Tome VII
S. Maur des Fossés, étoit aussi assés célèbre pour mériter les éloges d'un Poète Breton, nommé Teulfe, ou Teulufe, dont il y a quelques vers à ce sujet. Odon, historien du B. Bouchard, y faisoit alors ses études. Il est aisé de conclure de tout ce que nous avons dit sur les Ecoles de nos provinces, que jusqu'ici elles n'étoient ni stables ou permanantes, ni attachées à un certain lieu fixe, comme le sont depuis longtemps nos Universités. C'étoit le sçavoir et la réputation des Maîtres, qui déterminoient les lieux où l'on se rendoit pour étudier. Ce n'est pas à dire, au reste, que chaque Cathédrale et chaque monastère n'eût persevéramment son Ecole autant que le malheur des temps pouvoit le permettre, pour l'instruction de ses Clercs et de ses Moines. Il n'est ici question que des Ecoles publiques, ouvertes à toutes sortes de persones. A l'égard de celles-ci les étrangers cherchoient les Maîtres les plus célèbres, etformoient l'Académie dans les lieux où l'on enseignoit avec le plus d'éclat et de succès. Paris et quelques autres villes du Roïaume n'aïant point cessé depuis ce siècle d'avoir des Professeurs de réputation, ne cessèrent point non plus d'avoir un concours d'Etudiants. Leurs Ecoles devinrent ainsi fixes et permanantes.
CXXVI1I. Après avoir fait connoîtrc nos principales Ecoles, il est de notre dessein que nous montrions quelles étoient les sciences qu'on y enseigna. Nous ferons voir en même temps de quelle manière elles y furent enseignées, et jusqu'à quel point de perfection les portèrent ceux qui y donnèrent plus d'application. L'on ne changea rien à l'ordre et à la méthode qu'on suivoit aux siècles précédents. La Grammaire fut toûjours la première faculté de Literature par laquelle on commençoit. Celte étude, comme on l'a remarqué plus d'une fois, comprenoit, ou attiroit à sa suite celle des Belles Lelres c'est-à-dire, des bons Auteurs de l'antiquité. Quoique ce siècle eût plus de facilité d'user de leurs ouvrages qu'on n'en avoit auparavant, par le soin qu'on prit d'en multiplier les exemplaires, on ne voit point cependant qu'il ait fait plus de progrès dans celle sorte d'étude que le X siècle. C'est un des points en quoi il se trouve beaucoup de conformité entre l'un et l'autre. De sorte qu'il ne se présente ici rien à dire sur ce sujet que nous n'aïons déjà dit sur le siècle précèdent. Le gros de nos genls de litres ne parvint point si-tôt à écrire correctement, et avec une certaine élégance ou politesse, ce qui
est le fruit d'une heureuse étude de la Grammaire. Quelques- Uùs néanmoins s'élèvent au-dessus des autres, soit par la beau» té cl leur génie, soit par l'attrail de leur bon goût, soit enfin ter- leur attention à suivre de bons modèles. On aura soin àan ^3. le cours de ce volume de faire observer cette différence de jle. Mais on ne peut pas dire <jue nos François eussent al*x^2*^en gênerai le talent de bien écrire. Seulement sur la fin de <z; siècle la langue latine acquit parmi eux quelques degrés <fe ^rfection ; et Von croit en devoir rapporter l'honeur à Ï'Ecol^ du Comme nous l'avons observé plus haut. Il est cer- ^ que Lanfranc, S. Anselme, les Crispms et les autres Elevé» ce||e £coje écrivoient mieux qu'on ne faisoit ordinairerin^ «nt. De même ceux qui se formèrent alors aux Letres P^^^ectionerent aussi leur style. Tels sont entre autres Hildeï :r""^- du Mans, Marbode de Rennes, Geoffroi de Vendôme, ^ ^ T)ert de Nogent, Pierre Abélard.
