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CXXXVII. Oulrc tant de motifs qu'avoient nos François d'apprendre les langues Orientales, et la facilité perpétuelle que leur en offroient les Juifs regnicolcs, au moins pour l'hébreu en particulier, ils eurent encore quelques autres moïens vom. de an. ht. i. et diverses occasions de s'en instruire. ' Dès ce siecle-ci au plûi.c. 4. p. 7.i. ^j,^ Qn commença a publier quelques Grammaires hébraïques, qui pénétreront sans doute jusqu'en France en faveur des Juifs. On y vit d'ailleurs grand nombre d'Etrangers instruits de ces langues, qui vinrent s'habituer, ou au moins faire quelque Hist. lu. di iaFr. séjour dans nos provinces. On peut se souvenir' de ces com- «• c- p- s'- niunautés de Grecs, mêlés avec les llibernois, oui s'établirent sur la fin du siècle précèdent au diocèse de Tout, où elles subsistoient encore en celui-ci. L'on a aussi parlé d'Arméniens et d'autres Grecs, qui venoient tous les ans à Rouen, chercher Mob. »«. i. 8. p. ies aumônes du Duc Richard II. 'S. Simeon, l'un d'entre eux qui seavouT égyptien, le syriaque, l'hébreu, le grec et le latin, après y avoir passé plusieurs années, se relira successive- Boii. ic aj-r. p. ment à Verdun et à Trêves, où il mourut en 1.035. ' Avant lui «st. n. i. on vit au diocèse d'Orléans un S. Grégoire, Eveque de Nicople en Arménie, qui finit ses jours dans le lieu de sa retraite. io. apr. p. 879. En 1011, S. Macaire, Evêque d'Anlioche vint en Pisidie, en France; et s'étant retiré à S. Bavon deGand, ilymourutl'année suivante. On a và ausxi quelques Evêques grecs, retirés vers le Mart. «m. coll. commencement de ce siècle à S Benùme de Dijon . 'En 1041, pr. n. 73.' ' 1045, Ponce Evéque de Marseille, de concert avec Isarno Abbé de S. Victor, établit des Moines Grecs dans l'Eglise de 4j»!'nib7.,i m. ^ S- Pierre d'Auriol. Enfin ' S. Anastase noble Vénitien, qui posta.^. i9. 1 1. 'ai. sedoit la langue gréque comme la latine, vint passer plusieurs années au Mont-S. Michel, d'où il se retira ensuite à Cluni, et après avoir prêché la foi aux Sarasins d'Espagne, alla mourir à Doydes au aiocèse de Rieux.
CX XX VI II. Tous ces Etrangers, qui vivoient au milieu de nos François, dévoient naturellement leur faire naître la curiosité d'apprendre les langues qu'ils parloient, et leur en donner même du goût. Mais très-peu se. piquèrent d'émulation pour de si nobles et si utiles connoissances. Le Cardinal llumbert, qui en reconnut mieux le prix que tant d'autres, étudia le grec avec succès. Quoique cependant il le possédât assés bien, comme il paroltparses ouvrages contre Michel Cerularius el Nieetas Pectoral, il ne sçavoil ni le parler ni l'écrire. C'est pourquoi aïant composé ses écrits en latin, il fut obligé
de les faire traduire en grec. ' Le Pape S. Léon IX, un des a*, a. P. «. n. Elevés de l'Ecole de Toul, donna aussi quelque application à la langue gréque, et fut soigneux de la cultiver dans la suite. Encore sur la fin de ses jours il lisoit l'Ecriture sainte en cette langue, afin de ne pas perdre ce qu'il en sçavoit. Ilcomprenoit sans doute combien elle lui étoit utile, à raison du commerce qu'il /toit obligé d'avoir avec les Grecs, qui dominoient alors dans une partie de l'Italie. ' Lanfranc uni. vu. p. i. n avoit fait aussi une élude particulière du grec, et en avoit une grande connoissance. S. Anselme, son principal disciple, paroil n'y avoir pas été ignorant. On a remarqué, en pariant des conférences réglées qu'Alduin Evêquo de Limoges fit tenir au commencement de ce siècle, pour tâcher de convertir les Juifs, que quelques-uns des Théologiens, qu'il y emploïa, dévoient sçavoir l'hébreu. ' Sigon, Moine de iMarmoutier, Man. an«. t. 3. puis Abbé de S. Florent de Saumur, le sçavoit parfaitement p" 8,8> lire et écrire, aussi-bien que le grec : Ltieris hœbraicis et grœcis peritmimus kgendiet scribendi. C'est ce qui n'éïoi l pas moralement possible, sans posséder le fonds de ces deux langues.
C XX XIX. Continuons notre examen, afin de ne rien omettre de l'attention que donnèrent nos sçavanls à ce genre d'Etude. Celui de tous qui témoigna plus de zélé à y faire du progrès, ' fut un Adam de Paris, qui vers 1060 déjà instruit Bon. 11. »pr. P. des Arts Libéraux, entreprit le voïage d'Athènes, pour étudier 7' n" 5* les sciences en usage chés les Grecs. S. Gervin, Abbé de S. Riquier, comme on l'a observé ailleurs, avoit un goût particulier pour les Pères Grecs, dont il eut soin d'enrichir la bibliothèque de son monastère. ' Guillaume, surnommé Louis, Mann, par. 1. p. de Moine de Cormeri Evêquc do Salpina en Pouille, passoit 99 "■ 80" pour habile dans la langue gréque. ' Odon Sligand, Seigneur New. pi», P. 71e. Norman, qui fut Chambellan des Empereurs Isaac Comnene et Constantin Ducas, parloit parfaitement la même langue, et possedoit plusieurs belles connoissances. Persone peut-être en ce siècle n'étudia l'hébraïque avec plus de fruit ' que Sigeberl, sp'c '• 6- p mg. Moine de Gemblou, et Ecolatro de S. Vincent de Melz. Il en avoit une si parfaite connoissance, qu'il étoit en état de corriger les versions de l'Ecriture sur le texte original. Quelquefois il y travailloit avec les Juifs, qui avoient conçu pour lui beaucoup d'affection, parce qu'il préferoit, comme'eux le texte hébreu aux versions. ' Thiofride Abbé d'Epternac, son con- Mub. au. 1. 65. 0. temporain dont il y a divers écrits, sravoit assés bien pour son 48'
Pij
S*od. bib. bslg. temps le grec et l'hébreu. ' Les Tetraples du Psautier, que fit n.,bT','p"W' copier Oudard, ou Odon, Abbé de S. Martin de Tournai et depuis Evêque de Cambrai, supposent que l'on cultivoit les mêmes langues dans son monastère. Cet exemplaire, qu'on voïoit encore à S. Martin du temps de Sanderus, contient sur quatre colonnes le texte gallican, le romain, l'hébreu et le grec. Peut-être seroit-on en droit de rapporter au même Odon Aggt. bib. n>. une introduction à la Théologie, où l'on cite plusieurs passap«. 3. n. sis. ges l'Ecriture sainte en hébreu. Elle se trouve encore manuscrite sous le nom d'un certain Odon indistinctement. La correction du texte original de la Bible, qu'entreprirent en 1109 les Moines de Cileaux, et dont on a déjà parlé, fait juger que cet Ordre dès sa naissance s'appliqua à l'étude des Langues. On sçait qu'Abélard avoit acquis une assés grande connoissance de l'hébreu, qu'il avoit peut-être étudié dès ce siecle-ci.
C X L. La critique étant un sage discernement du vrai d'avec le faux, du certain d'avec le douteux, du réel d'avec le spécieux, ou apparent, elle étend son empire sur toutes les facultés de la Literature. Aucun de nos sravants de ce siècle ne la posséda jusqu'à ce point. Mais on en vit plusieurs, qui n'en manquoient pas en certains genres d'Etudes. Divers Canonistes avoient déjà senti la supposition des fausses Decretales, Marsan*, i. i. sans que persone jusqu'ici en eût allégué des raisons.' Heriger, p' ' Abbé de Laubes, le tenta dans un recueil de difficultés, qui
roulent sur autant de points de Critique. 11 y demande, comment les lelres qui portent le nom de S. Jaques à S. Clément, et celles qu'on attribue à S. Clément, comme écrites à S. Jaques, peuvent véritablement leur appartenir; puisque S. Jaques étant mort huit ans avant S. Pierre, S. Clément n'a pu lui apprendre le martyre de ce Prince des Apôtres? Et par cette demande, comme on voit, il démontre la fausseté de ces lep. us. tres prétendues. ' Dans une autre difficulté Heriger découvre l'impossibilité, qu'il y a à soûlenir que S. Materne ait été envoie dans les Gaules par S. Pierre ; puisque l'histoire nous apprend, qu'il assista au Concile d'Arles convoqué par S. Silvestre. 11 fait voir ensuite l'incomparabilité entre 1 opinion des Romains et celle des Grecs, au sujet du baptême du grand Constantin. Ceux-là, dit-il, montrent à Rome le baptistère, où S. Silveslre le baptisa. Les Grecs soûtienent au contraire, poursuit Heriger, qu'il le fut à Nicomedie par Eusebe Evèque
Arien du lieu. ' Le B. Guillaume Abbé de S. Bénigne montra, M)lh a,,. „. p.
qu'il avoit aussi du discernement et du bon goût, et par consé- Ml- **•
quent de la critique, en ce qui regarde le chant ecclésiastique,
par les corrections importantes qu'il y fit tant pour le texte que
pour la note. Il réussit si parfaitement à rectifier l'office divin
à l'usage de ses monastères, que nulle part ailleurs il n'éloit ni
plus beau ni plus régulier.
CXLI. ' Divers endroits de la réponse du Cardinal Hum- Bir.u. t. h. p. bert à Nicetas Pectoral font voir, que ce sçavant Défenseur de 10W*-,0Wl'Eglise Romaine n'étoit point entièrement dépourvu de Critiue. 11 relevé fort bien son adversaire , et sur les Canons attriués par les Grecs au Concile de Trulle , et sur le Pape Agathon, qui ne présida pas en persone au VI Concile gênerai , mais seulement par ses Légats. Lanfranc , qui étoit le plus sçavant homme de son siècle, étoit aussi celui qui avoit le plus de Critique. L'Histoire nous en fournit plusieurs preuves sur divers sujets de Literature. ' Bercnger s étant émancipé de ci- unf. in fer. e. t. ter à faux des passages de S. Jérôme , de S. Augustin , de S. *• °* Grégoire et autres , Lanfranc rompu dans la lecture de leurs écrits, le reconnut aussi-tôt. Il s'offrit non seulement à montrer , qu'ils étoient ou faux , ou corrompus; ' mais il l'exécuta c. 9. en effet, à l'égard de quelques textes de S. Ambroise. ' Une vu. e. 15. 1 n*. de ses occupations literaires, en quoi il fit voir un autre genre J^"* i kffi de Critique, étoit de corriger les exemplaires de la Bible , et p- 317. sis. des ouvrages des Pères sur les meilleurs manuscrits. On conserve encore à l'abbaïe de S. Martin de Séez , les dix premières Conférences de Cassien , corrigées de la propre main de ce grand homme. A la fin se lisent ces mots qui en font la preuve : Hucusqueeyo Lanfrancuscorrexi. Il rendit le même service à trois écrits de S. Ambroise , l'Hexameron , l'Apologie de David et le traité des Sacrements , tels qu'on les voit à la bibliothèque de S. Vincent du Mans. Lanfranc étendit sa critique jusqu'aux livres dont on se servoit au Bec pour l'office divin , tant de la nuit que du jour. Quoiqu'élevé sur le siège de Cantorberi, et chargé de tous les soins inséparables de la dignité de Primat de toute l'Angleterre, il trouva encore du temps pour continuer le même travail , tant il le jugeoit utile à l'Eglise et à la Republique des Letres.
CXLII. ' Le goût qu'avoit Lanfranc pour la critique il le unf. tu. e. «s. communiqua à ses disciples. A son exemple S. Anselme, AnMi.-rii. p.s.6. pendant qu'il étoit Prieur du Bec, s'appliqua aussi à corriger
. i. «p. 34. les livres. On a dit ailleurs, ' que d'autres Moines du Bec y travailloient pareillement, et qu'à cet effet il faisoient venir, même de loin , les exemplaires qu'ils savoient être le plus cor- Mai, pari», i.is. rects. ' Gondulfe, l'un d'entre eux, étant devenu successivep- ,!- ment Abbé de S. Alban , puis Evêque de Rochester , conti-
nua de s'occuper au même travail. Les corrections qu'il fit aux livres de l'ancien et du nouveau testament , corrompus par l'inadvertance des Copistes, eurent de si heureuses suites, que l'Eglise d'Angleterre et celle de France en tirèrent beaucoup de fruit. Le travail des Moines de Clteaux en ce même genre de Lilerature, dont on a parlé autre part, suppose que ce grand Ordre dès sa naissance avoit quelque goût pour la Critique. Guibert de Nogent en avoit beaucoup plus , que presque tous lc3 autres Ecrivains de ce siècle. Ses divers ouvrages en précoiL. a* Nov. do sentent grand nombre de traits. ' Son traité des Reliques des fig. P. »7-3«. gajnts en particulier peut passer pour un traité de Critique. II y établit des principes fort judicieux, touchant le respect qui est dû à ces SS. Reliques. Il avoue qu'il y en a de fausses, comme il y a aussi de fausses Légendes, et rapporte plusieurs exemples des unes et des autres. 11 y fait une vive sortie sur les inventeurs de faux miracles, et souhaitoit qu'on les punît sévèrement. La raison qu'il en donne est frappante. C'est, dit-il, qu'attribuant à Dieu ce qu'il n'a pas fait, ils le font mentir, autant qu'il est en eux. Guibert composa cet écrit à l'occasion d'une dent de notre Seigneur , ouc les Moines de S. i . 3. e. i. n. 3. Medard de Soissons prétendoient avoir. Il montre fort bien ,
3uc cette prétention est chimérique , et qu'il en est de même e celle d'autres persones , qui croïoient posséder le Nombril , ou d'autres parties du corps de J. C.
CXLIIL Mais il s'en faut beaucoup , que tous nos gents de Letres eussent autant de lumière et de discernement pour les faits passés. Ce défaut gênerai de Critique , et le mauvais goût qui régnoit encore, furent cause qu'on étudia, et qu'on écrivit aussi mal l'histoire en ce siècle qu'au précèdent. On ne se plaisoit encore qu'à l'extraordinaire et au merveilleux ; négligeant ou méprisant même le vrai et le naturel. C'est ce qui fit aimer les Romans, la fable, les fictions, et recevoir tout sans discernement. A ces défauts généraux, ceux q.ui s'émancipèrent d'écrire l'histoire en joignirent encore d autres. Au lieu de prendre les Anciens pour modèle, ils se contentoient d'imiter ceux qui les avoient suivis de plus près, et qui étoient
tombés dans des défauts essentiels. Un des plus palpables, c'est
3u'en se proposant de conserver à la postérité les événements e leur temps, ils avoient commencé leurs ouvrages par l'origine du monde, en le continuant par la suite des siècles jusqu'au leur, et y faisant entrer les mômes choses, que d'autres avoient dites avant eux. Rien, il faut l'avouer, n'est plus déplaisant, lors sur-tout qu'il s'agit de faits, que la répétition des mêmes choses, sans y presque rien ajoûter de nouveau. La négligence qu'ils eurent à lire les écrits des Anciens, les laissa dans l'ignorance de l'antiquité. De-là' ces vives altercations Cone. i. 9. p. sur l'apostolat de S. Martial, qui agitèrent l'Aquitaine pendant Sub. Kft9*?' 1 plusieurs années, et que la connoissance de l'antiquité auroit 7,7*7ii8terminées dès leur origine. De-là ces bévues en fait d'histoire, ' rapportées par M. l'Abbé le Beuf sur le siècle qui nous occu- l« Beaf,di«.i.s. pe. Pour avoir ignoré que le titre de Pape se donnoit ancie- pw" s" p' 157 nemenl aux simples Evôques, on crut qu'un anneau trouvé à Perigueux en 1072, au doigt d'un Evêque allestoit, que c'étoit le Pape Léon III qui étoit venu mourir en France, par ce qu'on y lisoit ces mots, Papa Léo. On feroit une longue liste, si l'on vouloit entrer dans quelque détail de cette sorte d'erreurs, dans lesquelles sont tombés nos Historiens, faute d'être instruits de l'antiquité. Quelfjues-uns ignoroient môme ce qui s'étoit passé en France depuis moins de deux cents ans. ' Tel Ad#m. et*, p. im. est Ademar de Chabanois dans la succession des principaux m- Maîtres de la doctrine qu'il a entrepris de nous tracer.
CXLIV. Quelque défectueux après tout que soit la manière d'écrire de nos Historiens de ee siècle, tant à cause des vices généraux qu'on vient de marquer, qu'à raison du défaut de choix, de méthode, et autres qu'on fera sentir dans le compto qu'on en rendra en particulier, on ne laisse pas de tirer beaucoup de fruit de leur travail. Il nous en reste grand nombre de monuments. Mais tous ne sont pas de môme mérite, et leurs Auteurs s'y sont proposés dos desseins fort différents, les uns plus , les autres moins étendus. Quelques-uns tels que Raoul Glaber, Geofroi de Mala terra et Guillaume de la Pouille ont embrassé des roïaumes et des nations entières. Nous aurions d'abord nommé Aimoin de Fleuri, si nous n'en avions déjà parlé au siècle précèdent. D'autres ont entrepris de rapporter indistinctement des laits arrivés en divers pais, sans qu'ils aient de liaison entre eux. Tel est le dessein de Sigebert dans sa chronique. Ceux-ci se sont bornés à l'histoire
Sarliculiere de quelques Souverains, comme Helgaud à celle u Roi Robert le Pieux, Wippon, qui nous paroit avoir été Bourguignon, à celles des Empereurs Conrad le Salique et Henri III, et Guillaume de Poitiers à celle de Guillaume le Conquérant. Ceux-là ont fait entrer dans leur dessein les événements arrivés dans plusieurs provinces. C'est ce qu'Ademar de Chabanois a exécuté dans sa chronique, le principal de ses ouvrages. Plusieurs autres se sont restraints à des villes et des monastères particuliers. Tels sont les auteurs des chroniques de Verdun, de Gemblou, d'Andres, de Mouson, d'Afflighem, de S. Pierre le vif à Sens, de S. Riquier, qui finit en 1088, et autres. Celle d'Andres, quoique poussée jusqu'en 123i, fut néanmoins commencée dès 1082 par Guillaume Abbé de la Maison.
CXLV. Dans toutes ces Chroniques particulières, les Auteurs ont été attentifs à insérer quantité d'événements publics, qui regardent l'Eglise et l'Etat, et qui rendent ces écrits fort intéressants. Celle de Verdun entre toutes les autres est par ub. bib. noT. i. cette raison d'un prix inestimable ; ' et le sçavant P. Labbe ne 1 p" 75- fait pas difficulté de la aualifîer un thrésor incomparable de
l'histoire ecclésiastique du XI siècle. Le grand nombre des autres monuments historiques sont des Légendes, dont plusieurs ont un mérite réel. 11 faut mettre dans cette classe les vies de S. Abbon de Fleuri ; du B. Guillaume, Abbé de S. Bénigne; de S. Henri Empereur; du B. Richard, Abbé de S. Vanne ; de S. Poppon de Stavelo ; de S. Isarne de S. Victor à Marseille; de S. Maïeul de Cluni, et de S. Odilon son successeur ; de S. Robert, Abbé de la Chaize-Dieu ; du B. Simon, Comte de Crespi; de S. Arnoul, Evêque de Soissons, du B. Thierri, Abbé de S. Hubert; du B. Hellouin, fondateur du Bec; du B. Lanfranc, Archevêque de Cantorberi; de S. Gautier, Abbé de S. Martin à Pontoise ; et quelques autres, dont on rendra compte dans la suite, comme des précédentes. Outre la certitude des faits qu'on trouve dans ces Légendes, et la lumière qu'elles donnent pour l'histoire de ce siècle, il y en a plusieurs qui sont écrites avec ordre, un certain choix, et quelques beautés de style, qu'on aura soin de faire observer en leur lieu. Aussi quelques-unes sont-elles la production d'Auteurs célèbres, tels que S. Anselme de Cantorberi, Marbode de Rennes, Raoul Glaber, les Crispins, et autres. I^s Cartulaires peuvent aussi être comptés entre les monuments historiques.
riques. On a marqué ailleurs de quelle utilité ils sont pour l'histoire. 11 en fut dressé plusieurs eu ce siècle. Un des plus estimables est sans contestation celui de l'abbaie de S. Pere à Chartres.
