‹ qui comprend le onzième siécle de l'EgliseChapitre 29 sur 214 · Tome VU · texte numérisé non relu

Tome VU

monastère. Mais Geofroi aianl trop retardé son départ, trouva la place remplie, lorsqu'il arriva en Angleterre. Cet inconvénient \ûi fit prendre le parti d'ouvrir une Ecole à Dunestaple près de l'abbaïe de S. Alban. Entre les autres exercices académ iques dont il usoit pour l'Instruction de la jeunesse, il leur fais oit représenter avec appareil des espèces de tragédies de pieté . Ce sont-là les premiers vestiges que l'on connoisse bien distinctement du théâtre chrétien, si l'on peut unir ensemble ces deux idées. Il est remarquable, que ce soit un Manceau qui ait commencé à le mettre en usage. On seait que ses compatriotes dans les siècles suivants furent des premiers, qui travaillèrent à illustrer notre théâtre franeois, auquel les exercices de Dunestaple donnèrent vraisemblablement naissance. Geop ^ froi se rendit depuis Moine à S. Alban, et en devint Abbé, ' et un Abbé de glorieuse mémoire, pour le bien qu'il y fit, et la sagesse avec laquelle il le gouverna. Bai. 1.1. P. LXXX. 'M. du Boulay prétend, qu'Hubert Maître de Baudri, Abbé de Bourgueil, étoit du Mans, et qu'après avoir enseigné à Orléans, il a voulu dire à Meun, il retourna dans sa patrie, où il continua d'enseigner. Mais Beaudri lui-même qui nous a laissé l'éloge d'Hubert, ne fait aucune mention de cette circonstance ; et il est visible que du Boulay prend ici Meun sur la Loire pour la ville du Mans. Le même Auteur parle d'un Bernard du Mans, célèbre professeur de Grammaire à Paris en ce siècle. Mais nous n'en trouvons rien dans les Ecrivains qui l'ont précédé. Au même temps qu'on enseignoit les Letres avec tant de succès à l'Ecole épiscopale du Mans, on ne les negligeoit point aux abbaïcs de S. Vincent et de la n 3Ï?" m" i> Coulture. ' L'Evêque Gervais aïant rétabli vers 10401a prem." ' ' "" miere de ces deux Maisons, le Scolastique Robert, dont il a été parlé, y fit présent de plusieurs volumes de sa bibliothèque: ce qui suppose qu'on y aimoit les livres, et qu'on y cultivoit les Letres. A la Coulture, Letald l'un des plus judicieux historiens de son temps, qui s'y étoit retiré à la fin du X siècle, y avoit ranimé les bonnes Etudes. Sur la fin de ce siecle-ci la Coulture donna deux Ecrivains en la personne de deux de ses Abbés, Avesgaud etJohel.Nous ne découvrons point d'autres Ecoles considérables dans le reste de l'étendue Man anw. t. i. de la Métropole de Tours. Seulement ' il y en avoit une à p- 253 Fougères, au diocèse de Rennes, dirigée vers 1090 par Har-

douin de Chartres. 11 faut qu'il y eût eu une autre de quelque

mérite au Comté Nantois, si ' le fameux Pierre Abélard, qui ma!>. il. i. es. n. y étoit né, fit ses premières études en son pais. Berenger son 10 pere avoit aussi acquis une certaine connaissance des Letres, ce qui étoit fort rare parmi la Noblesse séculière, et qui insinue au'il y avoit une Ecole dans son voisinage. ' L'abbaie ad . t.^. P. U9. de S. Gildas de Ruits au diocèse de Vennes, aiant été relablie à trois différentes reprises dans le cours des vingt-quatre premières années de ce siècle, on y ouvrit une Ecole pour la jeunesse. Rannulfe y étoit chargé du soin d'enseigner les enfants ; et le Vieillard Jovelhen veilloit sur leurs mœurs.

