I. 1. ep 3». M
lumière naturelle que le Créateur a répandue dans l'esprit de l'homme. ' Anselme en fit lui-même l'essai dans divers écrits , qui lui ont mérité le titre du plus excellent Métaphysicien qui eût paru dans le monde depuis S. Augustin. ' Il leur apprit encore dans un traité fait exprès, à avoir des idées justes de la substance et de la qualité, et à former en conséquence de justes raisonements. C'est un petit mais bel écrit sur la Dialectique, en forme de dialogue pour le rendre à la portée de tout le monde. ' Le travail de Lanfranc contribua aussi à perfeo tioner la Philosophie : maxime valentem in DicUectica, dit de lui un de ses disciples.
XCIV. Anselme n'étoit pas moins éclairé dans la Morale , comme il paroit par ses ouvrages sur la science des mœurs. Dans ceux-ci il a eu le secret de découvrir les sources et le progrès des vices et des vertus, avec les moïens d'acquérir cellesci et d'éviter ceux-là. On y trouve des peintures vives des uns et des autres, qui sont propres à inspirer l'horreur du vice et l'amour de la vertu. Et afin qu'il ne manquât rien au plan d'é- 109. tudes ecclésiastiques, qu'il semble avoir voulu tracer, ' il fit aussi trois traités pour servir comme d'introduction à l'intelligence de l'Ecriture sainte. Il sont encore en forme de dialogue : l'un de la vérité, l'autre du libre arbitre, et le troisième du diable. L'Auteur dans celui-ci traite de l'origine du mal. Anselme ne se borna pas à établir ainsi des principes clairs et solides, pour apprendre à étudier ebrétienement, et à découvrir la vérité ; il montra encore par son exemple la bonne manière d'enseigner les autres. Soit qu'il instruisît de vive voix ou par écrit, il le faisoit sans prendre le ton de Docteur, mais en un style simple et familier ; emploiant la force du raisonement et des exemples sensibles. Une Ecole de cette nature ne pouvoit se soutenir longtemps sans une bonne bibliothèque. Aussi le Bec ne manqua pas de cet avantage. ' On y fut soigneux d'amasser grand nombre de livres, ceux qui traitent de la Médecine, comme les autres. Et ce qu'il y a encore digne de remarque, et qui nous découvre dans ce monastère une source , ou au moins un commencement de critique, qui est le fruit des bonnes Etudes, c'est que les persones chargées de former la bibliothèque s'en acquiterent en gents sçavants ; ' portant l'attention à faire venir, même de fort loin, les exemplaires les plus corrects, afin d'y conférer ceux de la Maison, et d'en corriger les fautes. On y voit encore aujourd'hui quelques-uns de ces manuscrits entre une quantité d'autres.
XCV. Quoique l'Ecole du Bec perdît en 1092 son principal appui, et son plus illustre Modérateur, à l'élection de S. Anselme pour remplir le siège archiépiscopal de Canlorberi, elle ne laissa pas de se soutenir dans la suite avec quelque réputation. ' Encore au XII siècle, qui étoit celui d'Ordric Vital, ord. v«. i. *. p. les Moines du Bec, s'il en faut croire cet Historien, étoient si 530 appliqués à l'Etude, et si soigneux de s'instruire, que presque tous pouyoient passer pour autant d'habiles Maîtres. Ceux même qui avoient acquis moins de connoissances, en sça voient
lus que les gents de Letres du commun. 'Que de grands Rob.dir. «a.
ommes sortirent de cette célèbre Ecole. ' Il ne seroit pas aisé sïj. p. 750. d'en faire une juste énumeration. Il faut se borner aux plus connus. ' De ce nombre furent le Pape Alexandre II, alors connu u»f. «t. e. 11. 1 sous le nom d'Anselme, fils d'un autre Anselme Evêque de *■ p- 30°- Luques, et quelques-uns de ses parents; 'Guitmond, depuis eau. u>. 1. s. p Archevêque d'Averse, celui qui après Lanfranc a le mieux **91réussi à écrire contre les erreurs de Kerenger ; Guillaume, surnommé Bonne Ame, qui devint Archevêque de Kouen ; Foul-
Îiues Evêque de Béarnais, qui lit quelque personage dans l'afaire du fameux Koscelin ; ' Ives Evêque de (Chartres, l'un de$ Rob. ei.r. ib. plus illustres Docteurs de l'Eglise de France à la fin de ce siècle, et au commencement du suivant; 'Gondulfe et Hernoste, ou Mab. u> 1. es. n. Arnuste Evêques de Rochester en Angleterre; Ernulfe, Au- î'^. „. 53 leur de quelques écrits, d'abord Prieur de S. Sauveur de Cantorberi, puis successeur des précédents; Jean, qui étant passé h»?, fi. eu. p. en Italie, fut fait Abbé de S. Sauveur près de Tolese dans la terre 261 ' de Labour, et enfin Evêque de Tusculum, et l'un des Légats du Pape Pascal II. Ce ne sont encore-là nue les archevêques et 1»* Evêques, qui prirent des Leçons ae Lanfranc et d'Anselme.
XCVI. A ces Prélats il faut joindre les Abbés et hommes de Letres qui suivent : 'Gilbert Crispin, Abbé de Westminster, Mab. ib 1. es. n.
Îui a écrit la vie du B. Hellouin, et quelques autres opuscules ; *' 7. 1 u"r Tiu loger, Abbé de Lessai ; Guillaume de Cormeilles, ami de confiance de Lanfranc ; Henri, d'abord Prieur de Cantorberi, puis Abbé de Bataille ; Richard, issu de sang roïal, Abbé d'Ely, qui à sa mort fut érigé en Evêché ; Lanfranc, neveu de l'Archevêque de même nom, Abbé de S. Vandrille ; Paul, célèbre dans les écritsde S. Anselme, qui le devint de S. Alban. 'Willeram, n»n. in. Coii d'abord Ecolatre de l'Eglise de Bamberg, puis Moine de Fulde ' 1 p 507 ™et ensuite Abbé de S. Pierre de Mersbourg en Saxe, qui a fait un
Commentaire sur le Cantique des Cantiques, se donne lui même pour disciple de Lanfranc, et déclare qu'il étoit le plus habile Maître qu'il eût connu. Il est vrai que Lanfranc se trouve nommé Lanfrid dans le texte de Willeram ; mais il y est représenté d'ailleurs sous des caractères qui ne permettent pas de le méconnottre. Peut-être est-ce une faute des Copistes. Peut-être aussi que l'on prononçoitdela sorte son nom en Saxe et en Allemagne. On doit encore compter au nombre des Elevés de l'E-
TiiG°iibi cei6°ï- ^ ^ec' '^u'Derl aePu's Abbé de Nogent, l'un des plus
th. . c. judicieux Ecrivains du commencement du XII siècle ; puisqu'il reconnoit avoir eu S. Anselme pour Maître dans l'intelligence de
4iU6o"' ,'65 n" l'Ecriture sainte. 'Ce fut encore à l'Académie du Bec, qu'étudièrent les Letres, le Poëte Roger de Caen, qui a écrit sur le mépris du monde; Osberne, homme de piété et d'érudition, le même, ce semble, que l'Auteur de ce nom qui a écrit la vie de S. Elfegc; Gui, compagnon de Lanfranc e jeune, et depuis Ecolatre, soit au Bec, ou ailleurs; Milon Crispin, Historien du B. Lanfranc; Boson, que S. Anselme appella en Angleterre, et qu'il envoïa de sa part au fameux Concile de Clermont ; le Moine Maurice, à la prière duquel lé même Prélat écrivit son Monologue; enfin Edmere son Historien, qVil avoit choisi pour son principal Conseiller, et qui refusa 1 Evêché de S. André.
u»7Vi"e**. 1 XCVll. 'Lanfranc étant venu en France vers 10 M), deux ans environ avant que de se retirer au Bec, s'arrêta à Avranche avec une troupe d Etudiants du premier mérite qui l'accompagnoienl, et y enseigna quelque temps. L'Ecole de cette Ville en reçut sans doute un grand relief. Elle étoit encore célèbre
An»ei. vu. p. 3. i. plusde dix-huit ansaprès ; puisqu' Anselme s'y arrêta aussi, lors qu'aïant parcouru la Bourgogne et la France, il alla se rendre disciple de Lanfranc. On ignore les autres événements qui
oh. vil. i. *. P. concernent cette Ecole. Seulement ' on sçait que le diocèse d'Avranche fut gouverné après le milieu de ce siècle jusqu'à la fin, par deux Evêques fort propres à y entretenir la culture des Letres. L'un fut Jean de Baieux, transféré ensuite à l'Archevêché de Rouen, dont il y a quelques écrits sur la Liturgie ; et l'autre Michel, Italien de nation, Prélat fort letré, et plein de zélé pour le bon ordre. 'On sçait encore, qu'Arnaud Evêque
im». *»*. i. a. p. Mans> étoit du diocèse d'Avranche. Robert son oncle et Scolaslique du Mans, pouvoit en être aussi, et avoit fait à Avranche ses premières études. Les grands hommes, qui illustrèrent en ce siècle l'abbaïe du Mont-S.-Michel , sont un
préjugé
préjugé favorable, que les Letres y Soient en honeur. ' Sun- an i su. ». a. pon Moine de Frulare de la réforme du B. Guillaume de ». Bénigne de Dijon, la gouverna quelque temps en qualité d'Abbé, vers le milieu de ce siècle. C'étoit un homme de sçavoir, qui y laissa des marques de sa générosité et de sa prudence. De son temps s'y retira le célèbre S. Anastase, noble Vénitien, scavant dans le grec et le latin, qui y embrassa la vie monastique 'Ce fut à la prière de celui-ci que Robert de Tombelame Abbé du lieu, et homme d'érudition, composa son Commentaire sur le Cantique des Cantiques. 'Du Mont-S. Michel sorr oh. vit. ib. v. tirent encore Scoland, Abbé de S. Augustin de Cantorberi, 519' 'et Donoald, ou Dontald successivement Abbé de S. Mêlai- M*b. ib. x.ae.n. ne de Rennes et Evêque d'Alet, plus connu dans la suite sous \». 1 1 ' ™ n" le nom de S. Màlo.
