THIERRI, ABBÉ DE S. AUBIN
- iv*. ih. p. ». * Rainer, un des Historiens d'Etienne, témoigne qu'il ne laissa aucun écrit de sa façon, et que néanmoins il s'étoit rendu célèbre par son sçavoir, scientta clarus. Il a voulu sans
Mat. ib. p. «Ri. doute parler d'écrits de quelque étendue ; ' car il nous apprend lui-même, et rapporte la pièce, que notre Abbé avoit composé l'Epitaphc de Durand Evêque de Liège, enterré dans l'Eglise de S. Laurent. Cette Epitaphe est en huit vers élégiaques, et n'a rien au-dessus des autres Poésies du même siècle. Comme S. Volbodon prédécesseur de Durand, et Reginard son successeur immédiat, furent enterrés dans la même Eglise, où ils avoient chacun son Epitaphe, il est à présumer, qu'elles sont aussi de la façon de l'Abbé Etienne. Jt» '?*fcjs:) |Pez' ^'e"e de S. Volbodon. que nous avons donnée en son lieu, ' ' p et que Rainer a enchâssée dans deux de ses écrits, est en six
««M. ib. j.. iiiir. vers élégiaques, ' et celle de Reginard en quatre autres vers de même mesure. Il y en a une autre du même Evêque, meilleure que la précédente ; mais c'est l'ouvrage d'Everlin, neuvième Abbé de S. Laurent.
?s \ "ïV '* -m v\ ^ 1 D ,u c 1 ou G cm » r i c , autrement Yisdric, u> 1 Abbé de S. Evreà Toul, dont il y a quelques écrits en vers et en prose, survécut peu de temps à l'Abbé Elienne. Il fut élevé à S. Evre même, où il embrassa ensuite la vie monastique, et dont il devint Prevùl, ou Prieur. Y aïant eu à différentes fois pour Maître l'illustre S. Guillaume de Dijon, Reformateur de S. Evre, comme de tant d'autres monastères, Vidric réussit si parfaitement à se former sur ses vertus el sa conduite , qu'il le fit comme revivre en sa personne. w- ' Urunon, depuis Pape sous le nom de Léon IX, aïant conçu le dessein, dès les premières années qu'il fut Evêque de Toul, de faire observer la vigueur de la discipline dans les Monastères de son Diocèse, choisit Vidric pour l'exécution de ce grand ouvrage. 11 commença par l'établir Abbé de S. Evre, et lui soûmit dans la suite ceux de S. Mansui et de Moïen-Moutier. Vidric eut un si heureux succès dans cette entreprise, qu'il a mérité de passer pour un des Restaurateurs
" •»■■ de la Discipline monastique dans la Belgique. ' A l'exemple
de son Maître, il forma à la vertu et aux exercices du cloître plusieurs élèves de mérite, dont quelques-uns furent choisis pour gouverner des Monastères en qualité d'Abbés.
cm. iii*. .it- L..r ' Dom Calmel lui prolonge les jours jusqu'en 1069 ; * mais
*iJ>. .H m. «. T>om Mabillon doute s'il vécut au-delà de 1061. Sa mort m.
est marquée au dixième de Mars dans le Necrologe de saint Evre, ce qui s'accorde avec son Epitaphe, qui se lisoit autrefois dans le Chapitre du Monastère, où il fut enterré. Nous la donnons ici , parce qu'elle est un témoignage authentique de son éminente piété , et de la noblesse de sa naissance.
EPITAPHE
Hac tegitur tumba Monachorum luci la gemma,
Excmplum vitin maxima lux patri;e , Abbas officio WroRiccs , geruiine claro ,
Bxiruiiis mondo, cgregius Domino.
Duin revehit cursus per scnas Martius idus.
Taie decus terris livida morg rapuit.
Nos petimus vidui minera sub morte relicli :
Sit dignuà tecio vivere , Chrisle , tuo.
