EVÉQUE DE BLANCHE-SELVE. 539 XI S1ECLB
la Réfutation de la Letre du Patriarche Michel et de l'Evèque Léon, il pourroit fort bien s'être aussi trompé en indiquant cette édition, inconnue aux autres Bibliographes.
4". Il y a d'Humbert un autre écrit beaucoup plus étendu que tous les précédents ensemble. C'est un traité contre les Simoniaques, qui ôloient si multipliés en son siècle, et contre lesquels tous les Papes de son temps firent tant de Décrets réitérés. L'ouvrage est divisé en trois livres, et chaque livre en plusieurs chapitres, souvent assés longs. On en compte jusqu'à cinquante-trois dans le troisième livre; mais les neuf derniers y manquent, comme il paroît par la table qui est à la tête du livre, et dans laquelle ils sont indiqués. ' Dom sub. ii. lui. P Mabillon avoit tiré ce traité d'un manuscrit de la Bibliothé- 1%. que Laurentienne du Grand Duc de Toscane, qui lui paroissoit du temps de l'Auteur, et qui pourroit bien être son original. ' C'est sur sa copie que Dom Martene en a fait pre- sun. su. p. sent au public, dans le cinquième Volume de ses Anecdotes. m'
Le premier Livre du Traité, et quelques endroits des suivants sont en forme de Dialogue, tantôt entre le Corrupteur et le Censeur, tantôt par objections et par réponses. ' Jean cai. \™. a* lw. de Bayou, Auteur de la Chronique de Moïcn-Moulier, qui '' * v"' ** p* 7S' ne compte que deux Livres dans ce Traité, dit qu'Humbert le composa pendant son séjour à Florence. On a vu, qu'il passa elleetivement quelque-temps dans cette Ville, à la suite des Papes Victor 11 et Etienne IX. Ce fut précisément en ce temps-là qu'il y mit la main. ' Nous en avons la preuve Homb. in sim. i. dans son ouvrage" même. Y ftisint l'éloge de l'Empereur 3" c" 7' Henri le Noir, pour son zélé à comballre la Simonie, il le loue comme élant déjà mort, ce qui arriva en 1056. Y parlant fort mal, au contraire de Henri 1, Hoi de France, parce qu'il la favorisoit, il le suppose encore en vie: et l'on scait qu'il ne mourut qu'en 1061. Ceci rapproché des événements de la vie de l'Auteur, montre qu'il finit son ouvrage en 1057, ou avant le mois de Mars de l'année suivante, qu'il quilta Florence pour se retirer à Benevent, et de-là au Mont- Cassin.
'Humbert l'entreprit pour réfuter un certain Ecrivain, 1. 1 c. 7. s. nommé Spinosulc, qui avoit publié un ouvrage, en faveur des ordinations faites par simonie, ou par des simoniaques. Autant qu'on en peut juger par les morceaux qu'en rapporte Humbert, il parolt que Spindsule soutenoit ces ordinations,
non-seulement, comme valides, mais encore comme licites : e. 7. ' ut puta quibus nihil desit in radia gratta. Humbert entre-
prend de montrer le contraire sur l'un et l'autre point. De façon que le but principal de son ouvrage tend à établir, que ces sortes d'ordinations sont tout à la fois nulles comme illicites.
Pour y parvenir l'Auteur pose divers principes, qu'il appuie des autorités de l'Ecriture, des Pères et des Conciles, 1. 1. e.it 1 1. *.c. et d'où il tire des conséquences favorables à son dessein. ' Il L '«.*î.'ii!'4Ï'.3 1 établit que les Hérétiques sont pires que les Juifs et les Païens, mais qu'entre tous les Hérétiques il n'y en a point au-dessus des Simoniaques. Qu'ils croient le S. Esprit nonseulement moindre que le Pere et le Fils, et par conséquent soumis à l'un et à l'autre, mais encore inférieur et soumis à 1. i. c. m. eux-mêmes, comme une chose vénale. ' Que ceux qui sont ordonnés par les Hérétiques, deviennent leurs complices, et par conséquent sujets à la pénitence publique : a'où il s'ensuit qu'ils ne peuvent être ordonnés puisque les Canons défendent d'ordonner les Pénitents publics.