XCVIII. ' L'amour que Robert de Tombelaine avoit pour i. œ. n. 44. i les Letres, il le porta à S. Vigor de Baieux, dont il fut fait Ab- TW' '* 8 M bé, avant que de l'être du Mont-S. Michel. Il est certain qu'il fut soigneux d'y établir de bonnes Eludes; témoin Richard des Fourneaux, l'un de ses Moines, qui devint Abbé de Préaux vers 1101, et a laissé tant de monuments de sonscavoir. ' Odon om. wi. i. 3. p.
iûl lift n
Evêque de Baieux, malgré ses longues absences causées par w» ' la trop grande part qu'il prenoit aux affaires séculières, ne laissent pas de se faire un devoir de bannir l'ignorance de son Clergé, et d'y avoir des persones fort instruites des Letres. A ce dessein il envoïoit ceux qui avoient le plus de dispositions, étudier aux Ecoles les plus célèbres, même jusqu'à Liège, et prenoit soin de leur fournir généreusement tout ce qui leur étoil nécessaire. C'est ainsi qu'il fit élever Thomas, qui devint ensuite Archevêque d'York, et l'un des plus sçavants Prélats dn son temps; Samson frère de Thomas, et depuis Evêque de Winchestre ; Guillaume de Roz, Abbé de Fécam dans la suite ; Turstin qui le fut de Glastemburi, et divers autres moins connus. ' Le fameux Gérard, que nous avons vû plus haut fai- ul. Mb. nov. i. re les fonctions de Docteur en divers lieux de la seconde Aqui- 2 p' 588 laine, et qui fut élu Evêque d'Angoulême en 1101, étoitde Baieux, et pouvoit être un des Elevés de l'Evêque Odon, comme les précédents ' On voit à Baïeux une vieille bande Mont*, de tapisserie fort imparfaite, de deux cens douze pieds de long ' sur un peu moins de deux pieds de largeur. Elle représente en tissu et en couleurs la conquête de l'Angleterre par le Duc Guillaume le Bâtard. L'opinion commune à Baieux est que
Totne Vif. L
fr. t. S. p 4-3.
ce fut la Heine Matliilde sa femme qui la fil faire. Mais il y auroit peut-être autant de fondement d'en rapporter l'honeur a l'Evêque Odon, frère utérin de ce Prince ; puisque ce morceau de tapisserie appartient à la Cathédrale, où on l'expose en certains jours de l'année. Dom de Montfaucon l'a fait graver, tel qu'il est, sur plusieurs planches qu'on trouve à la fin de son premier volume, et à la tète du second des Monuments de la monarchie françoise. Quelque grossier et imparfait qu'il sait, il est intéressant pour l'histoire de ce temps-là.
XC1X. Depuis que la Normandie eut pris du goût pour les sciences, Caen ville considérable au diocèse de Baïeux, a toujours eu des hommes de Letres, pour lesquelles ses Citoïens ont naturellement beaucoup de disposition. L'on a vu
S|u'en ce siècle quelques-uns allèrent étudier au Bec sous Lanranc, nommément le Poète Roger. ' Ce Maître célèbre ». se"1*" ,b' **' aianl été établi premier Abbé de S. Estiene, aussi-tôt après sa fondation en 1063, continua d'y cultiver les Letres avec son application ordinaire. Une des raisons pourquoi il refusa aloi s l'archevêché de Rouen, à la mort de S. Maurille, c'est au rapport de son Historien, que les fonctions épiscopales ne lui auraient pas laissé de temps pour vaquer à ses exercices liU raires. S'il n'ouvrit pas une École publique à Caen, comme il a voit fait au Bec, il est au moins certain qu'il y attira plusieurs excellents sujets, qu'il prit soin de former aux sciences et à la vertu. Tels furent entre autres, Guillaume Bonne-ame, qu'on a déjà vu paroitre à l'Ecole du Bec, et qui fut Archevêque de Rouen ; Raoul d'abord Abbé de Bataille en Angleterre, puis Archevêque de Canlorberi après S. Anselme; Guillaume de Corbeil successeur immédiat du précèdent dans le même Siège ; Gaulchelme Evêque de Worchestre, et Turstin, Abbé de Glastemburi. Ce fut à Caen que Lanfranc composa son ouvrage sur l'Eucharistie contre Berenger : ce qui montre encore qu'il faisoit alors de l'Elude une de ses principales occu- Nut. un, i. 3. pations. Outre l'Ecole de S. Estiene, ' il y en avoit une autre p. ni. !». dans ja ville. Celle-ci étoit dirigée sur la fin de ce siècle, par Arnoul, oui devint au commencement du siècle suivant Patriarche de Jérusalem. Quoique Arnoul ne fût pas d'une vie fort édifiante, ce qui lui fit donner le surnom ae Mala Corona, il possedoit néanmoins tous les Arts Libéraux. C'est le témoignage que lui rend un de ses Elevés, Raoul de Caen, Historien de Tancrede : Xulliuselenim, lui dit-il, liberalis scien-
tiœte cognovimus exortem. Il y a quelque apparence, qu'Ar-
noul ' eul pour successeur dans son Ecole de Caen Thibauld spu-. i. 3. y. 130.
d'Estampes, dont il sera parlé ailleurs.
C. Les Letres ne furent point négligées non plus dans le Clergé de Lisieux. Cette Eglise eul en ce siècle pendant plus de soixante ans deux Evoques, qui travaillèrent ù les soutenir. 'Hugues le premier de ces deux Prélats, joignoit à une haute Guii. net. p. m. naissance toutes les belles qualités qui font les grands Evèques. 10c" 11 avoit de l'éloquence , et une de ses passions dominantes étoit d'amasser de bons livres. ' Pendant prés de quaranti ans qu'il M. vb. 1. s. p. gouverna son diocèse, il se fit un mérite d'attirer à sa Cathe- m 5M drale des Ecclésiastiques de vertu et de sçavoir. Il en laissa plusieurs à sa mort, qu'il avoit pris lui-même soin d'élever. On nomme entre autres Guillaume de Glandville Doïen, Richard d'Ansgerville et Guillaume de Poitiers, l'un et l'autre Archidiacre, Goisfroi de Tregville Thrésorier, et Turgise Chantre. Guillaume de Poitiers est le même, comme l'on sçait, que l'Historien du Roi Guillaume le Conquérant. 11 est à croire que l'Ecole du Bec n'étoit pas encore ouverte, lorsqu'il alla perfectioner ses études à Poitiers, dont le surnom lui est demeuré. ' Gilbert Maminot, qui succéda à Hugues sur la fin de p. xw. 1077, étoit fort éloquent, et très instruit des belles Letres. Il avoit donne une application particulière à l'étude de la Médecine, dans laquelle il excelloit pour son temps. Il se trouvoit alors premier Médecin et Chapellain du Roi Guillaume. Quoiqu'il fût peu soigneux de remplir les fonctions épiscopales, 'il mi se plaisoit néanmoins en la compagnie des gens de Letres, et donnoit volontiers à ses Chanoines des leçons d'Arithmétique, d'astronomie, de tout ce qui regarde la Physique, c'est-à-dire la Médecine qu'on nommoit ainsi alors, et des autres Sciences supérieures. Expressions qui nous découvrent une Académie dans le palais de Gilbert. ' L'Astronomie entre toutes les l. o. p 710. autres facultés literaires, avoit pour ce Prélat un attrait particulier. Le plus souvent il passoit les nuits presqu'entieres à considérer le cours des astres, et faire ses observations astronomiques. 'M. l'abbé Fleuri lui transporte l'honeur de l'oraison funèbre ri«. u. e. l 63. du Roi Guillaume*; mais il est dû à Gilbert Evêque d'Evreux. Til , 7 p
CL A l'abbaïe de S. Evroul, au môme diocèse de Lisieux, ««■ on vit une autre Ecole célèbre, dont les fruits ont passé en partie jusqu'à nos jours. ' Dès le X siècle elle étoit dirigée par 1. 6. p. «3. Aicelin l'ancien, qui avoit entre ses Elevés un neveu du
Lij
ETAT DES LEÏRES
même nom, différent de celui qui écrivit dans la suite contre Berenger, et plusieurs autres sujets de mérite et de 1. 3. p. 46*. 470. distinction. ' Vers le milieu du siècle suivant cette Ecole Mâ.' i1 acquit un nouveau lustre, qu'elle conserva longtemps, malgré
! M)pn193l«j*n les lroubles fâcheux dont le monastère fut agité. Le B. Thierri en aïanl été fait Abbé en 1050, y amena avec lui de Jumiekre plusieurs habiles Copistes, qui apprirent aux Moines de S. Evroul l'art de bien écrire. On y en fit un tel usage dans la suite de ce siècle et le suivant, que l'on copia tous les livres de l'Ecriture sainte, presque tous les ouvrages des Ecrivains Ecclésiastiques, et grand nombre de ceux des Auteurs profanes. Il reste encore aujourd'hui plusieurs de ces beaux manuscrits. Souvent les Copistes y mettoient des vers de leur façon, et quelquefois leur nom, afin de l'apprendre à la postérité. C'est ce que l'on voit nommément au manuscrit 136 de la bibliothèque de cette abbaïe, qui contient l'abrégé de Trogue Pompée par Justin. On y lit le nom du Moine Gautier, surnommé de Jumiege, d'où il étoit passé à S. Evroul. Le pieux Abbé Thierri, sans rien relâcher de son application à instruire, s'occupoit aussi lui-même à copier les bons livres, en quoi il exeelloit. Les autres plus célèbres Copistes étoient Berenger, depuis Evêque de Venouse, Goscelin, Raoul, Bernard, Robert surnommé André, Turquetille, et Richard. Il y avoit aussi parmi eux des Grammairiens, pour parler d'après Ordric Vital : C'est-à-dire des Moines qui donnoient une application particulière aux Belles Letres. On nomme entre autres, Gonfroi, Foulques, Guillaume surnommé Grégoire, et Rainald, neveu de Robert de Grantemaisnil.
CH. Les successeurs de Thierri, jusqu'à Roger de Sappo inclusivement, furent tous Abbés de mérite et de sçavoir, qui ord. «t. i. 3. ,i. prirent soin de soutenir les bonnes Etudes. ' Osberne en par- 4M' ticulier, qui avoit été auparavant Chanoine de Lisieux, puis
.Moine du Mont-sainte-Catherine , et ensuite Abbé de Cormeilles, et qui avoit du génie pour tous les beaux Arts, apportoit toute sa vigilance à occuper continuellement les jeunes Elevés à quelque exercice literaire. Il poussoit même la complaisance jusqu'à leur faire des écritoires. De ce monastère sortirent en ce siècle plusieurs Essains de Moines, qui portèrent ailleurs les usages de S. Evroul, et y établirent la culture des i. 3. P. 48.». i Letres, qu'ils avoient étudiées à cette Ecole. ' L'Abbé Robert Km.** k * " de Grantemaisnil, contraint de céder à la vexation, se retira
avec plusieurs de ses frères en Italie, puis en Calabre, où il établit divers monastères. Berenger un des Moines qui l'avoient suivi, fut d'abord Abbé de sainte Euphemie, où il eut Guillaume un de ses confrères pour successeur, puis Evèque de Venouse. ' Peu de temps auparavant Roger de Montgommery Orf. »it. .b. P. Vicomte d'Hiesmes, et depuis Comte d'Arondel et de Scro- *.]°n! «M.b ,b '* besbury en Angleterre, aïant fondé l'abbaïe de S. Martin à Séez, en confia le gouvernement à l'Abbé Tliierri, qui y établit une colonie de ses Moines. ' Une autre colonie fut envoïée or<i. w.. i. 4. P. à S. Pierre sur Dive. Entre ceux-ci éloient les habiles Ecrivains 545 Bernard surnommé Matthieu, Richard, Guillaume de Montreuil et Turquetille. Ils avoient à leur tête Foulques, Prieur de S. Evroul, qui fut leur Abbé à S. Pierre, où Ainard un de ses prédécesseurs, grand homme de Letres, les avoit déjà établies. ' Encore au commencement du XII Siècle, S. Evroul Uah. u.. i. as. n.
monastères, tant de France que d'Angleterre.