LXXXl. Il n'y eut point de pais en France, où les Letres fussent cultivées avec plus d'éclat et de succès dans le cours de ce siècle, qu'en Normandie. Personne ne s'y seroit attendu, et ne l'auroit même pensé un siècle auparavant. Mais les Normans étant une fois bien persuadés de la vérité de la religion chrétienne, leurs Ducs s'y attachèrent jusqu'au point de (aire profession de pieté. Témoins les grands biens qu'ils firent aux Églises, et le nombre considérable de monastères qu'ils fondèrent de nouveau. Il étoit conséquent qu'aimant la religion, ils aimassent ce qui concourt à la soutenir. Sur ce principe, s'ils n'étudioient pas eux-mêmes les sciences et les Arls Libéraux, ils ne pouvoienl manquer de favoriser ceux qui s'y appliquoient. C'est aussi ce qu'ils exécutèrent avec une magnificence digne de Princes chrétiens, et dont on aura des preuves suffisantes dans la suite de ce volume. ' Il est dit du Duc S|ic. i. 3. p. ivr Richard II en particulier, mortenll)2S, qu'il atliroit près de lui par ses bienfaits et ses récompenses, des Evêques, des Clercs, des Abbés, des Moines. On vid même des Crées et des Arméniens quitter leurs pais par le même motif, et aller illustrer la Normandie par leur présence et leur seavoir. '11 est £i»j>.^i. 'ac|f t5 g ■ certain que ce Prince faisoit de grandes offrandes aux Egl ]SeS, p. :t"4. » . s presque par tout le monde, nommément au mont Sinaï, d'où il venoit tous les ans des Moines à Rouen recevoir les libéralités de Richard. De ce nombre fut le célèbre S. Simeon, qui açavoilcinq langues : l'égyptien, le syriaque, l'arabe , le grec et le latin, et qui donna occasion à rétablissement de l'abbaie de la Trinité, connue depuis sous le nom de sainte Catherine, où l'on ouvrit presqu'aussi-lôl une sçavanle Ecole.

LXXX1I. Avant celle-ci, 'et dès le commencement de ce Do.i. «j-i. Nor. siècle, il y en avoit d'autres, soit à Rouen même, ou aux en- pr p'5'' virons, desquelles Dudon fait mention dans son histoire des

• Iij

Ducs de Normandie en ces termes : Aut pergas, dit-il en apostrophant son ouvrage :

Aut pergas Nortmanica nunc gymnasiu pra-ceps.

oni. vii.i.p.sio. N'importe ' qu'Orderic Vital sur l'an 1069 dise, que ce fut sous le docte Lanfranc, que les Normans commencèrent à s'appliquer à l'étude des Lelres, et qu'auparavant sous leurs six premiers Ducs aucun, ou à peine aucun de cette nation , ne scavoit ce que c'est qu'étudier. Cette façon de s'exprimer n'est que relative au succès avec lequel ils le firent depuis sous cet habile Maître. Si les étranger» dont on vient de parler, ne formèrent pas à Rouen quelque société de sçavants, comme l'un des Auteurs cités le donne à entendre, il est au moins hors de doute, qu'ils contribuèrent à faire naître en France le goût pour le grec et les autres langues orientales, ausquelles nos François donnèrent quelque application. En attendant d'autres preuves, nous en produirons une qui remonte jusqu'au temps Mcmtf. bib.% bib. du Duc Richard H. ' C'est un manuscrit grec, qui se trouve i». loio. dans la bibliothèque du Roi , entre ceux de M. Colbert sous

le nombre 4954, et qui contient l'office ecclésiastique à l'usage des Grecs. 11 y est marqué qu'il fut fait en 1022 par un Moine nommé Helie. Et ce (jui fait croire que ce Copiste étoit Norman, ou qu'il écrivoit en Normandie, c'est que son manuscrit est enrichi de l'alphabet des Norvégiens. 11 y a beaucoup d'apparence que l'original sur lequel fut fait cette copie, avoit été apporté en France par quelqu'un de ces Moines Grecs, qui y venoient recueillir les aumônes du Duc Richard .