CXLVI. La Géographie et la Chronologie, les deux ailes de l'histoire, ne furent pas mieux cultivées en ce siècle qu'au précèdent. Seulement ' Bernard, Clerc de l'Eglise d'Utreeht, s^. c. m. qui portoit le surnom de Silveslris, et que Sigebert place à la fin du XI siècle, ' laissa de sa façon sur la Géographie un écrit u Beur. u>. p. intitulé : Comiographus , qui se trouve entre les manuscrits de 17°' la Cathédrale d'Amiens. A l'égard de la Chronologie, ' Ma- s«.enr. an. iok». rien Scot, Moine de Fulde et contemporain de Bernard, setant aperçu que notre ère vulgaire est défectueuse, travailla beaucoup à la rectiiier. Nos François purent tirer quelque secours de son travail. Un point de Chronologie auquel ils se montrèrent fort attentifs est la date du jour auquel mouroient les persones de distinction. Presque tous ceux qui ont composé des épitaphes sur leur mort, se sont lait un devoir d'y marquer le jour. S'ils avoient eu la même attention pour l'année, leurs pièces seroient tout autrement utiles. On ne lit pas plus d'honeur à la science des Antiques, qu'à la Géographie et à la Chronologie. 11 éloit cependant impossible, qu'on en découvrit beaucoup dans la démolition de celle multitude d'Eglises qu'on rebâtit h neuf dans le cours de ce siècle. Mais le silence que presque tous nos Ecrivains gardent â ce sujet, fait juger qu'on n'étoit pas fort curieux de cette sorte de monuments, et qu'on se meltoil encore moins en peine d'en conserver quelque notice à la postérité. Ce qu'en disent queluues-un% doit être compté pour presque rien. ' Le Poète Foulcoïe fait nu. do Mejux, mention d'une Statue trouvée à Meaux, sous les ruines d'un uVuf, 'iù/p3' iui* temple de Mars, et la croïoil de ce faux Dieu. a Guibert de « Guib. de n«v. Nogent parle d'anciens sépulcres et d'inscriptions, qu'on trou- v"- 1 *• c- *• va en bâtissant le monastère de Nogent, et nou< apprend que e'étoit des monuments de l'antiquité paienc, ' Ebrard, Cha- Man. anec. t. 3. noine Régulier de Guatines, Historien de la fin de ce siècle, p 8U0et des premières années du suivant, paroil s'être as-és bien connu en Antiques, comme on le voit par celles dont il a eu occasion de parler.
CXLV1L L'Eloquence, suivant l'idée des Anciens, est l'art de persuader par le discours; et cet art dépend encore plus du naturel et de la trempe de l'esprit, que de l'étude. Si
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la nature en ce point ne fait les premières avances, tous les préceptes de l'art devienent inutiles. Mais lorsqu'ils trouvent des dispositions naturelles, le progrès dans l'Eloquence est promt et aisé. Ces dispositions ne manquoient pas sans doute à plusieurs de nos gents de Letres. On éloit soigneux d'ailleurs de donner des leçons d'Eloquence. La Rhétorique, qui est destinée à cet effet, s'enseignoit publiquement dans nos Ecoles, avec les autres Arts Libéraux, dont elle fait partie. Avec tout cela néanmoins ce siècle ne produisit presque point d'Orateurs. Nous en remarquons deux raisons principales. D'une part, les Rhéteurs, ou Mailres d'Eloquence, ne la connoissoient guéres eux-mêmes, et suivoient de mauvais modèles. De l'autre, ceux qui 1'étudioient, s'y appliquoient trop tôt, comme on l'a déjà observé sur le siècle précèdent. On leur faisoit lire à la vérité, Crysippe, Ciceron et Quintillicn; mais ils n'avoient pas encore le jugement assés formé, pour en tirer tout le fruit qu'il auroitétéà souhaiter. Il ne laisse pas après tout de se trouver une certaine Eloquence dans les ouvrages de quelques-uns de nos Ecrivains. 11 y en a dans ceux du Cardinal Humbert, de Lanfranc, de S. Anselme, d'Hildebert du Mans, et de quelques autres, nommément de Raoul Ardent, qui peut passer pour un véritable Orateur. Mais ce qu'ils en retienent, vient plutôt de la beaulé e! de l'heureux génie de ces grands hommes, que des préceptes de l'art qu'ils avoient reçus.
CXLV1II. Quoique nos Rhéteurs, pour les raisons qu'on vient de voir, formassent très-peu d'Orateurs en ce siècle, il y eut toutefois bon nombre de persones, qui s'exercèrent à l'E- Faib. «p. $g. loquence de la Chaire. ' De tout temps c'étoit une fonction attachée à l'episcouat, comme l'observa S. Fulbert de Char- Ires. C'est pourquoi il vouloit que les Evéques eussent le don de la parole, et fussent hommes de beaucoup de Letres. Mais il paroil, que depuis quelques siècles la plus part négligeoient de remplir cette obligation de leur saint ministère, et se mettoient peu en peine d'y faire suppléer par d'autres. Cette né- Conc.t. 9. p. 905. gligence jelta l'Eglise Gallicane ' dans une si grande disete de Prédicateurs, que les Prélats qui en 1031 composoient le Concile de Limoges se crurent obligés de s'en plaindre. Il fut ordonné en conséquence, que les Evêques engageaient à cette fonction tous les Clercs qui en seroient capables, pourvu qu'ils eussent l'ordre de Lecteur. Depuis ce règlement les Prédica-
leurs se multiplièrent beaucoup. Mais pour empêcher qu'ils ne parussent intéressés, et ne semblassent rendre mercenaire l'Eloquence de la chaire, ' le Concile île Poitiers tenu en ! 100 i. 10. p. na. c. défendit d'admettre à la prédication ceux qui portaient des Reliques pour quêter. L'histoire nous a conservé quelque connoissance delà |)lus part de ceux nui s'y dislingucrcutau-dessus des autres. Cependant comme ils éloicnt tout occupés à instruire leurs auditeurs, ils pcnsoient nirenient à conserver à la postérité les discours qu'ils tutoient de vive voix. 11 est an i . é de-là qu'il nous reste peu de leurs sermons. Raoul Ardent est celui dont on en a le plus. On y découvre, comme nous l'avons déjà dit, grand nombre de traits d'éloquence, et d'une éloquence digne d'un meilleur siècle. Si l'on avoit été soigneux de nous conserver les pièces di s autres Prédicateurs, peut-être trouveroil-on dans quelques-unes les mêmes beautés, que dans celles de Raoul. Tout ce que l'on peut dire de celles qui sont venues jusqu'à nous, c'est en gênerai 'qu'elles sont u tenr, in. p. plus senlentieuses que les sermons du X!l siècle.
CXL1X. Puisque nous sommes privés de presque tous les discours de nos plus célèbres Prédicateurs île ce siecle-ci, il importe de les faire connoitre au moins par quelques traits de leur histoire. On a déjà vù, 'que S. Gervin Abbé de S. Ri- ^Jj'-^j*- 3 p quier, mérita de tenir entre eux une des premières places. Il 3i)' a' 2I' prêcha effectivement avec beaucoup de succès, non seulement en Ponthieu, en Picardie, en Aquitaine et autres provinces de la France, mais encore en Flandres et jusqu'en Hongrie. Hugues. Archidiacre de l'Eglise de Rouen, joignoit à un ra- \t3 p- 374re sçavoir, un grand talent pour l'Eloquence de la chaire. sGe- «orj. vu. i. 6. p. rold, Clerc d'Avranehes, et homme de Letres pour son temps, 598 ' alant suivi en Angleterre Guillaume le Conquérant, s'y distingua par ses Prédications. S. Hugues, ordonné Evêque de J*M-D ^•f- Grenoble dès 1080, avoit beaucoup d'esprit, de sçavoir, une mémoire des plus heureuses, et passoit pour un des grands Prédicateurs de son siècle, Prœdica/or egregius. S. Gerauld, ^b nib^4t- pfondateur et premier Abbé de la Sauve-Majour, exerça aussi avec fruit le ministère de la parole. Gilbert Evêque d'Evreux, oni. vit. i. 7. p. étoit sans doute regardé comme habile dans l'Eloquence de m' la chaire; puisqu'il lut choisi entre tous les autres Prélats de Normandie, pour faire l'oraison funèbre du Roi Guillaume, qu'il prononça à la satisfaction de l'auditoire. ' Wéderic, Moi- Spic. t. io.p. sm. ne de Blandimberg, se rendit célèbre par ses prédications en ,
Qij
Flandres et en Brabant, au temps du différend entre le Pape Grégoire VII et le Hoi de Germanie Henri IV. II vit au nombre de ses conquêtes spirituelles, six Chevaliers fameux par leurs rapines, qui devinrent illustres par leur pénitence et »ub. an. 1.60. n. 'établissement »le i'abbaïe d'Alïlighem. ' Tout à la fin du siecle, (iilberl, Moine de S. Arnaud, le B. Kob>rt d'Arbrisselles, S. Bernard de Tiron et S. Vilal de Savini, ou de Mortain, illustrèrent aussi par leurs prédications plusieurs de nos Guib. de Not. p. provinces. ' (îuiberl de Nogcnl s'exerça non seulement à l'Es'8- loquence de la chaire ; il lit encore un petit traité de la ma*
niere <|i' prêcher, dans lequel il donne de beaux préceptes pour ceux qui veulent l'entreprendre.
CL. Si la France n'eut presque point de vrais Orateurs en ce siècle, on ne doit pas être surpris de ce qu'elle n'eut point non plus de vrais Poêles. La Poésie en effet, au sentiment des meilleurs connoisseurs, n'est qu'une Eloquence plus sublime et plus rafinée, qui demande ce que l'esprit humain a de
|)lus fort, de plus éle.é, de plus délicat, de [dus brillant, et e langage le plus poli, le plus énergique, le plus animé. Malgré tant de qualités requises pour faire un bon Poêle, presque lous nos Ecrivains eurent l'ambition d'aspirer à cet noneur. On verra paroi tre plus de cinquante de ces versificateurs dans le cours de ce siècle. Mais tous leurs efforts se bornèrent à faire de très-méchants vers pour l'ordinaire : des vers semblables à ceux des quatre derniers siècles, où non seulemont il n'y a presque aucun trait de la belle Poésie, mais où la prosodie n'est pas même gardée, et où l'on ne découvre qu'une platitude disgracieuse et rebutante. Dans les pièces môme des Versificateurs, qui passoientpour avoir un peu plus de talent que les autres, on trouve des fautes grossières, et «lia. car. P. un. quelquefois des Césures affectées. ' En voici un exemple tiré des poésies dTIildebert.
Dicitur à pliy ùo cura doect indo-logo.
Outre la grande quantité d'ouvragesen vers, souvent de longue haleine qu'enfanta ce siècle, le nombre prodigieux d'épitaphes qui y furent faites, et les vers intercalés dans la plûpart des Légendes, quelquefois même dans les chroniques et autres écrits, montrent qu'on avoit un attrait particulier pour la versification, sans avoir les dispositions nécessaires pour y réusi» Beuf, a>. p. sir. ' Elle devint si commune et si fort à la mode, qu'on écri-
voit ou gravoit des vers sur les sceaux, les cachets, et autres choses semblables.
CLl. Hildebert ne fut pas le seul, qui s'éleva un peu audessus de la foule des Versificateurs de son temps. Il y a aussi dans Marbode, son contemporain, quelques vers loleiables; mais ses pièces ne sont pas soutenues. Hugues, Evêque de p *S».Co"" Langres, qui se mèloil aussi quelquefois de versifier, lit en une occasion deux vers sur le champ, comme il semble, en présence de Guillaume le Conquérant, qui furent alors admirés et grassement paies par le Prince. Il y a du bon ; mais on ne les admirerait pas en nos jours. Les voici pour en juger.
Si quis m aille vidrt, qui le cin unspicit, ex te CoUigit, aule Conu-s, IU x modo, Cœ^ar eris.
Geofroi, Poète de Reims, Raoul Tortaire, Moine de Fleuri à la fin de ce siècle et les premières années du suivant, et quelques autres se distinguèrent aussi par certain ts traits de leurs poésies, du commun des Versificateurs. 'Odon, de Moine de do*m. t. *. p. Cluni, Cardinal Evêque d'Oslie, différent du Pape Urbain 11, *"* m' oui avoit porte le même nom, et rempli la même dignité, s'en distingua encore davantage. Sa poésie est moins rude, plus rc- Em Bn, ( , guliere et plus coulante que celle de tous les autres. On re- sf?*" ° P marque au sujet des pièces de vers dilildebert du Mans, qu'elles furent si goûtées, qu'on en fit bien-tôt usage dans les Eco-, les même de Rome. Quoique le gros de nos Poètes n'exerçât sa Muse pour l'ordinaire, que sur des sujets de pieté, plusieurs d'entre eux néanmoins prirent d'autres matières. Gui, Evêque d'Amiens choisit la conquête d'Angleterre par Guillaume le Bâtard. Oudard, ou Odon, depuis Evêque de Cambrai, travailla sur la guerre de Troïes. Marbode de Rennes écrivit avant son épiscopat sur les pierres précieuses. Ekbert Chanoine de Liège publia un recueil d'énigmes champêtres. Hildebert traite aussi quelques autres sujets que ceux de pieté. L'on verra encore dans la suite d'autres Poètes, qui en ont usé de même.
CLII. Quelques autres donnèrent dans le genre satyrique, qui jusqu'ici avoit été assés rare en France. Peut être le goût leur en vint-il dps Poètes Provençaux, qui en faisoient beaucoup d'usage. Mais sur le pied qu'étoit alors la Poésie, la satyre ne pouvoit avoir les beautés requises. On n'y voit effectivement ni vivacité, ni ces traits agréables que demande ce
genre de Poésie. On n'y a pas même toujours porté l'attention à n'attaquer directement «pie les mœurs, et ne toucher aux persoues que par réflexion. Ces défauts se montrent à décou- M?b. an. i. 6». n. vert ' dans deux pièces salyriques d"un Poëte nommé Nicolas ;
l'une contre les Abbés simoniaques, l'autre contre un Abbé de S. Estiene de Caen, qui devoit être le successeur du B. Lanfranc, et qui éloil un homme d'une vie irréprochable. On ne trouve non plus que de la passion et un tas de paroles, sans sel, ni saillies ingénieuses, dans un autre long poème satyrique contre h es, Abbé de S. Dcnys, mort en 1094. Les Evêques et les Abbés se mèloient aussi eux mêmes quelquefois de faire des satyres. Le poème d'Adalberon, Evéque de Laon au Roi An», t. 3. p. 533- Robert ne mérite fioint d'autre qualification. 'Ce Prélat n'est pas lui-même épargné, dans une prose cadencée sur les temps du même Prince, où l'Auteur a masqué ses personages sous des Mari. im. Coll. noms empruntés de l'Ecriture et de l'histoire profane. 'Il y a i. 4. p. 933. 93i. aussj quelques vers salyriques de la façon de Hugues Evêque Anji. «ac. 1. 1. p. de Langres. Godefroi «le Cambrai, Prieur d • W'incheslre, **• avoit aussi du goût pour la Poésie satyrique. Tous nos Poètes
n'emploierait presque point d'autres espèces de vers que les hexamètres et pentamètres. Mais les vers léonins, ou vers latins rimés, et quelquefois sans rime, ni d'autres mesures que la cadence, devinrent alors tout communs. On les emploïa même à écrire des ouvrages d'assés longue haleine en tout ou en partie. Témoins les histoires de Uonizon, Moine de Canosse, de Wippon. Panégyriste, de Conrad le Saliquc, et le troisième iiis. u. de u Fr. et quatrième livre de Geofroi de Mala terra. 'Leur origine p.3sT7.?*.' 'd. p. remonte même plus haut, comme nous l'avons montré ail- «37. sis. leurs. Ainsi tombe l'opinion commune, qui la renvoie à la On du XII siècle, pour en faire honeur au Poète Lconius. ' Opifou. i. jun. p. nion déjà détruite par les sçavants Continuateurs de Bollandus.
CLII1. On peut juger, combien les vers latins rimés étoient au goût du siècle que nous parcourons, en voïant que les plus célèbres Ecrivains les préferoient quelquefois à la Poésie plus Mah. aoa. 1. 1. p. commune. ' C'est en ce genre de versification qu'Adelmanne, depuis Evêque de Bresse, a fait les éloges de Fulbert de Chartres, et des autres plus grands hommes de Letres de son temps. C'est aussi le même genre de Poésie que choisit S. Anselme, pour célébrer les louanges du B. Lanfranc son Maître. Cette sorte de vers donna un nouveau cours aux proses rimées, dont
l'usage étoitdéjà établi longtemps auparavant. ' Les manuscrits l» Bouf, ib. P. des grandes bibliothèques, remarque M. l'Abbé le Beuf, sont 6i' plein- de ces ancien''.-, pièces ri niées , tant pieuses «pie profanes. ' Goudin , .Moine de Luxeu, en a fait une de trente stro- m»*, a», t. 3. P.
Ehes sur la mort de Constance, Ecolaln: du monastère. ■ (îil- .ali^i. ».83. n. ert , Moine de Vareilles, en fit une autre sur S. Romain , et ^; 1 ""• '• 6Iun Anonyme une troisième sur la mort du B. Thierri Abbé de S. Evroul, qui mourut dans l'isle de Chypre en allant à Jérusalem. 'On! rie Vital en rapporte une antre sur la mort de Wit- ord. vit. 1. 3. 1». mond, sçavant Moine de la môme abbaïe. Mais toutes ces 485 ■ pièces ne sont considérables, que pour nous faire voir quel étoit le goût de ce siècle. La rime y éloit si fort à la mode,
qu'on l'introduisit dans les Tragédies latines, qui commen- Le Beuf. ib. r. cerent à avoir cours, ainsi qu'on l'a observé plus haut. Un en fit une à S. Martial de Limoges, SOUfl le règne de Henri I, dans laquelle on a associé Virgile aux Prophètes, qui vont à l'adoration du Messie nouveau né. Nous ne trouvons point cependant de vestiges, qu'on fil représenter ces Tragédies avec appareil et décoration, avant les exercices île Dumsla- ^«j»^ îub *ib d" pie sous l'Eeolalrr Mathieu, dont on a parlé. Le sujet de la " "
f première pièce dramatique, qui fut ainsi représentée, étoient es miracles de sainte Catherine. De sorte qu'elle pouvoit être pour le fonds ' de la façon d'Ainard premier Abbé de S. Pier- Oni. *u. 1. 4. p. re sur Dive, quiavoit composé plusieurs années auparavant des 530 " Chants sur cette Sainte, et sur S. Kilien de Wirlzbourg. Les premières pièces de théâtre parmi nos François représentoieut, comme l'on voit, des sujets de pieté : ce qui continua jusqu'au XVI siècle.