Les écrits qui nous restent de ce pieux Abbé, montrent «nul avoit sçu allier la culture des Letres avec les austérités de la vie monastique. Le principal est l'Histoire de S. Gérard Kvôque de Toul, mort en 994. L'Ouvrage est divisé en trois Parties, et a été écrit à autant de reprises. ' Vidric a Man. i. <. consacré la première à faire la Vie du S. Evêque. Il y Ira- r 10,8 vailla par ordre de Brunon, un de ses successeurs, et avant qu'il fut élevé à la dignité de souverain Pontife. Cette partie lui est dédiée; et l'Auteur ne prend point d'autre qualité dans l'inscription de son épître que celle de serviteur de S. Evre. 11 en éloit néanmoins dès-lors Abbé; mais sa modestie lui a fait supprimer ce titre. Se proposant de n'y rien avancer qui ne tût conforme à la vérité, il prit toutes les mesures possibles, pour se mettre au fait de ce qu'il devoit écrire. Il y avoit encore alors en vie plusieurs personnes qui avoient connu S. Gérard, et qui apprirent à Vidric ce qu'ils en sçavoient.
' 11 ne mit la main à la seconde partie de son ouvrage , em- i> mci. ploïée à rapporter les miracles du Saint, tout au plutôt qu'en 1050, la seconde année du Pontifical de Léon IX, lorsque ee Pape avoit déjà canonisé saint Gérard dans un Concile tenu à Rome. ' Vidric y copie la Bulle de canonisation , et v- hhwmom. les noms de tous les Evéques et Abbés , qui s'étant trouvés a
xisibclk 510 THIERRI, ABBÉ DE S. AUBIN ,
i». io74. ce CoDcile , l'avoient souscrite. ' Cette seconde partie est dé-
diée à Udon primicier, et à tous les Chanoines de la Cathédrale de Toul. Udon , qui en fut depuis Evêque, ayoit engagé l'Auteur à l'ajouter à la première.
p. 1083-ioai. Enfin la troisième, qui contient l'Histoire de l'élévation
du corps de S. Gérard, et celle de quelques autres miracles, ne fut écrite qu'un certain tems après la seconde. Vidric a réussi à nous donner dans cet Ouvrage une Histoire écrite avec ordre, beaucoup de candeur, de bonne foi, une piété, une onction qui en font goûter la lecture.
i>. ' Entre 1 Epitre Dédicatoire à l'Evêque Brunon , et le
commencement de la première Partie , se lit un Poème de quarante-quatre vers héroïques , des meilleurs qu'ait produit ce XI siècle. L'Auteur y a fait un juste précis de ce qu'il détaille dans sa Prose.
imk sa. apr. p. ' Les successeurs de Bollandus ont publié de cet ouvrage de Vidric, ce que leur en a fourni un manuscrit de Toul. Mais ce n'en est proprement qu'un abrégé , où manquent non-seulement l'Epître Dédicatoire , le Poème, les petites Préfaces au Lecteur, qui sont d'un bon goût, mais aussi plusieurs Chapitres entiers, et parties d'autres Chapitres de la première Partie de l'ouvrage , avec la seconde et la troisié-
mti. ib. p. ioi8- me. ' Dom Martene et Dom Durand l'aïant recouvré entier dans deux autres manuscrits, l'ont donné tel au troisième
c*i. ib. t. *. par. volume de leurs Anecdotes, ' et d'après eux Dom Calmet par-
• i.'Y pr. p. 55. mi les preuves de son Histoire de Lorraine. " Dès 1700 le P. Benoit Picard , Capucin , fit imprimer à Toul en un volume w-12, avec des Notes de sa façon, l'Ouvrage de Vidric. Mais ceux qui annonçent cette édition ne nous apprennent point si elle contient l'Ouvrage entier , ou seulement ce qu'en avoient déjà publié les successeurs de Bollandus.
«oir ib. ,,. a». 'Ces mêmes Editeurs font mention d'un office, dont les antiennes et les répons sont en vers hexamètres , pour la fête de la Translation de saint Gérard, et en rapportent l'hymne et l'antienne pour Magnificat. II y a du bon aans cette Poésie : ce qui nous feroit croire que Videric, qui avoit du talent pour la Versification au-dessus des autres Versificateurs de son temps, pourroit fort bien être Auteur de cet Office.