LXXX1II. En gênerai les Normans avoient de grandes dispositions naturelles pour les Letres; et l'on sçait qu'ils n'ont mt. h. Kri. t. s. Pomt dégénéré dans la suite. ' C'est ce que Geofroi de Malap- Mo- terra, historien Norman lui-même, reconnoit à l'égard d'une

des principales facultés de la Litcrature. Cette nation, dit-il en décrivant ses mœurs avec ingénuité, et sans la flatter, quoiqu'il fasse entrer l'adulation dans les couleurs avec lesquelles il la peint, s'applique à l'étude de l'éloquence avec tant d'ardeur et de succès, que l'on prendroit les enfants même dès les premières leçons pour autant de Rhéteurs : Eloquentiœ studiis inservi ens in tantum , ut etiam ipsospueros quasi Ithetores attendus.' L'Histoire ne nous fournit rien, pour faire connoître avec quelque détail l'Ecole de l'Eglise métropolitaine. On

soait seulement que cette Eglise fut gourvernée consécutivement par quatre Archevêques fort instruits des Loix ecclésiastiques, dont quelques uns ont laissé des productions de leur plume. Tels sont Mauger, S. Maurille, Jean de Baïeux, auparavant • Evêoue d'Avranche, et Guillaume surnommé Bonne Ame. Des Prélats de ce caractère n'étoient point hommes à souffrir l'ignorance dans leur Clergé, sans y apporter un remède efficace. Aussi y vid-on paraître plusieurs Ecclésiasiques Letrés. ' Un Thebaud, ou Tlnebauld, chanoine de la cathédrale, na- Mab ib , , |( tif de Vernon, qui mérite de trouver place entre nos premiers 378- 3TO- "• *°- Poètes François. Il flt effectivement vers le milieu de ce sie-

cle, à l'égard des vies de quelques Saints, ce que le B. Israël chantre du Dorât avoit exécuté à l'égard de l'Evangile : c'està-dire qu'il en composa en langue vulgaire des Chansons spirituelles, pour instruire le menu peuple de leur histoire. ' Lin 0rJ Yj, , 5 Richard autre Chanoine de la même Eglise, Poète Latin, qui ^u,s0,7-, 1 E££ a fait l'épitaphe de S. Maurille en vers tolérâmes pour le temps. ' Un Fulbert Archidiacre, homme d'éloquence et de sçavoir, Mab> an , M „ qui composa quelques écrits , après qu'il se fut rendu Moine à 45- S. Ouen. ' Lin Hugues autre Archidiacre surnommé leGram- Cor n chr p mairien . personage d'ailleurs d'un mérite distingué. "'I

LXXX1V. Fulbert ne fut pas le seul homme de Letres, qui illustra en ce siècle l'abbaïe de S. Ouen , et qui fasse juger qu'on y enlretenoit de bonnes Etudes. Elles y furent cultivées dès les premières années du règne de Richard II, et ne discontinuèrent point d'y être en honeur tout le reste du siècle. Pour n'en pas douter il suffit de sçavoir d'une part, ' que ce Duc Mab ib. , M 0 engagea le B. Guillaume Abbé de S. Bénigne à reformer le 10 monastère de S. Ouen , et de l'autre que la maxime de ce grand Reformateur étoit d'ouvrir des Ecoles dans tous les lieux où il retablissoit la discipline régulière. On a déjà dit un mot du mérite de ces Ecoles ; mais on le connoitra plus à fond, lorsqu'on aura parlé de celles de Fécam , qui furent comme le modèle de presque toutes les autres. Une preuve que les Ecoles de S. Ouen avoient dès lors de la réputation , ' est le choix , M. n. IS . ,. qu'en fit le Duc Richard Iil, pour y faire instruire le Prince ff'flj *" Nicolas son fils , qui y fut mis dès sa plus tendre jeunesse. Y aïant ensuite embrassé la vie monastique, et étant devenu Abbé de la Maison en 1012, il eut une attention particulière à y faire fleurir les Letres, pendant cinquante ans qu'il la gourverna. De son temps l'abbaïe de S. Ouen produisit au moins cinq

