S. II
SES ECRITS
t 'Unique ouvrage qui nous reste de notre Prélat, est Li un petit traité en forme de letre , adressé à Berenger même, dont il entreprend de réfuter les erreurs sur l'Eucharistie. Hugues l'écrivit avant sa déposition, et par conséquent avant le mois d'Octobre 1 010. L'occasion qui lui fit prendre la plume, ' fut un entretien qu'il avoit eu avec Be- Uni. op. »PP. p. renger sur cette matière. De sorte qu'il ne lui impute que ce 7i' *' qu'il lui avoit oui dire à lui-même; il ajoute qu'il ne parle que par expérience, sans quoi il ne l'auroit pas cru : expertus loquory audissecontigit, nam non credererrt. ' Il le traite avec p. es. 1. beaucoup de ménagement, et même avec honneur, lui donnant les titres de Prêtre très-respectable à certains égards, et d'homme d'un génie supérieur.
Il paroit par ce que l'Auteur nous découvre des erreurs de Berenger sur le mystère de l'Eucharistie, qu'elles étoient alors presque les mêmes, que celles des Frères de Bohême au commencement du XVI siècle. C'est-à-dire ' qu'il soûtenoit, ftid. que le Corps de J. C. est de telle sorle dans ce Sacrement, que la nature et l'essence du pain et du vin ne sont point changées, et que ce qu'il y a de plus, se fait par la puissance de l'entendement. Hugues s'attache d'abord à réfuter en Philosophe cette folle opinion, lien montre fort bien l'absurdité, en ce que Berenger rendoit intellectuel et incorporel le Corps de J. C. qu'il nommoit néanmoins un corps crucifié. Car, ajoute notre Auteur, l'entendement par la puissance duquel t<»ut se fait, selon Berenger, dans ce mystère, examine seulement les choses, et ne les produit pas; il en juge, mais il ne leur donne pas leur constitution.
Après quoi, ' il rappelle son adversaire à la foi, qui lui fai- p. ». to. soit croire le mystère de l'Incarnation, quoiqu'il ne le comprit pas. Il lui montre, que son erreur est contraire à l'Ecriture, et à la doctrine des Pères, nommément de saint Ambroi>e et de saint Augustin, desquels il rapporte plusieurs passages. ' Hugues finit par lui reprocher* qu il pense autre- p.7i.t. ment que tous les Catholiques, et qu'il se sépare de l'unité pour avoir la vaine gloire ae faire une secte à part. Tome VII. Kkk
v.«.„,c 442 HUGUES,
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^crjt egj un aj)Sjrajt et métaphysique en quelques
endroits; et il s'y trouve plusieurs ternies obscurs et barba* res. Mais il suffit pour faire voir clairement, que la transubstanliation étoit alors la croïance commune de tous les Fidèles, et que c'étoit scandaliser l'Eglise, que d'avoir un sentiment opposé. Il est au reste surprenant, de ce que Hugues qui avoit étudié sous Fulbert de Chartres, et qui vraisemblablement avoit eu Berenger pour condisciple à la même Ecole, ne fasse pas valoir contre son adversaire l'autorité de ce sçavant Evêque, qui a exposé d'une manière si claire et si solide le point de dogme, dont il s'agissoit entr'eux. p. 68-71. ' Dom Luc d'Acheri paroil être le premier qui a fait pré-
sent au public du traité de Hugues contre Beivnger. L'aïant déterré dans deux manuscrits, l'un de la Bibliothèque du Roi, l'autre de celle de Corbie, il l'a donné avec d'autres dic*vef p. 52i. i vers écrits, à la suite des œuvres du B. Lanfranc. ' Plusieurs pU33o. ' ,upp' de nos Bibliographes marquent cette édition, pour ne l'avoir pas vûe par eux-mêmes, comme faite en 1017, quoiqu'elle fn P9P • *■ ,8> p- 5011 réellement de l'année suivante. ' De ce recueil l'écrit de ■ Gàî.'deEoch.p. notre Prélat est passé dans la Bibliothèque des Pères. * Jean 6». «-70. i. Garet en a fait entrer une grande partie dans son traité de la présence réelle dans l'Eucharistie , contre les sacramentaires de son siècle. MM. de Port-Hoïal en ont aussi tiré une leçon pour l'Office du S. Sacrement.