C1I1. Le plus célèbre de ces Abbés, et celui dont l'histoire fait le plus à notre dessein, ' fut Goisfroi, ou JofTride. Il i. ti. n. m. m i étoit d'Orléans, d'où après ses premières études il passa à S. i*im.i'bi««.p' Evroul, et y embrassa la vie monastique. Dans la suite il fut transféré en Angleterre par ordre du Roi Henri I, qui le fit Abbé do Croyland en 1 109. Mais avant que de parvenir à cette dignité, Goisfroi ouvrit une Ecole publique, qui eut d'heureuses suites. Quatre de ses confrères, GilDert, Terric, Odon et Guillaume, qu'il avoit menés avec lui, y furent établis pour
Moines François. On a \ û ailleurs, que ce furent les Moines Grimbald et Jean , qui jetterent les premiers fondements de celle d'Oxfort. Outre les grands hommes déjà nommés, plusieurs autres encore illustrèrent au siècle qui nous occupe, l'abbaïe de S. Evroul. 'Raoul de Mala-Corona, cet habile Nab ii,. i. ut. n. Moine dans l'Art de la Médecine et les autres Arts Libéraux, ** dont il a été parlé, y passa quelque temps sous l'Abbé Robert de Grantemaisnil son neveu. ' Serlon, après y avoir rempli î. «. n «. quelques années la dignité d'Abbé, fut élevé à celle d'Evéque de Séez en 1091 . ' Witmond, qui avoit une connoissance par- ord. v,t. i. 3. P.
fournit six ou sept de ses Elev
être Abbés en autant de *• 1 1 " " w-
ticuliere de la Grammaire et de la Musique, lit aussi un des ornements de la Maison, sous l'Abbé Osberne, dont il étoit le conseil. Il ajoûta à l'office de S. Evroul divers choses qui y
i. s. p. s-*, «u. manquoient, elle rendit complet. 'Goisbert de Chartres, qui passoil pour sravoir assés bien la Médecine, se retira au même
i>. 5*7. 548. monastère, et y finit ses jours. 'Ordric Vital, célèbre Historien du XII siècle, y fut amené d'Angleterre à l'âge de dix
P. m». ans vers 1085, et y fit ses principales études. ' Vers le même
temps, Jean, Scolastique de Reims et habile Grammairien, choisit aussi S. Evroul pour le lieu de sa retraite, et continua d'y enseigner.
CIV. Dès le IX siècle nous avons montré à Reims une source féconde de doctrine, qui ne souffrit point d'interruption pendant tout le cours du X siècle. En celui-ci les Etudes y furent encore florissantes, et même dans presque toute l'étendue de la province ecclésiastique, qui étoit alors fort grande; puisqu'elle comprenoit la Métropole de Cambrai avec ses suffragans. Les disciples de Gerberl aïanl hérité de ses connoissances, au moins en partie, les communiquèrent à d'autres. Ceux-ci eurent leurs EleVes à leur tour. Ainsi se per- Mab. .-.et. i. a. p. netua l'Ecole de Reims. ' Le Clergé de cette Eglise continua 77* |an-'-5s "■ longtemps de briller par sa pieté et son scavoir. S. Maurille, mort Archevêque de Rouen en 1067, avoit fait à Reims ses premières éludes, avant que de passer à l'Ecole de Liège. S. Gervin, qui en fut d'abord Chanoine, y étudiait vers le mêa«, ii) |. sis. me temps. 'Il devint ensuite Abbé de S. Riquier, et l'un des plus célèbres Prédicateurs de ce siècle. On voit par le détail de son éducation, que les Etudiants de l'Ecole de Reims lisoient les Poètes profanes, et combien cette étude peut être dangereuse pour la jeunesse. Gervais, auparavant Evêque du Mans, étaut devenu Archevêque de Reims en 1055, travailla avec succès à y soutenir la culture des Lelres, qu'il avoit a», i ta. n. c. i lui même étudiées. 11 y trouva entre autres deux personages i. :i"i>. ««.''ïw. distingués par leur doctrine et leurs mœurs. Odolric, qui fut i'.0?" 55sr. " »î V quelque temps Chancelier de cette Eglise, puis Prévôt depuis iw irt*'"'1' ^O-'»1 jusqu'en 1075, et Odolric, que le même Prélat établit Prieur des Chanoines Réguliers de l'abbaïe de S. Denys. 11 ne faut point confondre ces deux grands hommes, comme en usent la plupart des Ecrivains. 11 y a un fondement légitime pour les distinguer; puisqu'ils remplissoient en même temps différentes dignités, et qu'ils sont morts à différents jours. On
rerrà même par la suite, qu'il y avoit encore dans la même Eglise un autre Odolric, qui y enseignoit. Le premier fit décrira le Necrologe de son Eglise, et enrichit de quelques autres volumes la biliotheque de la Cathédrale. L'abbaïe de 4fax-raonl près de Sainte Menehoul le reconnolt pour son resta ux-ateur.
CV. Ce qu'on avoit vu à Heims sous l'épiscopat d'Adalberoa 9 lorsque le docte Gerbeit donna à cette Ecole le lustre le pln& brillant, ' on le vit encore au bout de moins d'un siècle GmUaNw. vu. soûls, celui de Gervais. S. Bruno, si connu dans la suite par le {>!•., J ™) 'ilr^ d'Instituteur des Chartreux, y étant \enu de Cologne, en ■* fV,- ™ ' "» -«^1 abord Chanoine. Comme c étoit un Ecclésiastique tort j». I iasl.^ — uit de tous les Arts Libéraux, Gervais lui confia bien-tôt «o.' l' v' 'â érection de son Ecole, ou des grandes Etudes, suivant la
dere de parler de ce temps-là. Il éloit encore jeune alors e le témoignent les Chanoines de Reims dans son élo-
8e *^ ^-inebre:
Quom lenerura doeuit mater Remcnsis atnmnum
dignité de Scolastique il réunit aussi celle de Chancelier, -remplit au moins jusqu'en 1076. Brunon enseigna avec d'éclat et de succès, il forma tant d'excellents disciples, * 1 a mérité d'être regardé comme la gloire, et le Maître des
Teurs. Les plus célèbres de ses Elevés furent ' Odon, suc- ord. vu. i. 4. p. ivement Prieur deCluni, Evêque d'Ostie et Pape sous le "'jj^faî;. £; } d'Urbain II ; Robert frère d'Etudes I Duc de Bourgogne, ' ™ »■ » ?v^^s Evêque de Langres, que M. du Cange marque au nomdes Auteurs dont il s'est servi pour faire son Glossaire ; ^-^-tnbert Abbé de Pouthu re ; Mainard de Cormeri, et Pierre le fut des Chanoines Réguliers de S. Jean des Vignes à Y°iasons. A la retraite de Brunon vers 1079, ' l'Ecole de Mab. act. ii». ido *V.eims ne souffrit point de dépérissement. Godefroi, qui lui | Ma4ri pib. p. Accéda dans sa double dignité de Scolastique et de Chance- 136 lier, soutint avec honeur la réputation de cette Ecole. C'était Un homme très-sçavant pour son siècle, en qui l'on avoit un thrésor de Philosophie, et un riche fonds de Literature, tant pour la Poésie que pour l'Eloquence. Sa réputation attira à Heims, comme sous Brunon, un concours prodigieux d'Etudiants. Baudri de Bourgueil étoit si vivement frappé du grand mérite de Godefroi, et de la perte qu'on fit à sa mort, qu'il a composé jusqu'à six ou sept pièces de vers sur ce sujet. Sa RIu-
88 ETAT DETS LETRES
se semble avoir été inépuisable en traitant cette matière. Voici quelques-uns de ces vers, qui feront juger des autres.
Gallia tune eliam studiia florebat opimis,
Florebatque tuo Gallia plus studio.
Ad te carrebant examina discipulorum,
Et rcfovebantur mcllo parentis apes.
Mab. ib. CVI. ' Au même temps, que Godefroi enseignoit avec
tant d'éclat les Belles Letres à l'Ecole de Reims, Herimanne, Chanoine vénérable par son grand âge et son mérite, en qui la vertu alloit de pair avec la science, en faisoit un grand Or-
•na. t. 4. P. 385. nement. 'Il paroit qu'il y donnoit des leçons publiques de
\w. i.66. n.47. Théologie, (iont il faisoit sa principale étude, comme nous l'apprend Gozechin, Ecolatre de Liège son contemporain. C'est le même, suivant les apparences, que le Maître Herman, dont Foulcoie de Meaux, célèbre Poète de ce tempslà, qui avoit été son disciple, a fait l'épitaphe. Si Foulcoie n'a pas usé d'hyperbole, Herman meritoit d'être mis de niveau avec deux des plus illustres Docteurs de ce siècle, Lanfranc du
on. va. i. s. p. Bec et Anselme de Laon. ' L'Histoire nous fait encore connoître deux autres Scolastiques de Reims, sur la fin du même siècle. L'un se nommoit Jean, et se rendit Moine à S. Evroul, M«rt. »m. coii. où Ordric Vital se glorifie de l'avoir eu pour Maître. ' On ne
i. 4. p. <m. connoît l'autre que par un trait, qui nous apprend que sa réputation avoit pénétré jusqu'à Rome. Il se nommoit Odolric; et le temps auquel il enseignoit, montre qu'il est différent des deux autres grands hommes de même nom, dont il a été parlé. Entre les autres qui illustrèrent alors l'Eglise de Reims, ou qui y reçurent leur éducation, l'on compte Renauld du Bellay, Manassé II et Raoul le Verd, qui en furent successive- Hari. ib. i. a. ment Archevêques. ' Alberic qui le devint de Bourges, et
p.*». Barthelemi élu Evôque de Laon en 1113, le même à qui sont
dédiées les Moralités de Guibert de Nogent sur la Genèse, et Du ciwt.ib.-p. la relation des miracles de nôtre Dame de Laon. Baudri a fait l'épitaphe d'un nommé Gui, qui étoit allé de Tours à
s*» Bai. ib. p. Reims perfectioner ses Etudes. Sur quoi ' M. du Boullay a
S9t imaginé que Gui étant suspect des erreurs de Berenger, ses
concitoïens l'avoient expulsé, et qu'il s'étoit réfugié à Reims, où il avoit enseigné, et avoit eu pour disciple le Pape Urbain II. Mais l'épitaphe, qui est d'un Poète contemporain, ne contient aucune de ces circonstances.
cvn.