CLIV. Ce qui donna occasion à ces pièces dramatiques de pieté, furent vraisemblablement les exercices des Jongleurs. On a observé en son lieu, que depuis nos anciens Bardes (Jaulois il s'éloit conservé en France, sur-tout à la Cour des ( ira nds, de ces espèces d'Histrions, de Bon iTons, Bateleurs, Baladins. Sur la fin du X siècle ces Jongleurs se multipliercnt} à la faveur des poésies vulgaires que les Trou verres commencèrent à composer, pour être chantées, ou déclamées en public. Et comme ces Jongleurs, mêlés avec les Cantadours, et autres gents de celle sorte, accompagnoienl de gestes, de grimaces, de danses, de postures indécentes, leurs chants, leurs déclamations et sons d'instruments , et que d'ailleurs leurs pièces n'étoient pas toujours fort chastes, la pieté chrétienne cii fut
alarmée. On chercha en conséquence à substituer à ces dangereux divertissements des spectacles qui pourroi'ent divertir sans blesser les bonnes mœurs. I)e-là vinrent probablement les Tragédies, dont il est ici question. La même chose étoit déjà arrivée à l'égard des augures et autres divinations païcnes,ausquelles on substitua ce qu'on nomme le sort des Saints et les Jugements de Dieu. Pour revenir aux Jongleurs, il s'étoient ré-
M»b. aci. t. 8. p. pandus dès ce siecle-ci dans presque toutes nos provinces. ' Il en étoit même passé à la Cour de l'Empereur S. Henri , Canis. b. i. 3. par conséquent avant 1021. Il s'en trouva aussi une troupe
E!d.in£'fTnft.' àux nopees de Henri III, Roi de Germanie, lorsqu'on 1043 il épousa à Ingelheim Agnès, tille du Comte de Poitiers. Une preuve que ces Jongleurs y étoient allés de France, c'est que le Prince les méprisa souverainement, et les renvoïa sans récompense. Exemple utile pour tout le monde, remarque un
Mai, ib. t. 9. p. des Historiens qui rapporte ce fait. ' Il y en avoit aussi en Auvergne, comme on l'a vù par celui que S. Robert de la Chaise-Dieu convertit. La vie de S. Aybert Prêtre et Reclus
Bon. 7. aPr. p. nous apprend ' qu'on en voîoit aussi en llainaut. Pasquier ajoûte qu'ils fréquentaient particulièrement la Cour des Comtes de Flandres.
CLV. A l'égard de la Poésie françoise, on étoit encore bien éloigné des temps où elle devoit rece/oir quelques dégrés de perfection. Elle ne laissa pas néanmoins d'être fort cultivée en ce siècle. Presque tous les ouvrages en langue romancière, jusqu'aux traductions étoient en vers. Outre ceux oui composoient des ouvrages sérieux en ce genre d'écrire, et les faiseurs de Romans, il s'éleva tant en Languedoc, en Provence, en Aquitaine, qu'ailleurs une nuée d'autres Poètes, qui se bornèrent pour la plupart à faire des Chansons et Vaudevilles. De tout temps les François ont eu de la passion pour cette sorte d'amusements; et l'on peut dire sans les flatter, qu'ils n'y ont pas mal réussi, par rapport aux gentillesses et aux saillies ingénieuses. Tout événement un peu remarquable suffisoit Uo, ep. G7. pour animer leur Muse. ' Ives de Chartres nous en a laissé un exemple dans une de ses Letres, au sujet de la conduite d'un
o«nd. mon ades Clerc, qui l'avoit fait chanter en Vaudeville. ' Les Tournois,
r. p. ut. m. furep| au inojl)S m]S en rt,gie et devinrent fréquents en ce
siècle, si même ils n'y prirent naissance, fournirent de nouveaux sujets à ces chansons , par les avantures , le plus souvent singulières, qui les accompagnoient. Ils contribuèrent encore
re en une autre manière à faire cultiver la Poésie Françoise, ' en ce que l'annonce s'en faisoit d'ordinaire en vers, par deux p. m. filles de qualité. Ils furent non seulement avantageux à notre Poésie;' ils servirent aussi à polir les mœurs de la Noblesse, p- i>9- w- H falloit être sans reproche, et n'avoir rien fait d'indigne de sa qualité pour y être admis. De sorte que les jeunes Gentilshommes désirant de briller dans de si nobles assemblées, veilloient à ne rien faire qui pût les en exclure. ' La jeunesse les p no. regardoit comme une Ecole honorable pour apprendre ses exercices, les gents faits, comme une occasion de faire admirer leur adresse, et les Amants comme un moïen d'acquérir l'estime de leurs Belles. C'étoit pour les Dames qu'ils se faisoient, et c'étoit toûjours elles qui en donnoient le prix.
CLVI. Les Romans, ces agréables mais nuisibles fictions, concoururent encore davantage a la culture de la Poésie françoise; puisqu'ils étoient presque tous en vers. On a montré qu'ils avoient cours au moins dès le siècle précèdent. Ils se multiplièrent en celui-ci ; mais nous manquons de lumière, pour taire connoitre ceux qui virent alors le jour pour la première fois. Il y a au reste deauoi se consoler ; la chose n'en valant la peine, qu'autant qu'elle peut servir à faire voir l'application qu'on donna à cultiver nôtre ancienc Poésie. ' Le Roman de c*iei. m*. <in ' Guillaume au court nez, qui contient l'histoire travestie 1 de eom<,p' a» Saint Guillaume de Gellone, est incontestablement de ce Toul- p- wtemps-là, comme on l'a déjà prouvé. Il y a beaucoup d'apparence ' que le Roman de Roland, qu'on trouve encore manuscrit, quoi- An#t. bib. mi. pat\ qu'imparfait.sous divers titres récents et arbitraires,commc celui
Long, bib. fr. p-
de Roncevaux, est de même date pour sa première origine. Plu- J^,' sieurs raisons nous portent à le croire ainsi. Ceux qui l'ont eu ç^1*6- ll- *• pentre les mains, convienent qu'il est en vers françois fort anciens, et que le manuscrit ne l'est gueres moins. D'ailleurs, c'est vraisemblablement de ce Roman qu'a été tirée ' la fameuse Chanson de Roland, que Guillaume le Conquérant en 10C6 A»S;.l Cil; C pll; fit chanter à la tète de son armée , pour animer ses trou nés à la *• p- 108< bataille d'Hasting contre Harold, qui y fut défait. Chanson qui devint depuis comme le cri, ou le signal du combat, par l usage que les Princes et Généraux d'armée en firent en semblables occasions. La première origine d'Amadis de Gaule,
Ce Roman «il dmte en qontre par- luùre; 3, le Ctiaroy de NUme; *. I« tie*: 1. le» enfances do S. Guillaume; moinage, on monachUmo de Guillau- *, bi cooronormenl de Loui» le Debo- me.
Tom. VII. R
autre Roman, fort différent aujourd'hui de ce qu'il éloit dans 33S83â'b* p' ^ n£USâance> peut remonter jusqu'au XI siècle. ' Nicolas d'Herberay seigneur des Essarts, qui se connoissoit en romancerie, soutient qu'il fut d'abord écrit en vers françois ; et ce qu'il ajoute, feroit juger que ce fut en dialecte picard.
CL VII. Tout cela concourut à mettre notre Poésie en vogue. Elle étoit dès-lors si fort à la mode, que les plus grands Ganf. tos. chr. I. SClgneUrS Se faisoient un honeur de devenir Poètes. ' (iuillaum^S'fa^'l me IX, Comte de Poitiers et Duc d'Aquitaine, sur la fin de 2. p. m. ce giecie et les premières années du suivant, composa plusieurs pièces en vers françois. Il fut imité en ce genre d'écrire par Ebole, Vicomte de 'Ventadour en Limousin, fils d'un autre Ebole, et pere d'un troisième. Ebole avoit un talent particulier pour les chansons et autres poésies enjouées . Erat va/de graciosus in cantilenis , ce qui faisoit nommer ses pièces alacritatis carmina, des vers pleins de gaieté et d'enjouement. Sa facilité à versifier de la sorte lui donna beaucoup de part aux bonnes grâces du même Comte de Poitiers, son contemporain. Ce goût pour la Poésie françoise se communiqua aux Ecclésiastiques et aux Moines. Mais ceux-ci n'en firent usage pour l'ordinaire que d'une manière convenable à leur profession. Dès le commencement du siècle S. Israël chantre du Dorât, l'emploïa d'une façon utile au peuple, à qui il donna en vers françois du temps la vie de Jesus-Chrit, et mê- Maii. mi. i. 3. P. me l'histoire de l'ancien Testament. ' Au bout de quel- S'Hul a° U ques années, Thiebauld, ou Thetbautd de Vernon, Chanoine de la Cathédrale de Rouen , composa des chansons spirituelles sur S. Vulfram et S. Vandrille, qui eurent cours dans Bon. 7. apr. p. le public. ' On y en vit aussi sur S. Thibaud de Provins, de la 674. n. s. Maison des Comtes de Champagne, qui étoient même quel- LMd.Mt.t. s. p. quefois chantées par les Distrions et Baladins. ' Un Moine de Slavelo faisant en 1071 l'histoire du transport des Reliques de S. Remacle à Liège, fait mention de Cantadours, qui chantoient des chansons vulgaires : ce qui lui fit naître l'envie d'en faire à la louange du Saint; et il l'exécuta sur le champ. Ce détail suffit pour faire juger combien étoit alors cultivée la Poésie françoise.
CLMII. On cultiva aussi beaucoup la Dialectique; puisqu'on Penseignoit avec les autres Arts Libéraux dans presque toutes nos Ecoles, qui s'étoient alors multipliées jusqu'au point c-nd. ib. P. Isa. qu'on a vû. ' L'on y donna même une nouvelle application
vers le milieu de ce siècle, à l'occasion des écrits d'Aristote, qui aïant pénétré de Grèce en Espagne, furent apportés en France vers ce temps-là. Bien-tôt ce Philosophe s'y fit grand nombre de sectateurs. Berenger dès ce siecle-ci, Abélard, Gilbert de la Poirée et autres beaux Esprits au suivant, s'efforcèrent de l'exalter, et de le mettre en vogue. Mais comme ils passoient pour gents notés, ' plus ils lui donnèrent de louan- p ges, plus sa doctrine devint suspecte. On se souvenoil peutêtre que les Pères Grecs, et beaucoup de Pères Latins avoient dit dès les premiers siècles, qu'il n'y a point de Philosophes dont les principes soient plus contraires à la croïance de l'Eglise. On verra dans la suite, auel fut en France le sort de ce fameux Philosophe. ' Outre ses écrits, on se servit aussi de ceux d'A- Dachw. t. i. P. vcrroès, un de ses Interprètes, des Introductions de Porphy- " „[ *" ' re, et des Catégories attribuées à S. Augustin. Néanmoins avec tous ces secours, on ne vit point d'habiles Dialecticiens, on Logiciens, parmi nos François, jusqu'à Lanfranc et S. Anselme. ' La Dialectique dans son institution étoit l'art de rai- Fieu. dis. s n. 3. soner avec justesse et solidité, et de chercher la vérité par les voies les plus sûres. C'est à quoi l'on ne pouvoit parvenir, sons avoir des idées justes, qui dépendent de la connoissance des choses ; et l'on ne s'appliquoit presque point du tout en ce siècle à l'acquérir, celle connoissance. On ne faisoit consister la Dialectique qu'en des mots et des règles, dont on ne sçavoit pas le plus souvent faire l'applicalion. Tout aboutissoit à des raisonnements généraux, oui n'ont servi qu'à décrier les Philosophes, qui se sont bornés à discourir sur le bon, le parfait, l'infini , sansentrerdansle détail des connoissancesd'usageetdepratique.
CLIX. Ce fut pour remédier à ces défauts essentiels, que S. Anselme composa son traité du Grammairien, qui est un véritable traité de Dialectique, où il s'atlache à faire conuoître la substance et la qualité, les deux objets généraux de toutes nos idées, il réussit par-là à décrasser la Philosophie de son temps, et à lui donner quelque degré de perfection. Les travaux philosophiques de Lanfranc, et ceux du Docteur Odon, depuis Evéque de Cambrai, y contribuèrent aussi beaucoup. On fut redevable à ces trois grands Philosophes, de voir revivre la méthode des Anciens, qui fut alors violemment attaquée par une nouvelle secte de Philosophes, inconnue jusqueslà. ' Odon l'avoit particulièrement en vûe dans trois livres sPic. 1. 12. p. 36i. qu'il publia sur la Dialectique. L'un étoit intitulé, Le Sophis-
Rij
te, parce qu'il y enseignoit à découvrir les sophismes et à les éviter. Le second portoit pour titre, Traité des conclusions, ou conséquences. Le troisième éloit emploïé à traiter de la i chose et de l'être : sçavoir si l'un est le même que l'autre. ' La Avan.M.l.9. p. doctrine de cette nouvelle secte consistoit à philosopher sur les mots et les notions des termes: C'est-à-dire, que raisonant sur l'universel, ces nouveaux Dialecticiens l'élablissoient dans les noms, et soûtenoient que toutes choses étoient singulières. Et pour donner du crédit à leur secte, ils se vanloientde suivre Porphyre et Aristote. Leurs adversaires au contraire soûtenoient, conformément à la doctrine de Boëce et des Anciens, que l'objet de la Dialectique sont les choses, et non pas les paroles. Aussi porterenl-ils le nom de Réalistes : au lieu que les autres, qui étoient ennemis des choses, et qui n'aimoient spic. ib. p. m. qUC ies paroles, furent qualifiés Nominaux. ' S. Anselme, qui les combattit avec avantage, les regardoit comme des hérétiques en fait de Philosophie, et disoit hautement, qu'ils ne méritaient pas le nom de Philosophes; puisqu'ils prétendoientque l'universel n'étoit qu'un souffle, ou son de paroles. Doehcs. t. 4. p. CLX. ' Jean ie Sophiste, fort peu connu d'ailleurs, passe w' pour le pere de la nouvelle secte, quoique d'autres transpor-
tent cet honeur à Roscelin , Clerc de Compiegne, qui ne le M.b. an i.G7. d. mérite que pour en avoir été le plus zélé partisan. Ce Jean n'est autre suivant toute apparence, que celui qui fit à S. Anselme la proposition erronée du même Roscelin sur la Trinité, Ducbcs. ib. de laquelle il sera parlé dans la suite. ' Outre Roscelin, Jean eut encore pour principaux disciples Robert de Paris, Arnoul sPi«. ib. P. 36i. de Laon, ' et Raimbert Ecolâtre de l'Isle en Flandres, qui en firent de leur côté grand nombre d'autres. Ainsi se forma la fameuse secte des Nominaux, qui causa un schisme furieux parmi les Philosophes, et troubla horriblement toutes nos Écoles. Le mal aianl commencé sur la fin de ce siècle, alla toujours croissant; et l'on fut très-longtemps, sans y pouvoir ap-
Sorter de remède. Une de ses plus funestes suites, fut de réuire le bel art de la Dialectique à un pur exercice de disputer et de subtiliser à l'infini. L'on ne s'y proposoil presque autre chose, que de chicaner sur les termes et les réponses des adversaires; de les embarrasser par des questions captieuses et sophistiques; d'en inventer de curieuses et d'inutiles ; de trouver de vaines subtilités, des distinctions frivoles, qui ne demandent que de l'esprit et de l'imagination, sans lecture et
sans examen des faits. En un mot , bien loin d'approfondir les choses, jusqu'à ce qu'on eût trouvé un principe évident par la lumière naturelle, ce oui est le but de la bonne Dialectique, on ne s'amusoit qu'à diviser et définir, sans rien conclure de solide, à disputer sans fin, et ne s'avouer jamais vaincu. De lù tant d'opinions incertaines et de doutes problématiques, qui n'apprenent rien, et sont pires que l'ignorance môme. Déplorable manière de philosopher, qui étendit dans la suite son empire j usa ues sur la Théologie et la Morale !
CLXI. Toute la Philosophie de ces temps-là se réduisoil ordinairement à la Dialectique, ou Logique, qui n'en fait qu'une partie. ' On commença cependant après les premières lab. «t. t. 1. P. années de ce siècle à étudier, et donner des leçons de Mora- ™i .n». «éi 1 m?»' le et de Physique. C'est ce qui naroit par l'histoire d'Halinard p-"77 - 678- Archevêque de Lyon, et celle de S. Lietberl Evêque de Cambrai. Mais pour la Métaphysique, elle ne fut presque connue que de nom, jusqu'au temps de S. Anselme, qui la ressuscita, comme on l'a montré ailleurs. L 'application que nos Philosophes donnèrent à la Morale, fut fort superficielle; et l'on ne nous apprend point de quelle manière ils l'enseignoient. Nos Théologiens la cultivèrent avec plus de soin et de succès. Le progrès qu'on fit dans la Physique, doit être compté pour presque rien. ' Un événement arrivé sous le règne de Robert le F«u».eP. 95-97. I*ieux, montre en quel élat étoit alors la Physique de nos François. Sur une des côtes maritimes d'Aquitaine, il tomba pendant trois jours avant la fôte de S. Jean-Tiaptiste une pluie de sang de telle nature, qu'on ne pouvoit lever les taches qu'elle laissoit sur le corps humain, les habits et les pierres, où elle tomboit. Mais il n'en éloit pas de même de celles qu'elle impmmoit sur le bois. Guillaume Duc d'Aquitaine, en aïant donné avis au Roi, avec prière de sçavoir des Philosophes de son **oïaume ce que signifioit ce phénomène, Robert en écrivit à Clauzlin de Bourges et à Fulbert de Chartres, qui passoicnt pour deux des plus sçavants Prélats de leur temps. Il ne s'agissoit pas d'en sçavoir la cause physique ; on n'y pensoit pas même, quoiqu'il semble qu'on dût commencer par-là. Les réixmses des deux prélats convienent à la question proposée par îe Roi, et sont toutes mystérieuses. Ils y parlent, non en Physiciens, mais en Historiens; lui détaillant ce qu'ils avoienl vu <le semblable, ou d'approchant dans les anciens Auteurs , et lui marquant ce que cela pouvoit signifier pour l'avenir.
GLXIk Quoique la France n'eût point alors de véritables Physiciens, il s'y trouva néanmoins plusieurs persones curieuses des sujets qui ont trait à la Physique. Presque tous nos Chroniqueurs de ce siècle sont attentifs à marquer les phénomènes, qui paroissoient sur la terre, comme les monstres qui naissent quelquefois des femmes, et qui sortent de la mer, les combats extraordinaires entre les animaux, et autres semblables événements. Mais il faut dire d'eux, ce que nous avons déjà dit de ceux qui obscrvoient les phénomènes de l'air et des cieux, qu'ils le faisoient, non en Physiciens, non plus que les autres en Astronomes, mais en amateurs de superstitions, qui étoient toujours uue suite de leurs observations physiques. De sorte qu'au lieu de rechercher les causes naturelles de ces phénomènes, et de leurs effets, afin d'en rendre des raisons au moins vraisemblables, jls se bornoient à en tirer des pronostics pour l'avenir : en quoi ils se montraient plutôt Astrologues gue Physiciens. Quelques autres cependant, aïant entrepris de traiter d'autres sujets qui sont du ressort de la physique, n'y réussirent
iiiid. car. p. ii73. pas mal. ' Hildebert du Mans, par exemple, a écrit sur quelques animaux terrestres, sur quelques oiseaux, des reptils, des poissons, comme le lion, le renard, le cerf, l'éléphant, l'aigle, la tourterelle, la couleuvre, la baleine, les sirènes etc. et en a assés bien exposé la nature et les caractères. De même,
1637 iCT <"r' p' ^arD0(^c» Evêque de Rennes dans la suite, a fait un traité de soixante-une pierres précieuses, dont il donne une assés juste connoissance, sur-tout par rapport à leurs principales propriétés, et leurs qualités essentielles.