, ^^2XXIX. On avoit commencé dès le siècle précèdent, en ^^l* vant pour la postérité, à se servir de la langue romancière, a fait le principal fonds de notre langue françoise d'aujour- *>. ui. C'est ce que nous avons montré dans notre discours hi- ^ *^**ique sur le même siècle. En celui-ci l'usage de la même \*$ue ^evmt presque commun parmi nos Ecrivains. Ils l'em- P Voïerent non-seulement à faire des vers, des Romans, des traductions, mais aussi à écrire des ouvrages originaux sur diverfacultés de Litcralure. Deux motifs principaux les porte- ^«nt à en user de la sorte. Cette langue étant aevenue la lan-
?;ue maternelle des François, tout le monde l'entendoit. Le atin au contraire aïant cessé d'être vulgaire, n'étoit presque plus entendu que de ceux qui l'étudioient. ' C'est pourquoi les Bon. b. jon. P. plus célèbres Prédicateurs, qui annonçoient au peuple les ve- ^è.0!. 77! n!7r> rités du salut, comme S. Norbert dans la seconde Belgique, S. Vital de Savigny en d'autres prov inces, le faisoicnt en roman , ou ancien françois. Nous croïons devoir rapporter à ces temps-ci, ' à raison de son ancieneté et de la beauté du carac- Angi. m. m«. tere, un très-vieux Psautier, enrichi de notes interlineaires en p"" *" °" mi ancien langage françois, ou norman. Ce manuscrit faisoit autrefois partie de la bibliothèque de Nortfolck : soit qu'il eût été fait en Angleterre, ou qu'il y eût été apporté de Normandie. On sçait, ' qu'aussi-tôt que Guillaume le Bâtard eut conquis inpi. p. a», cette isle, il y établit les mœurs et la langue françoise. On la parloit ordinairement à la Cour. Ce Prince ordonna même,
p. 9M. que les diplômes, les chartes, ' les loix, les statuts, ou rè-
glements pour la police du Roïaume seroient en cette môme langue. Que les enfants s'en serviroient dans les exercices de l'Ecole, et qu'ils écriroient à la françoise. La même chose se pratiqua en Palestine, si-tôt que nos François s'en furent rcn-
codp. t. ». p. dus maîtres. ' On a encore les loix du même prince en roman, îëp.K*»: de et les coùlumes du roïaume de Jérusalem, qui furent rédigées en la même langue sous Godefroi de Bouillon, qui ne régna que depuis le vingt-deuxième de juillet 1 099, jusqu'au dix-huit ou même mois de l'année suivante 1100. Ces.coûtumes, dites autrement Assises et bons Usages du roïaume de Jérusalem,- furent depuis retouchées par Jean d'Ibelin vers 1250.
CXXX. Si les François habitués dans les pais étrangers emploïoient leur langue maternelle dans les actes publics, et des monuments pour la postérité, il n'y a point lieu de douter, que ceux qui demeuroient en France ne s'en servissent aux mêmes usages. Aussi avons-nous des preuves plus que suffisanouï. p. tes pour écarter tout doute à ce sujet. ' Hugues de Sainte-Marie, Moine de Fleuri, qui écrivoit vers 1130, mit en un latin intelligible la vie de S. Sacerdos, vulgairement S. Sardot, Evêque de Limoges, qu'il avoit trouvée écrite en un langage occulte , ou peu connu , in occulto sermone composùam. Par ce langage occulte le sçavant P. Henschenius entend le perigordin, ou le limousin, qu'avoit emploïé l'Auteur de cette vie, traduite ensuite en latin, et suppose qu'elle avoit été ainsi écrite dès le IX siècle. Mais c'est la faire remonter trop haut. Il suffit de la mettre à la fin du X, ou dans le cours des premières années du suivant. C'est alors que Ton commença à user de la langue romancière en écrivant pour la postérité. Depuis cette époque jusqu'au temps que Hugues mit cette vie en latin, il s'étoit écoulé un assés grand nombre d'années, pour que la langue en laquelle elle avoit été d'abord écrite, parût un langage peu connu. Il est de l'expérience que tous les cent ans notre langue françoise a reçu des perfections qui la rendoient différente de ce qu'elle étoit auparavant, jusqu'à ce qu'elle ait été portée au point de perfection où elle est depuis un siècle. D'ailleurs le jargon perigordin, ou limousin, pouvoit parottre un langage peu connu à un homme qui demeurait dans I'Orleanois, tel que Hugues, Traducteur de la vie en question. Î57bn*3 ' 9 p" ' ^e ^ s^ec^e n étoit pas encore révolu, lorsqu'on donna au public l'histoire des deux translations de S. Tmbauld de Pro-
vins, don! la dernière se fit en 1078. Cette histoire est écrite non-seulement en latin, mais aussi en vieux vers françois, oui paroissent avoir précédé l'exemplaire latin. Dom Mabillon assure les avoir vus dans un ancien manuscrit de l'abbaïe de Lagni.
