‹ qui comprend le onzième siécle de l'EgliseChapitre 30 sur 214 · I. p. 3» | Orl · texte numérisé non relu

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leuravoit fait naître; et plusieurs Anglois, dont l'un nommé Clément étoit de sang roïa! .

LXXXIX. Il revint aussi un grand relief à l'Ecole de Fécam pour avoir formé plusieurs Evêques et Abbés de mérite, oui en sortirent en ce siècle. On ne fera ici l'énumeralion que act. i. 9. p «m. p|ug connus 'g Maurille , depuis Archevêque de Rouen,

Prélat distingué par sa doctrine et la sainteté de ses mœurs, avoit professé la vie monastique à Fécam, après avoir enseigné à l'Ecole d'Halberstat. ' Remi Evêque de Lincoln dans la suite, grand homme de Letrcs, copiose iiteratus, fut aussi élevé à

'ian 'î.'wîn.a?!*'. ^4'a,n avant (lue ^e passer en Angleterre. ' Herbert d'abord Abbé de Ramsey, puis Evêque de Tetford ou Norwic, Turold, que Guillaume le Conquérant établit Abbé de Malmesbury, Suppon qui le devint successivement du Mont-S. -Michel, et ne Frulare au diocèse d'Yvrée : trois personages en qui la vertu se trouvoit réunie à la doctrine, furent encore tirés de l'abbaïe de Fécam. A une autre extrémité du diocèse de su. n. s i »ofl'?. Rouen, du côté de Paris, ' on vid en la persone de S. Gautier, 43 i Les. premier abbé de S. Martin dePontoise, une des grandes lumières de ce siècle, qui aux termes de l'historien de sa vie, Auteur contemporain, mérite de tenir une place entre les principaux Défenseurs de l'Eglise. Gautier nâquità Ainville sur les confins de l'Amienois. Des sa première jeunesse il se sentit tant d'ardeur pour les sciences, qu'afm de la satisfaire il parcourut diverses provinces. 11 y acquit de grandes connoissances, qu'il fut soigneux de cultiver. Etant suffisamment instruit de la Grammaire, de la Rhétorique et de la Dialectique, il ouvrit une Ecole qui devint très-oelebre, famosissimas regens Scholas. Là il communiquoit à une multitude de disciples les thrésors de la science, qu'il avoit amassés avec beaucoup de travail. Quelque brillante au reste que fût cette Ecole, elle ne nous est point connue d'ailleurs; et 1 Ecrivain qui nous en donne une idée aussi avantageuse, ne dit point en quel lieu elle se tenoit. Il ne nous apprend point non plus, si Gautier continua d'enseigner, lorsqu'il eut embrassé la vie monastique à Rebais, ni après qu'il fut devenu Abbé de S. Martin de Pontoise, qu'il gouverna depuis environ 1070 jusqu'en 1094, qui fut l'année de sa mort.

XC. De toutes les Ecoles non seulement de Normandie, mais aussi de la France entière, il n'y en eut point alors ni de plus servante ni de plus célèbre tout ensemble, nue celle de l'abbaïe du Bec, encore au diocèse de Rouen. 11 y a'voil deux ans quele li.

au I. 58. n. 17.

Helouin ou Heriuin, avoit jelté les premiers fondements de ce

monastère, lorsqu'en 1042 Lanfranc vint s'y consacrer à Dieu.

II éloit de Lomhardie, où il y avoit , -comme on l'a remarqué

ailleurs, une source particulière de doctrine. ' Parfaitement in- Jfford'Vu * \

struit des Letres divines et humaines, qu'il avoit étudiées en p- *i9j wu.'gwh!

son païs, il entreprit du consentement de son Abbé, d'en faire ùùt' M.pcoa* i.

des leçons publiques , quatre ans après sa retraite. Il s'en ac- miu?.™'.

quitta avec tant d'éclat et de succès, qu'en peu de temps il se Pjf *»3l *■«{•

ut une réputation bruiante, qui vola par presque toute l'Eu- Sr. Si «g. p. 730!