CLXIII. Nos François cultivèrent beaucoup plus la Médecine, que la Physique proprement dite, à raison sans doute de sa plus grande* utilité. Comme il n'y avoit presque que les Clercs et les Moines qui sçussent les Letres, aussi éloient-ils les seuls qui s'appliquassent à la Médecine. Les Evêques mêmes et les Abbés en Jaisoient l'objet de leur étude, et l'exerçoient
Fnib. ep. i7 quelquefois. ' Fulbert de Chartres y donna une application eP. io. particulière, et l'exerça longtemps. ' Etant ensuite élevé à l'ém piscopat, il en cessa l'exercice ordinaire ; ' de façon néanmoins
oni. vit. I. ». p. qu'il ne laissoit pas quelquefois d'en faire usage. ' Gilbert Ma-
5W- minot, Evêque de Lisieux, passoit pour y être si habile, que
Guillaume le Conquérant le choisit pour son premier Mede-
i. 7. p. 656. cin. ' Ce fut lui, qui avec Gontard Abbé de Jumiege, et quelques autres Médecins traita ce Prince dans sa dernière mala-
die ' Jean, ou Joannelin, depuis Abbé de Fécam, étant dé- iui>. »n ». «. P. ja JVfoine de S. Bénigne de Dijon , étudia la même science par 3ti* **• /'ordre exprès du B. Guillaume son Maître. On ne voit point fu'on en donnât des leçons aux Ecoles monaBtiques , non plus qu'aux autres. Il n'y avoit en France que des particuliers qui se portassent à cette étude , soit par goût , soit par intérêt , ou par ^nécessité. Mais la célèbre Ecole de Médecine, établie à Sai e:me au roïaume de Naples, où nos François avoient de graxa <des habitudes, à la faveur des conquêtes de la Pouilleet delsk. Calabre par les Normans, put bien leur faire naître un non eau goût pour cette science. Cette Ecole acquit en ce siecL «2 une nouvelle réputation, par les grandes connoissan- ppu.dbc «ri. t. <*3 ce genre de Constantin, Moine du Mont-Cassin dans «jtTrit. kh. *.
le v^z^isinage de Salerne , qui composa plusieurs écrits sur la Mecl^^scine, et en traduisit en latin un plus grand nombre des ^scins Grecs, Arabes et autres. Le secours qu'en tirèrent a? mzyrâ les Italiens, ne tarda pas à se communiquer aux Francs ' Ceux-ci eurent même l'avantage de pouvoir lire en p»tr. .iwc. tb. «. lw*— langue maternelle les traductions latines de Constantin, ** ^ -^^^.tton son disciple mit en langage romancier.
J5.XIV. Tout cela concourut à multiplier les Médecins en •-""•^"rance. Outre ceux qu'on vient de nommer, Hildierdis- Mab. m» i. t.P. CI{*1^^ de Fulbert, et comparable à son Maître pour le mérite, 431 ' ?M.*-~*it une grande connoissance de la Médecine. ' Jean et Ducb©». t. 4. P. I^^^berl, l'un et l'autre de Chartres , s'y rendirent fort habi- 3°°^ 1 $ao* m*" s
^^^*sa la vie monastique à I'abbaïe de S. Evroul au pais
Le premier fut Médecin du Roi Henri I ; et l'autre em- p'. sm. m. ch ^i*9a la vie monastique à I'abbaïe de S. Evroul au pais d'Ou-
en Normandie. Baudouin, Moine de S. Denys près de Ur>r. n»i.P. 350. ^*^às, s'y fit une telle réputation, que le Roi Edouard l'ap- 1 e|'"
1 «^a en" Angleterre, où il mourut Abbé de S. Edmond, le 1 ^-neuvième de Décembre 1097, dans une heureuse vieil- : ^^e. Il ne fut pas le seul Médecin que la France donna alors
l'Angleterre. Grimbald Norman de nation, y étant passé Wuod, 1. t. p. y *>c tant d'autres qui s'y habituèrent, exerça la mêmeprofes- *°' &1ç*ti à Oxfort sous le règne de Henri I. Il y a* beaucoup d'appar^rice 'qu'un autre Médecin nommé Jean, qui fut fait Evê- ord. vit. 1. 5. p. de liath en 1098, étoit aussi ou Norman, ou François. 76*' On trouve un Hugues Moine de Cluni, qui signe à un acte Mab. *n. 1. 1». ». avec la qualité de Médecin du grand Hugues : C'est-à-dire du 30 S. Abbé de Cluni qui portoit ce nom. Circonstance remarquable, qui nous feroit croire, que chaque abbaïe avoit au
moins un médecin pour les besoins des frères. On a déjà vû un Joannelin à S. Bénigne, un Goisbertà S. Evroul, un Baul. es. n. 98. douin à S. Denys. ' Marmoutier avoit aussi un de ses Moines nommé Jacques qui étoit Médecin , et avanl lui Telbert et a,?oi4Co11' ^aPu' de Mala-Corona. 'Hugues, Chanoine de S. Martin à Tours, étoit aussi Médecin, ce (jui lui faisoit donner la qualification de Physicien, parce qu alors on confondoit la Medeml'n'a Vciaf' cmeavec'a Physique, dont elle n'est qu'une partie. Vulfei. s. b* t. |6«ii. re , successivement Moine de S. Germain d'Auxerre et de d« euch. 1. 1. Moutier-S. Jean , et Roger Moine Norman , qui engagea Guilmond à écrire contre Berenger, sçavoient aussi la Médecine.
CLXV. Ceux-ci n'y éloient peut-être que médiocrement versés. Mais quelques autres y excellèrent pour leur temps,
Mai. *n. i. go. n. et s'y firent une brillante réputation. ' Tetbert, Moine de Marmoutier au milieu de ce siècle , y étoit si habile, que les maladies le plus désespérées en apparence cédoient à son ha-
ord. vit. i. .i. p. bileté. 'Raoul 1 de Mala-Corona, dont il a déjà été parlé, la i possedoit si parfaitement, que se trouvant à Salerne dans le cours de ses voiages, avant que de se rendre Moine à Marmoutier, et aïant eu occasion de faire preuve de son sçavoir dans la fameuse Ecole de Médecine de la même ville, il ne
Bon. st. »pr. p. se trouva qu'une seule Dame qui en sçût plus que Raoul. ' Le
335. n. a, succès extraordinaire qu'avoit S. Firmat, Chanoine de S. Venant à Tours, fait juger qu'il étoit aussi fort instruit de la Me-
n.-bi. pia, p. 7i6. decine. ' Odon Stigand, ce seigneur Norman dont on a déjà parlé, passoit pour y être fort versé, et possedoit divers secrets
Ansei. i. i.rp.sB. admirables. S. Anselme nous donne encore pour habile Médecin un Norman nommé Albert , à qui. il adresse deux de
«p. 33. si . ses Letres. ' On étoit soigneux au Bec d'amasser, et de faire même venir de loin les livres de Médecine : comme le traité du poulx, apparemment de Galien , les Aphorismes d'Hypocrale avec les gloses. On avoit ailleurs le même soin, comme il paroit par les anciens manuscrits d'ouvrages qui traitent de la même matière. 11 ne s'y en trouve point cependant aucun de nos François ; et l'on n'a pas même de preuve qu'avec tous ces
Ijs Beat, ib. p. 1' Un savant moderne suppose qi • cirronslanee. • Ils attestent au contraire
194. ce Itaont éloit frère de Guillaume Une lin et l'antre que Raoul étoit fils de Ge-
• Wil. Gem. I. 7. e. de Normandie, et cite pour (tarant Guil- rote, François de nation, et qu'un de ses
10. | Ord. vit. I. laume de Jumiefe. Mais ni cet Hislo- frère* se nommoil Guillaume, u.i des
3. p. 4G3. Ml. rien, ni Ordrie Vital, qui parle furt an braves chevaliers de son temps. Iouk de Raoul, ne disent rien do cette
secours
secours ils aient alors entrepris d'écrire sur la Médecine. Seuiement ' il y en a divers traits dans quelques letres de S. Fui- Fuib. «p. «. m ~*bert. La cent treizième en particulier , écrite par un autre que celui dont elle porte le nom, entre dans un juste détail de la manière de prendre un remède dont il s'agissoit, et du régime que la persone devoit garder.
CLXVI. Gerberi et Abbon de Fleuri , aïant beaucoup travaillé en leur temps sur l' Arithmétique, la Géométrie et les autres parties des Mathématiques , les portèrent à un dégré de perfection, qu'elles avoient perdu depuis la première décadence des Letres. Us eurent en ce siècle plusieurs imitateurs, qui tâchèrent de marcher sur leurs traces, quoiqu'ils n'y aient pas entièrement réussi. Constantin de Fleuri, disciple de ces deux grands Maîtres , donna beaucoup d'application à ces facultés de Literature; mais il n'en a rien laissé par écrit à la
f»osteiïté. L'on en faisoit des leçons publiques dans nos Ecoes ; et grand nombre de sçavants les étudièrent avec soin en leur particulier ; mais le succès en fut médiocre. Onavoit , par exemple, un attrait dominant pour l'Astronomie, comme nions l'avons déjà observé. ' Engelbert, Moine de S. Laurent n«. m* 4. de Liège, passoit pour un des plus habiles Astronomes de son par' ' p temps. ' Gilbert Maminot , Evéque de Lisieux , perçoit les «»• 1 9 p n uits, et préferoit au sommeil le plaisir de considérer le cours d es astres, et de faire des observations astronomiques. ' Odon, si,ic 1 p 3fl0- Hicojatre de Tournai, s'occupoit aussi volontiers aux mêmes opérations. A quoi cependant aboutit toute cette pénible étudie? A faire quelques méchants Astrologues, et pas un seul v-rai Astronome, llu mauvais levain la fit dégénérer en Astrologie judiciaire, qui se plaît à tourner en pronostics de l'avertir, des phénomènes purement naturels. L'Evéque de Lisieux, qu'on vient de nommer, étoit précisément dans le cas. Quoique cette science conjecturale fît du progrés sous le nom spécieux d'Astronomie, néanmoins les plus judicieux gents cie litres n'avoient pour elle qu'un souverain mépris. ' C'est aiid. vu. p. ce qui paroit par un long Poëme en quinze chants, intitulé : I-.e Mathématicien, qu'IIildebert , depuis Evêque du Mans , composa pour en faire voir le ridicule, et en détourner ses disciples.
CLXVII. Continuons à faire connoître de quelle manière nos sçavants de ce siècle cultivèrent les Mathématiques en tout, ou en partie.' Halinard Archevêque de Lyon aans ^ùc. i. t. p. m.
Tom. VU. S
la suite, fit en sa jeunesse une étude particulière de la Géométrie, et la continua, lors même qu'il fut Abbé de S. Bénigne. Heriger , Abbé de Laubes travailla sur YAbactts de Ger- Eert, et autres sujets d'Arithmétique , comme le Cycle pascal , et a assés bien réussi à montrer que celui de Victojrius n'est Mari. am. coii. t. point exact. 'Helbert, Moine de S. Hubert en Ardenne, écri- * '•'jimbîan. 1. 55. vit aussi sur YAùacus. * Arnoul , et Ramnulfe, ou plutôt Rainas, i Mon. gaii mond, Moines de S. André d'Avignon, s'appliquèrent beaucoup à ce qui regarde l'Astronomie, la connoissance des temps, et autres sujets oui appartiennent aux Mathématiques. Sîg. *cri. c. i<u. ' Francon Scolastique de Liège fit un traité du Comput , el un autre sur la quadrature du cercle , qui a toujours donné , et Ma*, an», i. 3. p. donnera encore de l'exercice aux Mathématiciens. 'Hugues Metel, disciple de Tiecelin à l'Ecole de Toul, s'adonna particulièrement à la Géométrie , et aussi , ce semble, aux autres p. *59. parties des Mathématiques. ' 11 adresse une de ses letres à un
Gerland, Chanoine de S. Paul de Besançon, qu'il représente comme un homme , qui avoit acquis une connoissance particulière de tous les Arts Libéraux, et qui en tiroit beaucoup d'honeur : Soient ta tviviî. quadriviique onerato et hotwrato. diMM' *«T Ai*" Gerland en eu*et> M1" t'ouim^nça h fleurir à la fin de ce siechr. par.?, p1. î»! cle, composa un traité du Comput, en prenant le vénérable Bede pour Modèle, et fit encore d'autres écrits de même na- Angi. t>frnu. par. ture. Les sçavants, sur-tout ceux qui étoient établis en Angleterre, purent tirer du secours des travaux de Richard de Wallinford, qui a laissé de sa façon un grand ouvrage sur les Mathématiques. Il est intitulé Albion, et divisé en quatre parties. Il se trouve encore entre les manuscrits appartenants autrefois a Guillaume Laude, Archevêque de Cantorberi.
CLXV1II. Telle fut l'application que donnèrent nos François à la culture des Arts Libéraux. Celle qu'ils apportèrent à cultiver les beaux Arts, fut encore plus générale, et au moins aussi heureuse. Il eurent un nouveau motif de faire beaucoup d'usage de l'Architecture en particulier. La fausse et ridicule opinion, où l'on étoitau siècle précèdent, de la fin prochaine du monde, avoit fait négliger de réparer les Egl ir.iab. i. 4. c. r,. ses> et (j'en construire de nouvelles. 'L'exemple d'Arnoul II Evêque d'Orléans, qui rebâtit sa Cathédrale, réduite en cen- Mab. an. t. 49. u. dres vers 988, 'et celui d'Hildebert, Abbé de l'Isle-Barbe , qui acheva de renouveller l'Eglise de son monastère en 98B, ne furent point capables de dissiper la terreur panique du pu-
blic, ni de rassurer les esprits. Mais, lorsqu'on vit le siècle révolu, et le monde subsister tel qu'il étoil auparavant, ' on se r;iab. i. 3. .-. «. mit tout de bon à rebâtir les Eglises, quoique la plus part n'en eussent pas besoin. Une pieuse émulation se saisit des esprits ; et c étoil a. qui en auroit de plus belles. Non-seulement on renouvella presque toutes les Cathédrales et les monastères, mais encore jusqu'aux moindres chapelles d**s villages. Cet empressement gênerai à bâtir de toutes parts, multiplia j rtidigieusement les Architectes, et engagea nos François à se mettre au fait de l'Architecture. LesEsêques et les Abbés r«iib.iii».d«s. d. ne eroïoientpas déroger à leur dignilé, en devenant les Ar- l*-i,nochitectes et les Ordonateurs des Eglises, et autres édifices qu'ils faisoient construire. On a vu ee que firent en pareil cas le B. Ciuillaume Abbé de S. Bénigne de Dijon, et Uunaud
B. Richard, Abbé de S. Vanne, fut lui-même l'Architecte et 586 l'Ordonaleur des églises et monastères qu'il rebâtit, ou fonda de nouveau. ' Berenger Evêque d'Klne, aujourd'hui Perpi- <;»ti. chr. Nov t. gnan, aïant dessein de rebâtir son église sur le modèle de cel- 6 p- im- im le de Jérusalem, tira lui-même sur les lieux le plan de celle-ci, et prit soin de le faire exécuter à son retour.
CLXIX. U y a plusieurs antres exemples de ce que nous avançons ici seulement pour ce siècle. -Nous n'en rapporterons plus que deux. ' Conrad Evéque d'Utreeht, aïant adroite- Tm. chr. hir. t. ment tiré d'un habile Frison le secret de bâtir solidement en lieu 1 •'• 314 3I5, marécageux, en fit lui-môme l'épreuve dans la construction de sa Cathédrale. ' Halinard, Archevêque de Lyon, qui avoil tant Le ueot. ib. P. d'autres belles connoissances, passe pour l'Architecte du pont >41 qu'on éleva sur la Saône en lO.'iO. L'Histoire nous a conservé quelque connoissance d'autres Architectes, qui illustrèrent alors la France. ' Lanfride qui bâtit la fameuse tourd'Ivry en orj. vit. 1. 8. p. Normandie, étoit regardé sans contestation comme le plus 7V' 7ub" habile de tous : Cujus ingenii /ans, dit Ordric Vital, super omnes artifices, qui tune in Gailia rrant. ' Odon, Moine de Mici, j**b. ». p. »s. ou S. Mesmin près d'Orléans, qui dirigea la construction de l'Eglise de son monastère dans les premières années de ce siècle, se fit aussi de la réputation par son habileté. ' Pierre, Moi- m. v m. t. ne de S. Martial à Limoges, contemporain d'Odon, est aussi qualifié habile Architecte. Il y a toute apparence, qu'il con-
duisit l'édifice ' de l'Eglise du Sauveur, contiguè" à celle de S. |j£j'f- vos ehr- p Martial, dont la dédicace se fit en décembre 1028. ' Leduin, »iuh ib. 1
Sij
Abbé de S. Vaast d'Arras vers le même temps, passoit aussi •et. i. s. p. 586. pour s'entendre en Architecture. ' Un certain Hubald dont se
• 36 servit S. Poppon, Abbé de Stavelo, pour renouveller l'Eglise
de son monastère, avoit la môme réputation. Il s'agiroit maintenant de scavoir, si l'habileté de tous ces Architectes étoit aussi réelle, qu'elle est spécieuse dans les termes de l'histoire. On parle avec éloge, il est vrai, des édifices qu'ils élevèrent. *\t. Rob. p ,HeigaU(j) par exemple, fait une description magnifique de
• Mab.ib.p.7i3. l'Eglise de S. Agnan d'Orléans. " Anselme de S. Remi de '» Du ch«». t. *. Reims en fait autant par rapport à celle de son monastère. b
p a56- Baudri de Bourgueil rele\e beaucoup pour l'ordre d'Architec-
ture, la belle et grande maison qu'un nommé Jean fit consluire à Poitiers, sur la fin de ce siècle. Mais tous ces Auteurs ne parlent que suivant le goût de leur (emps.
CLXX. Voici cependant de quoi vérifier la nature de leur goût. Il nous reste un trés-grand nombre de morceaux d'Archileclure de ce temps-là. Les connoisseurs qui sont à portée de les considérer, peuvent décider de la juste idée qu'on en
Màb. an. i.m. n. doit avoir. ' De la belle et magnifique Eglise que le B. Guillaume Abbé de S. Bénigne, commença à Dijon en 1001, il reste encore la rotonde, soutenue par un triple rang de colonnes, au nombre de quarante-huit. L'Eglise de S. Martin de Tours subsiste encore, telle que le B. Hervé, Thrésorier de cet illustre Chapitre, la fit construire au commencement de ce siècle. Celle de S. Hilaire de Poitiers, qui est presque de même structure, peut être du même temps, ou n est guéres
Sosterieurc à la précédente. On prétend, que la Cathédrale e Chartres, qui passe pour une des belles du Roïaume, est la même que l'Evêque Hilbert commença à élever, avec le sei. 55. n. 7. cours de Guillaume Comte de Poitiers. ' L'Eglise du Mont S. Michel, qui est dftuble comme la Cathédrale de Chartres, fut commencée en 1022, telle qu'on la voit aujourd'hui, par les soins d'Hildebert II, Abbé du monastère, et les libéralités de Richard II, Duc de Normandie. Le rond-point i. 53. n. hg fait l'admiration des connoisseurs. 1 Geofroi établi Abbé de Charroux en Poitou l'an 1017, en rebâtit l'Eglise, dont il subsiste de beaux restes. Celle du Sauveur, contiguë à celle de S. Martial de Limoges, et dédiée en 1028, passe pour être du i. s», n. »oo. même temps. ' Le cloître de l'abbaïe de S. Vanne est un oui «7. n 57. vrage du B. Richard. ' La belle et vaste Eglise de Cluni dont on a la représentation dans les Annales de Dom Mabillon, fut
EN FRANCE, XI SIECLE. Ul
commencée en 1088 par l'Abbé S. Hugues, et finie au bout de vingt ans. ' Hezelon, Moine du lieu, homme d'éloquen- 1.71. 0.13 et et d'érudition, contribua le plus par son habileté :i la perfection de cet édifice. S'il faut juger de tous les autres morceaux d'Architecture du XI siècle, par ceux dont on vient de faire le dénombrement, l'on conviendra que le goût qui y regnoit étoit au-dessus de celui des quatre ou cinq derniers siècles précédents. Tel il étoit alors, tel il passa aux Anglois, à u«im. a* lUf . la conquête de leur isle par Guillaume le Bâtard. On y vit de- Vn*L 1 3 puis des Eglises magnifiques, des monastères et des maisons bien bâties, ce qui n'étoit pas auparavant.