n.aj.r. p.7. M. s. ' Adam, surnommé de Paris, du lieu de sa naissance, florissoit aussi peu d'années après le milieu de ce siècle. S'é-
ET AUTRES ECRIVAINS. 511 vi
tant instruit à fonds des Arts Libéraux en son païs , et desirant encore acquérir les sciences que professoient les Grecs, il entreprit à ce dessein un voïage à Athènes. 11 croloit apparemment que cette Ville autrefois si célèbre pour les Letres,en soûtenoit encore la culture avec un certain succès. Quoiqu'il en soit, en passant sur la route à Spalatro en Dalmatie, il y fut reçu avec honneur par l'Archevêque Laurent, qui venoit tout récemment d'y être transféré d'un autre Siège , avec l'agrément du Pape Nicolas H. C'étoit par conséquent en 1059, ou 1060. Laurent engagea son nouvel Hôte à mettre en meilleur style les actes des SS. Martyrs Domnie, premier Evêque de Salone , dont le Siège avoit été transféré à Spalatro, et Anaslase qui est moins connu. Adam s'y prêta volontiers, et fit encore davantage; car il composa des hymnes , et mit en vers tout ce qui se chantoit en Musique dans l'office de S. Domnie en particulier.
' Le sçavant M. Jean Lucius fit présent de tout cet office ibi.i. Ecclésiastique au célèbre P. Hensehenius Jésuite, lors du séjour de celui-ci à Rome. C'est de ce manuscrit que ce même Hogiographe a tiré les actes de saint Domnie, divisés en leçons pour l'office des matines, et retouchés par Adam de Pifris. ' Les aïant ensuite illustrés d'observations préliminaires i>. w». et de quelques notes, il lésa publiés au onzième jour d'Avril. Ces actes, ou si l'on veut, cette Légende, est en un fort beau style pour le temps ; mais elle contient des traits qui ne viennent pas d'une pièce originale. ' On y lit , par exemple, i>. 7. n. i. •-• que le Saint, qu'on donne pour un disciple de saint Pierre, baptizoit ceux qu'il avoit convertis, en puisant l'eau dans le îleuve voisin, ce qui est dire qu'il ne baptizoit pas par immersion. ' Il y est aussi parlé d'une Eglise dédiée dès-lors sous l'invocation de la sainte Vierge. Adam avoit apparemment trouvé ces traits extraordinaires dans l'écrit qu'il a retouché, et n'en est point responsable. On ne dit point ce que sont devenus les actes de saint Anastase, qu'il avoit aussi retouchés.
' Paulin , Primicier de l'Eglise de Metz, nommé Paul ^ci. *i. ^ ^ par Durand Abbé de Troarn , et par l'Historien Sigebert , Lc\>/V'i™i\' avoit commencé à se faire connoitre dans le monde sçavant Slg ^frl ,r,:i* avant le milieu de ce siècle. On ne peut donc le placer guéres plus tard que vers 1060 ou 1061 ; et il ne faut pas le confondre ' avec un autre Paulin , homme sçavant , Archidiacre de la Mari. ^ •„ u. même Eglise vers 1094. Outre que les temps ne permettent u *' p
Îil2 THIEHR1 , ABBÉ DE S. AUBIN,
\ I SIECLE
pas cette confusion , elle ne sçauroil s'allier avec la dignité de Primicier, la première dans l'Eglise de Metz, où l'on
aui. ii.. - Dur. nomme Princier celui qui la remplit. ' Paulin étoit ami de Berenger, scolastique de Tours , et en commerce de lelres
km ,b avec lui. ' Il avoit aussi d'étroites liaisons avec le célèbre A-
delmanne, depuis Evôque de Bresse. C'est ce qui porta celui-ci à se servir de Paulin, comme étant plus à portée que lui-même , pour sçavoir de Berenger, si les bruits fâcheux
Î|ui se répandoient de son changement de doctrine , étoient ondés. Paulin avoit promis à Adelmanne de le faire; mais il négligea d'acquitter sa parole, de quoi Adelmanne se plaignoit à Berenger même deux ans après.