Ecrivains, qui paroîtront en leur rang dans le cours de ce volume. Thierri , Àmbroise, Jean, Maurice et Fulbert déjà nommé. Une autre preuve du mérite de ces Ecoles , sont les grands hommes qui en sortirent pour gouverner d'autres mo- Hai>. ib. i. se. n. nasteres, et même desdiocèses entiers. ' Vers 1030 on en tira SJ.'i.5' app' p' le célèbre Isembert , l'un des plus sçavants hommes de son temps < oui y enseignoit , pour l'établir premier Abbé du mo- .vngi. iar, i i. p. nastere de la Trinité, dont on va parler. ' Au bout' de quelques 237. | Neu». pu. p. annees Robert en fut aussi tiré , pour être Abbé de Jumiege.

C'ctoit un des beaux génies et des esprits le plus cultivés de son siècle. II fut depuis successivement Evêque de Londres et oni. vit. ib i Mai.. Archevêque de Cantorberi. ' A l'Abbé Nicolas succéda en an i. es. n. m. j Helgot , homme d'érudition et de pieté, auparavant Prieur de S. Estiene de Caen , qui pou voit être Elevé du docte Lanfrànc, et qui en celte qualité porta à S. Ouen le bon goût pour les Letres qu'il avoit puisé auprès de son Maître.

LXXXV. L'Ecole du monastère de la Trinité , plus connu dans la suite sous le nom du Mont sainte Catherine , près de la ville de Rouen , qui ne subsiste plus aujourd'hui, et dont les revenus ont été transportés à la Chartreuse du voisinage , Mab. ib. i. se. n. fut encore plus tlorissante que celle de S. Ouen. ' Isembert, (M. 'il. f.ns. p. dont on a ébauché l'éloge, et qui étoit regardé comme l'oracle du païs , l'honeur du Clergé , le miroir par excellence des Moines , et un homme consommé dans toute sorte de belles connoissances, in omm libéra lium disciplinarum expcrientiaprobatissimus, en aïant été fait Abbé vers 1 030, peu d'années après la fondation du monastère, continua d'y faire des leçons publiques. On a vu qu'il avoit déjà fait la même chose à S. Ouen. Sa réputation attira près de lui plusieurs Elevés distingués par leur naissance, leurs grandes dispositionspourles Letres, et quelques uns mêmes par leurs dignités. On met de ce nombre Hugues fils de Goseelin, Vicomte de Rouen et fondateur du monastère, qui s'y rendit Moine avec son pere; Durand, depuis Abbé de Troarn, et l'un des Théologiens qui écrivirent contre Berenger ; Guitmond , ou Witmond , qui fit des progrès merveilleux dans la Grammaire et la Musique. Celui-ci se retira dans la suite à l'abbaïe de S. Evroul , où il semble avoir fini ses jours. Il est par conséquent différent du célèbre Guitmond , Moine de la Croix S. Leufroi , puis Archevêque d'Averse , ' qui avoit été , comme il sera dit, disciple de Lanfranc à l'Ecole du Bec ; et c'est une faute à corriger dans un des endroits cites de Dom

Guit. d S p. 449. i .

Mabillon, où ces deux grands hommes sont confondus. Isembert vid aussi entre ses Elevés Àinard , ou Einard , Alleman de nation , qui se rendit recommandable par la sainteté de ses mœurs et sonsçavoir, et devint Abbé de S. Pierre sur Dive. Osberne, qui le fut de S. Evroul, et mérita le surnom de plus saint de tous les Abbés, eut le même avantage. Enfin Rainier, Doïen de la Cathédrale, aïant embrassé la vie monastique sous Isembert, lui succéda dans la dignité d'Abbé en 1051. ' Du n*b. n>. i. ei n. Mont sainte Catherine les Letres passèrent avec la discipline 58 régulière à l'abbaïe de Cormeilles, fondée au diocèse de Usieux vers 1060 , où les porta Osberne, avant que de devenir Abbé de S. Evroul.