rope, et lui attira des Etudiants de France, de Gascogne, de

Bretagne , de Flandres , d'Allemagne et de Rome même. Les

Clercs accouroient à son Ecole ; les Grands y envoïoient leurs

enfants ; les Maîtres des autres Ecoles les plus fameuses se

rendoient ses disciples. Ce concours prodigieux d'Etudiants fît

du Bec la plus florissante Académie qu'on eût vûe depuis plus

de cinq siècles : Deccum magnum etfamosum Literaturœ gym-

nasium. ' Beranger, Maître- Ecole de Tours, bien loin de suivre f *'; * Klncb- '•

l'exemple d'une si noble émulation, ne conçut qu'une basse

jalousie de la réputation de Lanfranc. Et afin de tâcher de se

faire un nom, et de se conserver quelques Etudiants, il s'avisa

de l'imiter, et d'enseigner comme lui la Théologie, qu'il n'a-

voil pas étudiée, en quoi il réussit de la triste manière que tout

le monde scait. ' Le plus connu, et un des plus illustres entre lhr.:*? • J0150

• • ii- r, ' , r | lab. ib. I. 61. o.

ceux qui vinrent de loin au Bec écouter Lanfranc, fut le docte «* 1 o«i vit. ib. S. Anselme, depuis son successeur immédiat dans le siège de l Wti°*c>S: Cantorberi. C'étoit vers 1060 qu'il s'y retira ; et après y avoir j$; 565 f été quelque temps disciple, il devint bien-tôt Maitre. Alors l'Ecole du Bec acquit un nouveau lustre. On vid encore y venir de tous côtés d'habiles Clercs, et des Chevaliers de grande réputation, se soumettre à la discipline d'Anselme.

XCI. ' Les statuts, ou décrets du B. Lanfranc, et la vie de l*»' d*r « *• S. Anselme nous apprenent des traits fort édifiants de la conduite qu'on tenoit dans l'Ecole du Bec envers les Etudiants, sur-tout envers les enfants qu'on y olTroit, ou qui s'y retiroient d'eux-mêmes. On y remarque avec quelle attention et quelle vigilance il y étoient élevés : avec quel soin on s'appliquoità leur inspirer des sentiments d'honeur et de religion, et à les former aux manières d'honêteté et de politesse les uns envers les autres. ' On étoit bien éloigné d'user envers eux de rigueur et de châ- *"»•' **«- p * timent, comme cela ne se pratiquoit que trop souvent ailleurs. Mais s'accommodant à leur portée, on emploïoit la douceur, la

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tendresse, la raison pour les engager à faire ce qu'on exigeoit d'eux : pour leur inspirer l'horreur du mal, l'amour dé la vertu et de leur devoir. On les consideroil comme de jeunes plantes qu'il ne faut pas trop resserrer, faute de quoi elles ne poussent point de branches ; et si elles en poussent, elles s'entrelassent ensemble, et ne vienent jamais à leur point de beauté : Ou comme des figures de quelque métal , qu'on ne forme pas avec le marteau seul, mais qu'on réussit à polir avec les plus doux instruments de l'Art. C'est par ces comparaisons, sur lesquelles étoient établis les principes de la conduite qu'on gardoit à l'Ecole du Bec , qu'Anselme persuada à un Abbé de ses amis de changer la méthode opposée qu'on suivoit dans sa Maison , à

wu. Gem. ib. p. l'égard de la jeunesse qu'on y élevoit. ' Quoique des Seigneurs donnassent des terres a l'abbaïc du Bec, en reconnoissance de

unf. nt. c. 4. l'éducation de leurs enfants, ' ou que ceux-ci, ou leurs parents fissent par le môme motif des présents à Lanfranc leur Maître, on n'est point pour cela en droit de prétendre, que l'instruction de la jeunesse n'étoit pas gratuite au Bec. C'est néanmoins ce qu'un Ecrivain moderne , poli d'ailleurs , mais qui hazarde quelquefois des conjectures , n'a pas craint d'avancer. Autre chose est exiger un salaire pour les leçons que l'on donne, autre chose , ne faire que recevoir ce qui est offert volontairement et par reconnoissance. Dans le premier cas, où l'abbaie du Bec n'a jamais été, c'est être mercenaire. Mais il n'en est pas de même du second. On a au reste déjà montré avec quel noble désintéressement on enseignoit aux Ecoles monastiques de Normandie, comme dans les autres.