CLXXI. Cette ardeur presque générale de nos François à bâtir des Eglises, suppose que les autres Artistes y abond oient à proportion du nombre des Architectes. Il folloit effectivement orner et embellir ces grands codifiées, qu'on élevoit pour les assemblées de piété. Aussi avons-nous montré, qu'à S. Bénigne de Dijon, à S. Hubert en Ardenne, à Vassoret •à S. Tron en particulier, il y avoit divers Artistes destinés à <;et effet. Les autres villes et monastères avoient aussi les leurs, cjuoiqu'on n'en ait pas des preuves aussi détaillées. ' On nous Mab. m. 1. *. p. apprend toutefois qu'à Sens, Odoranne, Moine de S. Pierre *** le Vif, étoit fort entendu en orfèvrerie. Ce fut lui que le Roi Hobert choisit, pour faire la belle châsse enrichie d'or et de pierres précieuses, que la Reine Constance donna pour enfermer les Reliques de S. Savinien. ' Il y avoit aussi en Nor- oh. ni. 1 s P. raandie un habile Orfèvre, nommé Othon, qui fut chargé des tm m*embellissements du mausolée du Roi Guillaume le Conquérant. Les décorations que le H. Richard fit faire à l'Eglise de Mab »n 1 m. n. S. Vanne, sur-tout le pupitre pour chanter l'Evangile, et le propitiatoire, ou tabernacle, enrichi d'or et de pierreries, supposent qu'il avoit des Artistes habiles et de bon goût. On nous fait encore connoitre avantageusement un Orsmond, habile ouvrier en cuivre à Reims, sous le pontificat de Pascal II, ' et 1,1,. b.b «..». 1. unCuinamand, Moine de la Chaise-Dieu, qui en 1077 orna *■ p* m le tombeau de S. Frond, premier Evéque de Perigueux, d'un ouvrage de sculpture, qui faisoit l'objet de l'admiration de ce lemps-là. ' Il est fait mention dans la vie de S. Odilon, Abbé Nai>. »o ib ». de Cluni, de deux vases de cristal cizelé comme de pièces 7,M n très-précieuses ; mais il n'est point marqué de quel temps ils éloient. ' On parle avec éloge de deux tableaux, qu'Adeleïde, an. 1. «7 ». 1». Vicomtesse de Couci, fit faire pour deux Eglises de Picardie,
1. 1». n és. celle de Nogent, et celle de S. Eloi de Noïon. Enfin on trouve des la fin de ce siècle des vestiges de l'art de tourner, en usage chés les Solitaires, lequel devint dans la suite si commun parmi les Chartreux, qui commencèrent alors à se multiplier.
CLXXII. Mais il ne nous reste presque rien des ouvrages de tant de divers Artistes, sur quoi l'on puisse décider de leur habileté et de leur bon goût. S'il en faut juger par quelques vignettes, qui ont échappé à l'injure des temps, on conviendra, que la Peinture en particulier n'avoit rien de fin. La bande de tapisserie, dont il a été parlé ailleurs, comme représentant l'histoire de la conquête d'Angleterre, n'est propre jju'à i. 60. t.. 19. nous en donner une idée encore moins avantageuse. ' A l'égard de la Sculpture, il en reste un morceau au-dessus.de l'endroit où se conserve la sainte larme- de Vendôme. On v voit représentée l'histoire de l'origine de cette précieuse Relique, suivant la tradition du temps, mais d'une façon qui n'a rien de Lab. ib. i l p. délicat. ' Il ne tint pas cependant à Geofroi de Champ-Ale- "" 4 ' mau, Evêque d'Auxerre sous le règne de Henri I, qu'on ne
se piquât d'émulation à perfectioner ces beaux Arts. Son zélé pour la Maison de Dieu le porta à léguer des prébendes de sa Cathédrale, pour les Ecclésiastiques qui s'appliqueraient à la Peinture, l'orfèvrerie, la vitrerie, et autres arts qui servent le plus à la décoration des Eglises. Mais le temps n'étoit pas encore venu, auquel on devoit voir ces beaux Arts portes à un Mab. *ci. 1. 1. \>. eertain point de perfection en France. ' Il y avoit plus de cinq «ou. c ». n. 3i. ans -jsv Soient tombés, comme en Italie; et il y a beaucoup d'apparence, que les François des siècles suivants les apprirent des Italiens, comme les Italiens en eurent dès ce siecle-ci la connoissance par le canal des Grecs. En voici l'oc- P. 598-600. c *s. casion. ' Didier, Abbé du Mont-Cassin, qui fut depuis Pape 30 sous le nom de Victor III, aïant formé le dessein de renou-
veller l'église de son monastère, ce qu'il commença d'exécuter en 1066 avec une magnificence à peine croïable, et voue. ». n. 3i. |anj qjjg ieg dedans de l'édifice répondissent au reste, ' envola des Députés à Constantinople, qui en firent venir des ouvrier^ de Mosaïq ue, des Marbriers, et autres Artistes nécessaires pour les bâtiments. Et afin de conserver dans le pais la connoissance de ces arts, Didier les fit apprendre à plusieurs serfs de l'abbaïe.
CLXX11I. Nous avons observé ailleurs, que^ dans les
siècles demi-Barbares on faisoit tant de cas de la Musique, que tous ceux qui se mêloient de Literature, y donnoient une application particulière. Il semble qu'il y eût autant de deshoneur à l'ignorer parmi les gents de Letres, qu'il y en auroit aujourd'hui parmi les persones de quelque naissance, à ne sçavoir ni lire ni écrire. 'On a même vu, que le docte Gerbert la Hi<i. ui.d«i*fr. comptoit pour la seconde aile du Mathématicien. Sur ces ' h p 577 5T*' principes on ne doit pas douter, qu'elle ne fût beaucoup cultivée en ce siecle-ci. On l'enseignoit dans toutes nos Ecoles; et tous nos gents de litres l'étudioient, les uns plus, les autres moinss suivant leur goût. Plusieurs s'y rendirent très-habiles, aux termes des Historiens du temps. ' On met de ce M«b. u>. i. ». P. nombre le B. Guillaume de Dijon, artificiaiis etiam Musicae perdoctus;' Olbert , Abbé de Gemblou , qui possedoit tant i.*». n. u. d'autres belles connoissances ; -Brunon Evêque deToul, de- 1 »• p •«*■»• «puis Pape sous le nom de Léon IX ; ' Gerbert Abbé de S. \>. :m. a». ■.. Vandrille, mort en 1089 ; Ainard, Abbé de S. Pierre sur Di- 7 !' ve, mort en 1077 ; Durant. Abbé de Troarn, mort en 1088, trois brillantes lumières après le milieu de ce siècle; Wit- ^om. vu. i. s.P. mond, d'abord Moine du Mont-Sainte-Catherine à Rouen, puis de S. Evroul ; ' S. Gerauld, qui l'aïant enseignée à Mois- ^"m» ' 3 sac, en donna ensuite des Leçons h la Deaurade à Toulouse, puis à Tolède en Fspagne, où il conduisit quelque temps le Chœur, avant que de devenir Archevêque de Brague. Quoiqu'on s'appliquât à la Musique avec ardeur et quelque succès, on n'en multiplia point les traités, comme aux siècles précédents; et l'on eut raison. ' Cependant Raoul de Laon, frère l< ib ,,. du célèbre Anselme, et Theorger, depuis Evêque de Meta, '' qui fleurirent plusieurs années dans ce siècle, éerivirent sur le semiton, qui est comme l'aine du chant, et en forme les différences suivant «a situation. L'écrit de Raoul se conserve manuscrit à S. Victor de Paris, sous le nombre 758.
CL XXIV. Ce qui empêcha qu'on écrivît beaucoup sur la Musique et le plain chant, fut peut-être ' la facilité qu on eut w«b. m. t « » alors de s'instruire de l'un et de l'autre, h la faveur de la nou- T*il$*' ' '' ' velle méthode introduite vers 1026 par le Moine Gui d'Arezzo. L'on sçait, que ce fameux Musicien inventa alors les lignes, ou échelles, avec les clefs, et qu'il y appliqua les notes, déjà connues avant lui, mais presque les mêmes dont on se sert dans la Musique de nos jours Au moïen de cette méthode, qui passa à l'usage des François avant la fin de ce sie-
cle, comme on l'a montré, un enfant apprenoit en peu Je mois, ce qu'un homme pouvoil à peine apprendre en dix ans. La Musique et le plain chant reçurent encore un nouveau relief, par l'usage des Oignes, qui commença à se communiquer à nos monastères. On en a vû à S. Hubert en Ardenne. .ieu». pia. p. Ml y en avoil aussi à Fé<»m, et ailleurssansdoute, quoiqu'on n'en ait pas les mêmes preuves. Tout cela concourut à faire cultiver avec un nouveau plaisir et une nouvelle ardeur le chant ecclésiastique, composé de Musique et plain chant, Grand nombre de nos sçavanls y donnèrent une application particulière ; et en le cultivant ils enrichirent considérablement la Liturgie. Ils firent en effet, et notèrent quantité d'offices, ou parties d'offices à la gloire de Dieu, et a l'honeur des Saints. Il faudrait entrer dans un détail, peut-être ennuieux, si nous entreprenions de faire ici rémunération de tous ceux qui ont travaillé en ce genre de Literature. On les verra paroitre en leur rang dans le cours de ce \olume. 11 suffit de dire, que le nombre excède celui du siècle précèdent. Ce genre d'écrire fut un de ceux qui devinrent alors le plus à la mode.
CLX XV. On ne négligea point non plus les autres par- M»b. ib. ». s*. ■. lie» plus intéressantes de la Liturgie. ' Heriger, Abbé de Laubes, travailla non seulement sur les offices divins; il a fait ensi«. «H. c. ta*, core un traité sur la durée de l'Avent. ' Bernon, Elevé de l'Ecole de Fleuri, j>uis Abbé de Richenou, se distingua entre tous les autres Lerivains de son temps, qui ont entrepris de uu. iii> seiio. p. traiter des matières liturgiques. ' Pierre, Chancelier de l'Eglise de Chartres, et disciple de Fulbert, a composé un Manuel des mystères de l'Eglise, où il se trouve une explication du Canon de la Messe. Odon, Evêque de Cambrai, qui ap-
f)arlient encore plus à ce siècle qu'au suivant, a aussi expliqué e même Canon. ' Un Evêque de Maguelone engagea Brunon Evêque de Segni à écrire sur la dédicace des Eglises, et sur d'autres mystères. Jean Evêque d'Avrenches, puis Archevêque de Rouen, a composé unou»rage entier sur les offices ecclésiastiques. Un, ou deux autres Auteurs ont tenté d'y faire un supplément ; mais leur travail s'est borné à abréger Amap0i Vm. i. !». laire. Osmond l'un de nos François qui passèrent en Angleterre, d'abord Chancelier de Guillaume le Conquérant, puis Evêque de Sarisberi, donna à l'Office ecclésiastique l'ordre et la forme, qu'il a conservés dans presque toutes les Eglises d'Angleterre, jusqu'au fameux schisme de Henri VIII. Le B.
Lanfranc
H -m *cri. c. 83.
p. tii. tl3.
Unfranc a fait entrer dans ses beaux Règlements, plusieurs rite ecclésiastiques. S. Ulric de Cluni, et Thierri ou Diederic, de Fleuri ou S. Benoit sur Loire, en userenl de même eu écrivant le9 coûtumes de leurs monastères. ' S. Anselme a a»$*i. op. p waussi traité de divers points de la Liturgie, dans quelques-uns de ses ouvrages : comme du pain azime, des cérémonies qui s'observoienl dans la célébration du S. Sacrifice. ' Sigebert, si|. e. m Moine de Gemblou et Scolastique de S. Vincent de Metz, fit un écrit sur le jeûne des quatre- temps. On a parlé ailleurs du Sacramentaire de S. Vanorille, de l'Ordinaire et du Rituel de Jumiege, comme de livres curieux sur les matières liturgiques.
CLXXVj. En tous les siècles, l'Ecriture sainte a fait le principal objet de l'étude des Clercs 4 des Moines letrés. Il ne doit donc point y avoir de doute qu'en celui-ci l'on y ait donné une application particulière. De-là ce zélé et cette ardeur à en multiplier les exemplaires, qui étoient devenus rares par les raisons qu'on a alléguées ailleurs. De-là cette scrupuleuse attention à en corriger le texte, afin de l'avoir dans sa pureté. Attention dont on a vû des exemples si édifiants en la personne du B. Lanfranc, et celle de S. Anselme, comme de plusieurs de leurs disciples. ' On fut redevable à S. Ansel- cuib. de Ko», me en particulier, de ce qu'on étudia les Livres sacrés avec ™' '' 1 * ,6' plus d'ordre et de méthode qu'on n'avoit fait jusqu'alors. Depuis les leçons qu'il en donna, ' l'on commença à distinguer Op. p. 4. s. clairement les principales sortes de sens, dont ils sont susceptibles : le literal ou historique, l'allégorique, le tropologique, ou moral et l'anagogique. Le moral fut cependant le seul qu'on suivit, comme étant le plus au goût du siècle. Il faut encore rappeller ici un autre service que S. Anselme rendit à ceux q^ui s'appliquaient à cette étude, par l'espèce d'introduction à 1 Ecriture sainte qu'il composa, afin d'en faciliter l'intelligence. * On a dit ailleurs en quoi elle consiste. A la faveur de ces secours, on l'éludia avec fruit. ' Le célèbre Thierri, Modéra- '■ 57 nteur de diverses Ecoles, puis Abbé de S. Hubert, la possedoit si parfaitement, qu'il en développoit avec beaucoup de lumière les plus épineuses difficultés. Quoique les anciens Interprètes de l'Ecriture, et les modernes fussent en très-grand nombre , et qu'on prît soin de les copier, et d'en fournir les blibliothéques, néanmoins plusieurs de nos sçavants de ce siècle entreprirent d'en composer de nouveaux commentaires.
Tarn. VII. T
Nous en réservons le détail pour l'histoire de ces sçavants. Entre ceux qui ne viendront qu'au siècle suivant, quoiqu'ils aient commencé à fleurir dès celui-ci, Hervé Moine de Bourgdieux, et Guibert Abbé de Nogent se signalèrent en ce genre de travail literaire.
CLXXVII. A l'étude de l'Ecriture sainte on joignait celle des Pères de l'Eglise, qu'on poussa en ce siècle aussi loin qu'aux siècles précédents. Il n'en faut point d'autre preuve que le soin qu on apporta a copier leurs ouvrages, et à les avoir corrects. C'étoit après les livres sacrés, la source la plus ordinaire, où nos François puisoient leur Théologie. On le voit par les écrits dogmatique du Cardinal Ilumbert, de Lnnfranc, de (îuitmond, d'Ad< hnanne, de Durand, et quelquesuns de S. Anselme» Nos sçavants cultivèrent beaucoup celte faculté de Literaturr. Aussi sçait-on, qu'en ce siècle, comme aux précédents, l'Eglise et la religion attirèrent presque toute l'attention des gens de Letres. La Théologie est à deux usages principaux : pour l'instruction des fidèles et la réfutation des hérétiques. On eut souvent occasion de l'emploïer à l'un et l'autre usage. Il s'éleva en divers provinces de France de taux Mystiques, qui étoient un rejellon de Manichéens. Berenger sema des erreurs sur l'Eucharistie, el autres points de notre religion. Roscelin en débita sur la Trinité. L'on vit naître de nouveaux sujets de contestations entre l'Eglise Romaine et la Gréque. Tout cela engagea grand nombre d'Ecrivains à prendre la plume, pour défendre la vérité et combattre l'erreur. On en compte plus de douze qui s'armèrent contre le seul Berenger. Nous ferons voir dans la suite, de quelle manière la vérité fut défendue, et l'erreur terrassée, Plusieurs autres, nommément S. Fulbert de Chartres, S. Anselme de Cantorberi, llildeherldu Mans, Guibert de Nogent, se crurent obligés d'écrire pour instruire leurs frères sur divers points de la religion Chrétiene, et composèrent à ce sujet
[)lusieurs traités dogmatiques, et des letres qui mérilcroient e même titre, à raison de leur importance et prolixité.
CLXXVIII. Rien de plus solide et de plus lumineux que les principes et la méthode de tous ces Théologiens. Leur méthode est la même que celle des Anciens, qui les avoient précédés ; et le style qu'ils y emploient , parfaitement digne de la gravité des choses qu'ils traitent. Ce qu'ils avancent, ils l'appuient de l'autorité de l'Ecriture et de la Tradition, les
deux règles invariables de la commune croïance de l'Eglise. Les incrédules et les esprits prétendus forts, qui ne veulent admettre que ce qu'ils comprenent, y trouvent des règles admirables, et propres à les faire revenir de leurs fausses idées. 'Ce n'est point, dit S. Fulbert, par la seule lumière et la sub- Fuib. eP. i . P. 3. tilité de l'esprit humain, qu'on parvient à la connoissance du v secret des mystères de Dieu. 1 ne faut donc pas, ajoute cet humble Théologien, mesurer les choses invisibles par celles qui tombent sous les sens. 11 faut au contraire en pareil cas adorer, se soumettre, et non pas disputer. 'Lanfranc ensei- £*nr m.b. e. ai. gne la même chose. Lorsqu'il s'agit des difficultés sur des points de foi, il faut, dit-il, ou prier Dieu de nous donner l'intelligence de ce qui n'est pas au-dessus de la raison, ou souffrir avec patience et humilité cette privation de lumière, sans cesser néanmoins de croire ce qui dans de si profonds mystères surpasse les forces de l'esprit de l'homme, et qu'on ne peut comprendre en cette vie. C'est à peu prés de la même sorte aos«i. do Trin que raisone S. Anselme, en écrivant sur le mystère de la Tri- 0 s nilé. ' Eusebe Brunon, Evêque d'Angers, après avoir recon- , \**> m. nor. nu et abjuré son erreur sur l Eucharistie, établit contre ceux «ci. 1.9. pr. n ie. qui refusoient de croire cet adorable mystère, parce qu'ils ne pouvoient le comprendre : qu'il faut remonter jusqu'à la toute puissance de Dieu, et ne pas s'arrêter à l'ordre commun des choses créées. (1 est aisé déjuger par-la du mérite de la Théologie de nos François de ce siècle.
CLXXIX. Jusqu'ici l'on ne connoissoit que deux sortes de Théologie, ou plutôt deux méthodes de la traiter, et de s'en servir. L'une qui étoit celle des premiers Pères de l'Eglise, consistoità puiser immédiatement dans l'Ecriture et dans la Tradition les connoissances nécessaires pour la religion ; l'autre étoit propre aux Théologiens qui avoient paru depuis le VIII siècle, et consistoit à puiser aussi dans l'Ecriture, et à y joindre l'autorité des Pères précédents, dont on faisoit des extraits et des recueils, pour établir ce qu'on avoit dessein de prouver. Mais après le milieu de ce siècle, il commença à se former une troisième méthode, qui traita la doctrine de l'Ecriture et des Pcres par la force et les organes de la Dialecti-
Î[ue et de la Métaphysique. Nouvelle méthode, oui reçut dans a suite le nom de Théologie Scolastique, et dont il importe de développer l'origine. On regarde communément le B. Lanfranc et S. Anselme son disciple, comme les pères de
Tij
cette nouvelle méthode. Voici à quelle occasion il lui ont donné l'être. Berenger aiant choisi pour son Héros et son modèle le fameux Jean Scol Erigene, qui avoit fraie une nouvelle route dans la Théologie, et ouvert la première porte à Mab. m», t. 4. p. la Scolaslique, marcha fidèlement sur ses traces. 1 Le désir de m' se faire admirer et de s'attirer des Etudiants, lui fit avancer
des questions nouvelles et sacrilèges. Afin de les soutenir, il usoit, à l'imitation d'Erigene, de raisonements philosophiques, et donnoit plus à la raison humaine qu'à l'autorité des divines Ecritures et de la Tradition. Lanfranc lui en fit des reproches, et se crut néanmoins obligé pour le mieux réfuter de tirer par le raisonement plusieurs connoissances des vérités révélées, dans les deux sources essentielles de la vraie Théologie. Méthode que suivit aussi-tôt S. Anselme, mais qui ne s'éloigne de celle des Anciens, qu'en ce qu'elle fait plus d'usage du raisonement.