CXXXl. Nous évitons l'équivoque dans les preuves que nous apportons du fait, dont il est ici question. Ainsi nous ne citerons point le commentaire de l'Abbé Willeram, 'que M. Du Pu», bit», n. du Pin nous donne pour un ouvrage en latin et en vieux gau- w* p 373, lois. Oulrc que cet écrivain dans sa préface, qui se lit à la tète de son commentaire, dans l'édition de 1528 faite à Haguenaw, ' et que Dom Martene et Dom Durand ont réimprimée, Mxri, am. Coll. ne dit poinl qu'il va écrire en roman, ou vieux gaulois, niais 1 '' p s07 508seulement en vers el en prose. M. du Pin a été trompé par ces mots, lingua francica, insérés dans le titre de l'ouvrage, pour annoncer l'explication allemande qu'on y a substituée à la prose latine. Celte expression parmi les pcrsones qui entendent la propriété des termes, ne signifie point langue françoise, gauloise, ou romancière, lorsqu'il s'agit de ces temps-là, mais langue allemande, tudesque, ou theotisque, qui étoit celle des anciens Francs. C'est dans ce sens qu'il faul prendre ' ces titres An«i. i>it>. m». P«.' qui nous annoncent un ancien Glossaire latino-francicum, et n 3,:ndes Gloses, partie latines, partie francicas, sur les livres de Moyse, de Josué et des Juges. De même doit-on entendre ' l'annonce d'une vie de S. Annon Archevêque de Cologne, n. Mj«. mort en 1078, comme écrite en rimes, rylhmice lingua francica. Mais voici d'autres preuves, qui établissent sans équivoque qu'on emploïoit dès ce XI siècle la langue romancière à écrire pour la postérité. ' Telle est la petite histoire de lacon- Ml„ „„,. , quête de la ville d'Exrasur les Maures, par Sanche Roi d'A- p- sm-*^ ragon. Cette conquête esl de l'année 1095 ; et l'histoire en fut écrite peu après en gascon, par un Moine de la Sauve-Maiour, comme il semble, puis traduite eu latin. ' Telle est la re- c»tci, «>m. <u lation d'un pèlerinage qu'Arsinde Comtesse de Toulouse en- Tou1, p' 104 ,07 treprit à la fin du X siècle. Cette relation est en vers gascons du temps. Telles sont les traductions en roman de quantité d'ouvrages, dont quelques-unes entre un grand nombre sont venues jusqu'à nous. Il suffira pour noire dessein d'en indiquer une partie, sans entrer dans le détail de toutes celles qu'on pourroit faire connollre.
ÇXXXU. ' Celle du traité de Marbode Evêque de Ren- >wb. pr. P. 1379.
nés, sur les pierres précieuses, est aussi ancienne que le texte original, qui précéda l'épiscopat de l'Auteur, c'est-à-dire, l'année 1096. Le manuscrit de 1 abbaïe de S. Victor de Paris, qui contient l'un et l'autre, est du temps même, ou presque du temps de Marbode. En lisant celte traduction, il faut avoir attention à prononcer l'w, non comme françois, mais en ou, comme alleman. Avec cela on y reconnoîtra notre langue roi.e Beof. du», t. manciere, naissante et toute brute. ' Le sçavant et laborieux s. fv. ». p. 38. l'Abbé le Beuf nous apprend, qu'ils se trouve dans quelques bibliothèques de Paris, des traductions du livre de Job, de ceux des Rois et des Dialogues du Pape S. Grégoire, lesquelles portent des marques de la fin du XI siècle, ou du commencement du suivant. Celle du Lapidaire de Marbode passe communément pour la plus anciene de cette sorte de traductions. Mais ce sentiment n est pas aussi vrai qu'on le suppose. On a oublié m», lu. de uFr. ' ce que nous avons dit ailleurs, que dès 81 i les Conciles des t. 4. p. ît8. provinces de Reims et de Tours avoient ordonné aux Evêques et aux Prêtres, de traduire en langue vulgaire pour l'instrucl« Beof. ib. lion des peuples les homélies des Pères. D'ailleurs ' ces traductions, comme l'observe le sçavant Moderne que nous venons de citer, aïant pris leur origine dans les Païs-bas, où la langue vulgaire, dont on faisoit usage, étoit plus éloignée du latin que celle des provinces méridionales, elles précédèrent les auretr. diac.sch. c très traductions de même nature. 11 est encore certain 'que u celles qu'Alton, disciple de Constantin l'Afriquain, Moine du
Mont-Cassin, fit des ouvrages de son Maître, éloient antérieures à la traduction du traité de Marbode ; puisqu'elles furent faites avant l'année 1077. Que s'il ne s'agit dans le sentiment que nous combattons que des traductions qui existent, nous som- Aosb. r»m. n>d. mes en droit de douler, ' si celle de la vie de S. Amant Evêp" ** *6' que de Rodés, dont Marc-Antoine Dominicy a publié divers
fragments, n'a pas sur l'autre le mérite de l'ancieneté.