' Humbert se fait quelques objections : ou plutôt rapporte celles qu'on lui faisoit. La plus forte consiste à dire, que les Canons prescrivent de déposer ceux qui ont été ordonnés
Far simonie : d'où il résulte qu'ils avoient reçu la grâce et honneur de l'ordination ; puisque la déposition n'est que la privation de l'honneur reçu. À quoi il répond par le second Canon du Concile de Calcédoine contre les Simoniaques, qui porte que la grâce de l'ordination ne se peut vendre. Il ajoute de plus, qu'il est constant par plusieurs endroits de l'Ecriture, qu'on ne peut ni vendre ni acheter le S. Esprit. ' Revenant ailleurs à la même objection, il soutient que la déposition des Simoniaques n'est point une privation de l'honneur qu'ils auroient reçu, mais une réfutation notoire de leur prétendue promotion.
11-cîl- 'H s objecte encore, qu'il est au moins vrai, que les Si-
moniaques reçoivent injustement le S. Esprit et la grâce de l'ordination, et que l'aïant injustement, ils la confèrent de la même manière à ceux qu'ils ordonnent. Humbert répond, que le S. Esprit étant la Justice éternelle, ne peut jamais s'acquérir injustement. Il est visible par-là, que notre Auteur confond ici la grâce de l'ordination avec l'essence de l'ordination. Il n'étoit pas au reste le seul, qui en son temps re-
XI SIECLE
gardât comme nulles les ordinations Simoniaques. On a vu,
que le pape Nicolas II établit la même chose dans un de Bai. mise. t. 7. p. ses décrets; et peut-être y fut-il déterminé par l'ouvrage 68' c '9' d 'Humbert.
Cet ouvrage après tout est fort propre à inspirer une horreur salutaire pour la simonie ; à en faire sentir toutes les suites pernicieuses ; et à montrer les grands maux qu'elle avoil dès lors causés dans l'Eglise. 11 est de plus écrit avec un air de pieté qui touche, et une certaine politesse qui n'étoit pas alors commune. Il y a de l'éloquence et une grande érudition. L'Auteur y cite quelquefois, il est vrai, de fausses pièces, telles que les Décrétâtes attribuées aux premiers Papes. II paroit qu'il avoit sur-tout beaucoup lû les poésies de S. Prosper, et qu'il les goùtoit singulièrement.
5°. ' Richer Chroniqueur de Senones, et Jean de Bayon Rieh. du. 1. «. c. attribuent à Humbert des Hymnes et autres pièces pour les ,8|C'LU>- Offices de divers Saints : nommément S. Cyriaque Martyr, S. Grégoire Pape, S. Hildufe, S. Deodat, S. Colomban, sainte Olhilie Vierge. Ils ajoutent qu'Humbert, après les avoir composées, les envoïa ensuite à Brunon Evêque de Toul, et depuis Pape sous le nom de Léon IX, afin qu'il les notât en musique, ou en plain chant. ' Mais Wibert, Mob. *ct. 1. 9. p. Historien de ce Pape, qui vivoit de son temps, lui donne n' disertement ces pièces, tant pour le fonds que pour la note.
6°. ' Ciaconius, Oldoini et quelques autres attribuent Rom. aussi à Humbert un recueil de diverses histoires, qu'ils ne a"m.' rôm. p. »*9spécifient point autrement. Vassebourg lui donne pour litre : nistorial de Humbert Cardinal de Sicile ; et le sçavant Dom Calmet nous avertit, qu'il s'agit de l'histoire des Abbés de Moïen-Moutier. Mais nous avons montré en son lieu, que cet ouvrage appartient à Valcande, Moine de ce Monastère, qui florissoil avant Humbert.