CLXXX. En effet, quoique ces deux grands Théologiens emploient des propositions démontrées par la lumière naturelle, ils ne laissent pas de recourir à l'Ecriture et à la Tradition. C'est de-là qu'ils tirent des principes incontestables, qu'ils posent pour fondement de ce qu'ils ont dessein d'établir. Ami, o».. P. 74 ' S. Anselme en particulier déclare ouvertement, qu'en se servant du raisonement pour traiter des mystères divins, il ne le fait pas pour arriver à la foi par la raison, ce qui est condamner sans détour la mauvaise Scolaslique. Mais qu'il n'en use de la sorte, qu'afin que ses Lecteurs aient le plaisir d'entendre et de contempler ce qu'ils croient, et qu'ils soient en état d'en rendre raison aux autres. Lanfranc et ses disciples différent encore de plusieurs Scolastiques, qui les ont suivis, en ce qu'au lieu d'un style sec, qu'ont emploïé ceux-ci, ils se sont servis d'une manière d'écrire aussi agréable quesolide, accompagnée de pensées ingénieuses, de tours délicats, d'expressions nobles.
CLXXX I. Cette Théologie eut ses âges et ses progrès. On vient de voir le premier point de sa naissance. ta nouvelle manière de raisoner, dont usèrent vers la fin de ce siècle nos Philosophes, sur-tout ceux qui méritèrent le titre de Nominaux, contribua autant, ou plus que tout le reste, à lui donner son premier degré de constitution. 11 se trouva des esprits qui s'habituèrent insensiblement à raisoner sur la religion, comme on faisoit sur les sujets de pure Dialectique. Ils aime-
rent la nouveauté, dont l'homme est naturellement partisan. La passion de la dispute et de la vaine gloire fit inventer des questions extraordinaires, et rechercher toutes les subtilités que la raison humaine peut fournir sur les matières de religion. Lanfranc, Anselme du Bec, Anselme de Laon, Odon Ecolatre de Tournai, et quelques autres s'en étant appercus, s'y opposèrent de toutes leurs forces, en rejeltant ces nouveautés, et se tenant attaches à l'ancienne méthode. Mais leurs efforts furent inutiles. La Scholaslique fit de terribles progrès dèscesiecle-<:i, et encore plus dans la suite.' Pierre Abélard Ai«i..p i.c.s. nous fait effectivement juger par le peu de cas qu'il fait d'Anselme de Laon, qu'il n'estimoit que ce qui étoit de la production de l'esprit humain et de nouvelle invention. Bien des Docteurs se jetterent sur des questions chimériques, pointilleuses, sophistiuues, et souvent dangereuses, du possible et du convenable. Et afin d'y répondre avec une apparence de Eg«». Bui. h>. p subtilité, faute de quoi l'on auroit passé pour n'avoir ni sçavoir 5,1 5,ï ni esprit, ils inventèrent des distinctions , qui ne consistoient qu'en de grands mots, et ne lendoient qu'à ne se pas avouer vaincus.
CLXXXII. L'on a observé, que les anciens théologiens n'écrivoient sur les vérités theologiques, que par occasion, et lorsque le besoin le demandoit. Celte coutume changea en France sur la fin de ce siècle. On s'avisa alors de traiter de ces vérités comme par goût et de soi-même, sans que les conjonctures l'exigeassent. S. Anselme fut le premier qui l'entreprit; et Hildebert, évéque du Mans, puis Archevêque de Tours, le suivit et poussa les choses encore plus loin. 11 alla jusqu'à faire un corps entier et méthodique, quoiqu'en abrégé,
de presque toutes les matières de Théologie. ' Tayon, Eve- jub. ei m P »io • que de Saragoce parmi les latins au VII siècle, et S. Jean de Damas parmi les Grecs au VU1, avoient déjà publié des ouvrages presque semblables. Mais ce qu'ils ont fait en ce genre, n'est presque qu'un essai de ce qu'Hildebert a exécuté depjiis. Son ouvrage qui a son prix, paroit avoir fait naître l'idée, et servi de modèle a tous ces corps de Théologie qu'enfantèrent les siècles suivants. La plus part des Théologiens n'auroient pas cru passer pour tels, s'ils n'eussent donné chacun sa somme Idéologique. II seroit seulement à souhaiter, qu'ils y eussent imité S. Anselme et Hildebert. Leurs ouvrages ne seraient pas devenus presque tous le rebut des biblio-
théques. Ces deux respectables Théologiens ont été attentifs à se renfermer dans de justes bornes, et ne donnent point dans d'ennuieux fatras. Leur manière d'écrire est aussi tien différente de celle des Théologiens qui les suivirent, sans marcher sur leurs traces. Ils y ont conservé beaucoup de netteté et de précision, et apporté un grand choix dans les preuves qu'ils emploient.
CLXXXIII. Quoique les chicanes de l'Ecole commençassent dès ce siècle à s'introduire dans la Théologie, elles ne se glissèrent point dans la Morale. On continua encore à l'enseigner dans toute sa pureté, conformément aux règles de l'Evangile et de S. Paul. Les Théologiens de ce siècle n'en ont point laissé de traités particuliers de leur façon : excepté Oderic Abbé de Vendôme, dont il y en a un, encore manuscrit, des vices et des vertus. Mais leurs sermons, leurs homélies, leurs autres écrits de pieté, et la plus part de leurs letres, sont remplis de principes aussi solides que lumineux, pour diriger les mœurs, inspirer l'horreur du vice, et l'amour de la vertu. S. Anselme entre tous les autres, comme on l'a déjà remarqué est celui qui a excellé en ce genre de doctrine. Nos François ne négligèrent point non plus la science des Canons, et l'étude de la Discipline ecclésiastique. Non seulement ils furent soigneux d'en recueillir les ancienes collections, dont ils multiplièrent les exemplaires ; ils en firent aussi de nouveaux rem.1.68. n.39. cueils. On en connott plusieurs entre ceux-ci. 'Dès le commencement de ce siècle, ou peu après, Godon, Abbé de Bonneval, au diocèse de Chartres, en donna un à son monastère, d'où il est passé en ces derniers temps à la bibliothèque du Roi, entre les manuscrits de H. Colbert. Les Moines de S. Tron en dirigèrent un autre, dont on déjà parlé, et que Gratien semble avoir pris pour modèle de son fameux Décret. Bouchard, Evéque de Wormes, en publia un troisième, qui est devenu fameux, et auquel Olbert, un de nos illustres François, eut le plus de part. Celui-ci se répandit aussi-tùt en Frani. es. n. 83. i «ci. ce * el I'on en trouve une copie faite par l'ordre de Varan Abi. « p. 3s. m P: bé" de Fleuri, dès 1029. Enfin Ivos, depuis Evêque de Chartres, donna le sien, qui est de grande autorité parmi les Canonistes. On peut môme regarder le recueil de ses letres, comme une source abondante de Droit canonique, en ce qu'elles conlienent plusieurs décisions sur des points de la Discipline de l'Eglise.
CLXXXIV. On ne l'étudioit celte Discipline, que dans les Collections dont on vient de parler, et autres semblables : presque toutes viciées par les maximes erronées des fausses Decretales. Il auroit fallu la puiser dans les sources, et l'on v auroit appris I'ancicne Discipline, qui tend à conserver les bonnes mœurs et la nratique de l'Evangile.
CL XXXV. Ceux qui étudioient plus à fond le Droit canonique, prenoient au moins une teinture du Droit civil. C'est cv qui paroit par le Décret d'Ives de Chartres, el plusieurs de ses letres, où l'on en Irouve quantité de traits. Grand nombre d'autres gents de Letres y donnèrent une application particulière; et ce siècle est regardé comme l'époque d'un renouvellement d'étude de la Jurisprudence. ' On en rapporte l'origi- p»»q. red. i 9. ne à la découverte des Institutes de Justinien, ou du Digeste ' M" selon d'autres, faite par les Pisans daus la ville de Melfi. Evénement que Pasquier fixe à l'année 1 100, mais qu'il faut avancer au moins d'un siècle entier, parles raisons qu'on va voir, «1 autres qu'il seroit trop long de détailler. On ne tarda pas 'à Mari. »m. Coi ouvrir à Pis<> et à Pavie des Ecoles publiques de Droit civil. 1 1 p' 470 471 Elles étoient si célèbres aprè.> le milieu de ce siècle, qu'elles alliroient de divers.païs, nommément de Provence, un concours prodigieux d'Étudiants. 'Dès l'année 1032 Lanfrancel »•»»'• «»< p s? Garnier son Collègue, aianl entrepris une étude sérieuse des Lois, expliquèrent publiquement à Pavie le Code Justinien. Pendant que Garnier continua cet exercice, ' Lanfranc poussa yii c- 5 les choses plu* loin. Après s'être fait de la réputation, quoi qu'encore jeune, par sa pénétration et sa justesse d'esprit à découvrir les ruses des vieux chicaneurs qui embrouilloient les prccés, il entreprit un recueil de sentences choisies du Droit alors en usage, qui fut de grande utilité aux Jurisconsultes et aux Magistrats qui rendoient la Justice. C'est par ces voies, que l'étude du Droit civil se communiqua à presque toutes les
Ccipales villes d'Italie. ' De sorte qu'au temps de Pierre de J^m- '• 8 «p 7 ien, il éloil ordinaire d'y voir des Docteurs es Loix, des Jurisconsultes et des Avocats.
CLXXXVI. On nVtudioit les Loix, que pour connoître, et rendre ou contribuer à faire rendre la Justice. ' Le «r »* même Pierre de Damien nous apprend de quelle façon les choses se pratiquoient alors. L(s tribunaux ou on la rendoit étoient composés d'un Juge, de Conseillers, d'Avocats el de Notaires ou Greffiers. Comme il n'y avoit presque que des
. St.
•et. I. 9. p.
OrJ. vit. I. 4. p.
Clercs et les Moines qui sçussent alors les Letres, c'était eux par conséquent qui exerçoient ces fonctions et connoissoient des affaires civiles. 'On le voit manifestement par l'exemple d'un Moine de S. Victor de Marseille. ' Mais le Concile de Reims, tenu en H 31, défendit expressément aux Moines et aux Chanoines Réguliers, d'étudier les Loix civiles et la Médecine par un esprit de cupidité, et de se faire Avocats. On ne sauroit au reste assurer précisément, si le goût pour l'étude de la Jurisprudence passa en ce siècle des Italiens a nos François. Nous avons montré en effet, que dès les premières années du même siècle on l'enseignoit publiquement à l'Ecole de Toul, et que même dès le siècle précèdent les Comtes d'Anjou et autres Seigneurs en faisoient une étude particulière. Il étoit cependant naturel que Lanfranc qui y étoit si habile, et qui passa la plus grande partie de sa vie en France, y fit goûter cette sorte d'étude. Il ne l 'étoit pas moins, que l'application bruïante qu'y donnèrent alors les Italiens, piquât les François d'une noble émulation. Toujours est-il vrai, que ceux-ci s'y portèrent avec plus de soin, qu'ils n'avoient fait depuis plus de cinq cents ans. Mais on ne vit point encore si-tôt parmi eux ce qu'on nomme Docteurs ès Loix, qui enseignassent le Droit civil.
CLXXXVII. Celte multitude d'Ecoles établies dans nos provinces, dont nous avons fait le dénombrement et le plus souvent la description : cette ardeur presque générale à cultiver toutes les facultés de Literature, portèrent leur fruit, et eurent d'heureuses suites. Outre ce grand nombre d'Ecrivains qui s'y formèrent, et qui laissèrent de leur façon presque une infinité d'ouvrages, comme on va le voir dans leur histoire, la Nation entière prit un nouveau goût pour les Letres. Il n'y eut pas jusqu'au sexe, qui y est le moins propre et le plus radifferent,qui ne les aimât, et ne se fit un mente de les cultiver. On trouve effectivement plusieurs Princesses, et autres Dames de la première condition, qui se distinguèrent en ce siècle autant par leur sçavoir, que parleur vertu. 'Helvide, sortie des Ducs de Lorraine, et mere du Pape S. Léon IX, possedoit aussi parfaitement la langue latine que sa langue maternelle. ' Mathilde, fille de Baudouin V Comte de Flandres, et femme de Guillaume le Conquérant Roi d'Angleterre, n'étoit pas moins estimée pour la connoissance qu'elle avoit des bonnes Letres que pour sa naissance et sa beauté. Elle fut
mere
mère de deux Princesses, qui acquirent aussi la réputation de Sçavantes. ' Cécile, qui aîant été consacrée à Dieu par le Roi i. ». P. sw. i^dh suri pere au monastère de la Trinité de Caen, où elle fut in- et l i f 574 struite des sciences divines et humaines, multinliciter etntdila, en devint ensuite Abbesse. Baudri, qui lui adresse un de ses poëmes, nous la représente comme une Religieuse qui faisoit ses délices de la lecture. Adèle, sœur de Cécile, et depuis Comtesse de Blois, n'étoit pas moins studieuse. Hugues de Sainte-Marie, Moine de Fleuri, lui dédia une de ses chroniques, comme il en avoit déjà dédié une autre à la Reine Mathilde sa mere. ' A l'amour de l'histoire Adèle joignoil du n„th**. ib P. goût pour la poésie, et réussissoit elle-même, selon Baudri, à **• 413 faire des vers.
Una tamen restai quA prsesit fllia patri, Versibua applaudit, scitque vacarc libris.
Haec eliam novit sua mercus esse Poflis. A probitalo sua nemo redit vacuus.
Hureus inwt illi ilictan.li copia torrent, Bt prtefern» wipit carmina cai-minibus.
CLXXXVIII. ' Agnès, fille de Guillaume V Comte «,*..„. ,. ». „. de Poitiers et Duc d'Aquitaine, qui épousa l'Empereur Henri J^in.1, fil " le Noir, passoit aussi pour une des Princesses sçavantes de son temps. ' Sa mémoire est célèbre dans les écrils de S. Pierre «,». t. t. P. <m de Damien, et ceux de Jean Abbé de Fécam, qui composa JJj3/ 1 Dttm opu*cen sa faveur un recueil de prières choisies. ' Il y a d'elle UnC Mal), art- t. 8. P. letre à André Abbé de Frutare, où l'on trouve de grands traits 330 351 de sa foi, de sa pieté et de son sçavoir. Ce n'est pas la seule qu'elle écrivit, sur-tout pendant six ans qu'elle fut Régente de l'Empire; mais les autres sont perdues. ' La B. Ide, Com- Bon. is. «pr. P. tessc de Boulogne, fille de Godeiroi le Barbu, Duc deLor- U1, nSraine, et mere de Godefroi de Bouillon Roi de Jérusalem, fut fort bien instruite en sa première jeunesse. 'Constance, grt. p fille de Robert Duc de Bourgogne, et femme d'AlfonseVI 900 » s i»-'- Roi de Castille, avoit de grandes connoissances. Son estime pour lessçavants lui eu fit attirer plusieurs de France en Espagne, qui contribuèrent le plus à renouveller la face de cette Eglise. ' Baudri nous a laissé l'épi laphe d'une autre Constan- Duch«. a>. p ce, qui mourut vierge, et qu'il nous donne pour une des filles les plus sçavantes de sou siècle.
Tom. Vil. V
Ipsius pcctus ditavit litera dires, Ut potuit crcdi dia Sybilla tibi.
p. in. | Miib. on. ' Emme Abbesse, apparemment de S. Amand de Rouen, i.7i. n. 36. ge mêi0j( (je faire des vers. On a un poème du même Baudri, h. i l. car. p. i3S8. en réponse à un de ceux de cette Abbesse. ' Hildeberl du Mans loue une autre Dame Françoise pour la beauté de ses Poésies. Mart ih. t. s p. Nous avons dit plus haut, ' que la femme et les filles du Dotm- cteur Manegold avoient du sçavoir, et l'cmploïoient à instrui-
re les persones de leur sexe.
C La XX IX. A l'exemple de ces sçavanlcs Françaises;
Elusieurs Princesses étrangères entreprirent d'étudier aussi les ■etres. ' L'Impératrice sainte Cunegonde en acquit une connoissance que l'Auteur de sa vie n'a pas oubliée dans son éloge : FÀterarum, dit-il, sicut et aliarum Artium fuitperi-
tissima. Beatrix et Malhilde' sa fille, si connue par l'histoire du Pape Grégoire VII, l'une et l'autre Marquises, ou Comtesses de Toscane, et Duchesses de Lorraine, en étaient plus wii. c*m i. 8. que médiocrement instruites. ' Sainte Marguerite, Reine d'Ec 10* cosse, et Mathilde sa fille, qui épousa Henri I Hoi d'Angle-
terre, possedoient les Letres humaines, comme la sciencedu salut : Scientiœ tam sœculnris qnam spiritualis, dit d'elles m«i>. ib P tu. Guillaume de Jumiege. ' Adeleïde, Abbesse d'un monastère près de la ville de Bonne dans l'Electoral de Cologne, ne se contentoit pas de sçavoir les Arts Libéraux ; elle étoit encore soigneuse d'en instruire ses Religieuses. Il y eut môme en France des monastères de filles, où l'on donnoit aux garçons dans leur plus tendre jeunesse la première teinture des Lelres. t. 9. p. 319 n. s. ' C'est ainsi que le vénérable Goderanne, successivement Abi P set. n. «. y, de Maillezais et Evéque de Saintes, et le B. Thierri, Abbé de S. Hubert, reçurent leur première instruction : le premier à S. Pierre de Reims, ou à Avenai, par les soins d'une tante, et l'autre à Maubeuge, sous la conduite d'Ansoalde sa sœur. Ces monastères de filles avoient leurs bibliothèques, comme ceux d'hommes, lesquelles étoienl quelquefois consiu.i. w.n.«. derables. On en juge ainsi par une circonstance singulière de la fondation de l'abbaïe de Notre-Dame à Saintes. Geofroi Martel, Comte d'Anjou, et Agnès son épouse, qui en
Ou Cang. noT. I. 1 ' La princesse Maihilde voulut se en 1076 la loi Salique. an lien de relie •« P- lff« franciser en rjiiflquc façon, en adoptant de» Lombards qu'elle «nivoil auparavant.
furent les fondateurs, lui léguèrent entre autres choses les cerfs et les biches qu'on prendroit dans l'isle d'Oleron, afin que leurs peaux fussent emploïées à couvrir les livres à l'usage des Religieuses.