GXXX1II. Ne passons pas si légèrement sur le Traducteur Atton, qu'on vient de nommer. Il appartient vraisemblablement à la France. Il importe par conséquent de le faire un peu mieux connoître; puisque 1 occasion s'en présente, et reir. dï«. ib. qu'elle ne reviendra pas dans la suite. ' La connoissance qu'il avoit de notre langue vulgaire, et qu'il avoit jusqu'à en posséder toutes les beautés, au moins celles dont elle étoit alors capable, aux termes de Pierre, Diacre et Bibliothécaire du Mont- Cassin, qui paroit avoir vu de ses traductions : cette connoissan-
ce,dis-je, jointe à la dignité de Chapellain de l'Impératrice Agnès, forme un puissant préjugé qu'Atton étoit François. Il étoit effectivement naturel que cette Princesse , qui étoit fille de Guillaume V, Comte de Poitiers et Duc d'Aquitaine, eût auprès d'elle un homme de sa nation, à qui elle donnât sa confiance en qualité de Chapellain. Ce fut sans doute en sa faveur, et peut être par son ordre , qu'Atton entreprit de traduire les ouvrages de Constantin, ' qui n'étoient eux-mêmes pour la plû- c. «3. part, que des traductions latines du texte original de Médecins Cirées, Arahes et autres. ' Le Bibliographe cité assure, c. s*. qu'Atton mit en françois tous ceux que Constantin avoit mis en latin. Travail immense, ' puisqu ils étoient en très-grand c. ts. nombre, et plusieurs de fort longue halaine. Travail, au reste, ou'Atton avoit bien avancé, et peut-être fini avant la mort d'Agnès, qui arriva en 1077. A toutes ces ancienes traductions françoises, joignons encore ' celle de Darès Phrygien, qui se uomi. dia. u. p. trouve dans la bibliothèque ambroisiene à Milan. Le manuscrit 19' qui la contient n'est à la vérité que du XII siècle ; mais seize vers que Dom de Montfaucon en a copiés, font juger que la traduction est du siècle précèdent, tant on y découvre de rudesse et de grossièreté. Lorsque nous traiterons de la Poésie Françoise et des Romans, on aura encore d'autres preuves de l'usage que nos Ecrivains firent assés communément de la langue romancière, ou françoise en ce siècle.
CXXX1V. Il est tout à fait surprenant de voir, que cette langue étant devenue vulgaire, et étant même emploïée à écrire pour la postérité, persone ne lui fit le même honeur qu'on avoit fait au tudesque, et ne travaillât à la polir et perfectioner. Il étoit, ce semble, tout naturel qu'on en donnât des règles; qu'on en fit connoître la construction et la propriété des termes ; qu'on en fixât l'orthographe, l'inflexion, la terminaison, et tout ce qui étoit nécessaire pour la parler uniformément, faute de lui avoir rendu ce service, elle a été si longtemps à prendre un état de consistance , ' et il s'en forma dès le commen- R«n> t. a. pr. n. cernent autant de divers dialectes, qu'il y avoit presque de dif- *" ferentes provinces dans le Roïaume. On distingua au moins dès ce siecle-ei les dialectes valon, picard, gascon, provençal, bourguignon, noiman , parisien , et peut-être encore d'autres. C'est ce qu'il seroitaisé de vérifier, s'il étoit nécessaire, en conférant les uns aux autre s, les divers monuments qui nous restent de ce temps-là en cette langue. ' Par exemple, celui en vers l. Braf. a», p.
tiré d'on manuscrit de Fleuri, et publié par M. l'Abbé le Beuf, est entièrement différent de tous les autres, dont nous avons connoissanee. Il est vrai qu'il nous paroit plus ancien que le siècle qui nous occupe. Mais il n'en est pas moins propre à prouver ce que nous avons dessein d'établir. On y découvre un dialecte, qui nous montre visiblement l'origine de la langue matrice, c'est-à-dire, du latin, et qui retient plusieurs caractères du jargon limousin et auvergnat, tel à peu près qu'on le parie B«n». «p cî encore aujourd'hui dans ces provinces. ' Dès les premières années du XII siècle, S. Bernard trouvoit beaucoup de différence entre la langue vulgaire qu'on parloit à S. Germer sur les frontières de la Picardie et de la Normandie, et celle dont on usoit en Bourgogne.