CVII. 'Encore tout à la lin du siècle, la réputation de n*i>. an. i. to. l'Ecole de Reims y atliroit des Etudiants de divers pais «'loi- n M gnés. On y vil entre autres Guillaume et Simon, nobles Lie-
fieois, qui se rendirent Moines à i'abbaïe de S. Nicaise, où es bonnes Etudes alloicnl de pair avec l'exacte discipline. Ils y eurent pour compagnons de leur retraite Geofroi, d'abord Abbé de S. Thierri, à qui succéda Guillaume, un des historiens de S. Bernard, et Drogon qui fut depuis Abbé de S. Jean de Laon et Cardinal. Geofroi devint ensuite Evèque de Chàlons sur Marne, et Simon frère de Guillaume, Abbé de S. Nicolas aux Bois. Du temps qu'ils étudioient à l'Ecole de la Cathédrale, l'Archevêque Manassé II prit un soin particulier cm thr vci. t. d'en enrichir la bibliothèque. Elle devoit être une des plus ri- i, Kâ a ches de toute la France. On peut se souvenir que Gerbert y laissa le grand nombre de volumes qu'il avoit amassés de toutes parts, et auxquels d'autres en ajoutèrent encore de nouveaux dans la suite. Il y a diverses preuvesqu'on fit aussi quelque honeur aux Letres à I'abbaïe de S. Hemi. Duncan, cet Evêque Hibernois dont on a parlé au volume précèdent, pouvoit y enseigner encore au commencement de ce siècle. He- m<u*. >t>. i. ». n rimar, qui en fut Abbé depuis 1048 jusqu'en 1071, procura &}L M" " 88 un grand lustre à son monastère. Sous lui se formèrent aux Letres et à la pieté Henri et Robert, deux de ses successeurs, dont le dernier a fait une histoire de la Croisade. Remi, premier Abbé de S. Nicaise, et Gervin II de S. Riquier, furent aussi des Elevés d'Heriniar. ' De son temps le Moine Ansel- Hui. u». p. 1.17 me, homme de mérite et de scavoir, qui a écrit l'Itinéraire du Pape S. Léon IX , faisoit un des ornements de S. Remi. ' Guillaume, qui en fut Abbé après Ilerimar, et qui a laissé Mab. &. 1.63. n. quelques productions de sa plume, lui donna aussi quelque re- 89 lief. On y cullivoit la Poésie, comme il paroit par les épilaphes qu'on a érigées aux Abbés, et aux persones de distinction gui y furent alors inhumées. ' Sur la lin du siècle Lambert le p Jeune, un des Elevés de Thierri, ce célèbre Docteur de la Belgique, exercoil l'emploi d'Ecolatre à S. Remi. et y enseignoit encore en 1001 .
CVIII. Il n'y eut point dans toute la Belgique sur la fin de ce siècle, d'Ecole plus célèbre, sur-tout pour la Théologie que celle de Laon. 'Elle éloil dirigée par un Anselme, Cha- coib. d« \..v. P noine puis Doïen de celte Eglise, et par Raoul son frère, que Vap"' P.' 5* ' des Ecrivains confondent par erreur avec Raoul le Verd, pV015,rpa74, no' To>m VIL M
compagnon de S. Bruno. Anselme avoil acquis une intelli-
Sence singulière de l'Ecriture sainte, divinœ Legis peritissimus. I n'en eut pas fait quelque temps des leçons publiques, que sa réputation s'étant répandue par toute la France, et dans les pais étrangers, lui attira une foule prodigieuse de disciples. Autant il étoit versé dans les matières theologiques, autant il étoit instruit des Arts Libéraux. Ses mœurs répondoient à sa doctrine : ce qui faisoitun Professeur accompli. L'on dccouvroit en Raoul le même fonds d'esprit et de doctrine, avec une B|) i. c. égalité de conduite. 'Pierre Abélard cependant, qui fut disciple d'Anselme, n'avoit pas de lui une idée aussi avantageuse. Il prétend que son sçavoir étoit moins foncier que superficiel. Qu'il étoit redevable de sa réputation plutôt au nombre des années qu'il avoit enseigné qu aux heureux caractères de son génie. Que bien loin de lever les scrupules et les difficultés, il ne faisoit que les augmenter et les multiplier. Que le feu au'il allumoit, au lieu de luire, se convertissoit en une épaisse fumée. Mais on sçait de quelle sorte on doit entendre ce discours, qui n'a d'autres motifs que la pique et la jalousie. ' D'autres Auteurs contemporains d Anselme, ont rendu plus de justice à son mérite, et n'ont pas fait difficulté de le regarder comme un (lambeau brillant, qui éclairoit non-seulement la ville de Laon et la France entière, mais encore toute l'Eglir.nb de Nov. se latine : totius urbis lucerna.... ' ' Virtotiw Franciœ,imo lavu. 1.3. c. 4. tm- Qr^-s iumen ç;e u'ggj sans fondement «ju'il a mérité ce
glorieux titre ; puisque sa doctrine se répandit dans presque tout l'Occident, par le canal des disciples qui lui vinrent de France, d'Angleterre, d'Italie et d'Allemagne. Aiiaéi. ib. CIX. 'Entre les plus illustres François, qui prirent des
leçons d'Anselme avant la fin de ce siècle, outre Abélard déjà nommé, l'on compte Guillaume de Cliampeaux , qui fut luimême un célèbre Professeur, et se vit ensuite élevé à la digni- ;Uib..it.Nov.ib. i té d'Evêque de Châlons sur Marne : ' Angclramne de Couci.
Hab. acl. t. 9. p. • mi. 7.1 j-.- ii • . •. a...
Ito. ib.
m*.' n. i*.' Mxb'. aussi illustre par son érudition que par sa noblesse, virsicut no-
ua 'de It'i w.' L bilùote , sic et Literis. . . . Clarus, qui devint Evêque de Laon ;
Raoul le Verd, alors Thrésorier de l'Eglise de Reims, dont il fut ensuite Archevêque ; Matthieu, depuis Prieur de S. Martin des Champs à Pans, et enfin Cardinal Evêque d'Albane; Alberic de Reims, où il enseigna au commencement du siècle suivant, et d'où il fut transféré à l'Archevêché de Bourges; Guillaume de Corbeil, depuis Archevêque de Cantorberi;
' Hugues d'Amiens , qui passa en Angleterre , où il fut Abbé , Mut. mm. i. s. et qui devint ensuite Archevêque de Rouen; ' Algar, ou pc*iïi'. d* noy. Agard, Evêque de Coûtenee dans la suite; Bernard dTlre- JW^p ^"'Jdit, l'un des plus fameux Maîtres de son temps; Hugues Me- *■ v i u. ib.' tel, Abbé des Chanoines Réguliers de Toul , dont il y a quel- p ,M' ques écrits. Si Gilbert de la Poirée, depuis Evêque de Poitiers, n'étudia pas sous Anselme dès la fin de ce siècle , il le fit au moins les premières années du siècle suivant. On voit par ce dénombrement de grands hommes , ' que ce n'est pas sans Sw«»b. «p. sa», raison, que Jean de Sarisberi qualifie Anselme le Docteur des Docteurs. Entre les Anglois qui vinrent à Laon se rendre ses disciples, ' on ne connolt que Robert Archidiacre d'Excestre, g«h>. d* Nov. ib. Alexandre et Nigel, proches parents de l'Evêque de Sarisberi de ce temns-là. Ce n'est pas à dire au reste, que d'autre» n'en usassent de même. Il y eut d'ailleurs quelques François, qui aïant étudié sous Anselme , portèrent' sa doctrine en Angleterre. Tel fut entre autres Guillaume d»- Corbeil.
CX. ' Elle passa aussi en Italie , au moïen des connoissances Mnrt^,rn " « v qu'Anselme communiqua à Odolric et à Anselme de Pnstella, p qui furent l'un après 1 autre Archevêques de Milan, et à quelques autres. I,a réputation de ce célèbre Professeur faisant du bruit en Italie, on persuada à Odolric, ou Olric, qui étoit Vidame de Milan, et à Anselme son ami, d'aller fréquenter son Ecole. Ces deux nobles Milanois se rendirent à cet avis , et amenèrent avec eux à Laon le Prêtre Landulfe, surnommé le Jeune, qui écrivit depuis l'histoire de Milan, dans laquelle il nous apprend ces traits historiques. Le même motif y atti- Uo. ib ,>. m. ra de Novare un nommé Lotulfe, qui devint dans la suite Seolastique de Reims. Il y a bien de l'apparence , que c'est à cette même Ecole qu'Anselme de Laon avoit été instruit dans les Letres. De sorte que la doctrine qu'il y avoit puisée, y fut ensuite renouvellée par trois de ses Elevés, Raoul le Verd , Alberic et Lolulfe, peut-être aussi par d'autres. ' Deux autres Boii.it. Mai v. célèbres disciples, qui vinrent à Anselme et à Raoul son frère, 4,"**r des extrémités de l'Allemagne , la répandirent à leur tour en Saxe et divers autres païs du voisinage. Vicelin, l'un des deux, après avoir étudié à Minden lieu de sa naissance, puis à Paderborn, sous Hartman Professeur de réputation, et avoir dirigé l'Ecole de Brème, vint passer trois ans entiers à celle de Laon. Au sortir de-là il se mit à prêcher chés les Sclaves, et devint un des plus grands hommes Apostoliques, qui aient illustré la
M ij
Holsace, le pais de Wageren et les autres provinces circonvoisines, par leur sainteté et leur doctrine. Il mourut Evêque d'OUlembourg, dont le siège épiscopal fut ensuite transféré à Lubec. Thietmar, ou Dilmar , un des Elevés le plus connus de Vicelin , fut trois ans son condisciple à l'Ecole d'Anselme, et devint depuis Chanoine et Doïen de l'Eglise de Brème.