CXC. On ne pouvoit s'affectioner de la sorte à la culture des Letres, sans aimer les livres. Aussi en vit-on multiplier à IVnvi les recueils, qui formoient le plus souvent de riches bibliothèques pour ce temps-là. Outre ceux qui paroissoient de nouveau presque tous les jours, par le travail de nos Ecrivains, on étoit soigneux de rechercher ceux des Anciens, et d'en faire acquisition, s'il ('■toit possible. Nous en avons déjà rapporté plusieurs exemples, ausquels nous ajoûterons ' ce- «i. » s p. «a*, lui de Gérard, Moine de Cluse, qui réussit par-là à former 0 * une nombreuse bibliothèque. Cluse, comme on l'a dit, étoit au diocèse de Turin ; mais les Moines qui l'habitoient, étoient presque tous François. Un autre moïen plus efficace pour multiplier les livres fut de les copier. On a déjà vû les motifs qu'on eut de l'entreprendre, et l'ardeur avec laquelle on l'exécuta. Il ne reste plus qu'à montrer de quelle manière on s'y renoit. Dans les monastères bien disciplint's, comme Cluni, . Evroul, Jumiege, S. Bénigne de Dijon, et autres, ' on p. 719 n. *. 1 choisissoit un certain nombre de Moines qui excelloient à écri- P"»Ï7.' 1 spiè' t! re ; et on les chargeoit de copier les Bibles et les ouvrages ^ p 440 m des Pères. D'autres sans nombre, qui n'avoient pas une si bonne main étoient occupés à transcrire les autres livres. On donnoit le soin à un autre Moine, qui possedoit toutes les sciences et les beaux Arts, de veiller sur cette sorte de travail, et de corriger les copies. Ces correcteurs étoient soigneux de les conférer aux meilleurs exemplaires, et d'y rectifier la ponctuation, les divisions et les subdivisions. Telle étoit la pratique nommément d'Hirsauge et de S. Martin de Tournai, où l'on suivoit les coûtunies de Cluni; et il n'y a pas lieu de douter, qu'elle ne fût la même dans tous les autres monastères, où la bonne discipline étoit en vigueur. Qu'on se rappelle ce oui a été dit des travaux en ce genre du B. Lanfranc, de S. Anselme et de leurs disciples, des Chartreux et des premiers Moines de Citeaux.
CXCl. Ce n'est pas encore-là tout. A la faveur de nos Ecoles et de la doctrine qu'on y enseignoit, le goût des François se raffina. Leur esprit cultivé par de nouvelles connois-* sances se défit peu à peu des idées de rusticité. Ce premier
Vij
avantage ouvrit la voie à une certaine honôleté et politesse de mœurs, ausquelles le bénéfice du temps donna de nouveaux degrés de perfection. Les Normans, cette nation auparavant si féroce, lurent les premiers qui étant entrés dans cet heureux renouvellement, y firent un progrès mieux marqué. De barbares qu'ils éloienl ils devinrent un peuple civilisé, et autant amateur des Letres et des beaux Arts, qu'il l'avoit été du brigandage. Il est tout à fait admirable qu'une nation, qui ne respiroil autrefois que le sang et le feu, et qui en avoit laissé tant de marques funestes en France et en Angleterre qu'elle avoit ravagées, soit la même qui en ce siècle réprima les excès d'autres hrigans, rétablit le bon ordre et la tranquillité dans les pais qu'ils avoient saccagés, et travailla avec succès à rappeller les bonnes mœurs etl'amour de l'Etude dans un autre pais, d'où elle les avoit elle-même chassées. Ce furenl-Ià en effet les services que les Normans rendirent en ce siècle à Vw.toi.it t. la Sicile et à l'Angleterre. ' Il y avoit près de deux cents cin-
>. p. SOi. . D„ . J . , Y . .. . .
quante ans, que cette première îsle gémissoit sous la tyrannie des Sarasins, lorsque Robert Guichard et Roger son frère, Princes Normans, lui rendirent sa première liberté, et y rétablirent la religion chrétiene. Heureuse révolution, dont l'ori-
f;ine et le premier honeur remontent jusqu'à nos Ecoles. Ce ùtde-là que sortirent aussi les premiers Evêques qui gouvernèrent alors l'Eglise de Sicile. Ansger, Breton de naissance et Moine de S. Florent de Saumur, fut Evêque de Catane; Gerland natif de Besançon et reconnu pour Saint, le fut de Gergenti ; et Estiene de Fer, natif de Rouen , eut l'Evôché de Mazare. Remontons encore plus haut, sans sortir de ce siècle.
p «7 CXC1I. ' Dès que les premiers Normans, oui passèrent
en Italie , y eurent établi leur puissance, et se furent rendus maîtres de la Pouillc cl de la Calabre , qui forment aujourd'hui le roiaume de Naples, ils y attirèrent grand nombre de François, gents de Letres et de mérite, qui y portèrent la
BoM, s. frb. P. doctrine qu'ils avoient puisée en France. ' Tel fût Milon, natif d'Auvergne, Archevêque de Benevent, que l'Eglise honore comme Saint, et qui y forma aux Letres et à la Vertu S- Estiene de Thiers, depuis fondateur de l'ordre de Grammont,
lu, . s p. Tels furent Gosfrit et Guitmond, l'un après l'autre ^ithevêque d'Averse, le premier célèbre dans les poésies d'Alphane Archevêque de Saierne et l'autre par ses propres écrits, T«ls
furent encore S. Albert, Evêque de Monte Corbino, et Richard son successeur, qui a écrit sa vie; Rangier Cardinal Archevêque de Ilege, auparavant Moine de Marmoutier; Guillaume, surnommé Louis, qui l'étoit de Cormeri , Evêque de Salpina ; Robert fils d'un Comte de Morlagne , premier Evêque de Traîne, puis de Messine. On a vù ailleurs, que l'abbaïe de S. Evroul, cl celle de S. Victor de Marseille envoïerent dans les mêmes pats des colonies entières de leurs Moines, dont quelques-uns furent élevés à l'épiscopat, nommément Berenger de S. Evroul, qui fut Evêque de Venouse. Plusieurs autres Eglises d'Itale tirèrent encore de France en ce siècle, d'autres élevés de nos Ecoles pour les gouverner. Rome en tira quatre Papi-s : Léon et Estiene IX, Nicolas et Urbain II. Milon, Moine de S. Aubin d'Angers, cardinal Légat de deux Papes, fut Evêque de Palestine ; Odon Cardinal Evêque d'Ostie après Urbain 11 ; Bernard, de Doïen de Metz, Cardinal Légat, Evêque d'Albane ; Matthieu, de Prieur de S. Martin des Champs, Cardinal et successeur du précèdent. ' Alphane fait l'éloge d'un Estiene, Cardinal François, com- p i»m. me d'un personage du premier mérite. Les autres Cardinaux et Légats que la France donna à l'Eglise Romaine, sont presque sans nombre.
CXCI1L D'un antre côlé, Guillaume le Bâtard, Duc de Normandie, aiant conquis l'Angleterre, entreprit d'en renouveler toute la face, et y réussit assés heureusement, en y faisant observer la police déjà établie dans son Duché. ' Pendant oni. »«. i *. P cinquante-six ans qu'il gouverna ses Etats, si-tôt qu'il appre- ï!6p.lœu''bM 1 noit la mort d'un Evêque, il prenoit les mesures nécessaires, pour que les biens de son Eglise ne fussent pillés, comme c'était auparavant la mauvaise coutume. Puis assemblant les autres Evêques, les Abbés et 1rs personesd'un meilleur conseil, il choisissoil le sujet le plus propre à remplir le siège vacant. Ennemi de la simonie, alors si commune, il n'avoit égard dans ces élections, qu'à la science et aux bonnes mœurs. 11 en faisoit autant à la mort des Abbés. Il réussit par-là à donner une nouvelle face à toute l'Angleterre. On y vit refleurir la bonne discipline dans le Clergé , l'exacte régularité dans les cloîtres, le goût pour l'Etude et les beaux Arts dans l'un et l'autre Etat, et l'amour du bon ordre presque par tout. Voilà encore un des heureux fruits de nos Ecoles ; car ce fut de Normandie-et des autres provinces de France, que ce sage Prince
1o8 ETAT DES LETRES
tira tous les Ministres, dont il se servoit pour opérer cet admirable renouvellement. 11 suffisoit qu'on lui fit connoitre, ou qu'il connût par lui-même quelque digne sujet, pour l'appeller aussi-tôt en Angleterre, et lui confier quelque cathédrale, ou abbaie. 11 faudroit entrer dans un trop long détail, si Ton entreprenoit de faire l'énumeration de tous les grands hommes que la France donna alors à l'Angleterre. Il n'y eut presque point de siège épiscopal, ni de monastère, qui ne fût gouverné par des Normans, ou des François. On en a déjà vû paroître un grand nombre dans la suite de ce discours. r»s. xim. i.e. o. CXC1V. ' 11 se fil aussi une espèce de renouvellement ** n' dans l'Eglise d'Espagne, après l'oppression qu'elle avoit souf-
ferte de la part des Musulmans ; et l'on en fut encore redevable aux Elevés de nos Ecoles. Celui qui y travailla plus efficacement, fut le célèbre Bernard, né en Agenois, qui de Moine de Cluni étant devenu Archevêque de Tolède, emmena à différentes fois de France en Espagne plusieurs sujets de mérite, qui partagèrent avec lui les travaux de cette géne- <■■»■ reuse entreprise. Voici les plus célèbres. ' Maurice Bourdin,
sçavant Moine d'Userche en Limousin, trop connu dans la suite par la qualité d'Antipape, qui fut d'abord Archidiacre de Tolède, puis Evêque de Conimbre et ensuite Archevêque de
b. *t Brague. S. Gerauld, Moine de Moissac, qui après avoir été
Chantre de l'Eglise de Tolède , fut Archevêque de Brague avant le précèdent. Pierre, natif de Bourges, d'abord Archidiacre de Tolède , et depuis Evêque d'Osma. Deux autres Pierres, natifs d'Agen, dont l'un gouverna le diocèse de Scgovie, et l'autre celui de Palencia. Bernard, de même pais que les deux précédents, successivement Chantre de Tolède, Evêque de Siguença , et Archevêque de Compostelle. Un autre Bernard, Perigourdin, Evêque de Zamora, après Jérôme son compatriote, qui avoit été d'abord Exêque de Valence. Enfin Raimond, de même pais que Bernard Archevêque de Tolède, à qui il succéda immédiatement, après avoir été Evêque d'Osma. On a parlé plus haut des colonies de Moines, que les abbaïes de Cluni, de S. Victor de Marseille et de la Sauve-Majour envolèrent en Espagne. Elles y furent d'un grand secours pour rendre à cette Eglise quelque chose de e. se. son anciene splendeur. ' Ce fut alors qu'on y établit l'office de
l'Eglise Gallicane, qui étoit le Romain, à la place du Mosar-
c. ao. rabe, ' et les letres ou caractères françois à la place des goti-
ques. ' On commença aussi à y user de l'ère Chretiene; mais boii. »Pr. t. elle n'y fut uniformément suivie que sur la fin du XIV siècle. *pp' p 901 0 11 n'y eut pas jusqu'à la Syrie et la Palestine, qui tirèrent dès avant la fin de ce siècle quelque avantage de nos Ecoles. Elles donnèrent effectivement à ces pais éloignés, plusieurs de leurs Elevés de mérite, même parmi les Laïcs, malgré les
Abbon 1 , qu'on a confondu quelquefois avec un autre Ecrivain de même nom, dont nous avons donné l'histoire, fut un des grands personages de son temps. ' Il nâquit amd. »a. au> e dans le territoire d'Orléans de parents, non pas nobles, mais 1 * libres d'extraction, et craignants Dieu. Son pere, qui se nommoit Lœlus, et sa mere Ermengarde, l'offrirent dès l'enfance à l'abbaïe de Fleuri, suivant la Règle de S. Benoit. Vulfald, depuis Evêque de Chartres, en étoit alors Abbé. En donnant l'habit monastique à l'enfant, il découvrit en lui un si riche caractère, qu'il prédit dès lors ce qu'il seroit un jour. On le mit aux Ecoles, où il fit de grands progrès dans les Lelres et la pieté.
Ces qualités acquises, jointes à celles qu'il avoit reçues de « 3 la nature, lui firent confier le soin d'instruire les autres : emploi dont il s'acquitta avec beaucoup de fruit pendant quelques années. S'y étant suffisamment instruit lui-même dans la Grammaire, l'Arithmétique et la Dialectique, et voulant y
Aimé de Fléchi.
HISTOIRE DE SA VIE
I 11 te IT0QT6 «oui nommé 'Alton dans l'a déji rcmarqn.- V<n»in«. quelque E«ri?mins. nuis par erreur, rommr
Vos», hit. Ut. I.
IX SIECLE
joindre la connoissance des autres Arts Libéraux, il alla aux Ecoles fameuses de Paris et de Reims, écouter ceux qui professoient la Philosophie. H apprit sous eux quelque cnose de l'Astronomie, mais non pas tant qu'il auroit souhaité. Il revint ensuilf à Orléans, où il étudia la Musique comme en cachette, à cause de quelques envieux. Le Clerc qui la lui enseignoit, sçachant profiter de ce contre-temps, lui vendit chèrement ses leçons. Quoiqu'il ne possédât encore que cinq des Arts Libéraux, il en sçavoit beaucoup plus que tous les autres gentsde Letres de son âge. Il ne lui restoit à apprendre que la Rhétorique et la Géométrie. 11 les étudia l'une et l'autre en son particulier, et en acquit une connoissance suffisante. Le Rhéteur Victorin, que S. Jérôme avoit eu autrefois pour Maître, fut celui (ju' Abbon choisit pour guide dans l'étude de la Rhétorique. Ces études fatigantes finies, il se mit, comme pour se délasser, 5 écrire sur des sujets de Philosophie et d'Astronomie.
c. 4. S. | Mab.tcl. ' Abbon cependant se vit obligé de quitter les délices et V'»nPi7*V. n.«7. de sa solitude et de ses occupations literaires, pour passer la «9. 1 1. » n. i. mer. Les Etudes étant tellement tombées en Angleterre, qu'à peine s'y trouvoiHl quelques Prêtres qui entendissent le latin. S. Oswald, successivement Evêque de Worchestre et Archevêque d'Yorc, qui avoit étudié à Fleuri, y envoïa en 985 demander quelque sçavant Moine, pour instruire dans les Letres et la pieté ceux de l'abbaïe de Ramsey, qu'il avoit fondée depuis quelque temps. Abbon fut choisi pour l'exécution de ce dessein , et s'y prêta volontiers. 11 ne s'y trouva pas en pais tout à fait inconnu. Germain Abbé de Ramsey avoit été tiré du monastère de Fleuri. Outre cet agrément, Abbon eut encore celui de se voir comblé d'honeurs et de présents, tant de la part de S. Dunslan Archevêque de CanlorDcri et de S. Oswald, que de celle du Roi Etnelrede et des Grands du roïaume. il n'étoit alors que Diacre; mais S. Oswald, pour marque de l'estime qu'il faisoit de son sçavoir et de sa vertu, l'ordonna Prêtre. Malgré le temps que lui emportoient ses leçons publiques, il en trouva encore pour composer divers ouvrages, dont 11 sera parlé dans la suite. Aim. ik e. c 7. i Au bout de deux ans, sur la fin de 987, il revint à Fleuri. M.b.».i *».n. L.Abbé Oylbold, qui l'y avoit rappellé, étant mort peu de temps après, Abbon fut élu par la plus grande et plus saine partie de la communauté pour lui succéder, et commença à
gouverner
XI SIECLE
gouverner l'abbaïe de Fleuri dès 988. Entre les avis salutaires ~ qu'il donnoit à ses frères, pour les faire avancer dans la perfection de leur étal, il avoit soin de leur recommander l'Elude, comme fort utile à la pieté. Ce qu'il recommandoit aux autres, il le pratiquoit lui-môme, ne cessant point de lire, d'écrire, ou de dicter.' On a montré ailleurs, combien l'Ecole nu. lu. de ufr. de Fleuri fut brillante et célèbre sous le gouvernement de ce l' 6' p 3T" 38 sçavant Abbé, 'et la direction de Constantin son disciple, qui lui succéda dans l'emploi de Scolastique du monastère.
' Jusqu'ici les Arts Libéraux avoient fait le principal objet Aim. ib. c. 7. s de l'élude d'Abbon. Mais si-tôt qu'il fut élevé à la dignité d'Abbé, il donna une application sérieuse à la lecture de l'Ecriture sainte et des ouvrages des Pères, et en tira quantité de sentences choisies, dont il lit un n cueil, pour avoir toujours en main de quoi se défendre contre les prétentions d'Arnoul Evéque d'Orléans. Ce Prélat, Irés-respectable d'ailleurs, non content de la jurisdiction spirituelle sur le monastère de Fleuri, exigeoit encore que l'Abbé se reconnût son Vassal, et qu'en cette qualité il lui prêtât serinent de fidélité, Mais Abbon le refusa constamment ; alléguant pour raison, que son abbaïe pour le temporel ne dépendoit que du Roi. Relus qui lui attira de la part d'Arnoul quelques mauvais traitements, ausqucls il n'opposa que sa douceur et sa patience.
A cette disgrâce en succéda bien-tôt une autre.' Abbon 0^0C%-,1' t fut invité et se trouva à un Concile de plusieurs Evèques, le- Km», apo. P."«J. nu vers 995 à S. Denys en France. Mais au lieu d'y traiter de la pureté de la foi et des mœurs et du maintien de la Discipline ecclésiastique, comme on se l'étoit proposé, l'on y parla d'ôter aux Moines et aux Laïcs les dixmes qu'ils possedoient, et de les rendre aux Evêques. Notre abbé s'y opposa fortement; et la populace aïant pris son parti, il se fil une si grande sédition, que les Evêques furent contraints de se sauver à la bâte, sans avoir rien fait. Ils furent même indignement insultés, et quelques-uns blessés. Tout le blâme de cette violence réfléchit sur Abbon, qui fut obligé de s'en
11 avoil déjà assisté à deux autres Conciles, dont il lui revint beaucoup plus d'honeur. Dès 991 il s'éloit trouvé à ce- *,âbib '• 80 ■ nlui de S. Basle, où il fut chargé avec Rainulfe Abbé à Sens,
XI SIECLE
et Jean Scolastiquc de l'Eglise d'Auxerre, de la cause d'Arnoul Archevêque de Reims, qui y fut déposé, malgré l'élo*quence avec laquelle ces trois habiles Avocats défendirent sa i. si. n. 1. 1 conc cause. ' Au bout de quelques années, le Pape voulant rétablir ib. P. 7*7. Arnoul sur son siège, fit tenir en 995 un autre Concile à Mouson. Abbon y assista encore avec plusieurs autres Abbés, di- Bsi. mise. t. i.p. stingués par leur pielé et leur sçavoir, ' et y lia amitié avec 409' le Légat Léon, Abbé de S. Boniface à Rome.
S'il avoit eu auparavant cette connois-^ance, il n'auroit peutêtre pas fait, comme il arriva, un voïage infructueux dans cet- Aim. ib. c. ii. te capitale du monde Chrétien. ' Y étant allé pour faire con- 2*: l40Mi4,î; Ï3. firmer les privilèges de son monastère, il trouva en la persone Abi>o. eP. P. m. de Jean XV un Pape peu disposé à le favoriser. Mais ce que Jean lui avoit refusé, Grégoire V, son successeur, le lui accorda gracieusement. En effet Abbon étant retourné à Rome en qualité d'Ambassadeur du Roi Robert, pour tâcher d'appaiser ce Pontife irrité du délai qu'on avoit apporté à rétablir Arnoul, et l'engager à confirmer le mariage du Roi avec fierté sa proche parente, Grégoire le reçut avec toutes les marques possibles d'honeur et de bienveillance. Le Pape convint avec lui de ce qu'il y avoit à faire touchant le double sujet de son voïage, et le renvoïa comblé de présents. Au retour d'Abbon en France, Arnoul fut tiré de prison, et rendu à son Eglise. Notre Abbé lui remit le pallium que le Pape lui eniieip. va. Rob. voïoit, ' et lit tant auprès du Roi Robert, qu'il lui persuada p 70, de renvoier Berte. Evénement dont un Ecrivain de ce temps-
là a pris occasion de comparer Abbon au Prophète Nathan, par rapport à la sainte hardiesse qu'eut celui-ci de faire connoitreà David la faute qu'il avoit commise, en aimant une femme qui n'étoit pas à lui. La part qu'eut Abbon à ces deux Mab. ib. n. 44. i événements, lui fut d'un grand mérite auprès du Pape. ' Il se Abbo. eP. p. 4M- forma entre eux un commerce de letres, honorable pour l'Abbé de Fleuri. Celui-ci aiant envoïé à ce Pontife l'histoire de la translation de S. Benoit en France, qu'il lui avoit demanp. 403. dée, ' il le pria dé lui envoïer encore un des meilleurs Missels de Fleuri, afin que s'en servant à l'autel, il l'y fît souvenir de l'ami dont il l'auroit reçu, n. 48. 49. i Fuib. ' Abbon éloit si généralement estimé pour son sçavoir et sa cp! pSw.^îj! vertu, qu'on avoit recours de toutes parts à ses lumières, sur- 4,4 tout lorsqu'il s'agissoit de la discipline monastique. S'étant éle-
vé de son temps de fâcheux troubles à Maf moutier, à Mici el
• XI SIRCLE.