LXXXVI. A Jumiege, autre abbaïe au diocèse de Rouen, on ne discontinua point de soûtenir la culture des Letres, qu'on y a vûe établie au siècle précèdent. ' C'est ce qui est con- *omf. wb. bit* staté par le grand nombre de manuscrits sur toutes sortes de pfacultés literaires, dont on a imprimé le catalogue depuis peu : manuscrits, dont plusieurs remontent jusqu'au temps dont il est ici question. Entre ceux-ci il y en a qui pour n'avoir pas été faits à Jumiege, n'en sont pas moins une preuve de son amour pour les bons livres. ' On y remarque sur-tout un ma- p- *• gnifique Missel à l'usage de l'Eglise Anglicane, enrichi de parfaitement belles miniatures, letres initiales et autres figures en or. C'est un présent que Robert Evêque de Londres vers 10ÎJ0, fit à Jumiege dont il avoit été Abbé.' Le Rituel à l'usage de ç- « ce monastère, écrit dans les premières années du mémo siècle, est encore remarquable. Dom Martene y a puisé diverses choses singulières pour ses anciens Rits ecclésiastiques. Il s'est aussi servi avec fruit d'un Ordinaire de la même abbaïe, et de presque même date que le Rituel. Comme l'on donnoit à Jumiege une application particulière à copier les écrits des Anciens, il s'y forma quantité de sujets à l'art de bien écrire, si nécessaire avant l'invejition du secret de l'imprimerie. ' De ces >»> ' *»•>■ » habiles Copistes plusieurs passèrent h l'abbaïe de S. Evroul , où ils établirent le même art, qui y subsista plus d'un siècle. A la tête de ceux-ci étoit le B. Thierri de Matonville, qui après avoir exercé l'emploi d'Ecolalre , et rempli la dignité de Prieur à Jumiege, fut élu Abbé de S. Evroul. Les plus connus entre les autres étaient Raoul , neveu de Thierri , Hugues qui faisoit l'office de Chantre, ' et Gautier qui porta depuis le sur- Mss. nom de Jumiege. ' Jumiege donna encore deux autres Abbés Mab. ib. i. «$. n.

démérite au monastère d'Àbbendon en Angleterre, Athelelme et Rainold. Ce dernier, pour montrer qu'il n'oublioit point la Maison où il s'étoit d'abord consacré à Dieu , y envoya en présent un beau livre des Evangiles, enrichi d'or, d'argent et de pierres précieuses, qu'on y conserve encore. On ne s'y appliquoit pas au reste si entièrement à copier les ouvrages anciens, que quelques Moines n'en composassent de nouveaux. Tout le monde sçavant connoît l'Historien Guillaume de Jumiege.

ÏTY aVs**' LXXXVIL ' L'abbaïe de Fontenelle , ou S. Vandrille , i. «î'.n. 77'. " encore au diocèse de Rouen, qui s'étoit distinguée autrefois par son zélé et son application à cultiver les Letres , souffrit un dépérissement presque entier au temps des ravages des Normans. Mais le B. Richard, Abbé de S. Vanne et Restaurateur de tant d'autres monastères, aiant commencé à la rétablir les premières années de ce siècle, les Letres y furent bientôt remises en honeur. Gérard, qui en fut Abbé depuis environ 1008 jusque en 1031, y contribua avec avantage. 11 avoit été disciple de Fulbert à l'Ecole de Chartres, et en soutint dignement la qualité par sa doctrine et l 'intégrité de ses mœurs. Entre les autres hommes de Letres, qui illustrèrent alors Fontenelle, on connoît nommément Durand son neveu, qui s'y retira du Mont sainte Catherine, et qui fut depuis Abbé de Troarn. Les successeurs de Gérard avoient tous fait de bonnes Etudes, et furent soigneux de les entretenir dans leur monastère, oui acquit un nouveau lustre sous leur gouverne- M»b. ib. 1. 59. n. ment. ' Graaulfe , par exemple, avoit une telle réputation de ti- prudence et de doctrine , que l'Archevêque Mauger le choisit