CXI. Une autre Ecole aussi sçavante que célèbre sur la fin si|wij. r»ir. «n. de ce siècle , fut celle de S. Quentin près de Beauvais, ' Gui !|ttMib ÎTf. Evoque diocésain , aïant fondé cette Eglise pour des Chanoi- 35. i ito. rit. nes Réguliers, Ivcs depuis Evêque de Chartres, y embrassa la vie Cléricale, au sortir des Ecoles du Bec , et en devint Prévôt, ou Abbé en 4078. Presqu'aussi-lôl il y ouvrit une Ecole Bull. 47. jj.u. p. de Théologie, où il forma plusieurs disciples de mérite. 'Un des plus distingués fut Jean , depuis Archidiacre d'Arras et Evéque de Terouane , qui avoit déjà étudié à Utrechl sous PE- Hug. n. thr p. véque Lambert, et que l'Eglise honore comme saint. 'Un autre Jean, Romain de naissance, prit aussi des leçons de l'Abbé Ives. 11 embrassa depuis la vie monastique au Bec, et se vit ensuite élevé aux dignités d'Evêque de Tusculum et de Légat ivo.ep. im. du Pape Pascal II. Galon, successivement E véque de Beauvais et de Paris, et l'un des plus zélés Prélats de France en son temps pour la discipline de l'Eglise , est aussi compté au nombre des Elevés de l'Ecole de S. Quentin. Pendant qu'Ivos la dirigeoit, il travailla à son fameux recueil de Canons, connu cuîb. fc Nov. sous le titre de Décret. ' Guibert de Nogent, un des plusju- I Nab?w! u'it dicieux Ecrivains de ces temps-là , se fil Moine avec son Prén. se 98. cepteur à Rais, ou S. Germer vers 1064. La manière dont il parle de ses éludes, et le progrès qu'il y fit , ne permettent pas de douter qu'il n'y eût alors une Ecole en ce monastère. S. Anselme Abbé du Bec le visitoit souvent pour y voir son ami Guibert : visites qui servirent à y faire goûter les bons livres. A S. Riquier en Ponlhieu au diocèse d'Amiens, il y eut une autre école de quelque mérite, qui paroit s'être assés bien soû- Ceni. thr. p. nav tenue pendant tout le cours de ce siècle. ' L'Abbé Ingclard , qui avoit rétabli ce monastère avant la fin du siècle précèdent, y éleva plusieurs sujets qui furent jugés dignes de gouverner p. 543. d'autres abbaïes. ' Attentif à leur avancement dans les scien-
ces, il les envoïoil quelquefois fréquenter les autres Ecoles qui avoient le plus de réputation. Angelramne, ou Ingelrarane, qui fut de ce nombre , en aïant parcouru quelques-unes.
s'arrêta à celle de Chartres, où il se perfectiona dans la Grammaire, la Musique et la Dialectique. L'Evêque Fulbert , sous qui il étudia, le regardoit comme un de ses principaux disciples.
CXII. ' De retour à S. Riquier, Angelramne y enseigna p m.i -«7. ce qu'il avoit appris ailleurs. Il semble même, qu'il ne discontinua point de le faire, après qu'il en fut devenu Abbé. Le soin qu'on prit alors de l'éducation de la jeunesse dans ce monastère, porta plusieurs Seigneurs à y envoïer leurs enfants. Entre ceux-ci Von connoit nommément Gui, depuis Evêque d'Amiens, qui a mérité une place entre les Poètes de son temps, et Drogon Evêque de Terouane dans la suite. Angelramne, qui fut lui-même un des Poètes le plus laborieux, donna une partie de son attention à enrichir la bibliothèque de sa maison. 11 en fit renouveller les anciens livres, et transcrire ceux qui y manquoient. Travail qui fut heureusement continué par Ger- g*. i.j>. p. vin, premier du nom, qui succéda à Angelramne en 1045. m.Ytt Ce pieux et sçavant Abbé, qui est honoré comme Saint, avoit un goût particulier pour les écrits des Pères Grecs. Il en acquit plusieurs, qu'il prit soin de faire copier : nommément les Letres de S. Ignace , l'histoire ecclésiastique d'Eusebe , divers traités de S. Grégoire de Nazianze et de S. Jean Chrysostome. Gervin, comme on l'a vû, étoit un Elevé de l'Ecole de Reims. ' S'élant ensuite rendu Moine à S. Vannes sous le B. c«m. ci.r. P. a». Richard, il y avoit dirigé les petites Ecoles. Il emmena avec lui à S. Riquier Guarin et Regneguard, deux Moines de S. Vanne, distingués par leur pieté et leur sçavoir. 'Il eut pour |i«b- «• '-«j*- » successeur en 1075 un autre Gervin , son neveu par les fem- 89° mes, homme éloquent, qui fut ensuite Evêque d'Amiens, mais par des voies illégitimes. Sous cet Abbé, Anscher qui lui succéda dans cette dignité en 1098, et Hariulfe, Auteur de la Chronique de S. Riquier et de quelques autres ouvrages, embrassèrent la vie monastique dans la mémeabbaïe. Anscher étoit aussi homme de Letres, et a laissé des productions de sa plume. Si S. Bernard, fondateur et premier Abbé de Tiron, l'un des grands Prédicateurs de son temps , ne fut pas instruit dans les Letres à S. Riquier, sous l'Abbé Gervin II, il faudra dire qu'il y avoit alors une Ecole à Abbeville, lieu de sa naissance. Celle de Corbie au même diocèse parott s'être assés bien soutenue en ce siècle. Au moins donna-t-elle quatre Auteurs, dont on parlera dans la suite.
CXITÏ. Les Etudes se maintinrent sur un pied avantageux dans l'Eglise de Cambrai, pendant tout le cours de ce siècle, c.m.eiir. i. 3. p. ' Gérard, premier du nom, qui avoit été élevé sous le docte ^t!a i,p! Gerbert, auprès duqu
dSr* nof. t! 3*"'. Herbert, auprès duquel il avoit fait de grands progrès dans les i9 f°cT7-678ic ' sciences , fut soigneux de soutenir l'Ecole de sa Cathédrale, pendant son épiscopat, qui dura plus de trente-cinq ans, depuis 1013 jusqu'en 1049. On y enseignoit tous les Arts Libéraux. A la Dialectique on ajoûloit des leçons de Physique et de morale. Mais le monument d'où nous tirons ces faits spic. ib. p. «m- ne dit pas un mot de la Métaphysique. ' Le plus illustre Elevé de cetle Ecole fut S. Lietbert, qui en devint le Modérateur, après s'y être instruit à fond de toutes les sciences qu'on y encan, d». ib. p. seignoit. ' 11 étoit neveu de l'Evêque Gérard, et gouverna immédiatement après lui l'Eglise de Cambrai jusqu'en 1076. Gérard, second du nom, qui lui succéda, avoit aussi un grand fonds de Literalure, et reviendra encore sur les rangs dans la suite de ce volume. L'amour des Letres que l'on cultivoit à p «6. la Cathédrale, se communiqua aux mo*iasleresdu diocèse. ' On
sçait au moins que l'abbaïe de llaulmont eut successivement deux Abbés de sçavoir , Everhelme et Ursion, qui ont laissé à p. 119. la postérité quelques écrits de leur façon. De môme', l'abbaïe
du S. Sépulcre donna aussi deux Ecrivains, en la persone de Vautier son premier Abbé, et celle du Moine Raoul. Quoique l'Eglise d'Arras n'eût point depuis le VI Siècle iusques vers la fin du XI , d'autres Evéques que ceux de Cambrai, elle ne lin. ut. a* uFr. laissa pas d'avoir une Ecole particulière. ' Nous en avons rapi. c. p. *«. porté quelques traits avantageux sur le siècle précèdent. Il est Bai. jnite. i. s. à présumer qu'elle subsista dans le même état en celui-ci .' Elle p éloit dirigée par un nommé Achard, lorsqu'on travailloit à sé-
parer l'Eglise d'Arras de celle de Cambrai.
CX1V. Les Letres ne furent pas absolument négligées à Terouane, ou Morienne, oui compose aujourd'hui les diocèses d'Ipre, de Boulogne et de S. Orner. Il est vrai que l'histoi- Man. wMc. t. 3. re nous apprend peu de choses à ce sujet. ' Mais on sçait que p' 598 Jean, qui en fut élu Evêque en 1099, s'appliqua à faire instrui-
re de leur religion les peuples qui lui étoient confiés. II ne fut guéres moins soigneux de faire copier les bons livres dans toup. 575. te l'étendue de son diocèse. ' A l'Abbaïe de S. Bertin, qui en
faisoit partie, les Etudes furent cultivées avec quelque succès. Bovon connu par certains écrits, y avoit été instruit dans les Letres, et y enseigna, avant que d'en être Abbé en 1043.
7ean l'un de ses successeurs en 1081 , y avoit aussi reçu son i Ât/ucâ(ion , et puisé du goût pour les livres, dont il prit soin de fournir la bibliothèque de son monastère, ' Lambert , qui lui P. sm. sucer «2da en 1095 , après y avoir fait ses premières études , alla les «rfeclioner dans les plus célèbres Ecoles de France, où il il un grand fonds de Literature. De retour à S. Berlin, '- chargea de la direction de l'Ecole , où il se trouvoit des iants de différentes classes. Aux uns il enseignoit la Gramb, à d'autres la Dialectique , à ceux-ci la Théologie, et à ensemble la Musique. A ce vaste sçavoir Lambert joignoit intelligence singulière pour toutes sortes d'affaires. C'étoit «nie universel , qui réussissoit en tout ce qu'il vouloit entre^* »-cndre. Outre tous ces Abbés , gents de mérite et de sça- J,'ù, ~mr~ il sorlit encore de S. Bertin en ce siècle quelques autres 'l0rr^. mes de Letres. ' Germain, qui enrichit de quelques Se- Mat>. an. i. s*, n. quci ^r^ices et Répons l'office ecclésiastique , y avoit reçu son H0' Y^-^j^i^ation, et embrassé la vie monastique, avant que d'être AUi^te. ^ j,, g^rg S. Vinoc. ' Folcard , Auteur de divers écrits, i.7i.n.<w. ^^-^Dit Moine, lorsque le Roi Guillaume l'appella en Angleler pour lui confier le gouvernement de l'abbaïc de Thor-
^T^T" - Goscelin, qui à la lin de ce siècle, et les premières an- ^ du suivant illustra aussi l'Angleterre, où il fit revivre en i^^^lque sorte le vénérable Rede, étoit un autre Moine de S. ^x-tin.