à S. Père de Chartres, on s'adressa à lui pour trouver le moïen " ' d'y remédier. Il s'y prêta avec son zélé et sa charité ordinaires, et écrivit à ce sujet diverses lelres.
' Cet amour pour le bon ordre lui fit entreprendre plus d'un Aim. ib. c. nvoïage en Gascogne, afin de le rétablir à la Reole, abbaïe f 3.' Glah* 3 soumise à Fleuri, comme il a été dit aulre part. Le second voîage fut fatal à l'homme de Dieu. Il s'excita à la Reole même une sédition, dans laquelle un Gascon lui porta au côté gauche un si violent coup de lance, qu'il traversa les côtes. Aimoin, l'un de ses disciples, qui l'accompagnoit dans ce voîage, et qui a écrit sa vie, dit que le S. Abbé mourut le même jour, qui étoit le treizième de novembre ' 1004, après avoir été seize ans Abbé, et qu'il fut enterré dans l'église du même lieu, et honoré comme Martyr. ' Il avoit fait quelques Aim. ib. c. u. p. miracles de son vivant; mais il en fil encore davantage après Sr. i-i.* Lab. sa mort. Dès l'an 1031, comme il paroit par les actes du Con- j'^J- ,J; cile de Limoges, tenu la même année, le culte de S. Abbon **• n- 51 étoit établi dans plusieurs Eglises. Celles de Fleuri et de la Reole en font une fête solennelle.
' Outre Aimoin son Historien, qui a encore écrit d'autres Mah. ib. n. m. ouvrages, ses principaux disciples furent Gauslin, fils naturel de Hugues Capet, qui lui succéda dans la dignité d'Abbé de Fleuri, et qui fut depuis Archevêque de Bourges; Bernard, successivement Abbé de Beaulieu en Limousin et Evêque de Cahors; le B. Hervé II du nom, Thrésorier de S. Martin de Tours; Constantin, Modérateur de l'Ecole de Fleuri; Odolric, Abbé de S. Martial de Limoges; Gérard, ou Gerauld; Diederic, ou Thierri, dont il y a divers écrits, et autres.
Non-seulement le mérite extraordinaire d'Abbon lui avoit attiré l'estime du Pape Grégoire V et des Rois de France et d'Angleterre, comme on l'a vu : il le lia encore avec presque tous lés plus grands hommes de Letres de son temps, tels que Fulbert depuis Evêque de Chartres, S. Odilon Abbé de Cluni; Letald Moine de S. Mesmin et autres. Il est étonnant avec cela, qu'on ne trouve aucune trace de ses liaisons avec le docte Gerbert, son contemporain, qui en entretennit cependant avec Constantin de Fleuri. Il seroit difficile d'en donner une bonne raison. Dom Mabillon a prétendu qu' Abbon avoit été
I ' Sijcberl |.lace la nv.rl d'Abbon d*s de quelque autres Moi!eme>: mai* c'est Voss. ht*, ht. 1. \ 11)03, eu quoi il a éli- suivi di> Vossins et une faute visible. e. 41 p. IIS.
X ij
„ fliMf 164 S. ABBON,
XI SIECLE
— son disciple; mais c'est ce que nous avons déjà montré ne au», ep. p. 402. pouvoir se soutenir. ' 11 est seulement vrai, qu'Àbbon reconnoissoit Gerbert pour son ami.
Cela n'empêche pas que l'un et l'autre n'aient été deux des plus sçavants hommes de leur temps, qui avec Fulbert de Chartres travaillèrent le plus efficacement à étendre l'empire Lab. tb des Letres. ' C'est l'idée que nous donne d'Abbon en particulier le Concile de Limoges déjà nommé, lors qu'en citant son autorité, il le qualifie un Philosophe très-célebre, qui s'étoit acquis une réputation la plus brillante, par le soin qu'il avoit pris d'instruire toute la France dans les sciences divines et humaines: Abbo florentissimus Philosophus... et omni divina et sœculari auctoritate tôt lus Franciœ Magister famosis- Foib. ib. simus. ' Dès son vivant, Fulbert, qui étoit bien capable d'en juger, le regardoit lui-môme comme un grand Philosophe, qui réunissoit à toutes sortes de belles connoissances les plus précieux Adcm.ib. dons de la sagesse. ' Ademar de Chabanois, son contemporain, n'en pensoit pas autrement, lorsqu'il le qualifie un homme d'un profond sçavoir, summœ Philosophiœ Abbas. Mab. «a. t. s. p. ' Cet Auteur pousse encore plus loin dans un autre écrit l'é- J loge d'Abbon, où il le représente comme un défenseur de la
foi catholique, un zélé partisan de la pieté Chrétiene, en qui la sagesse paroissoit résider d'une manière si visible, que les sçavants de son siècle, qui étoient en grand nombre, s'en tenoienl à ses décisions. Abbon devint par-là, continue Ademar, l'oracle de la France, de l'Allemagne et de l'Angleterre ; la lumière et l'organe des Conciles, l'ornement de l'Eglise entière. Quoique François de Nation, c'est toujours le même Ecrivain qui parle, il possedoit si bien la langue latine, qu'il passoit pour le Ciceron de son temps. Il sçavoit non-seulement tous les Arts Libéraux; mais il s'étoit encore rendu l'Ecriture sainte si familière, qu'il la faisoit entrer dans tous ses Mata, de Pom. discours. ' Guillaume de Malmesburi et Ordric Vital, exaltant Tord'vu.F. ^J: les fruits de la mission d'Abbon en Angleterre, attestent qu'il y fut d'un grand secours, et pour le renouvellement des Etudes, et pour le rétablissement de la discipline monastique.
XI SIECLE
SES ECRITS
Notre pieux et docte Abbé laissa de sa façon un assés grand nombre d'écrits sur divers sujets de Literature. Mais quelque multipliés qu'ils soient, nous n'osons pas nous flatter de connoltre tous ceux qui sont sortis d'une plume aussi féconde. La plus part sont perdus, ou ne sont encore que manuscrits; et il n'y en a point entre ceux-ci ni les imprimés qui soient de longue haleine.
1°. Le principal ouvrage d'Abbon, parmi ceux qu'on a donnés au public, sont ses letres. Elles se trouvent un peu dispersées, et mériteroienl bien d'être réunies ensemble. Il y en a déjà un recueil, où l'on en compte quatorze, la plus part fort prolixes, sur-tout la dernière, qui pourroit porter le litre de traité. ' La pénultième n'est point d'Abbon, et n'a aucune connexité avec les siennes. Elle appartient, ainsi qu'on en a averti autre part, à Albert Abbé de Mici, qui l'adresse au Pape Jean XVIII, ou XVII, comme porte une autre ' édition , pour le prier de confirmer une donation faite à son monastère.
' Entre les quatre premières, la seconde est du Pape Grégoire V, en réponse à une de celles de notre Abbé, qui lui écrit les p' trois autres. Dans la première, Abbon lui rend compte de ce qu'il avoit fait en France après son retour de Rome, touchant les deux objets de son voyage : le rétablissement d'Arnoul sur le siège de Reims, et le mariage du Roi Robert. Il y a inséré quelques traib qui regardent l'état où étoit alors cette Eglise, et celui où se trouvoit l'abbaïe de Ferrieres. C'est dans cette letre, qu'Abbon parlant au Pape, se sert du terme de Majesté, vestrœ Majestati. Il l'emploie encore, avec ceux de Sainteté, de Révérence et de Sérénité dans sa seconde letre au même Pape, qui est la troisième du recueil. Dans celle-ci Abbon prie le Pontife Romain de confirmer la fondation de deux monastères, l'un de Chanoines et l'autre de Religieuses, qu'une Da-
t ' Don) Mabfllon aroil déjà publié celte vant de se rendre Moine de Jumiefe, il „ . «.,, même lettre de l'Abbé Albert, avec une avoit été marié, et qa'Arnool ArcbeviVju. ~? . ana- »• 3 P- Charte du même, d'où l'on apprend, qu'a- de Tour» étoit «on flls. *w-e*i.
Abbo. ep. p. 416.
me de condition, nommée Hildegarde et sa parente, venoit de faire. Par la troisième letre, qui fait la quatrième du recueil, Abbon donne avis au Pape, qu'il lui envoie conformément à sa demande, l'histoire de la translation du corps de S. Benoit en France, et qu'il y a joint deux vases curieux, dont nous avons parlé ailleurs. La letre est accompagnée d'une épigramme de douze vers élegiaques, qui roulent sur l'envoi de cette histoire.
i>. 4ot. 4os. ' Abbon adresse la cinquième letre du recueil aux Chanoine» de S. Martin de Tours, nommément au célèbre Hervé , oui en faisoit le principal ornement. Ceux-ci lui avoient mandé les entreprises de leur Archevêque contre les privilèges de leur Eglise, et l'avoient ce semble, prié de leur indiquer quelques moïens de défense. Abbon, qui marchoit toujours armé des anciens Canons, comme il le déclare lui-même, pour être en état de répondre aux attaques de ses envieux, leur transcrit deux passages du Pape S, Grégoire le Grand en faveur des privilèges des monastères, et y joint quelques avis en peu de mots.
,.. 405. 4M. 'La sixième est écrite au Roi Robert, pour se justifier de l'accusation de mensonge, dont l'avoit chargé un Secrétaire de la Cour. Abbon fait revivre dans celle-ci , comme dans
Suelques autres suivantes, la qualité de serviteur des serviteurs e Dieu, que prenoient autrefois les Abbés, et même de simples Moines, à la tête de leurs letres et autres écrits, p. 406-40». ' La septième, adressée à S. Odilon Abbé de Cluni, est tout autrement intéressante. C'est proprement une introduction & l'intelligence des Canons sur la concordance des Evangiles. Ammonius d'Alexandrie , Eusebe de Césarée , $. Augustin et S. Jérôme avoient déjà écrit sur le même sujet ; et c'est de ce dernier en particulier, qu'Abbon a tiré ce qu'il dit dans cette letre, où pour une plus grande clarté il apporte un exemple de ces tables, ou Canons, et de leur usage. Tout cela a fait donner à cette letre le titre de traité par divers Biaùd. «t. Abbo. bliographes. ' Aimoin en fait mention dans la vie de notre auq! u>. p 408. sçavant Abbé, qui l'entreprit à cette occasion. ' S'étant trouvé avec S. Odilon , et quelques autres Moines de Çlyni , un de ceux-ci pria Abbon de lui donner des éclaircissements pur les difficultés que présentent ces Canons. Les circonstances du temps et du lieu ne le lui permirent pas alors ; et ce fut pour y satisfaire qu'au bout de quelque temps 1J écrivit la letre ou traité, dont il s agit ici.
1 II adresse la huitième à Gausbert Abbé de S. Julien de xi siècle. Tours, dont le nom n'est désigné que par la première letre. • p. 409-411. Abbon en y déplorant les troubles scandaleux qui étoient arrivés à Marmoutier à l'occasion de certaines accusations graves, dont on chargeoit l'Abbé Bernier, y prescrit de sages règles, lorsqu'il s'agit daccusations de la part des inférieurs contre les supérieurs, et engage Gausbert à tâcher de remédier au scandale. ' La suivante, qui fait la neuvième du recueil, est P. 411. écrito à Bernier. Abbon y presse cet Abbé, en lui témoignant beaucoup de bonté, ou de ne point craindre de paroître devant des Juges convenables, s'il est innocent : ou d'abdiquer, s'il est coupable, afin qu'un autre plus digne soit élu en sa place.
' Le titre de la dixième letre est conçu en ces termes : Epié- p. m. copo amatorum Christi amator Abbo. Tous ceux qui en ont parlé, ont cru qu'elle est adressée à une persone revêtue du caractère épiscopal. Mais la suite fait juger, que le terme Eptscopo est ici un nom propre plutôt qu'un nom appellatif. S'il s'agissoit d'un Evèque, l'Auteur lui parleroit avec plus de respect, et ne le traiteroit pas de frère, ' comme il fait sur la fin de la p. *u. letre. Quoiqu'il en soit, il paroit que la qualité d'ami des amis de J. C. qu y prend Abbon, comme il fait à la tête de plusieurs autres letres, avoit pour lui un attrait particulier. ' Cet- p. 4iï-*u. le letre est assés longue, et roule entièrement sur la nature du serment. L'Auteur y traite son sujet d'abord en Philosophe, puis en Théologien, et y dit beaucoup de bonnes choses, qui peuvent être d'usage, if y touche aussi auelque chose du mensonge, à raison de l'affinité qu'il a avec le serment.
' Abbon écrit la onzième aux Moines de Mici, nommé- p. 414. 415. ment à Constantin leur Doien, et à Letald, dont nous avons donné l'histoire sur le siècle précèdent. La letre tend à remédier aux troubles et à la division qui s'étoient élevés dans ce monastère, au sujet de l'Abbé Robert, que l'on avoit injustement calomnié, et qu'on refusoit en conséquence de reconnoitre pour Abbé.
'La douzième, que Dom Mabillon a réimprimée dans ses P. 41s. m. \ M»b Annales, est écrite de Poitiers à S. Odilon de Cluni, lors- 1 5< n 48 qu' Abbon passoit par celte ville dans son dernier voïage à la Reole. De sorte nue la date de celle-ci est aussi certaine que connue ; aïant été écrite dans les premiers jours de novembre 1004. L'Auteur y expose avec son énergie ordinaire les suites
XI SIECLE
de la calomnie dont on tàchoit de noircir la réputation de GisIebert,son parent, Abbé de S. Cyprien, monastère dépendant alors de Lluni, et prie S. Odilon d'y apporter un remède efficace.
Abbo. ib. P. 4i6- ' Enfin la quatorzième lelre, qui est presque aussi prolixe 4*9. i Mab. )b. d . qUe toules jes autres ensemble, est adressée à un Moine, dont
le nom n'est désigné que par un G. Dom Mabillon croit que ce peut être ou Gerauld, ou Gauslin, l'un et l'autre disciple d'Abbon. L'Auteur y a recueilli grand nombre de passages tirés des Conciles et des ouvrages des Pères. Il y en a de S. Ambroise, le plus souvent de ses écrits supposés, de S. Jérôme, de S. Isidore de Seville, et particulièrement du Pape S. Grégoire. Le but qu'Abbon s'y est proposé, est de fournir par-là aux Moines des moïens pour soutenir leurs exemlions, et se défendre contre les usurpateurs de leurs biens. 11 semble que la persone à qui est adressée cette compilation, l'avoit demandée à l'Auteur, à l'occasion d'un Evêque qui vouloit ôter à quelque monastère, peut-être celui de Fleuri môme, certaines dixmes et autels, avec les revenus qui y étoient attachés, pour les transporter 5 des Laïcs. Nous avons parlé ailleurs de cette letre, comme écrite pour montrer le soin qu'on doit avoir de conserver les biens donnés aux Eglises.
f.o,i. «m. v«». p. ' Ce recueil de letres a été publié à la fin de l'Ancien Code des Canons de l'Eglise Romaine, tiré de l'obscurité par le célèbre Pierre Pithou, et imprimé, long-temps après sa mort, au Louvre l'an 1687 en un vol. in fol.
Outre les douze letres d'Abbon, comprises dans le recueil, dont on vient de rendre compte, il y en a plusieurs aulres dis-
Aim. ib. c. io. persées qui lui appartienent aussi. ' Aimoin dans l'histoire de sa vie en a insère deux, l'une en abrégé, l'autre en entier, écrites à Bernard, un de ses disciples, alors Abbé de Beaulieu en Limousin. La première est pour déloumer Bernard d'entrer dans la manœuvre du Comte de Toulouse et de l'Archevêque de Bourges, qui vouloient lui vendre l'Evêché de Cahors, duquel Bernard fut ensuite pourvu par une voie plus canonique. Abbon y détruit le raffinement qu'on avoit dès-lors inventé pour tâcher de colorer la simonie, en disant que ceux qui acqueroient un bénéfice parcelle voie, n'achetoienl point la dignité, mais seulement les revenus qui en dépendoient. L'autre est l'effusion d'un cœur plein de tendresse pour la persone à qui elle est adressée, et une pièce bien écrite à tous
égards.
égards. Abbon y répond avec beaucoup de lumière, à l'avis que Bernard lui avoit demandé sur le parti qu'il devoit pren- • are, dans la perplexité où il se trou voit de quitter, ou ae retenir le gouvernement de son monastère.
'M. Baluze nous a donné une autre letre d'Abbon, que Dom Bai. mi*c. t. Kg. Mabillon a fait réimprimer en deux divers endroitsde ses re- aJ?; ,VS'. p. 33' 1 cueils. Elle est écrite à un Abbé de S. Boniface, dont le nom ^j1^" app* p' n'est désigné que par une L, et que le premier Editeur avoit
Rris pour un Abbe de Fulde : en quoi il a été suivi par Dom [abiïlon, dans la première édition qu'il a faite de cette letre après M. Baluze, et où il ne la donne pas entière. Mais ce second Editeur a corrigé depuis cette erreur, après avoir reconnu, que la letre est adressée à Léon, Abbé de S. Boniface et S. Alexis à Rome, avec qui Abbon avoit fait connoissance à Reims, comme la letre le porte, à l'occasion du Concile de Mouson, auquel présida l'Abbé Léon en qualité de Lecat du Pape. Cette letre au reste est intéressante, en ce que les François y ont un nouveau titre contre les Italiens, touchant la translation du corps de S. Benoit en France. L'Abbé de S. Boniface en étoit si persuadé, qu'il avoit prié Abbon de lui envoier quelque partie de ses Reliques. C'est ce qu'il exécuta, en lui demandant par retour de celles de S. Boniface. Voilà le sujet principal de la letre. On y apprend aussi, qu'Abbon fit au moins trois fois le voïage de Rome ; quoique son Historien ne parle que de deux. Il fit le premier, comme on l'a vû, sous le Pontificat de Jean XV, et un autre du temps de Grégoire V. ' Mais la letre fait mention d'un autre voïage, Bai. u». p. «0. qui étoit le second dans l'ordre des temps, et qu' Abbon fit à la mort de Jean XV. C'est encore une circonstance marquée dans la letre, qui fut écrite peu de temps après, au mois de Juin 996, lorsqu'on avoit déjà appris en France, que Grégoire V étoit élu Pape.
A toutes ces letresil en faut joindre ' une autre, qui com- n»b. an.i. 49. n. me circulaire, étant adressée à tous les Moines Anglois, et S7.1 u *' *pp v' particulièrement à ceux de I'abbaïe de Fleuri, Abbon l'écrivit, lorsqu'il enseignoit à Ramsey, et la mit à la tête des premières réponses qu'il fit à quelques questions grammaticales, qu'on lui avoit proposées. Il y invite tous ceux qui voudroient lui en proposer d'autres, à le faire avec liberté; promcttantqu'il se fera un mérite d'y répondre. On trouve cette letre en deux divers endroits des Annales de Dom Mabillon marqués à la marge.