CXXXV. Quelque grossière au reste, et quelque imparfaite que fût notre anciene langue françoise, le XI siècle la vit néanmoins répandue et accréditée dans plusieurs pais étrangers fort éloignés de la France. On a déjà remarqué , que Guillaume le
T'ï' p'1 «m'" ir ^on<îuerant en rendit l'usage tout commun en Angleterre, ' où les Moines Jean et Grinbald en avoient communiqué le pre- 13"*?. fU pr' miCT 60Ul dès 'a fin du IX siècle. Cet usage s'y conserva jusqu'à la fin du XIV, et passa même en Ecosse. Encore alors quelques Jurisconsultes Anglois ecrivoient en la même langue, malgré l'ordonnance que le Roi Edouard III publia en 1367 , pour en défendre l'usage. Comme ce furent lesNormans qui contribuèrent le plus à lui donner cours en Angleterre, ce fut aussi la même nation qui la porta et l'établit en Calabre, en Pouilleeten
? °r' *?' 1 Sicile. ' Un de ses premiers soins dans la conquête de ces provinces, dit Guillaume de la Pouille, fut d'assujettir les vaincus, conformément à la coûtume des victorieux, à suivre ses mœurs, et à parler sa langue, afin de ne faire de tous qu'un seul et même peuple.
Moribus et liogua quoscuoqae venire videbaut, Informant propria, gens cfficiatur ut una.
bv'ùuit ^T'n ^n ne Pouvoit, ajoute Hugues Falcand, exercer aucune »7 charge à la cour, si l'on ne sçavoit parler la langue françoise.
'Elle passaaussi à la faveur des Croisades dans l'empire d'Orient, et s'y maintint au moins jusqu'à la fin du XII siècle. De sorte qu'encore alors les peuples ae ces païs-là avoient leurs loix, leurs coûtumes, leur jurisprudence écrites en françois., et qu'un le parloit en Morée et dans le duché d'Athènes , comme à Paris.
ris.' On a dit ailleurs, que cette langue avoit aussi eu cours en Hi*. lu .i« u rr. Espagne, et que l'usage s'y en étoit conservé jusques dans le ,b* p* ™ XIV siècle. Quelques Souverains môme en d'autres pais la parloient sans en avoir d'autres motifs que l'utilité, ou l'agrément qu'ils y trouvoient. 'C'est ce que l'Historien Donizon m». a>. t. 5. P. nous apprend de la célèbre Matilde, Comtesse de Toscane, la 3651 fidèle Dévote du Pape Grégoire VII.
CXXXVI. Quoique depuis la première décadence des Letres, nos François, comme tous leurs voisins, eussent néligé, disons même méprisé, les langues Orientales, le grec, l'hereux, l'arabe, lesyriaque,etqu'on ne s'avisât d'en recommander l'étude qu'au commencement du XIV siècle, il ne laissa pas de se trouver en France plusieurs gents de Letres, qui donnèrent quelque attention, au moins au grec et à l'Hébreu. C'est ce que nous avons montré dans le cours de notre histoire depuis le règne de Charlemagne. Il s'en trouva aussi en ce siècle d'assés studieux, pour tenter l'étude de ces langues. Mais deux inconvénients empêchèrent qu'on y fit du progrès : l'ignorance où l'on étoit de leur utilité pour la religion, et le manque de Glossaires, de Dictionaires, de Grammaires, de commentaires, ou du texte même original. Il est néanmoins surprenant, que nos François n'aient pas été piqués de curiosité d apprendre la langue hébraïque. Ils en avoient toute la facilité par leur commerce presque continuel avec les Juifs; car il y en avoit à Metz, à Pans, à Orléans, à Rouen, à Chartres, à Lyon, à Limoges, à Bourdeaux, à Avignon, et apparemment aussi dans les autres principales Villes. Le désir de contribuer à leur conversion devoit seul suffire, pour porter nos Ecclésiastiques à apprendre toutes les finesses de leur langue. 11 est encore plus étrange de voir que les François, qui depuis plusieurs siècles faisoientde fréquents pèlerinages à la Terre-Sainte, et qui à la fin de ce siècle s'établirent en Syrie et en Palestine, ne furent point tentés de s'instruire des langues grecque, syriaque et arabe, qui leur auroient été d'un si grand secours, par les habitudes qu'ils étoient obligés d'avoir avec les sujets de l'Empereur de Constantinople, et les autres genls du païs. Ne se fût-il agi que de connoltre les loix, les coutumes, la religion et l'histoire de ces peuples, la connoissance de leurs langues n'étoit point à négliger. Et depuis les Croisades ils avoient un plus pressant motif de s'en instruire, afin de se mettre au fait de beaucoup de choses nécessaires daiw un païs où ils faisoient la guerre.