, ^2XV. Ce qu'on avoit vû à Chartres sous Fulbert en fait de trine, au Bec sous Lanfranc et Anselme, à S. Quentin de ^^^uvais sous l'Abbé Ives, ' on le vil dans la suite à Tournai sPir. i. a. P. s^»YisOdon, alors plus connu sous le nom d'Oudart, qui fut 4"ah ''' '' ^^puis Evêquc de Cambrai. Il étoit né à Orléans ; et dès son ^Hfance il s'appliqua à l'Elude avec un succès merveilleux, ^uoiqu'encore jeune, il passoit pour un des premiers Docteurs <ie son temps. Il enseigna d'abord à Toul , d'où les Chanoines <ic la Cathédrale de Tournai l'y appelleront, et le mirent à la tête de leur Ecole. Pendant près ae cinq ans qu'il la dirigea, il s'y fit une si grande réputation, que les Clercs venoient en foule prendre de ses leçons , non-seulement de Flandres, de ÎN'ormandie et des provinces voisines, mais encore des pais éloignés, de Bourgogne , d'Italie et de Saxe. La ville de Tournai étoit pleine d'Eludianls. On les voïoit disputer dans les rues ; et si l'on auprochoil de l'Ecole, on les trouvoit tantôt se promener avec Oaon, tantôt assis autour de lui. ' Odon pos- ^'&,/V :w"
sedoit tous les Arts Libéraux ; mais il excelloit principalement dans la Dialectique. Il y suivoif la doctrine de Boècc et des Anciens, et soûtenoit en conséquence, que l'objet de cet Art sont les choses, et non pas les paroles. De sorte qu'il fut un des plus puissants adversaires de ces autres Philosophes, qui commencèrent alors à paroitre, et auxquels on donna le titre de Nominaux. Outre les leçons de Dialectique qu'il faisoit de vive voix, il composa trois traites sur le même sujet, dont on rendra compte ailleurs. C'est particulièrement pour apprendre celle science, que les Clercs alloient en troupes à l'Ecole d'Os ic ib 3oo don. '11 ne laissoit pas toutefois de leur enseigner l'Astronomie.
Il leur en donnoit ordinairement des leçons le soir devant la porte de l'Eglise ; leur montrant le ciel", et leur apprenant à connoltre les constellations.
. CX VI. 'L'Ecole de ce célèbre Professeur n'étoit pas moins
estimée pour la vertu que pour la science. 11 faisoit observer à ses disciples une discipline aussi exacte, que dans le monastère le plus régulier. Il ne leur souffroit ni fréquentation avec les m femmes, ni parure en leurs habits , ou leurs cheveux : ' autre-
ment il les eût chassés de son Ecole , ou l'eût abandonnée luip. m même. 'Lorsqu'il les conduisoit à l'Eglise, il marchoit le der-
nier pour les mieux observer. Aucun n'eût osé parler à son compagnon, quelque bas qu'il l'eût fait, ou rire, ou regarder soit à droit, soit à gauche ; et quand ils étoient dans le chœur, on les eût pris à leur modestie et recueillement pour des Moip. 365 . 369. 570. nés réformés. ' Après que le monastère de S. Martin près de !b°i.«?.'n' iw6, 'a ville de Tournai, auparavant détruit par les Normans, eut été rétabli, et qu'Odon en eut été fait Aobé, ce qui arriva en 1092, il continua de s'y appliquer à l'Elude. Il y introduisit les usages de Cluni ; et bien-tôt la réputation du sçavoir d'Odon, et la bonne odeur des vertus de sa communauté y attirèrent plusieurs excellents sujets. Douze des plus jeunes étoient préposés pour transcrire les livres On copioit ceux des Ecrivains modernes , comme ceux des anciens Auteurs. On fit cet honeur nommément à quelques écrits de S. Anselme, qui vivoit encore. On réussit par-là à rendre la bibliothèque de S. Martin une des plus riches de toute la Belgique. Les copies , qui sortoient des mains de ces habiles Ecrivains, étoient aussi estimables pour l'exactitude que pour la beauté du caractère. Ceux oui étoient curieux d'avoir des livres corrects, empruntaient les exemplaires de S. Martin pour leur servir de modèle.
Un 'étoit pas jusqu'aux tables à l'usage des Copistes de ce moftaslere qui ne fussent artistement travaillées. La manière dont oo on parle, porte effectivement à juger, qu'elles étoient d'une commodité singulière. ' Alulfe, Auteur de quelque consi- Mab. a. n. 10. deration, fut un de ceux qui se retirèrent sous la discipline du pieuse etsçavant Odon.
GXA'II. L'Eglise d'Ulrecht, où l'on a va les Lelres en flone «j r aux siècles précédents, continua d'avoir en celui-ci une Ecole de quelque mérite. Sous l'Evêque Adelbolde, prélat d^t-adition, 'cette Ecole étoit gouvernée par Adelberon, qui Tnt. chr. va. t. avait 1 «i-même beaucoup de sçavoir , et qui laissa un écrit de *' p m' * ^aÇon en forme de chronique , touchant l'origine de la ville ^t*"'^cht, et l'histoire de ses Evèques. Ouvrage qui parott «re p>^rdu. ' Sur la lin du même siècle elle avoit pour Mode- si*, scri. «. n*. rale.u mt* Bernard, qui a porté le surnom d'Utrecht, soit pour y «Si. 1 1 *J. sî*. «yoiK- «nseigné, ou y avoir pris naissance, et qu'on a vu étu- J^ous Anselme de Laon. Bernard expliquoit allegoriquemen^ l'Ecriture, et moralisoit les Fables de Theodule, Auteur gur lesq^iiea \\ flt un commentaire, qu'il dédia à Con- ^"^jn Evêque, homme de Lelres lui-même. Pour ne rien ■ 0„eV*':*c do ce ^ue l'histoire nous apprend de remarquable, ^ *^ ^uit la culture des Letres dans les Païs-bas et l'anciene *Je de la province ecclésiastique de Reims, aux temps que de parcourons ici, nous ajoûterons à tout ce qu'on en vient
*• *~~e les deux traits suivants. 'On faisoitde bonnes Etudes *•»'•• an. i. m. i.
liL'hem, abbaie fondée en 1083, alors du diocèse de
rai, maintenant de celui de Malincs. Il n'en faudrait t. d'autres preuves que de sçavoir ' qu'on y suivoit les usa- Sp«- «t. p. ? <ie Gluni. Fulgence, qui en fut le premier Abbé, étoit un
^^^ïîie respectable par toute sorte d'endroits. ' De son temps Mab. u». i. C7. n. r^ tirèrent à Afflighem plusieurs persones illustres : entre au- Ma nommé Hugues, distingué par sa naissance, son sçavoir e^ vertu. ' Mais le plus célèbre fut Francon, successeur im- thl a>. p. su. ^^diat de Fulgence, sous qui il éludia avec succès les Letres *91" 1 tcr c ** ;*}vines et humaines. C'étoit un génie heureux, et l'un des bons *• ueologiens de son temps, comme en font foi les écrits théoriques de sa laçon. Il avoit de plus de l'éloquence et du talent pour la Poésie au-dessus du commun. On a vu sur le siècle précèdent, comment les Letres étoient cultivées à M<uitier-en-Der sous l'Abbé Adson. ' Il y avoit en ce siecle-ci un h>m car. p tsn. ' :ie nommé Thibauld, qui nous est représenté comme un l'orne VII. N
sçavanl, et môme un Auteur du premier ordre. C'est l'idée que nous en donne Hildebert du Mans dans son épitaphe, sans nous apprendre néanmoins quels sont 1rs ouvrages qui sortirent de sa plume,
CXVIII. Il ne nous reste plus qu'à montrer quel fut l'état des Letresdans l'anciene Métropole de Sens, qui comprenoil alors celle de Paris d'aujourd'hui. Nous avons déjà parlé avecquelque détail de l'Ecole de Chartres, l'ordre des temps nous BÏant invités à le faire. Il se présente peu de choses mémorables à dire, sur celle de la Calhedrale de Sens. Seulement il Coll. ci.r. ni. t. est à présumer, ' que cette Eglise aiant eu pendant tout le cours i.P. Gïc-c*). cc siecje jes Archevêques de mérite, l'un desquels avoil
étudié sous (Jerbert, ces Prélats n'y laissèrent pas régner l'ignc- Mai. eai. Ep. rancc. ' Varnier, dont il y a, dit-on, quelques écrits, dirigeoil »o. p. 3. s**. pKcoje ^ celte Yii|e en 10(j3 0n jgnore |e temps auquel il
Spit. i, 2. p. 7». commença, et les années qu'il passa dans cet emploi. ' Hugues, Chanoine de la Cathédrale, l'exerça dans la suite, et s'en acquitta avec beaucoup de soin et de travail. Il est dit de lui , qu'il avoit instruit tous les Chanoines ses confrères, qui à sa mort en i 097 composoient le chapitre métropolitain de Sens. Expressions qui supposent qu'il en fut longtemps Scolastique. On est mieux instruit de ce qui regarde l'Ecole de S. Pierre le Mah. act. t. s. p. Vif, monastère considérable près de la Ville. ' L'Abbé Raiiu .!n.'ï.*5i'. !!; iiard, homme scavanl en l'une et l'autre Eilrrature, l'aïant resî'p.'cr"'1! spic' ^au ,oul a neuf sur la fin du siècle précèdent, fut soigneux d'y ûi. p. iio. l 'irfon! établir une exacte discipline et de bonnes Etudes. Ingon son Mr.* îfc. p. îsû! successeur en 101 1», qui avoit été disciple de Gerbcrt à l'Ecole ,r'7, de Reims, se fit un devoir de soutenir un établissement aussi
avantageux. De sorte que cette abhaïe devint célèbre par l'odeur des vertus qu'on y pratiquoit, et la réputation de sa doctrine. Les Seigneurs de Château-Thierri la choisirent par préférence, pour y faire instruire dans les Letres Thierri leur (ils, qui fut Evèquc d'Orléans vers 1018. Odoranne, son condisciple, Moine du lieu, en fit un autre grand ornement. Outre divers écrits de sa façon qu'il a laissés à la postérité , il avoil sot an' *£• lb- p- beaucoup d'industrie et île dextérité pour les beaux Arts. ' Cc fut lui que le Roi Robert et la Reine Constance sa femme chargèrent de faire la riche Châsse que celle Princesse donna pour 8pie. ib. p. 773- mellre les Reliques de S. Savinien. ' Arnauld Abbé du même monastère à la fin du siècle et au commencement du suivant , l'enrichit de plusieurs livres, tant de l'Ecriture que des Pères, qu'il eut soin de faire copier.