7°. ' Les Auteurs déjà cités, et d'autres après eux, veu- îbw. lent encore faire honneur à notre Cardinal, d'un commentaire sur la Règle de S. Augustin. Mais ils confondent ici Humbert, Evêque de Blanche-Sel ve, avec Humbert, cinquième General de l'Ordre de S. Dominique, qui est le véritable Auteur de ce commentaire.
8°. Enfin ' Oldoini attribue au cardinal Humbert un écrit, ow. u>. en faveur de la virginité perpétuelle de la sainte Vierge, contre ceux qui la combattoient. C'est au reste ce qu'il ne
XI SIBCLK.
542 ADELMANNE,
prouve point, et qui ne se trouve établi nulle part ailleurs. Haè. mc t. 9. p. ' Mais on ne peut lui refuser la traduction de la Letre du Par 76. n. 9. triarche Michel et de l'Evêque Léon à Jean de Trani, telle qu'elle se lit à la tête de la réponse au'il y fit; puisque l'Historien du Pape saint Léon IX la lui donne. On a dit aussi plus haut, qu'Humbert avoit dressé la profession de foi que Berenger souscrivit en 1059, et dont nous parlerons plus amplement ailleurs, (xvi.)
ADELMANNE,
Evéque de Bresse.
IIISTOIRE DE SA VIE
Leod. t. i.p. i Deliausie, mal nommé Adelin par d'autres, nous A. est inconnu et pour sa famille, et pour le lieu pré-
joor. de» Se. us», cis de sa naissance. ' Un Ecrivain de ce siècle, qui en 1710
p. 657. s. a publié à Leipsick un ouvrage intitulé Des illustres Alternons, veut faire honneur à sa patrie d'avoir donné le jour à notre Prélat. Mais son opinion se trouve destituée de preu-
si?. »cri. c. 153. ves solides ; n'étant appuïée ' que sur ce que Sigebert le nomme Almanne, au lieu d'Adelmanne : en quoi il est tout na-
Adtfi. ad Bor. p. turel de reconnoîlre une erreur de Copiste. D'ailleurs ' Adelmanne parlant lui-même des païs Teutoniques, c'est-à-dire, l'Allemagne, les regardoit comme une terre étrangère à son égard.
La première figure qu'on lui voie faire dans le monde, JMJ-MM^jjna. ' est à l'école de Chartres, où il étudia sous le célèbre Fulbert, et où il eut pour condisciples Hildier, Sigon, Berenger, Lambert, Engelbcrt, et plusieurs autres Sçavants, dont on a parlé à l'article de cette illustre Académie. Adelmanne étoit un de ces Elevés chéris, que le vénérable Socrate, c'est le nom qu'il donne à Fulbert son Maître, prenoit le soir avec leri, dans un petit jardin près d'une Chapelle de la Ville, pour leur faire des instructions particulières, outre les leçons publiques qu'il leur donnoit à d'autres heures.
EVÊQUE DE BRESSE. 543 xl&1BCLfi
Là il les conjurait avec larmes et les transports d'une sainte ardeur, à suivre toujours le grand chemin, en marchant soigneusement sur les traces des Pères, sans jamais s'en «carter.
' Adelmanne étoit si pénétré du bonheur d'avoir reçu de Kab. u>. p. «ao. telles instructions, que longtemps après il n'eu parloit qu'avec les plus vifs sentiments de reconnoissanoe. Ecoutons-le un moment s'en expliquer lui-même.
Carnoteocc dccus urbis memorande Pootifex, Te prima m, Pater Fulberte, dam te oonor diœre, Fugit serino, cor liquesck, rocrudeacunt lacryxnsu. Dcploranda sigillatim mulla quidcm memini, Utpotc convictor seuis hœrexu sœpe lateri, Aure bibcns oris fontcm aareum mclliflui.
On a vû ailleurs avec quels éloges il relevé la doctrine de cet excellent Maître, et son admirable manière d'enseigner. ' Tout cela le portoit à rendre à Dieu de continuelles ac- *dei. ci», lions de grâces, pour lui avoir procuré l'avantage de passer quelque temps auprès d'un tel Docteur : avec bien plus de raison, dit-il, que n'en avoit Platon de remercier la nature, de l'avoir fait naître homme, et non une bête, au temps de Socrate.