pour son Vicaire gênerai. Robert son frère, qui lui succéda en 1047 , aiant été peu après transféré à S. Germain des Prés . 67. n. 77. 1 ad. à Paris , ' Gerbert, ou Girbert prit sa place à Fontenelle, et y 1 9. pr. n. n. i8. eul pQUr disciple Ansfride homme d'érudition , et depuis Abbé de Préaux. Gerbert alloit de pair pour la science et le mérite avec Ainard de S. Pierre sur Dive et Durand de Troarn. On reçardoit communément ces trois Abbés comme aulanl de brillantes lumières qui éclairoient leur siècle. En 1089 Gerbert eut pour successeur, Lanfranc neveu de l'Archevêque de Cantorberi de même nom, qui porta à S. Vandrille le bon goût pour les Letres qu'il avoit pris à l'Ecole du Bec. Il reste peu de monuments des travaux literaires qui occupèrent alors les Moines de Fontenelle. On a lepitaphe de Girbert par le

Moine

Moine Deodat ; l'écrit d'un Anonyme, dont on parlera ailleurs;' le Sacramentaire à l'usage de cette abbaïe. Céder- ^<mlL ib p ,I9Snier monument, qui a été dirigé par un nommé Guillaume, est curieux pour les prières et les bénédictions singulières, qu'il y a recueillies. ' Fontenelle reçut aussi quelque relief, d'à- J'fj.'k.1,,6**". voir eu pour Elevé et pour Prieur Ingulfe, qui avoit été d'abord secrétaire de Guillaume Duc de Normandie, et devint ensuite Abbé de Croyland en Angleterre, son pais natal, et l'un de ses Historiens.

LXXXVU1.' A la faveur du rétablissement de l'abbaïe de î?;î£ f; j£.V Fécam, à l'extrémité du diocèse de Rouen au bord de la mer, »©• qui se fit en 1001 par les soins du R. Guillaume de Dijon, l'on y vid aussi-tôt fleurir les Letres avec un succès merveilleux. On a dit ailleurs que la maxime de ce grand homme étoil d'établir des Ecoles pour toutes sortes de sujets dans tous les monastères de sa reformation. Celles de Fécam furent le modèle de toutes les autres, <*t ce semble même de celles de S. Renigne. 11 y en a avoit d'intérieures pour les persones qui renonçoient au monde pour se consacrer à la pénitence. Il y en avoit d'extérieures pour les gents de dehors, qui y étoient reçus sans distinction du pauvre ou du riche, du serf ou du libre. Non seulement on y enseignoit avec un désintéressement entier ; mais on y avoit encore la charitable attention de fournir le nécessaire à ceux qui en manquoient. Attention qui devoil contribuer à augmenter prodigieusement le nombre des Etudiants. Un établissement de cette nature , aussi louable qu'avantageux, ne put manquer de se soûtenir ' sous Joannelin et Guillaume de Roz, successeurs immédiats du B. Reforma- t leur, qui gouvernèrent successivement ce monastère au di -làdu rù. F. 4 cours de ce siècle. Joannelin étoit homme d'érudition, et se rendit célèbre par le grand personage qu'il fit dans l'Eglise et dans l'Etat. Guillaume son successeur avoit aussi un grand fonds de sçavoir, magna Literarum périt ia prœditus, et avoit déjà brillé dans le Clergé de Raii ux, où il avoit rempli les dignités de Chantre, d'Archidiacre et de Doïen. Fécam sous la conduite de ces trois illustres Abbés repandit partout une si bonne odeur, qu'elle y attira grand nombre de persones de la première distinction, qui s'y consacrèrent à Dieu. ' L'on remarque entre autres un Evêque nommé Osmond ; deux Clercs d'un sçavoir peu commun apprime literati, Reringer et Joscelin , qui quittèrent la Cour, et renoncèrent à toutes les espérances qu elle

Page 1