CXIX. ' S. Remi, autre abbaïe près de Sens, étoit gou- Bon. » nui p. vernèe après les premières années de ce siècle, par l'Abbé Rai- bit..' pàr .*<*'. p.'as. nulfe9 qu'on nous donne pour un homme d'un mérite extraor- 108diuaJ.re, vtr egregiusy fort instruit de tous les Arts Libéraux, mais qui excelloit particulièrement dans l'Eloquence. 11 s'y trou voit aussi alors quelques autres Moines d'un sça voir éminem t . Le portrait au reste qu'on fait ici de Rainulfe ne permet presque pas de douter que ce ne soit le môme 'que ce Ro- du^m. t. 4. p. mul fie Abbé à Sens, l'un des trois Orateurs, ou Avocats d'Ar- ,07noiil Archevêque de Reims au fameux Concile de S. Basle, qui x-^leve beaucoup leur éloquence et leur scavoir. Il aura été aisé «fc.ux copistes d écrire Romulfe pour Rainulfe. Dans cette su. ^position, qui n'est point hazardée, ' Gerbert dans trois Cirrb. rp par
r , -j- — | - — 7 ~ 7 — wnu, ijj. yui i.
fc s^ss letres au même Abbé sur des sujets de Literature, nous t- îiti 'i>ar-
hur. !. j „ . J... • «P. W. W.
iit de nouvelles preuves du soin qu'on prenoit à S. Remi 7 S^ns de soutenir les bonnes Etudes. C'est un des endroits 011 ^rbert faisoit copier les ouvrages des Anciens, pour gros- ^ bibliothèque. Le diocèse de Sens donna à la république
I 8 I" — .êtres sur la fin de ce siècle un autre grand personage, en
II P^s rsonede Thibauld d'Estampes. ' La prétention de quel- ,:avo. p. g». 4. j«e-«. Ecrivains, qui ont tenté d'en faire un Anglois, est dénuée
^e*-c=fc *it solide fondement. Le surnom qu'il porte établit suflisa r^— ament le lieu de sa naissance. Ce fut dès ce siecle-ci, comm """onscait, que la plûpart des hommes de Letres prirent le de leurs pais, afin de se distinguer les uns des autres, encore avec moins d'apparence, qu'on a voulu ne le faire 'v^~5vrc qu'au XIII siècle. Pour appuïer celte finisse idée, °,n est émancipé de donner un nom arbitraire à un Evêque
y *^-.incoln, auquel il écrit sans le nommer. Et ce qui rend let**^" -cur plus palpable, ' on a méprisé l'inscription d'une de ses Spic. t. 3. p< u2. au fameux Roscelin, Clerc de Compicgne son contem- On ignore à quelle Ecole étudia Thibauld. Mais il apprend lui-même qu'il enseigna en Normandie et en i1"1 ï^leterre. ' Il prend en effet dans deux de ses letres le litre p 139.Uo. ^ ÏJocteur à Caen,' et dans deux autres la qualité de Maitre . ,31. Ui. a v-»xfort.
. C^XX. Depuis le règne de Charles le Chauve jusqu'au X Slçele inclusivement, la ville d'Auxerre s'éloit signalée par son aPplication à cultiver les Letres, et par les seavants qu'elle ^■Voit formés pour les enseigner. Mais l'histoire nous fournit P^U de choses sur ce sujet pour le siècle qui nous occupe.
N ij
Em- Bii. 1. 1. P. '' Dès la fin du précèdent toutefois, l'Eglise cathédrale avoit Gl*- un liabile Scolastique en la persone de Jean, qui en devint
Evêque vers l'an 1012 ou 1013. On voit ici, que nous rejettons l'opinion erronée de M. du Boulay, qui le suppose mort t%'. i*i'4Ï8.T* *' dès 998.' Jean s'appliqua aux Letrcs des sa première jeunesse.
Y aïant déjà fait du progrès, il alla se perfectioner à l'Ecole de Reims sous Gcrbert, et y brilla entre les autres Etudiants. Dochcs. ib. R fa ensuite la profession d'Orateur, ou Avocat, ' et l'exerça nommément au Concile de S. Basle, en faveur de l'Archevê- Lab. ïb. que de Reims. ' De retour à son Eglise, il fut chargé de l'instruction des enfants qu'on y élevoit. Dien-tôt après on lui confia la direction des Ecoles supérieures. 11 s'acquitta de cet emploi avec tant de suffisance, qu'il parvint à la dignité d'Archidiacre, et enfin à celle d'Evêque, qu'il ne remplit pas deux p. **7. i Mab. an. ans entiers. ' L'abbaïe de S. Germain dans la même ville, ■ B0, n' aïant reçu la reforme de Cluni par le ministère de S. Maïeul, reprit du goût pour les bonnes Etudes, si elle les avoit interne, ib. i. m. d. rompues. ' Elle eut successivement deux Abbés de mérite, Heldrid et Achard. Heldric exeelloit pour le temps à peindre en miniature. Il se trouve de ses ouvrages accompagnés de quelques vers de sa façon, dans un manuscrit de S. Germain des Prés, qui contient le commentaire d'Haimon d'Halberslat sur Ezechiel. Achard, qui succéda à Heldric en 1010, M» ^ "ifMiib* ^t0*1 un nomme très-sçavant, virum eruditissimum. ' Après le ib.'p. ooà'. ' milieu de ce siècle, Benoit', élevé d'Odon successeur d'Achard, étant allé en Angleterre, y fut établi premier Abbé de Selebi. 11 ri" avoit pas beaucoup de Litcraturc; mais il parloit parfaitement la langue françoise.
M«b. a>. i.7i. n. CXXI. 'Orléans fut en ce siècle une source féconde de lumière et de doclrine, dont les iniluences se répandirent dans plusieurs provinces du Roiaume, et pénétrèrent même jusqu'en Angleterre. Sans parler d'Abbon de Fleuri, Baudri successivement Abbé de Bourgueil et Evêque de Dol en Bretagne ; Odon, depuis Abbé de S. Martin de Tournai, dont il fut le restaurateur, et ensuite Evêque de Cambrai; Goisfroi, ou Joffride, d'abord Moine de S. Evroul, puis Abbé de Croyland : tout trois Elevés de l'Ecole d'Orléans, ou de celle de Meun, furent autant de Docteurs célèbres sur la fin de ce siècle. On en a les preuves dans ce que nous avons déjà dit, en parlant des Ecoles de Bourgueil, de Toul, de Tournai, et de «lab. ,i.a. e.8. i l'origine de l'Université de Cantbrige. ' Si Raoul Glabert,
AuLg ur presque contemporain, n'a rien brouillé dans sa Narration-!, il y avoit à Orléans avant l'année 1022, deux Ecoles diffear- entes. L'une se tenoit à la Cathédrale, où Arefaste Genlilho nime Norman avoit envoié étudier son Clerc nommé Her-lz^^rt. Eslicne et Lisoïe, Chanoines de pieté, mais malhem-^usement infectés des erreurs d'une espèce de Manichéens, qui <z= ommençoient alors à paroîtreen France, enseienoient à cett^ Ecole. L'autre qui se tenoit à S. Pierre Puellier, étoit dira par lleriberl, autre partisan de la nouvelle secte. ' Au «»b. ai.«. i. t. p.
boa 11 de quelques années Engelbert, disciple de Fulbert de 4ÎI' ChcxKT^ires, enseigna aussi publiquement à Orléans. Mais ses leçoa ». n'étoient point gratuites, comme nous l'apprend Adelma :me, l'un de ses condisciples, en faisant son éloge. C'est ap- Pap*^^ ornent sous ce Professeur mercenaire, qu'étudia 'Gerauld, Doche». i. *. P. 8r* <1 homme de Letres de la même ville, que Baudri nous *63dor* pour un excellent Docteur, un sçavant Philosophe, le ^)t*^- m^en de l'Eglise, l'appui du Clergé et du peuple, la lumière ",u "t^* aïs. ' M. du Boulay suppose, que Gcraula, qu'il nomme Bui. ib. p. ^e*"~^ard, étoit aussi Rhéteur, et qu'il eut pour disciple le fameux 3'7'
^>iste Jean, chef des Nominaux. De la môme Ecole sortit vers ~, T^^eme temps ' Odeliric, citoïen d'Orléans, homme d'esprit, 0^'5^*- '• 5- p- "^^-oquence, d'érudition et pere d'Ordric Vital, célèbre His^^"ien, qui lui naquit en Angleterre, où il étoit allé à la suite ^ ^ÏHoger de Montgommeri.
. C2XXII. Sous l'Evcque Theodulfe, une des quatre princ*T*sles Ecoles du diocèse d'Orléans se tenoit à Meun sur Loi- T^ » comme il a été dit en son lieu. L'histoire ne nous apprend V^int comme elle se releva de la décadence que lui causèrent *es ravages des Normans. ' Seulement on sçail qu'elle étoit ce- 2CJBch«»- »■ *ebre vers le milieu de ce siècle. Baudri de Bourgueil, qui y ^voit été instruit dans les Letres, nous l'a fait connoitre avec Avantage. Elle avoit alors pour Modérateur Hubert, qui nous fcst représenté comme le modèle des Maîtres, et digne d'entrer fcn parallèle avec les anciens.
Doctorum spéculum Doclor amande, Majorum titulis œqui parandc.
Fleuri, ou S. Benoit sur Loire, étoit une autre des principales Ecoles dont on vient de parler. On a vû sur les siècles précédents de quelle manière elle fut soutenue. En celui-ci les bonnes Etudes s'y maintinrent avec vigueur. Le docte Abbon
Mtb- an. 1. 53. n.
9t. | ael. l. 6. p.
Ub.
qui les y avoil fait fleurir avec tant d'éclat, ne discontinua point de les cultiver jusqu'à sa mort, qui arriva en Novembre 1004. Ses disciples marchèrent perséveramment sur ses traces. Gauzlin, son successeur dans la dignité d'Abbé, et depuis Archevêque de Bourges, fut un des sçavants Prélats de son temps. Constantin, ami particulier de Gerbert, qui lui communiquoit toutes ses découvertes literaires, aïant commencé à diriger l'Ecole de Fleuri dès les dernières années du siècle précèdent, continua de la gouverner sous Gauzlin. ' Vers 1013 plusieurs jeunes seigneurs attirés par la réputation de ce monastère, le choisirent pour le lieu de leur retraite. Deux nobles Espagnols suivirent leur exemple : Jean oui avoit étudié les saintes Letres à Ripouil et alors Abbé de sainte Cécile, et Bernard son frère qui avoit suivi quelque temps la profession des armes. Aimoin autre disciple d'Abbon, connu par divers ouvrages, ne cessa d'écrire qu'en cessant de vivre. 'Azenaire, élu Abbé à la mort de Gauzlin, étoit versé dans tous les Arts Libéraux. Il se forma dans la suite à Fleuri plusieurs autres Ecrivains de quelque mérite : Bernon, Abbé de Richenou ; Helgaud, Historien du Roi Robert; André, qui le fut de Gauzlin ; Hugues de Sainte-Marie, et Raoul Tortaire, qui publièrent aussi des histoires les premières années du siècle suivant. ' Veran, Abbé de la Maison depuis 1080 jusqu'en 1095, continua à faire copier les bons livres pour la bibliothèque.
