoce avec l'Etat, rien n'est- plus juste que de faire couler sur les principaux membres de l'Etat quelques ruisseaux des libéralités de l'Eglise, qui reçoit tous les jours de leur part une infinité de dons et une protection incomparablement plus utile et plus nécessaire que tous les dons imaginables. » (Thomassin, l. c.)

(1) La bulle est reproduite, intégralement, dans le Traité de V Induit, p. 19-25.

Cet induit accordé par Eugène IV, non pas au Parlement qui siégeait à Paris sous l'autorité de Henri VI, roi d'Angleterre, mais au Parlement de Poitiers, placé sous l'obéissance de Charles VII, ne reçut point d'exécution. C'est du moins ce que rapporte le jurisconsulte Du Moulin, qui ne manque pas de faire ressortir le désintéressement des Parlementaires (1). Mais si ces derniers n'usèrent pas de l'Induit durant quelques années, ce fut, plus probablement, par suite des difficultés que la Pragmatique Sanction, élaborée par l'épiscopat français, à Bourges, sur le modèle des décisions du concile de Bàle, avait fait naître entre les Papes et les rois de France (2) .

D'ailleurs, quoique les officiers du Parlement « eussent fortement résisté aux desseins des Papes qui tendaient à détruire l'autorité et la validité de la Pragmatique Sanction, néanmoins ils ne perdirent ni le goust ni le

(1) De infirmis resignantibus, n° 225. Le même auteur prétend aussi que l'Induit fut offert à Charles VII par Eugène IV.

(2) « Comme Eugène IV voulait apparemment par ce bienfait engager la France et le Parlement à renoncer an concile de Bàle et à la P ragmatique, on aima mieux se passer de son Induit. » (Thomassin, l. c.)

souvenir des grâces », que leur conférait l'Induit. On le vit bien lorsqu'ils chargèrent, en 1495, le cardinal de Lyon qui se rendait à Naples, d'obtenir pour eux, du Saint-Siège, « quelque provision en bonne forme » qui aurait plus d'efficacité que les mandements royaux, auprès des patrons et collateurs de bénéfices.

Les Papes, de leur côté, ne tinrent point rigueur au Parlement, de son attitude au sujet de la Pragmatique, ni même de son opposition à l'exécution du Concordat passé entre LéonX et François Ier (1516). Lorsque Paul III venu, en 1538, à Nice, afin de travailler à rétablir la paix entre l'empereur Charles-Quint et le roi de France, fut sollicité de renouveler l'Induit d'Eugène IV en faveur des officiers du Parlement, il y consentit volontiers. Il espérait ainsi amener la puissante compagnie à résipiscence, et faire disparaître peu à peu les suites fâcheuses des conciles de Constance et de Bàle à l'égard de l'autorité des Souverains Pontifes.

Une bulle fut expédiée le 19 juin 1538. Elle confirmait le privilège accordé par Eugène IV

au Parlement, mais en réservant le droit des mandataires apostoliques, c'est-à-dire de ceux qui obtenaient un bénéfice dont le Pape s'était attribué, impérativement, la collation. Elle soumettait à l'Induit des bénéfices réguliers, même ceux de l'ordre de Cluny, et stipulait que tout bénéfice, dont la valeur serait inférieure à deux cents livres tournois, pourrait être refusé. Le Roi devait désigner le collateur qui aurait à conférer son bénéfice à l'Indultaire ; mais celui-ci ne pouvait user du privilège qu'une seule fois dans sa vie ; et la même règle existait pour le patron ou collateur, qui, une seule fois aussi durant sa vie, serait obligé de supporter la charge de l'Induit.

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