Mais s'il avoit un si tendre attachement pour Fulbert, Fulbert n'en avoit pas un moindre pour lui. ' Adelmanne ™\e% 57r' Jajjétoit déjà Soudiacre, lorsqu'il passa a son école. Il paroît vt.m. que c'étoit vers les dernières années de l'Episcopat de Durand Evêquede Liège. Reginard lui aiant succédé en 1024, écrivit à Fulbert pour lui redemander son Soudiacre, qu'il qualiûoit une brebis errante : d'où nous apprenons qu'Àdelmanne étoit Diocésain * de Reginard. ' Fulbert lui répondit Fnlb- ibavec sa politesse ordinaire, qu'il louoit à la vérité sa sollicitude pastorale ; mais qu'il le prioit en même temps de ne point regarder son frère Adelmanne, qui se nourrissoil à Chartres dans de bons pâturages, comme une brebis hors du troupeau. Qu'il devoit se tenir tranquille sur son compte, vu que par la grâce de Dieu cette brebis se nourrissoit à profit, et qu'elle étoit industrieuse à éviter les embûches fraudu-
i Queiqn'alors Diocésain de ' Valew Jlndr* aj^,ro\ 1UI' *w'1 Fraii- Andr. bib. belg^
544 ADELMANNE,
XI SIECLE
leuses des loups. Qu'il cessât de qualifier fugitif un soldat,
qui se préparait avec soin à combattre tant au-dedans qu'au dehors Varmée entière des erreurs et des vices. Qu'au reste Adelmanne se rendroit incessamment à Liège; mais que lui Fulbert prioit Reginard de le lui renvoïer à Chartres avec un démissoire en forme, afin qu'il lui fût un gage de leur union mutuelle.
On voit ici avec quel zélé, quelle sagacité et quel fruit Adelmanne s'appliquoit à l'étude. On y voit quelles grandes espérances il donnoit dès lors, et qu'il s'y prenait au mieux pour les soutenir. On y voit enfin le désir que Fulbert qui se connoissoit bien en mérite, avoil conçu de l'attacher à son Eglise.
Mais la providence en disposa autrement. L'Evêque Reginard usa de son droit, et retint près de lui Adelmanne, qui continuant ses études sur le plan qu'il les avoit com- Si«. «cri. c. 153 1 mencées, ' acquit toutes sortes de belles connoissances : tir ehr.uV.'i! i p. inomni varietate scripturarum doctisstmus. Il devint non- 16r seulement Grammairien, c'est-à-dire, habile dans lesBelles-
Letres, mais aussi Philosophe, sur-tout un des fameux Dialecticiens de son temps, et bon Théologien. Le peu qui nous reste de ses écrits, suffit pour appuïer cet éloge.
L'école de Liège avoit alors à sa tête le docte Vazon. Celui-ci s'élant retiré avant son Episcopat à la Cour de l'Empereur Conrad, pour le sujet qu'on a rapporté dans Mat. ana. ïb. p. son histoire, ' Adelmanne fut choisi pour remplir la dignité de Scolastique. Cette école célèbre dès le temps de l'Evêque Notger, acquit une nouvelle réputation sous ces deux sçavants Modérateurs. Le concours des Etudiants y étoit grand, comme on l'a montré; mais on ne connoît point en détail ceux au' Adelmanne y forma à la science et aux mœurs qui faisoient l'objet de ses leçons. Il y a beaucoup d'apparence, que Francon un de ses successeurs, et plusieurs autres de ces Sçavants qui illustrèrent la ville de Liège sur Tiu. chr. hîr. ïb. la fin de siècle , furent de ce nombre. ' On y compte p i80' nommément Lambert , depuis Abbé de saint Laurent , qui
iub. a», p. m i a laissé divers écrits de sa façon. ' Guillaume qui fut aussi »n.i. 63. n. w. dans [a suite Abbé de saint Arnoul à Metz, et de saint Remi à Reims, et dont il y a quelques écrits, eut aussi le même avantage. Adelmanne, aiant appris sa retraite dans le Cloître, lui écrivit pour la blâmer : non par un défaut d'estime
pour
EVÈQUE DE BRESSE. 545
M SIECLE
pour son dessein , comme il paroit . mais par l'espérance '
qu'il auroit été plus utile à l'Eglise, s'il fût demeuré dans le
Clergé. Sa letre lui attira une réponse, qui n'eut pas l'effet
de lui inspirer le même dessein ; ' quoique son disciple lui an», ib. p. «3.