De toutes les letres qu'il écrivit soit à Adelmanne, soit à Berenger, ou à d'autres , il n'en est venu qu'une seule jusqu'à
M ..t *i i. i. nous. ' Elle est adressée à Berenger, que l'Auteur qualifie son
très-cher frère, ce qui montre qu'il n'avoit pas encore été condamné dans les Conciles de Home , de Verceil , de Paris et de Tours. Quoique courte , elle est intéressante pour l'Histoire de Berenger. Paulin n'y dissimule point la mauvaise réputation qu'il se faisoit par sa doctrine ; et craignant
3u'il n'y eût réellement de sa faute , il lui donne à ce sujet es avis fort salutaires. 11 lui fait part du jugement qu'il avoit porté d'un de ses écrits sur l'Eucharistie , et finit par lui dire qu'il lui a fait copier le traité des hérésies par saint Augustin , et qu'il le lui fera tenir incessamment. <ct t. 3.v. Thetbauld, ou T ii i b a u l d , Chanoine de la ni> " 2'*' Cathédrale de Rouen, l'un de nos premiers Traducteurs et Poètes François , paroit n'avoir pas vécu au-delà de l'année 1061. 11 étoit natif de Vernon au diocèse d'Evreux, et déjà avancé en âge, lorsqu'aïant la vûe extrêmement affoiblie, il en recouvra l'usage par la vertu des Reliques de saint Vulfram , que l'on conservoit à saint Vandrille. II racontoit luimême cette merveille, à l'Abbé Robert, qui en 1053 accompagna ces mêmes Reliques à Rouen où elles furent portées en procession. C'est sur ce témoignage qu'un Auteur contemporain , Moine de S. Vandrille , a fait entrer cet événement dans la relation des miracles du même Saint. A cette occasion il nous apprend, que Thetbauld avoit traduit avec une certaine élégance, satis facunde , en langue vulgaire plusieurs vies de Saints , nommément celle de S. Vandrille , et qu'il en avoit tiré le sujet de quelques pièces rimées et
cadencées ,
XI SIECLE
cadencées, qu'on chantoit parles villes, urbanas ex illis cantilenas edidit.
L'Auteur anonyme , qui vient d'être indiqué, étoit homme d'esprit, de scavoir , avoit le talent de bien écrire pour son siècle, et une piété qui se fait sentir dans ce qu'il a écrit. Il y a de lui un ouvrage intéressant, non seulement pour l'Abbaïe de saint Vandrille, mais aussi pour la Province de Normandie. C'est l'Histoire de l'invention du corps de S. Vulfram, d'abord Evêque de Sens, puis Moine de S. Vandrille, ' laquelle se fit dans l'Eglise de ce monastère »■» i. w. n. u. en 1027, et des miracles dont elle fut suivie, 'jusqu'en Mars aci. i. 3. P. m 1058. L'Auteur put la commencer quelque temps avant cet- " 1 te époque; mais il ne la finit que très-peu de temps après, et très-certainement avant 106(>. ' II nous en fournit lu i-mê- \>. m:n. n me la preuve ; puisque relevant la gloire et la magnificence de Guillaume le Bâtard, il ne Je qualifie que simple Comte de Normandie, et jamais roi d'Angleterre, dont i! entra en
f>ossession la même année. On peut même assurer, qu'il y mit a dernière main avant 1002, sur ce qu'y parlant amplement des Abbés Gérard, Gradulfe et Robert , qui gouvernèrent de son temps le monastère de saint Vandrille, il n'y dit pas un mot de Gerbert, qui prit cette année-là la place de Robert, transféré à saint Germain des Prés.
On voit par-là, que noire Historien n'a rien avancé dont il n'ait pù être témoin oculaire. ' Il se donne pour tel, 374. ... u. en nous apprenant, qu'il étoit du nombre de ceux qui portèrent à Rouen le corps de saint Vulfram, à la procession dont on a parlé et dont il détaille l'occasion et les suites. Il entre dans de pareils détails à l'égard des autres événements qu'il rapporte; aiant soin de nommer les personnes, leur pais, leurs qualités, de marquer les dates et les autres caractères qui peuvent servir à constater les faits. D'ailleurs son style est simple, grave, naturel, ni trop serré, ni trop diffus, en un mot tel qu'il convient a un Historien sinoere et véridique, qui ne cherche ni à imposer à ses Lecteurs, ni à enfler les merveilles qu'il raconte.
Notre Auteur travailla à son ouvrage à deux reprises. ' Après avoir décrit ce qui s'étoit passé par rapport à son objet, y. m. n.M. jusqu'en 1053 inclusivement, il comptoit d'en demeurer-là. ' Mais il changea d'avis dans la suite, et y ajoûta ce oui arri- Bon. *o. m»r. 1». va de plus mémorable jusqu'au samedi Saint de Tannée 1058, ,so