XCII. Autant l'Académie du Bec étoit recommandable par le bel ordre qui s'y observoit : autant elle le devint par les sciences qu'on y enseigna, et le succès avec lequel elles y furent enseignées. Souvent il ne faut qu'une ou deux persones de bon goût , pour servir de modèle à une multitude d'autres persones, et leur faire naître les mêmes idées et les mêmes inclinations. C'est ce qui arriva au Bec. Lanfranc et Anselme , qui avoient pour la belle Latinité et les plus hauteB sciences un goût exquis, inconnu avant eux depuis la première décadence des Lelres, le communiquèrent à leurs Elevés, et ceux-ci à d'autres. Heureuses révolutions, dont les influences s' étant répandues peu à peu par toute la France, et passées même en Angleterre, en Italie et en Allemagne, furent la source de ce renouvellement des sciences, qu'on vid parmi nos François

sous le règne de Louis le Jeune ! Oui, il faut rendre au Bec cette justice , que de le regarder comme le berceau de ce précieux renouvellement. ' Lllistorien de Lanfranc l'appercevant «P. 15. de loin , l'annoncoit dès le temps qu'il écrivoit sa vie. C'est ce qui lui fit dire que toute l'Eglise occidentale, nommément les Eglises de frranee et d'Angleterre , s'applaudissoient d'avoir été éclairées par une si brillante lumière. Hujus cornmendationis claritate , dit-il en parlant de cet admirable Docteur, omnis occidui orbis Ecclesia, tant Gallicana quant Anglica gaudetseilluminatam. ' Willeram, Scholastiquede Bam- n»n. u>. 1. 1. p. berg, esperoit la même chose pour l'Eglise d'Allemagne, au 501 moïen de l'instruction que la foule de ses compatriotes alloil puiser à l'Ecole du Bec. 'A l'égard de la langue latine en particulier, Unf. viu t 14. on convenoit dès le même temps que Lanfranc avoit réussi à 18 l'épurer et la polir. On alloit même jusqu'à prétendre, que ses leçons lui avoient rendu toute son anciene splendeur : Quem Latinilas in antiquum scientiœ statum ab eo restituta Iota , supremum débita cum amore et honore agnoscit Magistrum.

XCIII. Ces expressions, il faut l'avouer, sont un peu enflées et hyperboliques. Mais il est au moins vrai, qu'avant que Lanfranc et Anselme son disciple enseignassent au Bec, le lalin de nos François étoit pour l'ordinaire un latin rude, grossier, plein de barbarie. Leur Théologie étoit brute, inanimée, souvent dénuée de justesse dans ses raisonements. De même, leur Philosophie ne consistoit qu'en une pitoïable Dialectique ; etù peine connoissoient-ils fa Métaphysique par son nom. Mais depuis que ces deux grands hommes eurent fait des leçons publiques, tant de vive voix que par écrit , toutes ces facultés literaires acquirent un degré de perfection, que les siècles postérieurs les plus éclairés n'ont pas fait difficulté de prendre pour modèle. Lanfranc fit revivre la manière ingénieuse et triomphante d'emploïer les armes que fournil la Théologie pour la défense de la foi. Anselme de son côté résolut des questions theologiques, très-obscures et inconnues avant son temps ; et en montrant clairement la conformité de ces décisions avec l'autorité de l'Ecriture sainte, il découvrit aux Théologiens une nouvelle méthode pour traiter des choses divines, en accordant le raisonnement avec la révélation. Il apprit aux Philosophes à s'élever, non seulement au-dessus des pointilleries et du jargon de l'Ecole, mais aussi de toutes les choses sensibles, et à faire usage des idées innées, et de la

Anse), op. p. 4

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