C XX III. ' M. du Boulay s'étend beaucoup sur l'état de l'Ecole de Paris en ce siècle. Mais tout ce qu'il étale à ce sujet avec une certaine complaisance, ou ne regarde que les temps postérieurs, ou se trouve démenti par la vérité des faits. Telle est la supposition, suivant laquelle les Facultés y auroient été dès-lors distinguées, et qu'il y auroit eu des degrés d'honeur, ce qui ne se praliquaquedanslasuite des temps. ' Supposition, que Longin dans la vie de S. Stanislas a faite dès le XV siècle, ' et que M. Baillet, malgré la critique dont il se pique, a tâché de faire revivre dans l'histoire de Robert d'Arbrisselles.
Tel est le sentiment Lanfranc,
l très enseignèrent publiquement à Paris. ' Trithème est aussi dans l'opinion que Lanfranc, avant que de se retirer au Bec, et S. Bruno, avant que d'instituer l'ordre des Chartreux, avoient ( '• fait des leçons publiques à la même Ecole. De même ' Pas-
quier a avancé qu'Anselme de Laon qu'il nomme Anseaulme,
Mab. an. I. 65 R3. | aet. I. 8.
Bol. ib. p.
Roll. 7. mai. p.
Bail. 25. r- v . p 315. n. 1.
Egas. Bal. ib.
p. ^VôxV-ifcA.
Trii. «hr. hir i. p. «03 *81.
1 le sentiment qui établit, selon M. du Boulay, que Berenger, ' le même Robert d'Arbrisselles et au-
y a voit professé la Théologie. Mais c'est ce qui ne se peut soûtenir ; et si l'établissement de l'Ecole publique de Paris n'éloit pas mieux appuïé, il n'auroit qu'un fondement ruineux. Voici de q uoi le prouver d'une manière qui ne souffre point de difficulté . Ps'ous nous flattons d'avoir montré la continuité de cette Ecole pendant le X siccle. En celui-ci elle ne discontinua point cl avoir des Etudiants, même de pais fort éloignés, ce qui marque l'éclat de sa réputation, et des Maîtres qui enseignaient ces Etudiants. On peut se souvenir en quel état la laissaH u t>old Chanoine de Liège, qui y enseigna pour la seconde fois sl xjl commencement de ce siècle.
G>C^X1V. Dans la suite on y vit venir à différentes reprises des sujets de Pologne, d'Allemagne, d'Angleterre, d'Ita- Jeet <3e Bretagne. 'Avant le milieu du siècle, S. Stanislas, B0II.7. mai. u>. depuis Evêque de Cracovie, aiant déjà ébauché ses études, vint I ^ s perfeclioner à Paris, où il passa sept ans. Il y prit tant d«go c^. t pour les bons livres, qu'à son retour en Pologne il emporte*, avec lui une bibliothèque considérable. ' Au bout de M*b. met. t. 9. ^'ST *Jes années S. Adalberon, mort Evêque de Wirtzbourg 64i4 n 4* , 1 ■* ^)0, vint aussi sur l'avis de son Evêque fréquenter l'Ecole . ***is. ' Il y amena avec lui pour compagnons de ses études, n. t. 3. Ix X^ersonages de grand mérite : S. Gebehard, depuis Ar-
fy^25^ ^ue de §altzbourg, et S. Altmanne Evêque de Passaw ! *^*ûlle noble, après avoir commencé" ses études en Hiber- i9a- ■• *
1070 Estiene, surnommé Harding, né en Angleterre d'u-
Boll. 17. »pr. p.
™» assa la mer, et vint les continuer à Paris, où à l'aide d'un gr r^^^ fonds d'esprit et d'un travail assidu, il acquit une pleine c"Uc^*^*issance desLelres divines et humaines. Il entra depuis ^ l'ordre de Clteaux, et en devint le troisième Abbé. ' Les Dwtw». 1. *. p. ^ T*r^^*ins envoïoient aussi leurs enfants à l'Ecole de Paris. Nous m' etl **-"V-«ns un exemple en la persone de Pierre de Léon, si con- ^ ^Ons la suite sous le nom d'Anaclet II et le titre d'Antipape. . ^Vfcert d'Arbrisselles, avide de s'avancer dans les sciences, y Bon. ss. m>. p. nt^t aussi de Bretagne vers 1082 ; etaprès y avoir étudié ouel- WM- 1 7temps, il fut rappelle à Rennes par son Evêque, qui le fit k^chiprêlre de son Eglise. De Rennes il passa à Angers, com-
il a été dit, et y enseigna. 'Quelques années après vers xbai. »p. i.e.i. *^07, le fameux Pierre Abélard , natif du Comté Nantois, J*J- "•• 69 après avoir parcouru quelques autres Ecoles, vint aussi fréquen-
ter celle de Paris, où il fit dans la suite un personage si éclatant. CXXV. A l'égard des Mailres qui y enseignèrent, voici
m. 1. 1. p. ceux que l'on connoît certainement. 'Après les premières années de ce siècle, Lambert, disciple de Fulbert de Chartres, y fit des leçons publiques. Mais elles étoientsi peu gratuites, qu'il amassa des biens considérables dans celle profession. D'où 1 on peut conclure, ou qu'il l'exerça longtemps, ou qu'il avoit i. 4. P. 383. mis sa doctrine à haut prix. 'Vers le milieu du môme siècle, Dragon Parisien y enseigna à son tour. Ensuite dégoûté de cet emploi, il y renonça pour se donner tout entier à l'étude de la Théologie . C'est ce qu'Herimane de Reims et divers autres Scolastiques étrangers exécutèrent aussi au même temps : qui prœcisisspcciebus etabdieatis laboribus, studiïsvale fecerunt, et sapienti consilio USÎ, in Theologiœotium concessertmt. Gozechin, Ecolatre de Liège en fit de même, et cite ces exemples Trit. ib. p. ao9. pour s'autoriser de les avoir suivis. 'SVilleram, s'il en faut croire Tritheme, qui le nomme Valram, enseigna aussi à Paris, etfutle premier qui y professa la Philosophie avec réputation. Ce ne fut sans doute qu'au sortir de l'Ecole du Bec, où nous l'avons vû étudier sous Lanfranc. 11 donna depuis à Bamberg des leçons de Grammaire et de Rhétorique ; et après s'être «an. tua. Coll. rendu Moine à Fulde, devint Abbé de Mersbourg. 'On croit t. 6. Pr. n. st. qUe \£co\c de paris est en droit de compter aussi le célèbre
Manegaud au nombre de ses Professeurs. Le plus illustre, comme le plus connu de ses disciples fut Guillaume de Champeaux, bub. bi»t. par. i. 'qui devint bien-tôt Maître lui-même, et enseigna longtemps V.'£ï.'*' I0" 1 à Paris. 11 passoit pour le plus habile Maître de Dialectique quoiqu'il donn;H aussi des leçons de Rhétorique et de Théologie. Abj«i. ib. i Mob. Sa réputation lui attira beaucoup d'Etudiants. ' Abélard, qui u. i. 69. n. 7o. éloil du nomDrei ne |ar(ja pas a se déclarer son rival. Comme
il avoit beaucoup d'esprit et de pénétration, et qu'il étoit d'un génie naturellement porté à la dispute, il s'émancipa de combattre les opinions de son Maître. Voïant ensuite que les petits avantages qu'il remportoit, lui acqueroient de la réputation, il aspira à enseigner lui-même. 11 alla donc à Melun, où il ouvrit une Ecole, qu'il transfera bientôt à Corbeil plus près de Paris. Le reste de son histoire appartient au siècle suivant.
CXXVI. Persone n'a été soigneux de nous apprendre en quelle ville de France les Philosophes Jean et Roscelin, qu'on tait indistinctement chefs des Nominaux, avoient leur Ecole publique. Nous ne serions pas éloignés de croire que c'éloit à Paris où ils auraient professé après Willeram, et avant Guillaume
Oie de Cham peaux. Persone ne nous marque non plus le lieu Ptécis de cette capitale, dans lequel tous ces Professeurs fai- %'ent leurs leçons. ' Pasquier dit que c'étoit dans la maison p*»i.n>. ^Discopale, et cile pour son garant Pierre Abélard, qui n'en <4/ ri en. ' Le P. Dubois, historien de l'Eglise de Paris, suppo- Dub. n>. «. 7. a. se en gênerai que c'étoit au cloitre de la Cathédrale. Il sera- l0i/e n c?anmoins qu'Hubold avoit enseigné près de sainte Geneviève r et c'est le même quartier que choisit Abélard dans la suite ,, lorsqu'il y vint professer la Dialectique. Si l'on veut au mt& placer au cloitre de Notre-Dame cette Ecole publique de Paris «n ce siècle, il ne la faut pas confondre avec l'Ecole épis- °op.a.I.^ de la même Eglise, qui en étoit différente. Celle-ci, dont «z»n sçait peu de chose pour ce temps-là, eut toujours ses ^1 «a."ft.res particuliers pour l'instruction de ses Clercs. ' Ansel, c«n. d.r. v«t. t. un 'entre eux, nous en fournit une preuve, dans une de ses *' p' 4*7, *'
«très, écrite de Jérusalem, où il remplissait la dignité de Chan- ^ l'Eglise du S. Sépulcre. Il y avoit vingt-quatre ans qu'il «oit ^aorti de l'Ecole épiscopale de Paris, lorsqu'il écrivit cette , ^ » Elle est adressée à l'Evêque Galon, et aux premiers Cha- ^°!nv^^^de la Cathédrale : ce qui montre que sa date doit être . »*emieres années du XII siècle. L'Ecole publique de Pa-
n» -^13 fournira dans le cours du même siècle, une matière *-**^oup plus ample. On y verra plusieurs chaires de Professer*^. ^ érigées en divers quartiers de cette capitale, et toutes m f*"-^* ^nces de ce qu'il faut pour former ce qu'on nomma biendiversité.
A^-^CXVll. Les monastères de la ville et ceux du reste du Y^^^^se, avoient aussi au siècle qui nous occupe, leurs Eco-
V»a.rticulieres. ' Dès les premières années du siècle, comme *w>- ' ^ p- °^ Va vu, le célèbre Olbert, qui cherchoit à perfectioner ses sfctxtioissances, s'arrêta quelque temps à ce dessein, à S. Gertt^iti des Prés, où les Etudes étoient en réputation. ' Lors M- M- M V1 en 1093 les Moines de Marmoutier réformèrent l'abbaïe de S. Malgoire, ils furent sans doute soigneux d'y établir les Etudes, qui étoient florissantes dans leur monastère. Elles ne l é- i.w. »• si Soient pas moins vers le même temps à l'abbaïe de S . Denys, comme le suppose l'éducation qu'y reçurent le Prince Louis le Gros, fils du Roi Philippe I et Suger qui en devint ensuite Abbé. ' Longtemps auparavant, EJouard Roi d'Angleterre Unf. n*. i».35<j. en avoit tiré Baudouin, scavant dans la Médecine, pour l'éta- |ep 18 M» Abbé de S. Edmond.*' L'Ecole de S. Pierre, aujourd'hui «f- ib.i.ei...