en suggérât bien des motifs. w'
Après avoir enseigné publiquement à Liège pendant plusieurs années, Adelmannc quitta son école, ' et se retira en \d«i. ib. s. Allemagne comme en une espèce d'exil. Il ne nous apprend point pourquoi ; mais il est à présumer que ce fut ' par la M»b. u>. t. 4. p. même raison, qui porta depuis le Scolastique Gozechin son MM90successeur, à prendre le même parti. ' Il y avoit déjà du km. u>. temps, qu'il n'étoit plus à Liège, lorsqu'il apprit que les erreurs de Bérenger de Tours, l'un de ses condisciples à l'école de Chartres, sur le mystère de l'Eucharistie faisoient du bruit en Allemagne, comme ailleurs. Adelmanne en fut également frappé de surprise et de douleur, mais la charité lui fit suspendre son jugement. Il forma aussi-tôt le dessein d'en écrire à Berenger même, pour sçavoir certainement à quoi s'en tenir. Il jugea cependant plus à propos d'entremettre Paulin , Primicier de l'Eglise de Metz , leur commun ami, qui étoit moins éloigné de Tours. 11 le pria donc d'écrire à Berenger, et de l'instruire ensuite de ce qui en étoit. Adelmanne attendit inutilement deux ans entiers la réponse de Paulin. Au bout de ce terme, aïant trouvé une occasion favorable, il lui écrivit lui-même l'excellente letre dont on rendra compte. Letre tendre et lumineuse, aussi polie cjue forte en raisons : capable par conséquent de faire une impression salutaire sur un cœur moins endurci, et un esprit moins prévenu. Mais elle n'eut point d'autre effet, que de faire voir d'une part la tendresse chrétienne, le zélé ardent, le profond sçavoir d' Adelmanne, et de découvrir de l'autre l'ingratitude, l'insensibilité, le mauvais génie, l'obstination de Berenger dans ses erreurs.
D'Allemagne notre Scolastique passa en Lombardie, soit qu'il y allât chercher une autre retraite, soit que quelque Puissance l'y appellât. ' L'Eglise de Bresse se trouvant alors cg. t. 4. P. tm. vacante, il en fut élu Evêque. C'est ce qui arriva suivant l'o- 7 ' pinion commune en 1048. Mais si l'on veut bien faire attention aux particularités, qu'on vient de détailler d'après Adelmanne même, on conviendra que son épiscopat n'a commencé tout au plutôt qu'en 1050. Rappellons-les en deux Tome VIL Z z z
546 ADELMANNE,
XI SIECLE
jydei. ib. mots ces particularités. ' Il y avoit deux ans au moins, qu'Adelmanne avoit oui les bruits qui couroient par-tout des erreurs de Berenger, lorsqu'il lui écrivit. Les termes dont il se sert dans sa letre, en le qualifiant son saint frère, montrent à la vérité, qu'elle précéda les Conciles de Rome et de Yerceil, dans lesquels ses erreurs furent condamnées, ce qui est confirmé par le silence d'Adelmanne sur ces événements publics. Mais d'un autre côté les deux ans écoulés depuis que ces mêmes erreurs faisoient du bruit dans le monde, ne permettent pas de placer cette letre plutôt qu'à la fin de 1049, ou au commencement de l'année suivante ; et il ne faut pas oublier qu'elle fut écrite d'Allemagne. 11 est donc constant, que ce ne fut au plutôt qu'en 1050 que son Auteur remplit le Siège de Bresse en qualité de son Evêque.