G«-n. Mb. U. p. Il ne serait pas aisé de deviner, ce qu'entendent ' Gesnpr 1. 1 '. p.0™.*1?» el d'après lui Possevin et M. du Cange, par une letre sous c«i.| gi. ùid. auc. )e no;n ^ Hugues Evêque de Chartres contre AqVlmanne de Bresse, imprimée selon eux en 1351 à Louvain , avec d'autres écrits sur le même sujet. 11 est néanmoins certain que l'Eglise de C lartres n'eut point d'Evêque du nom de Hugues du vivant d'Adehnanne. Il ne l'est pat. moins, qu'il n'y eut point d'Evêque qui écrivit contre celui de Bresse, l'un des plus zélés défenseurs du dogme Catholique contre Berenger; car il s'agit de l'Eucharistie. De-là il s'ensuit, que les trois Ecrivains ciics auront pris Hugues de Lucres pour un E/èque de Chartres, dont il avoit été Clerc, ou Chanoine , avant son épiseopat et Adclnianne pour Berenger. Cette dernière bévue» si néanmoins grossière. S'étant trouipt s en ces deux po:nU, ils peuvent l'avoir fait également en ce qui regarde l'édition de récrit faite à Louvain en 1551- Ni Dom d'Acheri, qui a publié le traité sur les manuscrits,
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fti aucun autre Auteur qui nous ait passé sous les yeux, n'a connu c tle édition.
' Claude Robert attribue à notre Evêque des actes en vers Unf. tb.P. es. de S. Vi'tor, qui de son temps se conservoienl manuscrits h la Bibliothèque du Koi. Mais il y a pltn d'apparence, que cet ouvrai ap >arlient à Rainard, sirnonmé Hugues, l'un de ses successeurs en ce siècle, qui se raèloitde Poésie.
VIPPON,
Paneqyristb de l'Empire.
HISTOIRE DE SA VIE
wtIppon, Historien de l'Empereur Conrad le Saliaue, oud. scri. i. *. P.
V et Panégyriste de l'Empereur son fils, Henri le Noir, •**• passe communément pour avoir été Allemand de nation. Mais celte opinion est du nombre de celles qui n'ont pour principe que des préjugés dénués d'examen. Pour peu d'attention qu'on donne à la lecture de ses écrits, on conviendra qu'il eloit de la Bourgogne Transjurane. v Lorsqu'il en parle vipp.^.p.iMu lui-même, c'est avec une affection et un détail de cireonstan- " cnn' p' ces qui montrent visiblement, qu'il s'inleressoit plus particulièrement pour elle, que pour toute aulre Province de l'Empire. Ceci rapproché de l'endroit, où invitant le Roi Henri, avant qu'il fût proclamé Empereur, à la visiter, il la nomme sa patrie, prouve qu'elle est effectivement le pais où il avoit pris naissance, ce qui ne peut convenir à ce Prince.
Irradias patriam, si tu modo viseria eam.
' L'Empereur Conrad le Salique fit la conquête de cette vit. «in. p. 424. Province, et la rétrnit à l'Empire en 1033. Ce fut trôs-pro- * bablement alors, qu'il prit Vippon à son service. ' Vippon , p- *». qui éloit Prêtre, y entra en qualité de Chapelain, et continua d'en faire les fonctions sous l'Empereur Henri le Noir. En dédiant à celui-ci l'Histoire de l'Empereur son pere, il
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se qualifie lui-même Prêlre par la grâce de Dieu, et serviteur des serviteurs des Maîtres de ce monde, c'est-à-dire de p. m. Conrad et de Henri son fils. Quoique fort ' valétudinaire,
il s'appliquoit beaucoup à l'Etude, et s'exerçoit souvent à la versification, qui paroit avoir eu pour lui un attrait particulier. Il avoit lû les Historiens et les anciens Philosophes, et »• m- ne les possedoit pas mal pour son temps. ' Ce qu'il nous ap-
prend de l'entrée qu'il avoit dans les conseils de l'Empereur Henri, et les assemblées publiques, fait juger qu'il étoit homme d'esprit, et au fait du maniement des affaires d'Etat.
Vippon florissoit sous les deux Empereurs déjà nommés, ce qui fait un espace de plus de trente ans, depuis 1024 jusqu'en 1056, qui est la date de la mort de Henri III surnommé le Noir. Mais il y a toute apparence, qu'il ne vécut pas jusqu'à p* *tl- celte dernière époque. ' Il s'étoil proposé d'écrire l'Histoire
de ce dernier Prince, comme il avoit déjà écrit celle de son pere ; et il ne paroit point qu'il ait exécuté ce dessein projetpan, p. 166. té. 'Son dernier ouvrage fut même publié, avant que Henri parvint à l'Empire, c'est-à-dire avant l'année 10i6. Il ne l'y qualifie effectivement que simple Roi, quoiqu'il lui annonce qu'il seroit bien-tôt Empereur : Pie BexCœsarque future. Ainsi l'on peut douter, si notre Panégyriste vécut au-delà de
1050, ou 1051.