tifh •»> ' Ceux qui étoient plus à portée de nous instruire des évé-
nements de son épiscopat, ne nous en apprenent rien. Mais on est fondé à présumer, qu'un Evêque, qui avoit reçu l'éducation qu'on a décrite, qui avoit brillé dans la dignité de Scolastique, et donné des marques si éclatantes ' de son zélé et de sa charité pour le salut d'un ami, gouverna avec autant de fruit que de suffisance le diocèse qui lui fut confié. L'on sçait en particulier, que le Pape Nicolas II lui enjoignit, conformément aux décrets des Conciles, de déposer les Prêtres et les Diacres concubinaires. Il est aisé de juger par-là, et par ce qui a été dit plus haut du cas qu'on doit faire de l'autorité de Rubeus, qui met la mort d'Adelmanne dès 1046.
Elle est marquée dans les catalogues de son Eglise à l'année 1057. Mais c'est une autre faute; et l'on ne peut la placer plùtôl qu'en 1062, ou l'année suivante. Ughelli en avoit la preuve en main, dans les actes manuscrits du pontificat de Nicolas II, qui font foi que notre seavant Evêque vécut audelà de 1061. Il fut enterré dans l'Église des Saints Faustin et JoMtte, d'où son corps fut transféré en 1612, avec ceux de trois de ses prédécesseurs, dans un lieu plus honorable, comme l'atteste l'inscription suivante.
Dcmec immortalitatem incluant , Apsidii, Pétri, Rampcrli cIAdelmanm,
Brixiae Episcoporura, Rcliquias Hic grata Cassinensis Congretfatio
Reposuil M D C X 1 I.
XI SIECLE
SES ECRITS
SIgebert, et presque tous les Bibliographes qui l'ont suivi, n'ont point oublié Adelmanne dans les catalogues de leurs Ecrivains, il mérite à juste titre d'y trouver sa place ; quoique ce qui nous reste aujourd'hui de ses écrits, se réduise à peu de chose, si l'on considère la grosseur du volume. Mais il n'en est pas de même, si l'on a attention à ce qu'ils contiennent.
1°. La letre à Berenger est un des plus beaux morceaux de literature de ce temps-là, à tous égards. On a déjà dit à quelle occasion, et en quel temps elle fut écrite. Il ne s'agit plus que d'en donner une juste notice. Mais tout ce qu'on en sçauroit dire, sera toujours au-dessous de ce qu'elle est effectivement. 11 faudroit la lire soi-même, pour en connoitre tout le prix. On peut dire sans exagérer, que la charité Paiant conçue, la Théologie de concert avec la Philosophie l'a digérée, et l'Eloquence l'a écrite.
On y appereoit un ingénieux Auteur, qui pour mieux convaincre l'esprit, tâche d'abord de gagner le cœur. ' Afin d'y A.iei. »d. b. p. réussir, Adelmanne rappelle à Berenger les sentiments de 438-1 tendresse, qu'il avoit toujours eus pour lui, et y joint le souvenir de cette affection paternelle, dont le vénérable Fulbert les honoroit l'un et l'autre. Affection, dit-il, qui bien loin d'avoir souffert quelque affaiblissement depuis qu'il nous n quittés pour aller au ciel, n'en est devenue que plus parfaite, et qui nous doit rendre présentes les instructions salutaires qu'il nous donnoit, lorsque nous exhortant à suivre toujours le grand chemin, il nous conjuroit de demeurer inviolablcment attachés à la doctrine des Pères.
' Après ce début, Adelmanne lui parle des bruits fAcheux » qui couroient de toutes parts contre lui , et lui témoigne qu'il refusoit de les croire, avant que d'en avoir appris la vérité de lui-même. Que s'ils étoient fondés, il le conjure par la miséricorde de Dieu, et par la mémoire de leur commun Maître, laquelle devoit leur être si chère, de s'attacher à l'unité catholique, et de ne point troubler la paix de l'Eglise, pour laquelle tant de milliers de Martyrs ont com-
Z z z ij